THEORIE BE LA. MÉHOIRE. 4G
forlifler par un art qui est une sorte de gymnastique. Cet art est en grande partie fondé sur deux principes : le principe de répétition (1) et le principe d*association. Mais il y a une méthode supérieure qui est celle des analogies rationnelles. Cette méthode est celle des grands esprits ; les autres conviennent mieux aux têtes faibles qui ont moins d'intelligence et plus d'automatisme.
Il serait d'un haut intérêt d'expliquer ici le mécanisme de la mémoire. Malheureusement, cette explication n*est point facile, et nous serons réduits à proposer quelques hypothèses.
S •. Théorie de Im méaiolre.
Si la mémoire a pour cause le corps ou plutdt le système nerveux qui Tanime, et si ce système est lui-même formé de fibres et de cellules, nous pouvons, par hypothèse, en réduire l'histoire à celle d'une cellule simple : cette supposition est plus commode pour la marche des raisonnements ; et comme elle n'implique aucune contradiction, nous l'avons à cause de cela préférée.
Supposons, pour plus de clarté, qu'il s^agit d'une première impression, et que notre cellule centrale est pour la première fois modifiée. Cette modification implique évidemment un changement momentané dans son état intérieur; mais la cause cessant d'agir, l'impression s'efface peu à peu et la cellule revient graduellement à un certain équilibre. Les expériences de H. Plateau me semblent ne laisser aucun doute à cet égard.
Ainsi, un certain équilibre s'établit. Or, de deux choses Tune : ou bien la cellule centrale revient absolument i son
(1) Loeke. Essai pkUos. sur rauendmuni kumam. Liv. 11, chap. x, $ 3.
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état primitif, à sa virginité, si je puis ainsi dire, ou bien de rimpression première il est résulté une modification persistante. Dans ce cas, la cellule en revenant au repos n*est pas absolument telle qu'elle était auparavant ; elle est, à certains égards, quelque chose de nouveau, pour un tenAps ou pour toujours.
L'expérience oblige de conclure dans le sens de cette seconde hypothèse. Il est certain qu'il reste dans la cellule nerveuse quelque chose de l'impression première; et delà modification qu'a amenée cette impression, résulte une certaine tendance à la subir de nouveau.
Supposons maintenant que le nouvel équilibre étant acquis, une nouvelle impression, différente de la première, soit reçue. La cellule sera de nouveau excitée et modifiée; mais cette modification, portant sur une chose déjà modifiée, différera évidemment de ce qu'elle eût été si la cellule n'avait subi aucune modification antérieure. Ainsi, dans la modification nouvelle, il y aura quelque chose de la première. De même, dans une troisième modification, il y aurait quelque chose de la seconde et de la première, et ainsi de suite; en sorte que dans une modification présente, la série entière des modifications antérieures est h certains égards réalisée et vivante.
Admettons maintenant qu'une nouvelle impression vienne à détruire encore une foià l'équilibre acquis ; cette impression cessant, un nouvel équilibre s'établira par degrés. II semble presque impossible de décider conunent s'accomplira ce passage de l'excitation au repos ; à priori ^ cependant, il doit y avoir un ordre dans ce retour, car rien dans la nature n'arrive sans cause. Maisquel sera cet ordre? Par quelles séries d'états intermédiaires les centres nerveux élémentaires reviendront-ils à cet équilibre un instant perdu î L'observation semble démontrer que cette tendance se manifeste par une
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suite d*oscil1ations, en raison desquelles la série entière des modifications antérieurement éprouvées est parcourue en deux sens alternativement opposés. Ainsi, toute modificalion de Tètre sensible, c*est-à-dire toute excitation sollicitant une réaction corrélative» il en résulte une tendance nécessaire à la reproduction des actes antérieurs. C'est à ce phénomène automatique qu*on donne essentiellement le nom d'habitude. Mais en tant qu*il est perçu par Tesprit et se traduit par des idées corrélatives, il reçoit le nom de mémoire.
On ne saurait assez insister sur ce fait fondamental da retour à l'équilibre acquis par un passage successif à toutes les combinaisons qui l'ont amené par degrés. Ce fait, qui semble ne pouvoir être contesté, dépend probablement de la constitution de chaque cellule nerveuse prise à part, car au point de vue de l'automatisme, chaque cellule est un centre nerveux complet.
Cette manière de voir parait trouver un point d'appui dans les curieuses expériences de Plateau. Toutes ses expériences mettent, en effet, en lumière un certain retour à l'équilibre par des oscillations véritables. Or, de nième que cet habile physicien a reconnu dans les états successifs d'un organe sensitif tendant au repos une suite de phases alternativement opposées; de même, nous voyons l'esprit tendre à l'équilibre perdu par des mouvements oscillants entre le présent et le passé* Aussi le développement des sons et des mouvements en séries régulières aident-ils merveilleusement à ces phénomènes de la mémoire, et ses phases sont comme des gammes alternativement ascendantes et descendantes. 11 n'y a donc point, à proprement parler, de traces dans la mémoire; l'explication de cette merveilleuse faculté est toute dynamique ; mais la dynamique des matières vivantes n*est-elle pas encore un mystère presque impénétrable ?