DE LA. MÉMOIRE
Nous venons d'examiner le cas où il â'agii d*une seule culiule centrale. Oi% nous avons analomiquemcnt démontré que ces cellules ne sont point des centres isolés, et qu'elles communiquent entre elles par des prolongements à parois finement granuleuses, suivant un ordre que Tobservation n'a pu jusqu'à présent découvrir, mais que la raison aperçoit dans Tenchalnement des phénomènes généraux de Torganisation. A l'aide de ces prolongements , chaque cellule est directement ou indirectement, d'une manière médiate ou immédiate, unie à toutes les autres cellules centrales. Il doit donc y avoir en chacune d'elles, outre ce qui lui est propre, un écho général et un détail de ce qui se passe dans toutes les autres. Aucune d'elles ne peut être isolément impressionnée» et chaque fois qu'une cause suffisante a agi, l'organisme nerveux entier vibre, pour ainsi dire, sous la dépendance d'une seule cellule. De là, pour une impression isolée des réactions multiples, mais coordonnées cependant, toutes les cellules étant certainement enchaînées dans un ordre admirable.
Si l'hypothèse que nous proposons ici est fondée, rien ne paraîtra plus automatique que la mémoire. Cependant l'intelligence règne aussi sur elle. L'esprit peut par moments puiser à son gré dans les trésors du passé , l'esprit humain, veux-je dire ; car est-il bien prouvé que les animaux aient une mémoire identique à celle de l'homme? lia faculté- dépenser est si intimement liée à la faculté de se ressouvenir» que la liberté de l'une suppose l'indépendance de l'autre. Mais s^il est en notre pouvoir d^évoquer dans des ombres du passé, en revanche, nous ne sommes pas maîtres de l'oubli. Qui n'a pas souvent désiré effacer de son souvenir ces idées toujours présentes, ces fantômes qui traitent l'âme en conquête et la torturent? Si la faculté de se ressouvenir est nécessaire à la
DEFINITION DB l' IMAGINATION. 473
grandeur des pensées, l'oubli n'estril pas un des éléments les plus certains , sinon du bonheur, du moins du repos? Qui n*a souvent dit comme le poète :
Félicité pimée Qui ne peux revenir, Tourment de ma pensée.
Que n'ai-Je en te perdant perdu le aouvenlr !
mais l'oubli, ce paradis des mythologies antiques, n*est pas selon la nature de Tftme. Or, périsse sa félicité plutôt que sa grandeur ! ses tranquilles plaisirs plutôt que sa liberté ! Sans la mémoire, l'homme ne serait rien ; la mémoire est la base de la personnalité dans ce monde et de l'immortalité dans l'autre; elle est le fond nécessaire sur lequel s'élève le pouvoir créateur de Tesprit. Or, en tant que l'esprit libre s'exerce ainsi sur les faits réservés par la mémoire, en tant qu'il les mêle et les combine, il s'appelle imagination. Nous allons rapidement en esquisser l'histoire.