DES SENSATIONS ST DES 8BNTIMBNTS LOCALISÉS
Un autre élément de ces jugements est la différence de grandeur qui existe entre les images qui nous viennent d*ob« jets semblables vus à différentes distances. Ainsi, naturellement des objets rapprochés donnent lien à de plus grandâi imaçes» et plus les objets s'éloignent, plus les images sont petites; ces choses sont vulgaires; aussi, nous vient-il des images de grandeur différente d*une même espèce d'objets, nous jugeons que les plus ^andes viennent d'objets plus rapprochés, et les plus petites, d'objets de plus en plus éloi* gnés ; sur ces observations si ^ples est fondé en partie l*art de la perspective.
Un troisième élément est la dégradation des teintes dans Téloignement; l'intensité de la lumière émanée des objets étant en raison inverse du carré de leur distance à Tœil, des teintes plus vives, plus arrêtées surtout, des contours mieux dessinés caractérisent en général les objets rapprochés, tandis que dans l'éloignement on les voit pâlir par degrés, et passer à des teintes de plus en plus confuses.
Un quatrième élément est l'impossibilité où nous sommes d'apercevoir simultanément et avec une égal^ netteté des objets situés à des distances inégales. Cette nécessité d*accommoder ses yeux d'une manière spéciale pour chaque distance, ces modifications successives de l'œil se portant d'objets plu? rapprochés vers des objets plus éloigi^és et réciproquement, éveillent le sentiment d'un mouvement, et ce sentiment a pour corrélatif nécessaire l'idée d'espace et d'étendue. Il y a eq effet une sorte de liaison naturelle du corps et de l'œil qui fait qu^aux mouvements de pQlui-ci 9'asi^ocient sympatlûquement ceox de celui-là (!}•
(1} piefr«iil. ltur$ 4 ir. Àmp^4 swr mm eentdnê elaise ée tnmivtmain musculaires. — Gondillac, combatUnt Buffon, dit fort bien : « Tounifr les
Enfin, un cinquième et dernier élément est l'impossibilité de distinguer nettement le détail des objets éloignés, tandis que la faculté de distinguer ce détail augmente à mesure que les objets se rapprochent davantage. Ainsi, de même que le toucher, l'œil n'éclaire Tintelligence que par Tintelligence^ mais avec combien plus de perfection! rapides comme l'esprit, la succession des sensations dans Tœil est si prompte, que toutes semblent s'unir dans une image instantanée de tous les points d'un horizon; il reçoit des impressions de si loin, que l'âme semble dépasser par lui les limites du monde; par cet organe admirable, l'esprit ne règne pas seulement sur la terre mais sur l'univers, et dans ce mouvement du regard qui plonge dans l'étendue, Fâme emporte, pour ainsi dire, une idée du corps avec elle, et s'inspire de la volupté suprême d'une liberté sans limites comme celle de l'ange. D'ailleurs, tout ce qui dans l'univers est grand, tout ce qui est magnifique, tout ce qui étincelle d'harmonie, tout ce qu'une forme limite et distingue, tout ce qui se meut, tout ce qui est dans l'espace, c'est par les yeux que nous le connaissons, et si nous l'imaginons c'est comme chose vue. L'œil est dope le sens privilégié de l'esprit créateur d'idées, en tant que seul, au milieu des autres sens, il est créateur d'images; aussi, quand après les ténèbres les yeux revoient la lumière, les portes de l'âme semblent s'ouvrir. Entendre, c'est s'intéresser aux choses de la terre, mais voir, c'est faire commerce avec l'infini.
Cependant, en même temps qu'elle est une source de science et de vérité, la vue a ses illusions et ses erreurs. Les unes tiennent à la précipitation du jugement, mais d'autres
yenx vers un objet, n'eil-aê pM U ehtrdier bon ée lolP » PmUé de$ md^ maux. Premièrq partie, eh. vi.
448 DSS SS1ISATI0R8 ET DES SBIlTtMSNTS LOCiXISBS.
sont inhérentes à la constitution naturelle de Tœil. Tels sont, par exemple, les singuliers phénomènes dont M. Chevreul a si habilement débrouillé l'histoire dans ses Recherches sur le contraste simultané des couleurs.
Il y a bien longtemps qu'on avait aperçu l'influence que certaines impressions visuelles exercent sur la faculté que nous avons d'en recevoir de nouvelles. On sait que les impressions qui ont vivement aflecté la rétine, persistent d'autant plus longtemps que Fimpression est plus forte ou que les yeux sont plus faibles. L'image consécutive peut durer de 30 à 35 secondes, suivant Plateau. Cette image, lumineuse sur un fond noir, parait noire sur un fond éclairé. Quoi qu'il en soit, peu à peu elle s'efface. Le plus souvent le retour à l'équilibre se fait dans l'ordre suivant : l'image est-elle brillante, le passage se fait du blanc au noir par le blanc, le jaune orangé, le rouge, le violet et le bleu. Est-elle au contraire obscure, elle revient au blanc par le bleu, le vert et le jaune.
Les images consécutives qui succèdent à la vision des objets colorés sont teintes de la couleur complémentaire. L'objet est-il jaune, l'image consécutive est violette. Est-il rouge ou bleu, l'image est verte dans le premier cas, orangée dans le second. Quand nous fermons les paupières au grand soleil, l'œil est comme inondé d'une lumière rouge, ouvrons-nous alors les yeux, tous les objets blancs semblent teintés de vert. C'est à ce phénomène qu'on a donné le nom de contraste successif.
Il y a contraste mixte dans le cas suivant :
c Un œil étant fermé, par exemple l'œil droit, l'œil gauche regarde fixement une feuille de papier d'une couleur
A. Lorsque cette couleur lui parait s'obscurcir, il se porte immédiatement sur une feuille de papier d'une couleur
B. Alors il a la sensation qui résulte du mélange de cette
couleur B^ avec la couleur complémentaire C de la couleur i4(l). »
Ces faits, comme l'a démontré M. Chevreul, peuvent influer beaucoup sur les jugements qui ont pour objet des couleurs; et Tordre dans lequel les impressions se succèdent n'est pas indifférent quant à Tidée que nous nous faisons de chacune d'elles.
Ce n'est pas tout, deux couleurs différentes, vues l'une auprès de l'autre, ne sont pas absolument telles pour nos sens qu'elles le seraient si elles étaient vues isoliSment. Elles influent en effet l'une sur l'autre et suivant une loi. Cette influence réciproque que des couleurs juxtaposées exercent Tune sur l'autre est connue sous le nom de carUrciste simultané»
Les effets du contraste simultané avaient été entrevus par Buffon, par le comte de Rumfort, le P. Scherffer et Prieur de la Côte-d*Or. Hais il était réservé à H. Chevreul d'en iaire l'histoire complète et de donner la loi de ces phénomènes. Le contraste successif pourrait être à la rigueur expliqué, en admettant une certaine fatigue de l'œil et, par conséquent, une aptitude moindre de la rétine à recevoir les impressions à l'égard desquelles la sensibilité est comme épuisée. Mais cette explication ne saurait s'appliquer évidemment au contraste simultané. Il n'y a point là de fatigue, cependant c toutes les « fois que l'œil voit simultanément deux objets différemment « colorés, ce qu'il y a d'analogue dans la sensation des deux < couleurs éprouve un tel affaiblissement, que ce qu'il y a de c différent devient plus sensible dans l'impression simultanée « de ces deux couleurs sur la rétine (2). »
Ce n'est point ici le lieu de développer toutes les applications que H. Chevreul a faites de cette loi si féconde, dans
(1) Ghevreiil. Loi du comtomU iimulumé dê$ couUurt.
(2) GheTreul, loe. cU. p. 78.
% 4S0 DES SBNSiLTIONS BT DKS SESmMENTS LOCALISES.
Tindustria et les arU. Mais nous devons dire qu'il est résulté de ces applications une véritable conquête pour Tintelligence, à savoir un art de déQnir l'indéfinî, et de donner à chacune des expressions par lesquelles les couleurs sont indiquées un sens déterminé. C'est là, pour les sciences naturelles en parUticuUer, un résultat immense et que les procédés de la gravure en couleur vont rendre populaire.
Ainsi des impressions antérieurement reçues modifient l'effet des impressions subséquentes, et deux impressions simultanées sont influencées Tune' par l'autre suivant certaines lois ; de ees observations découlent certaines règles à suivre dans l'emploi que l'esprit fait de ses organes dans la recherche de la vérité ; elles montrent que cet emploi exige certaines précautions indispensables, un certain art et une certaine méthode. Elles font voir, en outre, que nos jugements immédiats sont sujets à Terreur, et justifient l'importance de l'analyse élémentaire et de l'abstraction dans la recherche de l'absolu. Rien ne fait mieux voir peut-être que les sens par eux-mêmes n'ont d'autre valeur que celle que leur donne une intervention active de l'esprit.
Voici maintenant d'autres phénomènes. 11 ne s'agit plus d'objets incolores ou colorés, mais immobiles, li s'agit d'objets en mouvement, comme une roue qui tourne, comme une eau qui s'écoule. Des expériences précises démontrent que ces choses mettent la rétine dans un état particulier qu'on pourrait comparer à une sorte de vibration ou d'oscillation régulière. Si, par exemple, après avoir considéré longtemps une surface en mouvement, comme une nappe d'eau coulant avec rapidité, l'on porte les yeux sur un objet immobile, une illusion constante vous le fait voir animé d'un mouvement qui l'enlraine en sens inverse du courant. On peut déterminer la même illusion en regardant avec fixité, pendant quelques
DES smainoNg. 46 i
minutes, une bande de papier rayé à laquelle on donne un mouvement rapide au moyen d'un mécanisme quelconque.
Plateau a modifié de cent manières ces expériences. Parmi celles qu'il a instituées, Tune des plus curieuses est celle-ci :
Sur un disque de carton blanc* de vingt-cinq centimètres de diamètre» on décrit du centre du disque trois circonférences concentriques dont les rayons sont un et demij cinq, huit et demi centimètres. On noircit le cercle central. La zone qui le sépare de la deuxième circonférence est peinte en bleu ; la deuxième zone est peinte en jaune; enfin on couvre d'une couleur rouge la zone qui l'entoure. Sur un disque ainsi préparé, on construit une spirale, d'Archimède, ayant pour centre celui du disque, et dont les spires soient distantes l'une de l'autre d'environ douze millimètres; puis on trace une seconde spirale parallèle à la première et distante de celle-ci de quatre centimètres. L'ensemble de ces deux lignes limite une bande contournée en spirale sur l'ensemble du disque. Cette bande doit être blanche et peut être ipénagée à l'avance.
« Maintenant, dit Plateau, si Ton fait tourner ce disque sur lui-même, . . avec la vitesse qu'on peut lui donner par une impulsion rapide de la main, le cercle noir central et les zones colorées qui l'entourent conserveront le même aspect; mais la bande spirale donnera lieu à l'apparence d'une suite d'anneaux blancs nettement dessinés, qui, naissant l'un après l'autre des bords du cercle noir, augmentent graduellement de diamètre, traversent successivement la zone bleue, la zone jaune et la zone rouge, et vont se perdre à la circonférence du disque. Si l'on fait tourner le disque en sens opposé, ces anneaux nidtront au contraire de la circonférence extérieure et iront, en se rapetissant pour disparaître l'un après l'autre, dans le cercle noir. »
En modifiant cette expérience, on arrive à un résultat sin-
453 DES SENSATIONS BT DES SBNTIlCENTS LOCALISES,
gulier. Dans cette nouvelle manière d*opérer, le fond du disque doit être complètement noir. La bande blanche spirale n'aura que deux millimètres de largeur, et ses spires seront plus écartées que dans Texpérience précédente. On imprimera au disque un mouvement dont la vitesse doit être de six ou sept révolutions par seconde- Alors» si Ton fixe un instant ce disque en mouvement, et que, détournant les yeux, on les porte immédiatement sur quelque objet, sur un visage par exemple, on verra ce visage se dilater ou se concentrer, et toujours en sens inverse du mouvement dont la spire paraissait animée. Semblait-elle se dérouler, la tète se contractera; s'enroulait-eile au contraire, la tète se dilatera (1).
Plateau a conclu d'une série d'expériences analogues « que, c lorsqu'un organe est soumis à une excitation prolongée, « il oppose une résistance qui croit avec la durée de cette ex- « citation. Alors, s'il vient à être subitement soustrait à la « cause excitante, il tend à regagner son état normal par une c marche analogue à celle d'un ressort qui; écarté de sa forme « d'équilibre, revient à cette forme par des oscillations dé- « croissantes, en vertu desquelles il la dépasse altemative- « ment en deux sens opposés... De là des phases dont les unes « sont de la même nature que la sensation primitive, et peuc vent être appelées les phases positives, tandis que les autres # sont de nature contraire et peuvent être appelées négatf- « ves* » Nous tiendrons compte de ces curieuses expérienees dans le chapitre où nous traiterons de la théorie de la mémoire, théorie sur laquelle ces faits sont appelés à jeter une vive lumière. Ils semblent démontrer, en effet, que le retour à l'équilibre nerveux suppose une succession ordonnée d^états intermédiaires; or ce qui se passe dans la rétine, ou quelque
(1) Plateau. DaoB BulUtin de CAead. de Belgique. 1849-1850. T. XVI, deuiième partie, p. 264.
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chose d'analogue, peut à priori 6tre conçu dans le cerveau. Évidemment, si Ton donne jamais une explication positive de la mémoire, elle sera fondée sur àês observations de la nature de celles-ci.
11 est d'autres illusions de l'œil qui ne dépendent pas du mouvement des objets extérieurs^ mais de ceux du corps. Tels sont les phénomènes du vertige. Quand on a longtemps tourné sur soi-même les yeux ouverts et qu'on s'arrête brusquement, tous les objets semblent tourner, l'on se sent soi-même en* traîné dans un mouvement gyratoire, et cet état est accompagné d'un trouble inexprimable. Peut^tre poumûlron expliquer le tournoiement des objets dans le sens des expériences de Plateau; mais l'explication serait évidemment insuffisante, puisque le tournoiement des objets a lieu lors même qu'on a tourné les yeux fermés. Une autre preuve que les yeux n'y sont pour rien, c'est que si on détermine en tournant des phosphènes, au moment où l'on s'arrête, les phosphènes ne tournent pas. Quelques auteurs, et entre autres Purkinje, ont fait intervenir, dans une autre explication de ce phénomène, l'hypothèse d'un certain mouvement imprimé au cerveau. Cette hypothèse mérite d'être prise en c(»isidération. Il est probable, en effet, qu'au moment où l'on s'arrête après avoir ainsi tourné sur soi-même, le cerveau, qui participait au mouvement général du corps, est à peu près dans le cas d'une gelée emprisoimée dans un vase qu'anime un mouvement rotatoire. Tant que le vase tourne, elle est entraînée dans un mouvement homogène et continu ; mais vient-il à s'arrêter brusquement, la masse qu'il contenait ne revient à l'équilibre que par des oscillations successives; des compressions intermittentes résultant de ces oscillations, elles doivent déterminer dans le système entier des nerfs des troublaa, instantanés dont la succesBion est très-rapide. J'ai étudié avec beaucoup d'attention
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ces phénomènes, et je me suis convaincu que celte apparence de rotation des objets après le tournoiement dépend d'une succession d'apparences alternativement obscures et claires, et d'une oscillation insensible des yeux. Reste à savoir comment des impressions analogues peuvent se développer par d'autres causes, par les narcotiques, par exemple, et par les spiritueux* Mais la solution de ces problèmes exige des recherches si pénibles qu'elles sont presqu'nn martyre, et les forces de rhomme le plus déterminé ii'y épuisent. Ces expériences sont fort différentes des autres. Dans celles-là on ne tue que des animaux; dans celles-ci, on se tue soi-même et l'on y de* vient aveugle. Mais, en revanche, elles pourront fournir un jour de précieux éléments à la physiolc^e de rintelligence.
Dans les expériences que nous venons de citer, l'intelligence est à peu près^passive ; mais dans d'autres cas elle est active. C'est ainsi que M. Ghevreul nous montrait dans ses cours une plaque découpée en une ombrelle octogone, divisée à partir de son centre en huit triangles alternativement rouges et blancs. Eh bien ! suivant que l'attention se portait plus particulièrement sur le blanc ou sur le rouge, on voyait, par une métamorphose immédiate, tantôt une croix de Malte blanche sur un fond rouge, tantôt une croix rouge sur un fond blanc. On a fait aussi la remarque que, dans des dessins où plusieurs lignes se croisent, l'œil peut distinguer à volonté des figures diverses. Ainsi l'esprit, par les sens, fait des abstractions, et, comme les esprits diffèrent, un même objet est souvent multiple pour plusieurs observateurs dont le point de vue parait être le même. Ce rôle immense de l'esprit dans la formation de toutes ses idées, que dis-je? dans l'élaboration de ses sen-* sations distinctes, explique mieux que tous les raisonnements possibles certaines erreurs de la folie. L'homme attentif à une idée ne verra dans les objets extérieurs que les traits qui sont,
PKS SBflTIHBNTS GBNBBAUX BT BBS PAB810R8. 456
si je puis ainsi dire, sur celle tra^ lumineuse (1). De là kâ illusions, et peut-être la pluparl des hallucinations. Mais n'ui* tieipons point sur Tavenir.
§ •. Des «eiiliiiieiit# sénéraïax et de« pa«itoiui.
Dans l'état normal» toute sensation est accompagnée d'un sentiment corrélatif. La sensibilité propre des organes estr elle éveillée dans un degré modéré, il en résulte un sentiment d'activité vitale et de plaisir ; l'excitation dépasse-t-eUe certaines limites» la texture des organes est*elle menacée d'une altération prochaine, il en résulte un sentiment de gène, de douleur et d'angoisse.
C'est par un véritable abus de langage qu'on dit vulgairement : une sensation agréable» une sensation douloureuse; par elles-mêmes les sensations n'ont rien de commun avec le plaisir ou la douleur; cela est si manifeste, que nous disons naturellement un corps tangible» un corps sapide» odorant» sonore ou lumineux ; mais il ne viendrait à la pensée de personne de dire un corps douloureux» un corps Yoluptueiu. On dit» il est vrai, un objet» un spectacle douloureux; mais on a plus égard , dans ce cas» à ses propres idées qu'aux objets pris en eux-mêmes»
Le plaisir et la douleur peuvent être localisés» U est mémo de leur essence de l'être ; Dnobus dohribuê mmel eter<t>» vehetnefUior çbêcurai altsrum^ dit Hippocrate» Hais il n'y a point de douleur, il n'y a point de plaisir qui n'associent le CGTfs tout entier aux modifications d'un seul organe en éveillant des sympathies innombrables.
Quand la douleur locale» quand le plaisir qui affecte un oh* gane sont vivement sentis dans cet organe » les effets synopa-
(1) Mon savant amt, M. le D' Hacario, explique ainsi certaines actions des MmiluniNili».
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thiqnes passent souvent inaperçus. Mais une modification locale n'est point toujours trahie par une douleur, par un plaisir distincts, elle demeure donc ignorée, et, dans ce cas, les sympathies générales qu'elle éveille peuvent être ressenties sous forme d'inquiétude, de malaise général, ou de bien-être et de joie. Ces sentiments, dont la cause première n'est point aperçue, remuent cependant le système nerveux tout entier, et donnent à toutes les pensées le caractère qui leur est propre. Voilà, parmi les éléments de la vie morale, l'un des plus importants et des mqins remarqués cependant.
Les sensations et les sentiments sont des motifs déterminants d'action. La tendance à l'action est définie quand le sentiment est localisé. Elle est indéfinie, au contraire, quand elle est déterminée par un sentiment général de joie on de malaise.
En tant que ces tendances entraînent la volonté de l'esprit, et sont plus fortes que l'intelligence, en tant que l'âme les subit, elles reçoivent le nom de passions. Les passions jouent un grand rôle dans la vie des animaux et de l'homme; mais bien qu'ayant pour cause des sentiments intérieurs, elles supposent une idée plus ou moins distincte de certains objets considérés comme fins ou comme causes. Cette idée de causalité, lorsqu'elle est nettement définie, donne aux tendances une direction précise; ainsi eu égard aux choses qui, par leur pré^ sence ou par les idées qu'elles éveillent, déterminent des sentiments agréables, elles deviennent appétit, désir, amour; le désir contrarié se change en envie, l'inquiétude en crainte, la satiété en dégoût, le sentiment de sa faiblesse en lâcheté, celui de sa force en courage, l'action devient fureur, l'aversion 86 change en haine, et il n'est point de passion qui n'ait pour cause certaines influences du monde extérieur et de celui des idées sur le système nerveux, et plus particulièrement
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sur celui des viscères. Ainsi» bien que ressenties par l'àme seule» les passions ont-elles pour cause les organes du corps. N*esi-ce pas avec une raison profonde qu'on dit de ceux qui sont sans pitié et sans miséricorde, qu'ils n'ont point d'entrailles, et des lâches qu'ils n'ont point de cœur?
Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet ; mais nous insisterons sur ce fait, qu'aux sentiments définis seuls répondent des tendances définies, et que de sentiments indéfinis résultent des tendances indéterminées. De là ces haines universelles qu'inspirent certains malaises ; de là encore ces joies dont l'expansion embrasse l'univers entier. L'homme dont la santé est parfaite voit tout en beau ; tout est triste, tout est amer à l'hypocondriaque ; nous reviendrons ailleurs sur ces faits.