DÉFINITION DE L*IMÀG1NAT10N
pressions du dehors; rimaginatioii, au contraire, s*éveillc et grandit dans le silence de ces impressions, dans le sommeil • général surtout, et pendant la veille, dans la sphère des sens que l'on réduit au repos. Rien ne démontre mieux la légilimité de cette distinction première de la sensation et de Tiinagination.
Hais, tout en les distinguant, il ne faudrait pas méconnaître leurs analogies réelles. Il est certain que les sensations fortes impressionnent vivement Timagination, et réciproquement, que dans Tezcès d*une activité maladive l'imagination peut, en l'absence de toute cause extérieure, éveiller des sensations réelles. Il y a donc entre les organes internes de Tirnagination et ceux de la sensation, des correspondances naturelles et des échanges réciproques.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en l'absence d'impressions actuelles, il peut s'éveiller dans l'âme des innages des sensations passées. Ces images enchaînées, combinées au gré d'un artiste caché, composent un monde idéal ou plutôt une apparence intelligible du monde extérieur. De ce monde idéal, quand le système des images s'est complété par le temps et par le mouvement de la vie, naissent incessamment des inh pressions variées, moins vives en général que celles du monde extérieur, mais objectives comme elles et capables d'éveiller le désir, la crainte, toutes les passions enfin, toutes les fibres de l'âme humaine.
Il y a donc dans l'homme, à partir du moment oft il pense, deux sources d'impressions distinctes également fécondes, & cette difiTérence près que du monde naissent des impressions fortes, ardemment colorées, intéressant immédiatement et par une consécution nécessaire l'automate vivant, tandis que de l'imagination naissent des images plus pâles, moins colorées, des impressions plus faibles et ne sollicitant qu'à demi
476 DB l'imagination dans l'état de veille.
l'automate. De cette inégalité naturelle entre la force des sensations réelles et celle des sensations imaginaires résulte, par une comparaison qui s*opère instinctivement, le sentiment de rélat de veille. Or, comme cette comparaison ne peut avoir lieu qu'en présence des sensations extérieures, s'il y a un état possible dans lequel ces sensations soient obscurcies, les' sensations imaginaires pourront dominer à leur tour et régner sans rivales.
Or cet état existe, c'est le sommeil^ condition dans laquelle le rapport des organes de l'intelligence avec les organes extérieurs est, pour un temps, presque entièrement suspendu. Dans cet état nouveau, l'être vivant a conscience de lui-même, mais il n'a plus de sensations distinctes, sinon les sensations iipaginaires.
Il y a un troisième état qui paraît résulter d'une excitation excessive des organes extérieurs de l'imagination, et dans lequel les impressions idéales arrivent au point d'égaler l'énergie des sensations extérieures, et cela pendant l'état de veille, en sorte que la distinction n'est plus possible entre elles. Ces impressions du monde idéal, exagérées au point d'é* galer les impressions du monde réel, ont reçu le nom d'hallucinations.
Un quatrième état est celui de l'extase, état encore mal déOni, mais qui se distingue de l'état d'hallucination et de sommeil par des troubles singuliers de la sphère des mouvements organiques. Nous aurons donc à étudier l'imagination dans quatre circonstances principales, savoir :