Dans l'état d'extase
DB l'btAT de VEILLB. 477
S •. De l'état de irellle.
La distinction de Tétat de veille repose, ainsi que nous l'avons vu, sur ce fait que, les deux ordres de sensations se développant à la fois, les sensations extérieures dominent; mais, bien que dominantes, elles n* éteignent point le mouvement de rimagination; les deux mondes, le réel et l'idéal, se mêlent; d'où résulte une double sensation, une double action, une double science.
Il est hors de doute que les animaux imaginent. Les chim-* panzés qui ont vécu au jardin des Plantes en ont donné souvent des preuves frappantes. Quand leur gardien était absent, on les voyait à tous moments grimper au sommet de leur cage et guetter son retour. S'ils guettaient ainsi, c'est qu'ils avaient, en l'absence même de toute cause présente, l'idée de ce maître absent. Le dernier éléphant d'Afrique, qui a vécu à la ménagerie du Muséum, habitait une loge grillée en dehors de laquelle étaient des coffres pleins de son. Ce son était l'objet de sa convoitise, et on le voyait à chaque instant allonger sa trompe à travers les barreaux et s'efforcer d'atteindre aux couvercles des coffres et de les soulever. Il avait donc une idée de cet aliment dont aucune sensation actuelle ne trahissait la présence.
L'observation des animaux domestiques, et plus particulièrement du chien, nous fournit à chaque instant des exemples analogues, exemples si vulgaires qu'il serait superflu d'y insister. Mais, dans les animaux éveillés, l'imagination ne crée, pour ainsi dire, une idée qu'à la sollicitation d'un instinct. Toute idée est donc chez eux essentiellement liée à une volonté efficiente d'où résultent des mouvements dont l'ensemble exprime une tendance plus ou moins violente vers le monde extérieur. L'idée ici n'est plus l'élément de la méditation, mais d'une action effective.
478 DB L*UUG1NJIXI0N DA^S l'BTAT DE TBILLB,
L'imagination a dans riiomme éveillé des effets analogues. Mais l'homme a une puissance qui n'appartient qu'à lui» celle (le diriger à son gré son attention sur ses sensations ou sur ses idées. Seul il sait, quand sa pensée Texige, faire prédominer ridéal sur le réel, et, les comparant Tun à Tautre, substituer aux entraînements de l'instinct les déterminations libres du jugement. La puissance d'imaginer est donc, dans l'homme éveillé, la base de la liberté et de l'intelligence ; sans elle» il n'y aurait point de pensée possible. L'art spontané d'imaginer est donc la condition première de l'art de penser. Cet art met en usage un procédé fort simple : il est fondé sur la faculté que l'homme possède d'obscurcir ou de réduire au silence les sens extérieurs, soit en leur donnant moins d'attention, soit en les réduisant à un repos forcé à Taide d'appareils obturateurs soumis à l'empire de la volonté. C'est ainsi que nous cessons de regarder et que nous fermons les yeux quand nous voulons imaginer vivement des couleurs ou des formes absentes. De même, pour être plus complètement attentifs à des discours, à des chants imaginaires, recherchons-nous le silence extérieur. C'est à ces conditions que le monde idéal, où vit la pensée, se développe dans toute sa splendeur. On exprime trèsbien cet état de l'ftme attentive à elle-même eu l'appelant la réflexion de l'esprit.
D'ailleurs, et c'est là une renurque essentielle, non-seulement l'homme sent^ en un certain degré, les choses imi^nées, mais il peut s'imaginer lui-même, agissant au milieu de ces choses» ce qui est à coup sûr un grand mystère. Quoi de plus merveilleux que de voir l'homme s'iaiaginant lui^ même au milieu de ce qui est en lui. 11 se conçoit comme un infiniment petit dans cet espace, dont cependant son flme comprend l'idée. Cette contradiction n'est«^lle pas frappante? et ce paradoxe admirable n'est-il pas une preuve sensible que
DE l'ëXàT BB TBtLLB* 479
Tcsprit qui sent et le corps par lequel Tesprit sent, sont deux choses essentiellement distinctes et différentes dans leur incompréhensible union?
De Fintervention libre de la volonté humaine dans le monde de Timagination résultent de grands effets; la puissance de modifier ses idées, de les transformer, que dis-je? de les combiner en mille manières, pour en faire surgir des idées nouvelles, en est la conséquence. Maître par son imagination du temps et de Tespace, Thomme est par elle actif au delà du monde et peut s'élever jusque dans Tinfini.
Tous les modes de la sensation ne sont point représentés également dans l'imagination. Il est certain que nous imaginons très-vivement les choses que la vision et l'audition nous représentent. Il n*en est pas de même des odeurs ou des saveurs, que la pensée a rarement le pouvoir de nous rendre présentes : j'en dirai autant de la plupart des sensations du toucher, et en particulier du sens de la douleur. On imagine plus aisément qu'on se meut, mais cela n'est bien évident que dans les aveugles. Les gens clairvoyants mêlent à cette idée beaucoup d^éléments qui sont du domaine de la vue.
Nous parlons ici de l'homme exclusivement, et il est indispensable d'en faire ici la remarque, parce qu'il n'est pas impossible que chez quelques animaux les choses ne se passent d'une manière un peu différente. Je soupçonne, par eiemple, que la faculté d'imaginer des odeurs dans l'état de veille, existe en un certain degré chez les chiens, et chez les autres animaux à lobe olfactif très-grand. Mais on s'aperçoit aisément qu'il s'agit ici d^une simple induction, et non d'une vérité démontrée. Dans ce que nous allons dire maintenant de rimagination de l'homme éveillé, il s'agira surtout des idées visuelles et auditives. Si par hasard des observations exceptionnelles indiquaient dans quelques individus la faculté
480 DE L'iMAOINÂTtON DANS L ETAT DE VEILLE.
d*iinaginer des saveurs ou des odeurs, les propositions générales que nous allons formuler D*en recevraient aucune modification.
1» Une impression quelconque, lorsqu'elle atteint un haut degré de vivacité soit par la répétition, soit par son énergie actuelle, s'empare de l'intelligence tout entière et domine l'imagination. C'est ainsi que lorsqu'on éprouve une grande douleur ou une grande volupté, l'imagination n'a plus aucune puissance, toutes les forces de l'attention et de l'aperception étant concentrées sur une sensation dominante.
T Une impression sensoriale éteint d'autant plus facilement telle ou telle impression imaginaire, qu'elle lui est plus semblable. Cette proposition est assez claire par elle-même; c'est une application nouvelle de cet aphorisme célèbre : « Duobus doloribus semel obortiSy vehemeniior obseurat alte^ rum. > Ainsi une sensation forte éteindra d'autant plus facilement une sensation plus faible, qu'elle sera de même nature. La lumière du soleil, par exemple, empêchera de distinguer à une faible distance la flamme d'une bougie, mais n'empêchera point d'entendre un son, fût-il d'ailleurs assez faible. Or, dans l'état de veille, les sensations imaginaires peuvent être assimilées à des sensations très-faibles.
3° Le mouvement d'une attention vive portée à une chose quelconque, soit sensation, soit action, nuit de manière générale à la liberté de l'imagination, de même qu'elle nuit à celle de la sensation en général. Un homme attentif à une conversation qui l'intéresse vivement, n'entend et n'imagine rien au delà, ou, s'il commence d'imaginer, il cesse en même temps d'écouter. L'attention donnée à un mouvement quelconque aflaiblit aussi la faculté acluellc d'imaginer. Un danseur qui s'exerce à exécuter un pas d'une précision pénible, n'imagine point autre chose; aussi une attention trop exclusive donnée
DE L*àTAX D£ VKllLB. 481
à des bagatelles, rétrécit-elle en général l'esprit, et cela d'une manière incurable.
40 En conséquence de la proposition précédente, un homme imaginera d'autant plus vivement que son attention ne sera détournée par aucune action étrangère. Voilà pourquoi, en général, les attitudes du repos sont favorables au développement des faits imaginaires. De là, certains préceptes des quiétistes.
5"* 11 y a toutefois des conditions dans lesquelles des sensations ou des actions extérieures peuvent favoriser le développement des sensations imaginaires. Ces conditions sont réalisées toutes les fois que cette sensation ou cette action sont corrélatives à la chose qu'on imagine. Ainsi imagine-t-on d'autant plus vivement un air, que son accompagnement se fait entendre. De même un pianiste imaginera d'autant plus vivement un morceau, que ses mains en simuleront l'exécution. 60 En général une chose est facilement et naturellement imaginée, même en regard d'une sensation vive d'un ordre quelconque, lorsque cette sensation est habituellement associée à cette chose.
Ainsi le bruit d'une fanfare éveille naturellement l'idée d'une troupe à cheval. La vue de la mer donne Tidée d'un vaisseau. Le bruit du tocsin éveille irrésistiblement, à Paris, ridée d'une émeute et, en province, celle d'un incendie. Il serait inutile de multiplier ces exemples qui sont vulgaires. On peut donner à ces idées, qui se développent sous la dépendance du principe d'association, le nom d'idées consécutives.
70 Lorsque des sensations sont habituellement ordonnées en séries, il suffit que les premières soient reproduites dans la sensation, pour que la série entière s'ensuive dans l'imagination. Lorsque la pensée rapporte celte série d'idées à lu II. 31
467 DB l'imagination DANS L'ÉTAT DE VBIIXB.
cause qui Ta pour la première fois déterminée, ce phénomène se confond avec la mémoire; dans le cas contraire, c'est la réminiscence. C*est ici le lieu de parler de certaines rémi* niscences de l'ouïe, parce qu'elles ont un caractère spécial qui établit entre les faits de l'imagination et ceux de la sensation une transition naturelle. On sait que certains discours, certains modes de langage, certains concerts autrefois entendus, se reproduisent tout à coup dans l'esprit d'une manière spontanée en apparence, mais en réalité, sous l'influence de causes déterminées, reproduisant les premiers termes de quelque série auparavant oubliée. Un poète compose ; les premiers mots d'un vers oublié se présentent par hasard sous sa plume : aussitôt^ en conséquence de la loi d'associations en séries, le vers tout entier revient automatiquement à l'esprit, où il apparaît comme une création nouvelle. Les musiciens sont fort sujets aux réminiscences de ce genre, et elles arrivent fréquemment aux gens qui, ayant beaucoup lu et beaucoup entendu, ont plus de sensibilité que de mémoire. Car il y à cette diflérence essentielle entre la mémoire et la réminiscence, que la mémoire rattache un souvenir à son origine première, et coordonne le présent avec le passé, tandis que la réminiscence semble créer des idées nouvelles.
S"" Les idées imaginaires peuvent être considérées comme des sensations très-faibles. Réciproquement, des sensations très-faibles peuvent être prises pour des sensations imaginaires. Cette proposition mérite d'être appuyée sur des observations positives.
J'étais un jour occupé à transcrire des manuscrits. Un de mes amis, musicien distingué et doué d'une ouïe très-subtile, lisait à côté de moi. Voilà qui est singulier, lui dis-je ; j*ai, depuis un moment, dans l'esprit un air que j'ai dernièrement entendu, et j'en suis malgré moi préoccupé d^une manière fa-
DB l'btat db tbillb. 488
tigante. Mon ami n'entendait rien. Tout à coup un vent léger s'élève et nous apporte des sons distincts. L'air que je pensais imaginer était joué en réalité ipar un orchestre éloigné. Mon ami le distingua parfaitement et m'affirma de nouveau qu'auparavant il n'avait rien entendu. Remarquons que cet air lui était auparavant inconnu.
90 En G(Miséquence, des sensations très4aibles seront d'autant plus aisément perçues sous forme d'idées» qu'elles auront antérieurement été éprouvées dans le tnème ordre et d'une manière distincte.
10^ Des impressions trop faibles pour déterminer, & proprement parler, une sensation, peuvent dans certaines condi«iions éveiller des idées adéquates ou corrélatives, lors même que ces impressions sersûent, pour la première fais, épro«h- Tées dans l'ordre actuel.
Sur cette proposition est fondée l'explication de ces divinalions artificielles que certaines personnes attribuent à des puissances occultes, le m'explique :
Vh homme tient la main d'une femme hystérique, plongée dans l'état magnétique. Il pense à un nombre, et demande à la somnambule quel nombre il a pensé. Observez que, pour obtenir une réponse, il faut pens^ très-vivement : ceci est essentiel. Or, penser vivement à un nombre, c'est avoir une tendence énergique à l'exprimer par certains signes. 11 peut donc y avoir chez un questionneur intéressé, ou certains mouyements des lèvres, ou des tressaillements du corps et de la main, insensibles pour tout le monde, mais suffisants pour régler si je puis ainsi dire la machine hystérique du somnambule ; et, chose remarquable, l'esprit qui anime cette machine pourra croire n'obék qu'à son propre mouvement, puisque, ainsi que nous venons de l'établir, des sensations très^faibles peuvent n'être comprises que sous forme d'idées. •
4ë4 1>U SOMMEIL.
GHAPITRE V.
$ 1. DéanlttoM du MMumell.
Le sommeil est la condition première de la vie animale. Le fœtus dort dans le sein de sa mère. Naître c'est s'éveiller une première fois ; l'état de veille est donc un état d'excitation et d'activité exceptionnelle. L'influence des agents extérieurs sur les sens, les sentiments nés des besoins de l'organisme, la douleur, le plaisir, toutes les passions, tendent à troubler le repos primitif; mais au bout de quelque temps, la fatigue, la satiété, l'épuisement le ramènent par une tendance invincible. Ainsi tout animal veille et dort tour à tour, et sa vie s'achève dans ces alternatives naturellement liées à celles du jour et de la nuit.
Le sommeil est donc l'état primordial. Hais c'est un état de torpeur d'égolsme et d^ignorance. C'est pendant la veille seule que l'âme se manifeste à elle-même dans toute sa splendeur, car penser c'est agir, et l'homme ne se connaît que par la pensée. Si donc il a jamais une idée claire et précise de sa propre existence, si jamais il sent et mesure sa force et sa liberté, c'est pendant l'état de veille. C'est alors seulement qu'il est capable d'attention et de volonté suivie. La veille en d'autres termes est la plénitude de la vie active avec son énergie, ses points de vue et ses méthodes.
L'attention soit aux choses de l'esprit, soit aux choses du monde est si essentielle à l'état de veille, que certains philosophes, et en particulier Jouffroy, en ont fait le caractère principal qui la distingue du sommeil. Mais ce caractère seul n'établit pas assez de différence entre le sommeil et la rêverie;
DÉFTIfITTON D« SOMMEIL. 486
pour compléter la définition du sommeil il faut faire intervenir ridée d'un engourdissement général des sens et des appareils musculaires soumis à Tempire de la volonté. Alors le corps revient aux conditions fœtales , il végète. Mais ce nouveau sommeil difière cependant du sommeil primitif. Celui-ci était absolu» sans idées et sans rêves, mais quant après la naissance, le contact du monde a éveillé le cerveau, les impressions extérieures y laissent des traces que le sonuneil le plus profond n'efface pas, Tàme ne cesse pas d'être active au moins par ses organes immédiats, et la pensée, une pensée vague il est vrai, mais vivante, persiste.- Cependant cette pensée que l'attention et la volonté ne dirigent plus, livrée au caprice des causes occasionnelles et des associations fortuites, s'égare le plus souvent dans un labyrinthe de voies sans issue. Aussi l'incohérence est-elle un des caractères les plus frappants des idées du sommeil.
Gomme les mouvements du corps et la persistance des attitudes actives réclament un certain degré d'attenticm et d'instance ) les attitudes du sommeil tendent à un équilibre passif. L'œil est entraîné en haut comme dans la mort , les paupières se ferment et, soit par défaut d'accommodation, soit par suite d'un affaissement intérieur, toutes les activités sensorielles s'obscurcissent par degrés. Ainj^i mis dans une sorte d'oubli, le corps semble abandonné par Tàme intelligente et n'obéit plus qu'aux lois de la vie automatique. Le sommeil, disait Avicenne (1), est un mouvement de retrait de l'esprit animal qui abandonne les organes du sentiment et du mouvement, à l'exception de ceux dont l'action est à tout moment indispensable à l'entretien de la vie.
Il est si évident que le sommeil résulte surtout de ce que
(1) 1.3. Tract. 4. cap. i.
486 m sonaiL.
rftme oesse d'être attentive au eorps» qu'une impression nou- ▼elle, que dis-j® ? 1& cessation brusque d'une impression habituelle, déterminent le réveil en ramenant par une réaction subite rftme à un objet défini. Le premier effet du sommeil commençant est de détruire la coaptation de l'œil aux objets. C'est ainsi que les lignes d'un livre s'effacent graduellement sous les yeux de l'homme qui s'endort, après avoir paru doublées.
On sait par expérience que pendant la veille il suffit d'être attentif à une conversation poursuivie même i voixtrès-basse, pour qu^un concert, une scène entière d'une pièce déclamée par des voix puissantes , passent inaperçus. La même chose arrive dans le sommeil ; l'oreille ne cesse pas, sans doute, d'être ébranlée par les bruits extérieurs, mais l'âme n'y est point intéressée ; des bourdonnements, des chants indéfinis, des murmures intérieurs et monotones l'occupent tout entière et l'absorbant, pour ainsi dire, la conduisent à un oubli complet du monde réel ; or il en est probablement de même pour tous les autres sens.
Cet oubli complet du monde extérieur arrive d'ailleurs par des transitions insensibles , comme si l'âme se retirait lentement vers ses derniers refuges. L'œil s'endort d'abord , puis le toucher, et en dernier lieu l'oreille (1). Dans cet abandon complet des choses présentes, l'âme perd toute sa puissance directe sur le corps autant qu'il est au centre des réalités extérieures, et n'a plus avec lui que des corrélations médiates ; car la vie automatique persiste en grande partie, ce qui semble démontrer péremptoirement que le sommeil n'intéresse que fort peu la
(1) Quelques hoinmes entendent pendant lenr eommefl an point de p(Mivotr Buivre et tenir une conyereation tout en restant endormis; on a yq des gens endormis dans une même pièce causer entre eux des rêves qu'ils fai- Baient. ^- Cf, Beattie. Réflexions sur les songes. — Diù tamen excubat yigil auditus, et voces hominum yicinorum exaudiuntur et intelliguntnr, fractft )am ocnlomm ▼!. Haller, Phys, Lib. XVII, sect. ni, $2.
DiFnnnov bu soboibil. 487
pioelle épinière. Abandonné à rempire des forces végétatives, le corps est laissé en jachère» si je puis ainsi dire, et l'action de l'âme ne dépasse plus la sphère de ses organes Immédiats. Ainsi la vie idéale est substituée à la vie réelle, et détournant à son profit toutes les forces de Tintelligence, le sommeil la distrait avec plus de force en Tenchalnant à des préoccupations fantastiques.
II ne faut peint croire cependant qne la chaîne qui lie l'âme an monde soit alors absolument rompue; elle est seulement relâchée. Nous venons de dire que la vie organique n'est point sujette au sommeil ; dès lors si quelque impression agit sur le corps de manière à déterminer certaines réactions dans la sphère de la vie organique, elle pourra être perçue, non en ellemême, mais dans ses effets et par une sorte d'écho. C'est ainsi qu'une cause de douleur pourra ne point produire une douleur locale, mais un sentiment de gêné ou de malaise (}ui se généralisant de plus en plus éveillera dans la pensée des idées corrélatives. Il est cependant certains cas oCl des impressions pourront être immédiatement perçues pendant un sommeil non interrompu. Quand par exemple une impression, très-faible d'abord, grandit par degrés et sans surprise, elle peut s'accroître ainsi au point d'être sentie sans que le dormeur en soit éveillé. De même un mouvement spontané du corps contrarié par un obstacle^ une attitude gênftnjie, une pression continue, l'action prolongée de la chaleur ou dn froid sur certaines parties, pourront éveiller des idées adéquates pendant le sommeil ; mais l'âme toute occupée du inonde fantastique qui l'environne lui rapporte toutes les impressions dont elle a conscience, pour peu qu'elles puissent trouver place dans le cadre d'ailleurs fort élastique du rêve.
La cause qui produit le sommeil obscurcit en général toutes les sensations à la ipis; mais quelquefois l'une d'elles survit
ii cet anéftntisseiDent (1). Dans certains cas, les sensations seules sont endormies, mais la faculté de se mouvoir volontairement persiste; si, par exemple, le corps est livré à un mouvement régulier et habituel, ce mouvement peut se continuer malgré le sommeil : c'est ainsi que des cavaliers dorment à cheval, pendant les longues marches, sans perdre l'équilibre; les vieilles femmes dorment en tricotant; Franklin s'endormit un jour en nageant et ne cessa point de nager ; Galien, faisant la nuit une longue route, s'endormit et continua à mardier jusqu'à ce qu'une pierre le fit tomber (i).
On donne aux personnes qui se meuvent ainsi pendant le sommeil le nom de somnambules ou de noctambules.
Les actions des somnambules^ dit fort justement Johnston (3) , doivent être sans exception rapportées à l'imagination. Ils agissent en effet, dans la plupart des cas, en raison des images décevantes que la fantaisie leur présente. Les habitudes de la vie réelle tracent d'ailleurs la voie à ces actions du sommeil : des cuisiniers nettoient et rangent leurs ustensiles; des palefreniers pansent leurs chevaux; un postillon de
(I) Ud ofBder an^ais aTait l'imaglnatioD il «nieepUble d*être atifectée pendant le sommeil, que 9» camarades lai 8ag|[éraient des songes à lear gré en lui pariant doneement à Torellle. Une fois, entre antres, ils le firent passer par tous les degrés d'nn duel, depuis le oommettoement de la dispute Jusqu'au moment de làctier le pistolet, qu'ils lui avaient pour cet effet mis à la main, et dont le coup le réveilla. (Beattie, Riflemiont $ur les songes, $ 4. Cf. Jonfflroy, Du MimiMil.)— Il est impossible d*aoeepter la théorie de M. Charma, qui veut que toute sensation perçue pendant le sommeil, éveille, ne lÙt-ee qu'un instant. Les songeurs s'accommodent fort bien de ces sensations et continuent souvent de rêver. Charma, Du sommeil. Mai, 1S62. Paris. — Formey. Mim. de VAead. de BêtUn. T. VIU, 1746, a beanoonp mleas parlé sur ee point.
(2) De molu museulorum c. iv.
(3) Class. 10. ThaamatographlsnataraliB.Cap.vn, 2.
DES SOMlfAMBULBS. 489
Cahors, qui faisait un service de nuit et donnait pendant le jour, se leva tout endormi, et on le vit aller à ses chevaux en plein midi, une lanterne à la main (1). Certains somnambules exécutent avec une précision merveilleuse des pérégrinations plus ou moins étendues dans des sentiers périlleux. Un Anglais somnambule sortit une nuit du monastère de Saint-Benott, courut, Tépée à la main, sur le bord de la Seine, rencontra un en&nt qu'il tua, et revint tout endormi dans son lit. A son réveil, il n'avait aucun souvenir de son crime (S). Le valet de chambre d*un prince récitait tout endormi les prières des morts, arrivait à la voix du prince et répondait à ceux qui l'interrogeaient (3). G.-G. Garas araconté qu'un prêtre ayant envoyé sa servante somnambule dans un village voisin pour y prendre les conseils du savant MûUer, celui-ci lui donna une prescription qu'elle fit, tout en dormant, exécuter chez un pharmacien et la rapporta chez elle, évitant avec soin les fanaux allumés sur la voie (4).
Quelle que soit l'authenticité de ces faits, et Ton ne peut guère la contester, comment les expliquer? 11 y a à cet égard trois hypothèses possibles.
La première est celle d'Aristote (5). Suivant ce philosophe, les somnambules voient et sentent de la même façon que ceux qui veillent. Le sens des choses oceurrentes les touche, bien qu'ils ne veillent pAs; mais cependant, dit-il, ils ne rêvent pas non plus. Albert le Grand essaie d'exprimer cet état inter-
(f ) OlM. oommttnlqaée par M. le IK. Élol Delord.
(3) DamhonderiaB. In rerum eriminaHum prasi. Cap. xxxvi. 12. Cf. Barthole in llbro. De juttitUi et Jure.— Zaeatos Lnailanut. De med, prine. AittarUL Oba. xv.
(3) Cardan. D^^Heêate rerum, Lib. Vlll, cap. Lxiii, p. 421 Avinlone, 15&8.
(4) Voir Fabius. Spécimen psifchologieù'meâiewm de eomnHê, ArnsU ISSt. Contalta aaisi l*hiiU>ire du lomnambule obaer? é par Fr. Soave et Am. PoraU, dam Épkémirldee de êc. natnreUee. Parla, f tlS.
(&) De generaHone animaiitm. V, p. SSO, ligne 9, de l'édit de Berlin.
400 PU fiOMUIL.
médiaire, en disant qu'ils sont moins endormis qii'assoupis. Un grand nombre de faits sont favorables à pette manière de voir. La seconde hypothèse a aussi quelques faits pour elle. On peut supposer que les individus qui imaginent dans cette condition du sommeil agissent dans le monde réel en raison des images décevantes que l'imagination leur suggère. Or il y a quelquefois une ressemblance si frappante ^ntre ces ima* ges et l^ réalité, que des actions aveugles en apparenpe peuvent ^ coordonner de la manière b plus admirable avec les choses extérieures. On comprendra plus faeilemept notre pensée si l'on se rappelle avec quelle étoqinante fidélité Timar gination peint sur h toile des songes les traits des personnes que nous connaissons; et si les lieux y sont tracés avec la méipe fidélité et que Thabitude d*un c^tain mouvement donne la direction première» on coiicevra comment les moq^ vements pourront se développer dans une corrélatiofi parfaite avec les objets extérieurs. Remarquons d'ailleurs que» même pendant la veille, nous ne connaissons les choses que par les idées que les sensations nous en donnent. Ainsi l'homme se meut dans l'idée qu'il a du monde. Or si l'idée représente exaptement le monde et coïncide avec lui, qu'importe qu'elle ait ou qon pour eause des sensations aetuelles? M'estpce point là rhistûire du voyageur se dirigeant avec sa earte et sa boussole dans un désert inconnu (1)?
(1} L'âme, dit Charles Bonnet, exécute en dormant ee qu*eUe exécutait en r6vant. Elle imprime au oorps une^nite de monTemenke, qui correipond à celle que la vue dei objets oecaftiimnait pendant la veUle. Senil>lable au pilote qui gouYerne son vaisseau sur l'Inspection d'une earte, l'àme dirige le corps sur l'inspection de la peinture que rimagination lui oi^e. JS«tat 4e piffcHoiogit, o. xi. — Les oommissaires de la Société dt^eiencee physiques de Lausanne eoneluaient dans le même sens, « Que le somnamlmlisme est une affection nerrcnse qui nous saisit et qui nous quitte pendant le sommeil, durant lequel l'imaginallMi nous représente les objets q«i l'ont frappée à l'état de Teille, avec entant de vivacité que s'ili affeotaient réeUement nos
DBS tomiijaiiiLBS. 491
La troisième hypothèse a été défendue avec un rare talent par mon excellent ami li. le docteur Hacario. Suivant ce sauvant médecin, les 8omnan^)ules sont insensibles aux impres* ôons du dehors, hormis celles qui sont en rapport avec leurs idées, leurs pensées et leurs sentiments. C'est ainsi que le rdigieux somnambule, qui tenta dans son sommeil d'assassiner Tabbé dom Duhaget (1)» se dirigea parfiiîtement jusqu'à son lit où il le supposait couché, et ne l'aperçut point assis & la table où il travaillait encore* C'est donc aux gens préoccupés que H. Macario, reprodmsant l'opinion de la^ Société des Sciences de Lausanne, les compare. Toutefois , il faut qu'il y ait quelque chose de plus dans le somnambulisme, s'il est vrai, comme H. Lelut l'admet et comme H. Macario l'enseigne d'après une observation du docteur Encontre, de Hontauban, que dans cet état on puisse voir dans les ténèbres et lire les yeux fermés ou même au travers d'une feuille de papier (2). Il y a dans tout cela bien du mystère (3).
II est très-vrai que certains somnambules ne voient pas, témoin celui dont Wepfer nous a conservé l'histoire (4) ; d'autres, au contraire, voient et entendent. Tel était cet Oporinus, compagnon du père de Félix Plater (S), qui lisait tout endormi les textes grecs que son ami corrigeait. Quelques-uns conservent le toucher (6) que d'autres ont perdu. A côté de somnam-
wUt tandis qu'elle n'est frappée de oeu qal sont en effet sons lee sens, qu'aatant qu'ils ont rapport aux idées dont elle es^ occupée*. » PUL de la Soc. des te, phyt, de Lausanne. T. Ill, 1790, p. 8.
(1) Brillat-Sayarin. Physiologie du Goût.
(2) Cf. Encyclopédie. Art. Somnambulisme,
(3) Lelut. Mémoire sur le sommeil, les songes et le somntanbulitme» Paris, 1852. — A. Lemoine. Du sommeil au point de vue physiologique et psychologique. Paris, lS56,in-12. Part. 2.— Macario. Du stmnneil. Paris, 1851, p. 118.
(4) Biêt. apoplecticorum. Obs. VI.
(5) Plateri observationes, Lib. I, p. 11. Basileœ, 1680.
(6) E. Fabius. Spécimen psychohgico-medicum de somniis, Amst. 1886.
492 DIT SOVMBIL.
bules qui vont lentement et à tâtons, on en voit d'autres qui agissent avec une précision et une adresse surprenantes. On peut rappeler ici ce gentilhomme qui monta sur le faite d'une maison par une corde suspendue au toit, et 8*y empara d'un nid de pies qu'il rapporta dans son Ht (1).
On observe chez beaucoup d'enfants des indices d'un som* nambulisme incomplet. Souvent » sous l'empire de certains besoins, des habitudes acquises commandent au corps qui se déplace sans que Tintelligence, qui se sent toutefois entraînée, ait une notion bien claire du but auquel elle est sollicitée. Quand j'étais enfant , je me levais quelquefois tout endormi pour satisfaire à des besoins naturels ; je cherchais autour de moi automatiquement, et mes mains mal dirigées ne rencontrant point l'objet auquel s'adressait une habitude acquise, je m'éloignais de plus en plus de mon lit que je ne savais plus retrouver, et je me réveillais le matin couché dans quelque coin de ma chambre. Dans cet état, j'éprouvais un besoin dont je n'avais pas une idée claire; mais le sommeil était plus fort que le besoin, et je m'endormais sans y avoir satisfait. Ces faits, dont ma mémoire a conservé le souvenir, jettent beaucoup de lumière sur le rôle que joue l'automate dans ces phénomènes singuliers. Ici l'âme se prête aux tendances dvi corps sans les déflnir, sans les comprendre, sans les diriger. Mais peut-être n'est-ce là qu'un réveil incomplet. Le vrai somnambulisme implique évidemment une participation plus évidente de l'intelligence occupée par un songe.
Nous avons vu que certains somnambules se dirigent et touchent avec une précision poussée parfois jusqu'au prodige ; d'autres, tels que les somnambules de Cardan et de Beattie, entendent à coup sûr, et certaines observations, celle de
(1) J. Honttiu. In Ifbello de tomnambulis.
DES SO&lNÂMfiUtES. 493
Carus, par exemple, font assez voir que quelques-uns jouis* sent de l'usage de tous leurs sens. Mais eomment concevoir le sommeil avec des sens éveillés? Conunent expliquer ces rêveurs qui pensent» agissent, écrivent même, avec une élévation singulière, comme cet Allemand cité par Burdach (1), qui composa et écrivit dans un accès de somnambulisme une ode remarquable par la sublimité des pensées et la beauté du style? On pourrait à la rigueur comprendre le somnambulisme automatique, car nos observations anatomiques sur le nerf optique et la belle expérience de Longet (2) montrent assez qu'à côté de la vision cérébrale ou intellectuelle, il y a une vision automatique ; et tous les autres sens sont sans doute dans le même cas. Mais dans le somnambulisme parfait Tintelligence déploie toutes ses forces et s*élève parfois à un degré de puissance jusqu'alors inconnu (3). Gomment se fait-il donc que cette pensée lucide du sommeil n'ait rien de commun avec celle de la veille? N'est-ce pas une chose merveil-
(1) Physiologie, t V, p. 226. — Cf. L'arUele aomnambalUme de l'^neyelopédie. — C(. Heinric. ab. Heer in obs, med*^ p. 32. Novi senem sonmaml)alonem,mihi à primi» cnnis fldum ; hic mira in somno et feclt observatione digna et paasas est. Gam admodav Javents in celebri Aeademia PoMa proflteretur, atque interdlù mentem in omnla veraasset, ut venum ad inendem BspiuB revocatum melius formaret, quod Yigil nequiverat, noctu surgens, pluteum aperuit, scripsit, sœpius alla Toee quod scripserat rolegit; demum cum risu et eaehinno slbi ipsi applauslt, atque contnbernalem ut secum plauderet hortalua est, positisque sandaliis et veste, clauso pluteo chartisque ut yesperi fecerat repositis, lectum repetiit, somnnmque dum exdlaretur protraxit, omnium quœ noctu gesta essent ignarissimus.
(2) Gomp. Guépin. Éludes sur Cœil et la vision.
(3) M. l'abbé Barthélémy, qui a été longtemps professeur dans un collège de province, a eu occasion d'observer fréquemment un élève, très-peu intelligent et sujet à diss accès de somnambulisme. Ges accès le saisissaient indifféremment pendant la veille et pendant le sommeil. Quand c'était au moment d'une composition, il continuait le travail commencé, mais cette fois avee une telle supériorité qu'ii était alors le premier de sa classe. Gf. Sauvages de la Groix. Mémoires de CAcad, des Sciences ^ 1742, p. 409.
494 BU SOMMBIL.
leuse et effrayante que cette double vie, cette double pensée, étrangèf es l'une i l'autre dans un même sujet, et, dans l'état actuel de la science et de la philosophie, qui pourrait aborder la solution de ce mystère? c Lorsque l'homme rentre dans l'état naturel, dit Deleuze, il perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées qu'il a eues dans l'état du somnambulisme, tellement que ces deux états sont aussi étrangers l'un à l'autre que si le somnambule et l'homme éveillé étaient deux étires différents (1). » Deleuze parlait, il est vrai, du somnambulisme magnétique; mais le somnambulisme naturel n'échappe point à cette règle. La somnambule observée par Darwin suivait pendant ses accès un certain ordre d'idées et un autre ordre pendant la veille (2). Une jeune fille, violée pendant un accès de somnambulisme, n'avait conservé à son réveil aucun souvenir de cet attentat, et personne n'en eut d'abord connaissance ; ce fut seulement pendant un dé Ses paroxismes qu'elle révéla cette criminelle tentative à sa mère (3).
A cet égard, le somnambulisme parfait est beaucoup plus éloigné de l'état de veille que le sommeil profurement dit, car on jpeui se rappeler «es rêves» Mais le souvenir de ce que l'on a fait dans l'état de sotnnàmbulisme peut revenir d'une manière
(1) Deleuze. Eisu erit» du magnétime ammal, T. l, p. 176. Paris, ISIS. Il ne faudrait pas prendre celte règle d*ane manière abeolue. Le moine
qui tenta d^astussiner dom Duhaget, dans un accès de somnambulisme, ae aouvint à son réveil d'avoir rtvé quMl rassaseinait en effet. Mats le manque de mémoire est le cas le plus fréquent.
(2) Zoonomie ou Uns de la «te organique, Gand, 1812, t. II, scct. xxxiv. ni, 3. p. 162.
(3) Dyce d'Âberdeen, cité par H. Brlerre de Boismont dans son TraUé de» hùUucinations. Gonsult. Schrœder Van der Kolk dans Fabius. Spécimen p^ychologico^medieum de somniis, p. 91. Amstelodami, 1836. — Haindorf, Versueh emer PaUwlogie and Thérapie der Geiêtes und Gemùthe Krankheiten. Heidelberg, 1811, p. 251.
DU GAUGHSMAB. 495
nette à l'esprit pendant le sonimeil qui suit immédiatement. € Un de mes amis, dit Burdach, apprit un matin que sa femme c avait été vue pendant la nuit sur le toit d'une église. A € midi, lorsqu'elle fut endormie, il lui demanda doucement, (( en dirigeant ses paroles vers la région épigastrique, de lui c donner des détails sur sa course nocturne. Elle en rendit c compte d'une manière complète, et dit entre autres choses a qu'elle avait été blessée au pied gauche par un clou saillant « à la surface du toit. Après son réveil, elle répondit afûrc mativement à la question qui lui était adressée, si elle « sentait de la douleur à ce pied ; mais lorsqu'elle y découvrit < une plaie, elle ne put s'expliquer qu'elle en était l'ori- « gine (1). »
Si inexplicables que soient ces faits, on peut en tirer une conséquence fort importante en philosophie; c'est qu'on peut, en passant du sommeil à la veille et réciproquement, oublier temporairement ses actes et ses pensées, de manière à n'en conserver aucune idée actuelle. Cette remarque est essentielle, et nous y aurons recours dans un instant.
S s. im cMielieiiuur.
Il est en dehors du sommeil normal des conditions différentes de celles du somnambulisme. Dans certains cas, en effet, le sommeil anéantit le pouvoir de l'âme sur les muscles, en laissant certaines impressions agir sur elle au point d'éveiller des idées inadéquates et des volontés impuissantes. Cette paralysie, en face de sensations pénibles et d'imaginations effrayantes, s'appelle cauchemar ou incube. Le cauchemar est souvent accompagné de visions effrayantes : pendant l'en-
(0 C.-F. Burdach. Traité de physiologie^ traduit par JourdaD, t. V, p. 219. Paria 1839.
fance» ce sont surloui des figures d'aaimaax, tfta que des bœufs ou des chevaux. Dans l'âge mûr, ce sont des fantômes dont la figure et le caractère varient suivant les croyances des époques: c'étaient, chez les Grecs et les Latins, des satyres et des faunes ; de nos jours, ce sont des démons et des spectres. La cause la plus fréquente de ces phénomènes du sommeil est une dyspnée nocturne avec le sentiment d'oppression qui l'accompagne ; une douleur locale, une position gênante, une digestion difficile, peuvent les produire également. Aussi, les anciens proscrivaient-ils au souper les fèves. Cet état maladif a été la source d'une multitude de superstitions et de croyances populaires.
Les idées amenées pendant le sommeil normal au degré des sensations réelles portent le nom de rêves ou de songes. Ces idées sur lesquelles l'activité de l'&me s'exerce pendant le sommeil sont un phénomène habituel et peut-être continu. Hais comme au réveil notre mémoire ne se rappelle qu*imparfaitement les idées qui ont occupé l'âme pendant le sommeil, quelques philosophes supposent que les songes sont accidentels et que l'âme ne pense pas toujours (1). Mais il est fort à présumer que leur opinion est basée sur un préjugé, et, en effet, si la raison qu'ils invoquent avait toute la valeur qu'on lui attribue, il serait légitime d'avancer que dans l'état de veille Tàme ne pense pas toujours, puisque l'homme a le plus souvent oublié le soir la plupart des choses auxquelles il
(I) Ix)cke. Euai pkiloêophique coneemam C entendement kumain, Lib. II, chap. I, Sll.-*fiéaUie. Réflexions sur les songes, § 1.— Cf. LeibniU, Nouveaux essais sur Centendement humain, Lfv. H, chap. i, $il>et Formey, Mém. de VAcad. de Berlin. T. VIU, 1740.
DES SONGBS. 497
a pensé pendanl la journée (1). L'absence de mémoire est 4onc un fort mauvais argument contre la doctrine de la perpétuité de la pensée, d'autant plus que l'expérience démontre assez que sa puissance ne va pas jusqu'à nous représenter tout le détail de notre vie, mais seulement les faits les plus saillants et les plus remarquables.
(I) On a prétenda qoo oertalnt hommes n'avalent jaoaais rêvé» On peut eottSQlter à cet égard le livre X de VHûtoire naiurelie de Pline, Plutarqae {De defeetu oraculonm) cite à son toar Gléon de Daulie en Phocide, qai pendant le oonn d'ane longue vie n'ent pas an senl songe. Tnsymède, d'Hérée en Aresdie, fut dans le même cas, et Suétone affirme qu'avant son parricide, Néron n'avait Jamais rdvé {Vie de Néron, ctiap. XLVi}. Hérodote va plus loin; solvant loi les AUantes ne mangent rien qui ait eu vie et n*ont Jamais de songes, Melp., $ ISi.^BéatUe {Bâfiexione eur les songea, $ 1) parle d*un homme qui avant d*être malade n'avait Jamais rêvé. On a raconté la même chose do poëte Lessing. Suivant Aristote {Hiu, animtU. llb. X, cap. x), si qaelqnes-nns de ceux qui n*y étaient pas sujets viennent à avoir des rêves pour la première fois, U se fait dans leur tempérament une révolution dangereuse. Kat furà Tflwra f mOaiivt^i t^ aâpA {ura^oX^v, Toic (ftàv i£c lavarev, voie ^i i\c ô^çiav.
On a en outre beaQooop agllé la question à quel Age les enfknts commencent à rêver. Suivant Aristote, ils ne rêvent pas dans la première enfance, et seulement vers quatre ou cinq ans ; mais il se contredit ailleurs. L*enfant nouveaiHné, dit-il, dort la plus grande parUe du temps, et pendant son sommeil on s'aperçoit qu'il rêve, mais ce n'est que plus tard qu'U se souvient de ses songes {HUt. animalium, lib. VII, cap. x, $ 13). Tertullien a exprimé éloquemment la même idée : « Infantes qui non putant somniare, com omnia animsB pro modo «tatis expungantur in vite, animadvertant suocussus, et nutus, et renidentlas eorum per quietem, ut In re comprehendant, motus animn somniantis facile percamis teneritalem erumperein superfieiem. •{De miimdt llh. cap. 27, ad flnem.) Pline, lib. X, admet aussi que les enfants rêvent dès la naissance. L'enfant à la mamelle rêve déjà, suivant Burdaeh {Trad, /r.T. lil, p. 215), mais c'est seulement vers l'Age de sept années qu'il commence à raconter ses tonges, qui jusqu'alors avaient passé sans laisser chei lui la moindre trace. Les rêves, dit-Il, sont donc posBlblcs sans mémoire. Gela est certain ; mais il ne l'est pas moins que l'on volt des enfants beaucoup plus jeunes occupés du souvenir de leurs rêves. Je me souviens clairement d'avoir rêvé vers l'Age de trois ans, et je me rappelle encore des songes disUncts dès cette époque, et même des cauchemars. Cf. Macnish, Phiio$ophy ofelupé
4^8 TSÙ SOMMEIL.
fl tïst Thème fort probcitlô ^ue la pehsSe fi'esl pas" absolument interrompue pendant les synèopés, et ce qui le prouve, à mon sens d^nnè inatnïèfrè péi^éAi'ptbire, c'est qA'àpres ces ap- Jf«renfé$ întfertruptîons "die îa pènsfe et de la vie, Vâme a une notion cîitânéB xl^un ^einps écoulé et d'un certain ^td'où el/e est sortie, en sorte qu'il y ^ ^eu obsciïrcîsseiirenl plutôt qu'anéantissement. Je me souviens qu'ayant été, dans ma pr&- Wlèïfe jetinesse, fort tourtnenfé dé 'îôuïèars nèpfiretiqués, le médecin qui m'assistait me. fit m6t,tr6 uo>jour dans ua^bain où.l'eiLeèS'dé la 4itouleur me ifll perdre cevnffléïèfticlht contiaîàè;ance ; oA Aie retéva 'et l^ôn me uïït au iit, mais as3eK nru&quement,t en. sorte quQ.la js«coiis«e.BMi réveilla^ €r inagiÉiaft-^u ^pieHs fM««^j(]Mmièi«^pen^t'€6 "^ d|^i§ée'dfe
tolèrè côritrè*^(;eùi 4'u* m'arïàcWiént â uiï caiipe déUc|eux. Il e^ do^ç, bJ^fi;j^vi4aQi qu^ gavais senti 4iiehiu(^cboso^:>pi&<^ «tt ee mdiwent je le regrettàfe. Hyéut !â cepehàanl une là- 'curie aune mmu te où aeux dans ma mémoire. ., , .i . . , .\ r
jl'ai ÙÀI mvnmfOiàÊfké mie «utre obueifaliioh (^ttf ft^n:%n- 'fiOittticiôf. Vh-iMVidû ¥àcdhtkit UtieWiàtoîrë bïafsânte au moment où je buvais* Un accès supiU. de £ou rire 6% ipé&itper daoala glolte<tuelqaeBf[6iitte6 -de If^ifide, et Te 'Spasme tùi «î violent qu il Vensnivit une suffocation absolue., jL'aagojsfle ^ut horrible mais, cossa ipresque atisaHôt; je tdmbai tet 41 tue sembla aiors qoe je tn'endormafe âoùcèmerit. Ainsi je sortis d'une syncope crby'ah} être éveillé « J'entpai . dans T^Miire comme dans le aornoieiL 11 ^sl donc fort probable >qtie1^tet întermédteire, éU é^ùrd ft Tdmé, eSt fort sétiitlabl^ à un sommeil profond; or il est présimiahle que ce sommeil particulier a ses rêves.
L'histoiif'e de ïhespeslus, dans Plularque, en est un exemple frappant. Cet jiiomme était un a$s«^ mauvais si^et; ilâlune chutes et pendant plusieurs jours il parut cdmme moi^t. Au
ç^pBps^ meryeiUeuse sur r&oie, ^ur las dieux |^t s^r lapuw^H» 4esinéohaBts. D'aiUeurs il ress^^ciM^ oom^émi^nt ^enony^l^s et de .^éçii^ftt qu'il ét^it, iljie,vint le fil^s ^itgçt ^p^bQWWft, & tel jpqÎBt qire ^ oou^airi^^, le consid^Apt cQpupi^i m homme .iiQuiretfU» l'appelèrept le divip (1). Jç laisse > ^\^r tarque la responsal^Uité de cette hiâV>i^e» Jnais le fond en efl prpbableipent yrai. Uuratpiri a. cité un cas,an{|lpg;!|e ^at/pi^ curieux^),
Gat^ doctrine 4^ )a gerpétti^té d^ia .pen^ o^ dui^npi^ 4'ua sentiment Qonf us a été celle des meilleurs j4iiIa$o|>tie^. Leibniiz Ta défendre avec sa aupériqrité ,hA|)it}^9llc(<3i), ^ bfen avant lui ellç ayait i^té fprmulée par.L4çt#ii((^; à se9:3fettx il est si néc^siaire qyifiVifiïe pense tpi^^uprs^.qiifQt If^ .spqgep SQpi ^Iqfk iqi laiQWMiitWdu ^pn^epi ; <c,q«p> dit-il, d^imêine gju^.l'Aweiis^ ei;^^ p^^d^nt :1e joiir.p^ .fei :vue,d^s,q>)^}(9t0 f^^ild^e pc|ur qu'elle, pe.s'e|[i49rme,-i^ m^me^i^e.est jç^Cc^pée la.iuj«tipar,4^ v^bs .jnjuMMi^aifQs flB.p€^qu'6lle,Qe jSt'év^Ue. Sans lafaeallé qu'eUe:a,(d^jp<irceypir.!^s iin^goaisil faûf^H^v^^fld^'deip^c ehq^^eariipe^ W tqii|ours veilla, oM^'eU-
(1) De sera Num, vindicte, .
(2) Délia Forza délia Fantasia, cap. ix.
(3) nouveaux essais sur Centendement htanain. Cômnlt. ioafflroj, Du sôtànuiL Globe, t. V, jimSI et-22.-<BQnt9koë «Urît»ae.li9ftft9il«éi atov AilffVdmenU organiques du cerveau. « Atque hiiic pendent iQsonania, quV)i)8 nec^o yel momentum carere potest, nisi ianta essêt cerebri nervorumquc collapiio, tantufl racci nervei defeetus autoraniUes, fit cerëbruni ooinf teA«t<iBe orMam foret, id quod fleri .non poCest, ^uaodo motus aliqui» saiyg^iDiB superstes est, ut semper aliqua insomnia sint, etsi vigiles nos putemus nuUa fuisse. Adde quod ea cerebri concidentia et relaxatio necessario inortem
'IMPereft, nt sine insomolii aoamut Donmortlsimag», sed IpKisstm» «iprs etset. » Bonteko^, OEconomia animalis, % 40. Cf. Maine de Biran, Nç^vel^M considéraiioni sur le sontmeiL — Lelut, IHction, des sciences philosophiques, art. Sommet/. — Albert Lemoine, Du sonnneil, au point de vue physiologique ei psychologique, cbap« U- ^$ih»i 18&&* ■• ■
500 DU SOMMBIL.
dormir dans une mort perpétuelle. La faculté de rêver a donc été donnée par Dieu, comme condition du sommeil, à tous les animaux en commun, mais principalement à l'homme, parce que Dieu, en même temps qu'il lui fournissait en cela la condition du sommeil, se réservait la faculté de ravm*tir par les songes, et de lui annoncer ainsi les choses futures (1).
Il est fort difficile d'assigner une cause évidente à tous les songes. Le plus souvent ils sont confus et fort obscurs, et ceux* là ne subsistent point dans la mémoire ; d'autres sont mieux enchaînés et laissent un souvenir. Mais, le plus souvent, il arrive qu'un songe distinct a pour cause un songe obscur et par conséquent oublié. Il se passe évidemment ici queU que chose d'analogue à ce qui arrive aux orateurs qui n'ont pas bien arrêté leur plan, qui se laissent entraîner d'idées en idées bien loin de leur sujet, et perdent à la fin la trace de leur idée première. La même chose arrive habituellement dans un salon, et tous les observateurs ont pu se demander comment on pouvait, dans le même quart d'heure, parler modes et philosophie, guerre et colifichets, agriculture et danse. C'est que, pour parler avec suite, il faut avoir un but, qu'on ne doit jamais perdre de vue, lors même qu'une digression utile en écarte un moment. Ce but devient alors le régulateur des idées. Si ce régulateur manque, les idées s'engendrent et s'enchaînent au gré d'associations capricieuses qui tirent leur puissance, non de la raison qui perçoit les analogies réelles, mais du hasard. La même chose arrive dans le sommeil, parce qu'alors la volonté est faible, sans persistance et sans attention et ne se propose aucun but défini. Voilà pourquoi les songes sont, en général, infiniment variables et semblent engendrés par un pouvoir essentiellement capricieux.
(I) Firm. LactaoUi. De opifieio Dei Liber ^ eap. xviii.
nu soriOBs» 501
Ajoutons que, pour que la réminiscence s'eacerce» il faut que l'esprit se retrouve dans les conditions générales où il s'est trouvé une première foîs^ en sorte que certains rêves peuvent avoir pour cause des rêves antérieurs oubliés pendant les veilles intermédiaires (t). D*ailleurs comme Wolf l'a, selon nous, admirablement démontré, les sensations obâcures qui nous assiègent pendant le sommeil, et qui ne sont jamais complètement suspendues, peuvent être évidemment pour quelque chose dans la production des rêves et concourir à leurs incessantes modifications. Un homme grave, raconte Walter Scott, s'était endormi avec quelques symptômes d'indigestion ; sui^ vaut la coutume, ils occasionnèrent des visions de terreur qui arrivèrent au point de lui montrer un fantôme qui lui prenait le bras. Saisi d'horreur, il s'éveUla, sentant encore sur son bras l'impression d'une main froide de cadavre. Il fut une minute avant de s'apercevoir que sa main gauche s'était engourdie et que, dans cet état, elle avait serré son bras droit (2). Ainsi rien n'arrive sans raison suffisante, et cette règle est vraie même dans l'empire des songes.
Comme il est fort difficile d'analyser les pensées d'autrui, j'insisterai plus particulièrement sur quelques rêves que j'ai eus, et où cette proposition parait assez prouvée.
Il y a quelques années, qu'occupé par mon illustre maître, M. de Blainville, à l'étude de l'organisation du cerveau, j'en préparais un fort grand nombre, soit d'hommes, soit d'animaux. Je les dépouillais avec soin de leurs membranes, et je les plaçais dans l'alcool. Tels furent, d'une manière sommaire, les antécédents du rêve que je vais raconter.
Il me sembla une nuit que j'avais extrait mon propre cer-
(1) L*ab8enee de mémoire ect éYidemment le cas le plut fréquent. Cf. HenricoB ab Heer, in Observ, medic, p. 32.
(2) Déimmohifie. Lcllre I, vers la fia.
soft 0^
t^ëiu; Je le dej^dtffliâS tiè ^' Uiërnbf^ A()fès avoir acheté èeifè ptépeitMMj Je le èuspéirdls dans Fàlcôol; puis, aa botrt' de qiièlqdë temps je Ven tëliHl et le replaçai daiis mon ttàfie. Alors il me settibfâ que hioti cerveau, condense par l'aetibri dû liquide, atait stibi nhé grande réâfuctioh. 11 lie rëfoiplisàait plus qu%coinpIélétiieni la cavité cMiifênne, en sbHé que je lé sentais ballotter dans ma tête ; cette sensation ihé jètit dans une si étfange perfilekiié qnè je m'éveillai en mltsâùt, et je isorliis de ce fève comme d'un cauchemar. ' Vdilâ, à coup sâf,' une imagination bizarre et des plus ab-
siiitleë; mais elle n^étàit^aè «ans cause, et en eflfet fl y àvaft iihe rélàlSoii bien évidente de ce fêvc âVÏBC les choses qui iil^occupaieht plus pslrticulièrémeht alors. 11 est probable (Jii'au itionièht où je mMniàginàis dépouiller un éerveaû é'tran-
gef, ijuelqùe càâéë nié téndh; lé séhtiiînent' dé iiriatète pVàé ^met. iSéngéant & là fôi^ 1 fnà m'èl à (ât conrëaii , c& deux Viki aiihéht is'àëtoéiiei'; d'dù VèhîùlvU naturèllëmeiit ^ logiquement toute la fin dû rêvé.
Cet exemple est, entré Milte, uhë preuve que lia mémdirè
dès choses éprôlivées on ëkéchtées pendant la vëiUe a une influencé naturelle Sur la priidticUbh dès sohgès (l). Oh peut se demander Téciprôquémenl, si det*tâih's songes ne peuvent pas influer sur lés cDiice'ptionè de ^imagination pendant Tétat de veillé, et être râ^f^peïéis par deà réminiscences. Àrfetoté û^a point douté dé là possibilité de be fait. « De môme, » dil-il, € (pie lés gens' qui préparent, où' Sbriï en train d'acëotoplir, oti ont réalisé ccrtaihs projets, lés poursuivent le plus souvent pendant leur sommeil, parce que lés antécédents âiur-
(1) Cf. Macnish, Philosophy of sleep. — Qualis est enim cujusqne YiU, tftlesêtlÉn i'nter dorteiehânm f^hagfnatioiies, et eonsenianete eiim Beqnuntur, que veluU diurnarum cararum relîquîœ pkirèmaqae vesfîfria sunl. — "Klcephori, Scholia inSynesium interprète' À. Plehonlo. Lutettm, iSSB.fbl. 32 a.
de départ de celles que nous exécutons pendant le joun^^^-jt^
mpntf4 qiM<^t9^iK/io«g^fQqi(f«it4|^ ie^ii^fn^')« ie4>
naoijr^,à pUw, %t*. f^^soB' peu^i^.^ji^trejif^.biuy igi;;
micù^ç^pcAft 0Hinâ(«» 4'ii4éw fbe% ÇHr}fi9jifje,f|p8 V'^^^^l^"^ 4i^Pofrb^e, f(es «!($«^1^4'ttQpii(>«s,gHJ, ajf)C^ liiçilriiAv^'
de leur amour qjw::99f .}» poatBffilfla. 4*1»* f^aWé -SWWiPî Cette puissance des rêve» fpsqt «jlef-.fHi^.gpigtj^f^d^Jflli^ii^.
49qt M»-8<wgi9l(itl9 pftinltde 4^r|« .|*'pl»ift|,fafif88ti(Bjfi 4e.»
. .IJn0 (pi^9)» ^ fll^tp^ ifij,. J^eHjlfl9iï.,}-ô,vsr:4'«>e,,eb(9f(| 8(pibl4'(.'4fi^nQW, P^nsoruMj.dUr^ e^iaj^t ajjlu^9a^.ri)||^
jfQi^^élépvesiMs (du rfii» /j(u de j;idéei-TOî«8 ieu^r «^jtfip^j^oç, /C;el^ «OiiEobiinaison seSii}Xr(ù^& »}X JL\as8;i;<lM^off,.. ^s .(IjW^
(1) De divinaiione per iomnum, §2. Cf. Maine de BiraD, Nouvelles consU 'àirdtions'êurUèoànÀn(:tiH\(ih(UMtin,U'\l;piU^^^^ ' ^' ' ' "
' (&) SipId^M. Opprfijimik^m*Eçïhi.^liXX.' ., ■ ^
504 DU BOMMBIL.
mais il peut s*eiigendrer dans Tesprit, sous rinfhienoe de causes le plus souvent obscures, des idées en apparence hété* rogènes, et qui s'associent cependant en raison de leur simultanéité.
II est donc probable, sinon certain, que dans les rêves rien n'est absolument nouveau. Hais tout ce qui peut résulter d'idées anciennes, associées en mille combinaisons diverses, peut se produire aisément. On peut rêver d'un homme à tête de chien, d'une chimère ou d'un vampire. Un assassin superstitieux rêve qu'il est métamorphosé en loup, et cela tient à la fantaisie de l'imagination qui, pareille aux faiseurs d'arabesques, tire le fantastique de la réalité.
Quelques-unes de ces combinaisons absurdes pourraient être conçues de la manière suivante :
Nous avons à l'égard de toutes choses, noq-seulement Tidée de leur ensemble, mais encore des idées détachées, si je puis ainsi dire, des idées particulières de toutes leurs parties ; et de même que dans la veille nous pouvons imaginer ces parties isolément, par une abstraction spontanée et éminemment naturelle, de même on peut supposer qu'elles pourront être isolément représentées par les songes. Or, admettons un instant que ces idées partielles sont entassées confusément dans l'esprit; imaginons un casier où seraient renfermées pêle«mêle, avec des spécimens de toutes choses, des têtes, des queues, des membres d'animaux divers. Si nous agitions ce casier il s'y produirait nécessairement un grand nombre d'associations défectueuses ; les unes, n'aboutissant à rien d'harmonique et de conforme à l'idée générale que nous avons d'un animal, seraient inintelligibles, et par conséquent ne seraient point distinguées; mais certaines combinaisons plus heureuses, et en général plus justes, pécheraient seulement en ceci, que les parties, constituant le composé, seraient tirées d'animaux
Dit 801f6B8, 606
différents, comme cela a lieu dans un Sphinx on dans un Hippogriffe. Ce composé serait monstrueux, sans doute» mais intelligible» et pourrait dès lors être aperçu (1). Or, quand on examine comment les rêves commencent, on est porté à croire que certains rêves pourraient avoir une origine analogue.
Il m'est souvent arrivé de m*observer pendant le passage de la veille au s(»nmeil. Avec un peu d*exercice on peut parvenir à tenir sa raison éveillée au point de surveiller le sommeil et de le faire durer à son gré. Cet exercice est d'ailleurs dangereux et dispose aux hallucinations ; on ne doit par con* séquent s'y livrer qu'avec réserve.
Quoi qu'il en soit, quand on s'observe ainsi, l'osil regardant dans les ténèbres aperçoit une multitude de figures incessamment mouvantes, petites, scintillantes, obscurément colorées. Quelquefois l'espace semble divisé en petites mosaïques éblouissantes. D'autres fois il semble rempli d'étoiles, de bandelettes fines se déroulant en spirales, d'ouates obscures ou irisées, et dans cet océan de figures en nombre infini, où tout change avec une décevante rapidité, l'œil est ébloui et comme chatouillé par une succession et, si je puis ainsi dire, une ébnilition d'objets tourbillonnants.
Mais à mesure que le sommeil approche, ce mouvement moléculaire d'images se ralentit ; peu à peu elles se dilatait, s'agrandissent et deviennent plus distinctes. La plupart s'échappent à la fois de la vue et du souvenir, mais tout A coup au milieu d'elles une forme plus distincte se dessine, et le rêve commence.
11 y a deux ans que, m*occupant assidûment de la rédaction de cet ouvrage, je méditais sur moi-même en m'en-
(1) Gélft «rrlTa à diaqna tintant à eeax qui l'amtiiaot à aoniidirer des nnages on d'aofret formes {ndécfset.
uMilèMi'ébb«ttM4ite dd-DouLoiirH; lifovit^^^ mc9iY4m^ (4)»-
teiligttit»» iie îeMê un ootf» '9$ Ugmim^ 4^
quelque» inaUots eel blqet fiftOlwlîqQé^ i'ottwa l«l joiu: «I l*rèfe>èeBHi'aii moment oiémei '
Gefi céoiUmdiMNM si ^im. mbI iw»; fiâUfc^ feéivtlittfr pnbaUemiaiil -^de KassooiàlîQÉ; - dléUmraa ^^tétievof; Aiiomt d'eux évidemment n'éveillais «ir>làt-mè9'epuie-tflife4îaliMta^ maisl'idée îMajil sidnteBKitf rart Utmvk il»if)lijpb^, eli^tvavâit obspùr paÉniit'iiniMcit; ltTB^Bitotî<Ti*> nriraMé se-^voAuiiA'dttiiéaoH^' , ' .v-'-'-^'- ,.- '—•/... .-r-
£)»B lèves i(itt . se frottttiëiiit' ij^ttsd im i|6rtm(M^o)i*a9 vBilië éncn»^ >*k''jhOieK de' lfQcgalli8àÛoii-«DdlfrmM!,r d^ Mk élat en'immoi'ijitVn didgni sons le Miàde^denMoaiiitfti^ éiilétécoD&m(faii à tat mvao'lpé hMhiDi]atioMt(i)i Mw^b sfcrenr ta* BMèithnl xèqi^l^meat gavdè oatte tdé0:|ihh sente, k rftve ae dMpg^ ^ tfnehèiltioiiuilicHi réal|ev
Quand les images sont fovméeiv éUés'8i*it:^é dka «itfMi iariinBB'BanHiytt'«t'dprabt»8ç t» tbtm|» atmt changéalites oomlnié ces igUtes que tefaiililisié désDvpii daiië deâioièi^ iNMigéff mofavaalâ» oil cbmoiè celtes que i^ iBgMift» traMte A'ihuè'eaii Agitée; Mmî, la tfeiywrviBsaiiteidMi^e^ llpiti|TiiyB> d'iitiiour au cluidiéiicaiii9nt df mi rèvci, {léiMUe'gtBduBlleipaBl
^/ ^ff -^l - , »-»'«•. —»'f» ^ «^ •^
(1) Je ferai remarquer que ma bougie était encore allumée, et que aes nrfom, passflnii «atriàvérB'iiès «(li, «If^tâieBi «neoré )a VëKnd WVèwjtlfr Baient l'œil de lumière.
(2) M. Maury, dans un travail remarquable, lea nomme hallucinaiions ftypiM^ojpifttitt. <:e «OHtrà piftpreSiMt piftotr,' dat H?m canidiiifAiâ 4h le débat du aommeil.
Mdtmigmelk une tor&i^ hidéàte. C^ëdè' dM^MiT, f^êé 9ég9tLià puâiseèKI lë« i«Ve8 éédpâblëâr! Oëtié aglUfi^ii^ èëi «BdAltfliôtii èeft dt^eirlni^mrïi^ desr ioâg^ ^ûi assez dlfi Aeitofft^l léxpUbà&fefl. Pëtit-^tkfè tikii^iH0)fèd atîx ÉtôirVé^ tii^ntë du sang où; cdnftilè eeHéîfaéél^riMHf"^ Valide, àùi ^préMèifï^ céâftfeë^ qui é'eFètéhrdëë'Viyti^ VêsHëi&n^m M sël^ d'atitant plâ^ cJis^ àlè pëïiééii, ^ dàné le'rtfpïift 4«M eongedttoiis eëiîe&'àlès, IkA 66f ètè' éiféHébrà ètii^nièîhéii isétiibleAt ttitil^â' M dati^èr. tTii jeune hMiiië ï(<aà'Tè'd⻫ d%iné fièvre typhoïde TdyaiC tôbi lés ib«ui»és ^iàëhirtibh m tiiéuvèiiietit. Cette niuàièh est fort cèmniuiie Ûkni là tàtix& sardoniq!i|g4tti)4tilP^^Wipit,to{ka9^iA^ les
^^ures de^persoftne^ ,^'jlf aiweAi le p|u§f J|l3 f;çippu9se^rt,^r8 jleops ai^i^ av^ liQrr^rf et i?e|«it eicpligue aw^ppf p^t^ 9Kfpr 9iof> fil ff/^U^qti^ ppfir dkiSî j^rspB^e» l^ti^jç^eœ^l fdl^^ . $i cea efjists so.Qf^ pps^bîea dpi|s r^f. d/» yeille^ ^ p|)]|$ lî^rl? raispn le-^rontrila 4aBs J'éta^ de sppiv^y Qf^ J^ W-M§ ?<4(^ çoipreft]t.ijl6terpûné3 pçrTprpsaçw ..: > . ....'. .. r Jou[^(^f 4as Qguri^ .qiie. I^ ipog^fj.pjr^fe^it^V^'PflV Ps^P
«ujei 4:iiii€^,pr4o<u»9p«^am^ vive, et prp^QKMtéfPffnjL .pH>tî^ ' i| 4^ ineni apwiae ui^ jdé^ Qxe ^u^ur fl0.1^<{i^e fiç^ itu/^^a <^ÇP^ soires s'encb^ip^t et se fCpondppo^^t, <Çp$ ^nges opd^i^^ ^ -^eqibl^ps 4 Id lie réell^ .jj^^^t^i^uefois Vlim^ * dl^ns il.çs.pr^cç^pa.tio!J^^»siIJg^li^^gs. yçip Qpeiîs rêyaup^oiir qj^'il ffe&pomaiA »é(K>iidii»<des>]}uesliÎApsB\KqittUe6 fi^ bidtiii
àes rêpbrisés tWs-jtistes. Ôii pëirt ëfl ifê^irfa) *ia*Voh*;itiu'WI rêv^ Conibieo de fois dans un songç /art-pu ^è^i^é jcèvè):^
'- tiy bescârtés. Èéponseltu iï^ihAe douté de 'éHàiéhâr'iù'r r&'IVi^dt/. tf^ifftnk^. tiam tnfer dôrilrrietidam advertrinaB nds »diâan!ifre opt^é (ftHideiii^-cBl inittgftîa-
tlohis qûod somniamus. Sed qdod nos éoTAnfàre adrertamui^, olpu^ lîSt tsôWtk
intellectat. • • ' - ^
508 DU SOHHBIL.
comme si réellement on eût été éveillé ? car c'est un des plus inexplicables phénomtees du rêve, qu*an homme endormi et rêvant ait à la fois des songes qui lui apparaissent comme des réalités et des idées distinctes de ces réalités imaginaires. En effet, en dormant nous raisonnons et nous spéculons sur nos songes. On peut rêver que Ton ne rêve pas ; et ce fait seul nous conduirait à penser qu'il y a dans cartains songes ou plutôt dans certaines idées de nos songes un élément sensoriel» pour me servir d'une expression employée par H. Bail* lai^er au sujet des hallucinations (1). Ainsi rêver n'est pas seulement imaginer, puisqu'on peut rêver et imaginer à la fois.
Quoi qu'il en soit, ces songes distincts et précis, si semblables à la vie réelle, ont frappé les hommes, au point d'être considérés par eux comme des impressions reçues par l'âme dans un monde surnaturel. L'homme a, dit-on, la faculté de découvrir l'avenir dans ses songes, et l'antiquité sacrée, aussi bien que la profane, est imbue de cette singulière croyance. La Bible croit à la véracité de certains songes, et Lactance voit en eux un moyen dont Dieu se sert pour avertir les hommes et leur révéler les choses futures. Macrobe a donné des règles pour déterminer dans quelles limites on doit avoir créance aux songes, qu'il distingue de la manière suivante :
c( Il y a, dit-il, rêverie^ ^ocvravfMe, quand, entre la veille et le
(1) Cf. Meyer. Essai sur les apparitions. Halle, 1748, traduit dans te recueil de LengleUDufresnoj. T. H, part. i. €e seront là des songes qu'on pourra, k bon droit, comparer aux halLucinaUont pqycho-sensorieUes de M. Baillarger. Tout en partageant les idées de ce savant auteur, nous croyons qu'il faut réserver le nom d'hall oeinalion exclusivement aux phénomènes de la veille, et à eette expression consacrée, kaliueinations du sommeil, on substituerait heurensement celle de rêves psycho-sensoriels ou esthètinpsychiques. Il y aurait en même temps des rêves psychiques, e'est-^à-dire des pensées du sommeil. Baillarger, De» hallucinations (Mémoires de l'Académie de Médecine. Paris, 1846, t. Xll, p. 426 et suiv.) Ch. m, art. 1.
DB8 SONGES PB0FHBXIQUB8 Vt DBS VISIONS. 600
sommeil profond dans les premiers instanls du songe, celui qui dort, pensant encore veiller, voit accourir à lui des formes errantes, différentes, par la grandeur et par Taspect, des choses naturelles, et des tourbillons d'objets, les uns riants, les autres effrayants. De ce genre est l'éphialte. Ces rêves sont sans valeur pour la connaissance des choses futures.
11 y a oraeU quand un père ou quelque autre sainte et vé* nérable perscmne, soit prêtre, sioit même Dieu, vous annonce clairement dans un songe ce qui doit ou ne doit pas arriver, ce qu'il faut faire ou éviter.
Il y a viiiùn lorsqu'on voit en rêve se dérouler une série d'événements, qui s'accompliront plus tard de la manière la plus précise.
Le ionge enveloppe de figures et d*ambages la signification des choses qu'il annonce, et ne peut être compris qu'à l'aide d'une interprétation. Macrobe distingue cinq espèces de songes (1).
1* Le particulier, qui est propre à la personne qui rêve ; 2» l'étranger, qui concerne une personne étrangère ; 3"* le commun, c'est-à-dire celui que deux personnes ont à la fois; 4<» le public, qui est propre à l'homme public et concerne la chose publique; et &^ enfin, l'universel, qui a pour objet les astres et le système du monde (S).
11 est clair que cette distinction est fort bonne, très-pratique surtout, et fort conforme à la théorie de Joseph de M aistre sur rinfaillilHiité, dans son célèbre livre du Pape. On conçoit, <m effet, qu'un songe, pouvant influer sur la détermination d'un homme, il pourra aisément paraître prophétique, mais surtout dans la sphère naturelle de sou action ; toutefois parmi
(1) Cf. Ufteronjriniit Cardanoi. Samnioritm «ynenôrmlilHrilV.
(3) Maeroblus. in êommum Sctptonit. Lib. I, cap. nu LDgduiU, 16S6, p. 24.
moMU^ »MS 4ue .la dbokine éà iiaoïohft étaiiâfat^malif» M ÊKohifiûre, amCàoliée ^'aillèafs d'ârisloçraiie» et sqv'anfdé^ Mien poùivaii raffdr 4m éonga ipiihUo. . . Que diroB^notts de cette tcrojMiee aiBt songsBÏ'Si Tenfaôt intervenir Dieu» nom ados findinaioiiSy panée que rm ide pofrdble ii*est impossible à aa pnissance, et ce quiest.aurde&us de la raison dQÎt.Mreiaâoré. Scmiàiar majcitaàisiûpptiimeiur agUmà. Mm d'autres ^pèUœfphes oni-cru qneilaidôrimitûm par les songes dépendait de causes jiatiireUeayaat.oéàiiltaH de Ja. condition toute spéeiale qoe^le/somniail faite Tâme. Dr, ibosoette bypdthiaej sa jféaMté-vmit.àloe discutée* Voyons quels sont les arguments pour ou contrat l)éiiiocriie.a, l-ipi ds&'fireiiiienv attribué eaiterdivingitiflnèdes «eauses iiatuFeUes./f DalnAme^it dJaaiUiUjcqiieisLro&âappedle
< d'W.iMi del'eaii» la^f)âvtifeiSbTetdée;n.|MMBSB upeautDa^en
< sorte que le mouvement se propage même en Fabsencfa jb ^ 7n eauae qui <U^ déteânioér; (de /mêÉn rieii nTempâelie que .'« ^rtaiQ^;iiioiiveoHinl8i«l eaitaiflBsiinpresflieQs De>iriennaitt ^c.aui: ftiBfle, dates .eboieS'd'flri|i8'«Aaleiitètte6ssÏMimentidflB m émanalionB et dis ûmigea; et partout nA dtes|)àrvMfidroAt -ic. elles seront plus vitanent. senties ta nuit, pavoerque dai»*le
c jour elles s'évanouissent. iHaisl'eir. de tta'niHteAt moi»
jc • trouUéf mein&jigitélpar les veste. DèE^lors, pea émanations
j<;évéUl«K)ètdea setisatioas dans le. ooKftSy en raison laémede
« l'état. de. somlneîl, M . ecMbc. quL«doMiènt reasentiimii ces
.< ipetites <éaioiionSr4nlénÉui'e&fbieii:pI^8 vivement çfàé «enc
c qui sont éyeillés (1). :» rOette: théorie est évûkmmckit fort
(1) Aristote. De divhiatiane par somnum, $2. — On ne peot s'empêcher de remarquer ici l'analogie qui existe entre ces idées et eeUes qui ont inspiré certains écrltadn BMlemes dans ITMpUtaltoniAfla pliéii09iftiMs.*caultei. Cf.
DBS SOIfOBS Pir^raBTIQUBS BT DBS VISIONS. 511
{nctomplète, et n*explîqiierart en àuccme ftçon la (fivînatibh
'àés choses fiittiriôs. Cïcéron n'a pas été plus henretri. t( Il y si,
dît-il, rfne âivînâtîon ifîiaturetle, et cèfle-cï doitètre rapportée
4 Ht nature des Bietii ûcfià lés plus savants et les 'pltrs bgés
assurent que iiotVe toie est tliie émanaiion. toir, comme ^utJes
'choses dépendent dû ^èbis éternel et ^nt èomprlgés dànsllh-
telligence divine, il est naturel et nécessaire que )es"àinës
ïïumàinefe partîdpeh^ à cette fnt^îligeACé ^àr sithè tfe ieur
lÉârenté avec lés ^esprits diviife'^ Aài^^eiïAàril ïfâ VélHé assù-
ïelties aux nécessi'lfe de fa vie et esclaves dèfs ^éris dû cbrp^,
elles se sé'pstenlilè li'^ùiàÂdè Dïeu. Àiiskî ^rflté esprit 'fie
'îouTt-ïl dfe ïâ divïnâWoti %atùr^e cpiè Ibrsqû^H 'èà Viàè %i
libre j et h'k phis Wen'ffé cSiahivlh avec le corps'; ^ëômniê cdîa
'ifrrtivé 'aux prdfifièteâ "^^ eètix cjûi dôftoeht. » ^Itè tliéorîe
•ë^t tort ^mb'!âbte?ViAemTâ^rit àltefle àà ttntétlstfes'tl}- " '
* Ces éxplicatSdnk poui*raîem^(it au 'plus «ire'^c^p'iéés ^ààiis
"à'À système patltliéiste, et h'oti't 'jâtitiaîs ^û '^ràhàe ct^ékhde
^ chez tes esprits sévères. Ari^tote, qui a paHë'flè'ce stfjét avec
}âïie feètriême irêË^rve, né peut dïsâimul^r âék'doyie^ siir '<ie
point. Après avoir établi que tes songes iJëuverit'être le'jiôint
de départ de certaines idées, de certam's mouvements de
nidtalriië {Sveilië,'« qu'y'à-t-il'Ji'étiirinaiit, dît-il, que-céflalfts
'songes soient 'signes où causes (!i); » rhai^ ir'ajoutë ausiitdt :
a t)'aiilléurâ, ià [ilùpaitUës songea âôivëiit-ètre'assîihriés aiix
(ihoses que le hààard réalise; ^l ceil^-Ià 'suifloUt qiii 'sôiit en
(1) Gtcéf. De divinatione, Lib. I, cap. xi<ix. Cf. Cœlius Rhodiginus. Leci, Lib. XXVU, cap. ii.
(2) Tel est le songe raconté par J. Frank dans s'a Pathologie médicale : « Une noble Lithuanienne, âgée de vingt ans, (l'uuc constllulion scrofult^use, se réveilla dans l'une des premières nuits de sa grossesse avec un cri terrible et toute frissonnante, et raconta à son époux un songe qu't^lle venait de faire. Il me semblait, lui dit-elle, que j*étai8 entrée dans une église et qu'étant descendae dans les caveaux j'avais aperçu une femme assise dans uno tombe
51 s DU SOMMEUL.
dehors do toute probabilité, dont la raisoa n'est point en nous, et qui nous représentent des choslos fort éloignées, comme le serait par exemple un combat naval. Souvent une chose dont on avait ^mrlé fortuitement se réalise; qui empêche que cela n'anîve également à la suite d'un songe? Or, non*seulement ils ne se réalisent pas tous, mais le plus grand nombre ne se vérifie point. »
Ces prétendues divinations seraient donc, suivant Aristote, le résultat de coïncidences fortuites. Or cette opinion a été celle de fort bons esprits (1), et j'ai entendu dernièrement un homme d'un haut mérite, M. le professeur Guérard, l'accepter complètement. Elle explique suffisamment certains prodiges très-simples, et la superstition des joueurs de loterie qui attachent en général une grande importance aux nombres qu'ils ont rêvés. En eflet, il n'y a pas plus d'impossibilité à voir sortir le nombre qu'on a rêvé que celui qu'on a choisi, le hasard étant égal de part et d'autre. Mais on raconte des songes ordonnés, compliqués, précis, et si ceux-là se sont en effet réalisés, ni l'flme du monde, ni les coïncidences n'expliquent cela. Voici un exemple de ce genre.
Deux Arcadiens voyageaient ensemble. Ils arrivèrent à Mégare. L'un d'eux avait un hôte et se retira chez lui ; l'autre fut loger dans une hôtellerie. Comme ils dormaient après avoir soupe, au milieu du silence de la nuit, le premier vit en rêve son compagnon qui le suppliait : « Viens à moi, disait-il, l'aubergiste va m'assassiner. » Éveillé en sursaut il s'élance hors
oaverte allaitant deux enfanU. Gomme son aspect me rempllasait de terreur, elle me dit: Ne t*e£fraye point, ma fille, car je suis ton image ; le lendemain du jour où tu auras deux fils, tu viendras dormir à ma place. » Cette femme eut malheureusement deux jumeaux : «Mon rêve s'accomplit ! »s'écria-t-€llc ; et peu de jours après elle mourut. — Qui ne voit là Tcffet d*une imagination frappée?
(1) Cf. Béattie. HéflexiuM^ sur les songes, $ 8.
DES SOIfG£S PBOPHÉTIQUES BT DEJ^ VISIONS. 513
de son lit; mais après s'être recueilli, prenant cette vision pour un vain songe, il se couche et se rendort. A peine endormi le fantôme apparaît de nouveau. « Tu n'es pas venu à mon secours, dit-ii, du moins ne laisse pas ma mort sans vengeance. L'aubergiste m'a tué, il a jeté mon cadavre dans une charrette et Ta couvert de fumier, va l'attendre au passage à la porte de la ville. » Sérieusement effrayé cette fois» il y court et rencontre un bouvier qu'il interroge. Celui-ci épouvanté s'enfuit. Le cadavre fut en efiet trouvé dans la charrette, et l'aubergiste fut puni (1).
Cette histoire a été en grande créance parmi les historiens les plus recommandables de l'antiquité, et si elle est véritable, l'enchaînement des idées et leur liaison avec la réalité sont telles qu'elle ne saurait être expliquée par une simple coïncidence. Est-il donc nécessaire de faire intervenir des agents mystérieux et des causes surnaturelles?
Le rêve qui donna à Biaise de Montluc uu pressentiment de la mort de Henri II semble appartenir à cette catégorie de songes diflSciles à expliquer, c La nuict propre venant au jour « du Tournoy, dit-il, en mon premier sommeil, je songeay c que je voyois le Roy, assis sur une chaire, ayant le visage f< tout couuert de gouttes de sang, et me sembloit que ce fust ce tout ainsy que l'on peint Jésus-Christ, quand les Juifs lui c mirent la couronne, et qu'il tenoit les mains joinctos. Je « luy regardois, ce me sembloit, sa face, et ne poûvois des-
(i) GioéroD. Cf. Valero Maxime. Ilb. I, cap. vif de Somniis, Kxl. 10. — Atarius Rafba, chefaller romain, devait donner aux Syracusains un spectacle de gladiateurs. Pendant son sommeil il so vil transpercer par in main du réiiaire, ce qu'il racontait le lendemain à ses voisins assis an cirque. Or, il (st arrivé que le rétiaire et le mlrmillon étant introduits auprès du ctievalier, eeiul-ci reconnut aussitôt dan;* lo réUaire celui de son rAve et voulut se retirer. Retenu malheureusement par les observations de ses anii«, il Tut tué en effet par c>el homme au montent où il cherchait à Trupper lu mirmiiion, abattu aui pieds d Aterius. — ;Vu]. Max., iib. 1, cu^». \ii, exi. 8.)
< couvrir sô mal ny voir autre chose que sâg au visage. « J'oyais, comme il me sembloit, les uns dire, il est mort, c les autres, il ne Test pas encores. Je voyois les médecins et
< chirurgiens entrer et sortir dedans la chambre, et cuide « que mon songe me dura longuement, car à mon resveil
< ]è trouvay une chose que je n*avois jamais pensée, c'est « qu'un homme puisse pleurer en songeant, car je ine trouvay « la face toute en larmes... Ma feue femme me pensoit ré- « conforter, mais jamais je ne peux prendre autre résolution
< sinon de sa mort(l). »
Nous laisserons ici de côté les songes, si célèbres chez les anciens, de Pausanias, de Titus Âttinius, d*Ârlorius, médecin d'Auguste, de Caius Gracchus, de Galpurnia et beaucoup d'autres semblables. Les uns, en effet, s'expliquent assez aisément par des remords, les autres par l'effet d'une préoccupation naturelle, d'autres enfin pourraient bien n'être qu'une feinte habile. La réalisation du songe de la tante de Macnish pouvait également n'être qu une simple coïncidence, à la rigueur probable. Ainsi, loin de nier Tauthenticité de ces faits, nous l'acceptons. Le merveilleux de ces histoires disparait aisément aux yeux- de ceux qui réfléchissent. Mais comment expliquer les faits suivants affirmés par des auteurs graves et qu'il serait au moins impertinent de taxer de mensonge?
Un de mes domestiques, déjà hors d'âge, dit Âlexander ab Alexandro, faisait garder ses troupeaux par son fils. Une nuit il rêva qu'une de ses brebis était égorgée par un loup. Il envoya aussitôt son fils, qui trouva un loup occupé à dévorer la brebis que le rêve avait désignée.
Un jeune homme, élève et client du même auteur, dormait
auprès de lui dans un petit lit. Une nuit l'entendant pleurer
(l) Cummeni. de messire Biaise de Montluc, Lib. IV, ad fii).
DBS SONGES PBOPHETIQUES ET DES VISIONS. 515
et gémir, Âlexander ab Âlexandro l'éveilla. L'enfant lui dit qu*il venait de voir en songe sa mère morte et assistait à son enterrement. Le jour et Theure furent notés, et coïncidaient en effet avec l'heure et le jour de la mort de cette dame (1).
Les livres sont pleins de ces histoires. Macnish(2) raconte le fait d'une jeune ôlle qui rêva que son fiancé était frappé à
mort.' Elle en mourut de chagrin et la nouvelle de cette mort arriva lorsqu'elle n^était déjà plus.
Une dame fort triste de Tabsence de son mari le vit en songe au bord d'un fleuve. Un capitaine le soutenait et lavait ses blessures. Ce rêve l'effraya si fort qu'elle en devint malade et ses parents n'osèrent point lui faire connaître la vérité. Mais quelques jours après, ayant été à l'église pour entendre la messe, elle aperçut un militaire auprès d'elle ; elle se mit alors à pleurer, disant : Voilà le capitaine qui portait secours à mon époux mourant! La chose se trouva véritable, et le songe avait été une exacte représentation de la réalité (3).
On a donné le nom de sympathiques à des songes par lesquels plusieurs personnes entrent en rapport d'une manière purement psychique. — Saint Augustin nous a conservé un cas de ce genre que nous raconterons plus loin. Suivant Grohmann (4) une femme se leva une nuit tout éperdue, rêvant qu'elle avait empoisonné ses enfants ; au même instant son fils rêvait qu'il était empoisonné par elle. J'ai entendu raconter par une des personnes intéressées un fait presqu'en tout point semblable (5).
(1) Dierum GemaUum. Lib. I, cap. xi.
(3) Morits. Magasin %ur Erfahrungs SeeUnkunde, Vol. V, part, m, p. 18-22*
(4) Natte. Zmuckrift. Vol. lil, p. 45.
(5) Un Jeane bomme, M. de B..., rêva que sa mère était mordue par un serpent; U te réveilla au moment même où sa mèro rêvait qu'elle était mordut^. Je n*ai aucune ration de douter de la bonne foi du narrateur.
On réserve plus particulièrement le nom de prophétiques aux songes qui représentent des choses à venir. Le songe de Simonide appartient à cette catégorie. Hugo Grotius raconte qu'un homme, ignorant le grec, entendit en rêve une voix qui lui disait : ccr-cOc oùx ôvfpeihin rnv a^x<^* ^^ ^^'^ demander à Saumaise le sens de ces paroles, et sur l'explication qu'il en reçut quitta sa maison qui s'écroula la nuit suivante (1).
Nous nous bornerons à ces exemples. D'ailleurs le monde est plein de ces histoires; que dire et qu'arfirmer? Dira-t-on que l'âme voyage dans le sommeil, renouvelant la fable de cet Hermotime de Clazomêne, si célèbre chez les anciens (2) ? Aurons-nous recours à l'intervention d'êtres surnaturels et de génies invisibles ?
Si les faits que je rappelle sont vrais en effet, avouons qu'ils sont naturellement inexplicables. Tout est possible venant de Dieu. Saint Augustin, il est vrai, attribue aux démons la puissance d'envoyer aux hommes des songes qui annoncent l'avenir; mais quelle créance, venant d'une pareille source, ces songes pourraient-ils inspirer? D'ailleurs, si dans cette multitude de rêves, que le sommeil amène, les uns sont vrais, les autres faux, si comme le veut Virgile :
Suni gemio» Bomni porte quaram altéra feriur Cornea, quft veris facUis datur «xitut ambris ; Allera candenti' perfecta niteos Elephanto, Sed falsa ad ccelom mittunt Snsomnia man« (8).
Qui pourra dans la plupart des cas démêler le vrai du faux,
(1) Cr. Fabias Loc. Laud, p. 124 :ei Alex, ab Alexandro. Dies getdaks, Lib. I, cap. IX, fol. 16, a Lugd. 1616.
(2) Lies anciens peuples du Pérou étaient persuadés que Tàme ne pouvait dormir. \\è ajoutaient qu'elle sortait du corps pour errer çà et là, et que ce qu'elle voyait en se promenant était la maUère des looges. Gareilasso de la Vega. Hist, des Incas,
;3) La luèuie idée est exprimée dans Homère. Odyu. XIX, v. 662.
PBÉVTSTONS NATHRBLLFS DANS LES SONORS. Ô17
et quelle sera r»tilUé des songes? Les démons, dit Wierus, annoncent le plus souvent ce qu'ils exécuteront eux-mêmes. N'en serait-il pas de même de certains songes? En disposant rame humaine à certains actes, ils les préparent bien plus qu'ils ne les prédisent. Concluons donc qu*en tant que phénomènes naturels, les songes n'ont aucun rapport certain avec les événements futurs.
Cependant, à certains égards, les rêves doivent être attentivement étudiés ; Tinstinct naturel peut, dans certains cas, en sollicitant l'imagination à certaines idées, déterminer des songes utiles enfermant des avertissements salutaires. Aspasie apprit ainsi le remède simple qui devait la guérir, et c*est également dans un rêve que le médecin Àbin-Zoar eut la ré* vélation du médicament à l'aide duquel il se débarrassa d'une ophthalmie intense. Si l'on prend garde, en effet, ù la prodigieuse facilité avec laquelle les idées, libres de la chaîne des impressions extérieures, s* associent pendant le sommeil, on pourra concevoir comment, au milieu de mille combinaisons bizarres, peuvent quelquefois surgir des apperceptions lumineuses.
On peut expliquer de la même manière cette merveilleuse perspicacité de certains songeurs qui, sous une forme ou sous une autre, semblent prévoir des maladies dont le germe jusqu'alors avait été latent. Arnauld de Villeneuve rêva une nuit qu'un chat noir le mordait au côté. Le lendemain un anthrax existait sur la partie mordue. Le célèbre Conrad Gesner eut un rêve analogue. Des cas du même genre fourmillent dans les auteurs. Uu malade de Galien songea qu'une de ses jambes était changéo en pierre. O"^'!»!^'^^ jours après, cette JHMth»' ♦^lail |iaraivs»-e. Tv.\ tétait pimoit h\ cii^ Ar n^^^Wv r^^mni»-
dont Gunther a parlé (1); elle rêva qu'elle recevait le fouet. Le matin elle portait des lésions semblables à des cicatrices. Roger d'Oxteyn, chevalier de la compagnie de Douglas, s'était endormi plein de santé. Vers le milieu de la. nuit il vit en songe un homme pestiféré tout nu, qui l'attaqua avec fureur, le terrassa après une lutte acharnée, et le maintenant entre ses cuisses écartées, lui vomit sa peste dans la bouche. Trois jours après il fut pris de la peste et flaourut(2). Hippocrate remarque que les songes où l'on voit des spectres noirs sont d'un mauvais présage. De là ces aphorismes de Nicéphore(3) :
Equoe nigros Tidere Dunquam bonuDi est.
Corvos intuens, dœmones eue puta.
Nigra faciee longas trisUtiai affert, Niger qnis coospeetus nuntîua est morbi.
Vestis alba ad bonum fert flnem,
Vestem ferens nigram, infaustum «omnium (4).
Cette sagacité de l'âme, apercevant dans le repos des sens, mais le plus souvent sous une forme métaphorique, certaines modifications des viscères, explique pourquoi l'incube est une maladie propre au sommeil. Il semble qu'il y ait dans l'homme endormi qu'une perception confuse de son mal assiège, un instinct semblable à celui des animaux malades. Cet instinct était très-habilement exploité par les Thaumaturges païens. On ne saurait d'ailleurs s'empêcher d'admirer l'extrême luciditè de l'esprit dégagé de toute distraction pendant le som-
(1) Nasse. Zeitschrift Jûr psychische Aertze, Vol IV, part, ni, p. 20.
(2) Ysbrand de Diemerbroek. Ub. IV, de Pe8te,h\*i. 67. Cf. Philip Hoech- Btetteri. Obs. med. Decas, VU. Casus secundus, Scholion ; et Borrichiijs, dans Aei, de (topenhagiie 1677, 78-79 CoUect. Acad, part. elr. vu, p. 355. Obs. 46.
(3) In Oneiroeriiieis iambis,
(i) Cf. Rhaïis ad Man>or De re medicâ. Lib. If, rap. xxiv, cl Phyxiomnnu Miigistri Michaëlis Scoti. Cap. xLix.
PnéviSïONS NATIII\ELLE3 DAiNS LES SONGES. 519
meil. Or, pour que cette liberté lui profite, il suffit qu'une préoccupation antérieure ait institué dans Tâme un régulateur de ses pensées. Combien d'écoliers ont appris leurs leçons pendant le sommeil, les réminiscences claires des songes se transformant au réveil en mémoire! Combien de recherches auparavant inutiles et là couronnées de succès (1)! Souvent un problème qui pendant la veille résistait à une analyse opiniâtre, se résout par une sorte d'intuition spontanée pendant un rêve, phénomène fréquent, qui a exercé la sagacité de beaucoup de penseurs, mais qui surprendra moins ceux qui savent combien Tesprit est en général esclave de son premier point de vue. De ce côté le problème est inattaquable, il y épuise ses forces; enfin, vaincu malgré son obstination, il renonce, et cependant la question se rend d'elle-même après un repos plus ou moins long, lorsqu'au moment oii on
(1) Le rêve curieux de Scaliger est raconté partout. (Voir dans les poésies de Scaliger. — Leibnllz, Nouveaux essais^Wy. II, chap.iii,$23.) Ceux-ct «ont en général moini connus, aussi les citerai-je en entier. « Ipse sum inemor, quum Qgerem œtal!'« annum secunduin el viccsimum, et Antonio Koldu. nobiii veneto, tune in patrià meà prœtnram gerenli Plinium interpretarer, necdum Hrrmolai Barbari emendaliones doctissimœ eminenlissimo authori egregiani imô etiam triarium tulissent opem, forte in eum incidisse locam, qui legilur in seplinio de ih qui plus justo crescunt, Tocanturqoc à Grecis ExlrapelL Torquebat amplius verbum id ; sciebam me legisse de co nliqua; verum ne autbor, ne locus satis suppetebant. Proindè verilus iinperitlœ notam eestuanU aiiimo commodum quieti me Iradideram. Mox ratiocinana mecum, libnim vitlcbar agrnoscore, imô eliam cl pliyilurœ partem iibi id foret exi^criptum. Excilatos denfqac cœpl obiata persomnum répétera. Illusionem putavi, scd cum inscitiœ formido fnfectaret amplius, ne quid intcntatum mliquerem, librum arripni; sicuti somniaveram ità comperi. (Cœlii Rhod. Leci, antiq. Lib. XXVII, cap. ix. T. 111, p. 436. Logd 1562.] » On pourrait rapprocher de ce fait le suivant qui est bien de la même famille. • Nunc et mibi succurrit de lillo Dantis, cul Dantes per quietem appuruisio fertur, docuil que Filium suum du quodam carminé ejus Danlia amisso. Fiiius excquena visa per quietem, po.^tea invcnit. » ^Pctrus Pomponatiu» in lib. De incaniatiO' nibuSy cap. x, p. ICI. IJasilfrr, IfiOT. Waller Scolt a n'cuciili un fait de ce gonro f'I des plus curieux. [Dànouotoyie.)
s'y attendait le moins le mouvement incessant et spontané des idées la rappelant encore ime fois, elle se présente tout à coup sous un autre aspect (1).
Il serait presque superflu d'insister ici sur ces fantômes des songes créés par le remords. Lorsqu'une idée par sa vivacité s*exalte, elle arrive au point de se distinguer dans Tesprit par une sorte d'individualité, et comme la statue de Pygmalion, s'échauffe, s*anime et respire. Alors elle est chair, elle est vivante, elle agit, elle parle comme Técho, en répétant sous une intonation particulière la pensée de celui qui écoute. De là ces tourments affreux qui conduisent les grands coupables au suicide. L'histoire de Pausanias est de tous les temps.
Mais le plus souvent, quelle vanité dans les songes! Que d'associations monstrueuses ou ridicules ! Je ne puis m*empêcher de raconter ici une histoire comique que par respect pour la décence du langage je laisserai en latin, c Titius [in Prœlndiis Lud'Ducatit) per somnum cxistimabat se sacculum aureorum invenire, quem intérim, dum ventris opus levaret, socio portandum commiserit. Exoitatus ille aureoé non in- Venit, sed proximè stercus erat. » Quelle que soit la vérité de certains songes, il est en général fort dangereux d'y croire. Beaucoup de gens superstitieux sont morts pour y avoir attaché trop d'importance. On ne peut donc qu^applaudir à cette réflexion si sage de Phavorin. a Si dicunt prospéra et < fallunt, miser fies frustra expectando; si adversaria dicunt « et mentiuntur, miser fies frustra timendo(2). »
S 9. Dea dlfrérenles eaiésorie« de MiBse* siilvani
leur fréquenee.
On voit et on entend en songe. Il y a aussi des rêves du
(1) Cf. Autenrieth. Handbuch der empirtscken menwhlicken Phytioloffir» T. 111, p. 264.
VI Aul. <;eH. \nrl. ,tU, \'i.
DBS DTFFRRRNTRS C/iTRGOBrRS DE SONGRS, BTG. 521
toucher. Ces songes sont les plus fréquents. Ceux de Todorat et du goût sont beaucoup plus rares; quelques auteurs les ont niés, mais il y en a des exemples certains (1). Une personne très-digne de foi me racontait dernièrement un rêve fort bizarre pendant lequel elle avait eu la perception distincte de certaines saveurs. Un malheureux artiste, mourant d'une albuminurie ancienne, était tourmenté de vomissements incoercibles, son estomac ne pouvait supporter aucune boisson, une soif douloureuse, ardente, le dévorait. Mais si, au milieu de ses douleurs, Texcèsde la fatigue le livrait au sommeil, un génie consolateur conduisait son imagination. Il rêvait qu'il parcourait Paris avec ses amis ; il s'arrêtait avec eux chez tous les glaciers du boulevard, et s'abreuvait avec volupté d'une bière fraîche et délicieuse. A son réveil ce pauvre Tantale me racontait ses songes avec les expressions d'un ravissement sensuel inexplicable chez un homme d'une sobriété ascétique.
fl est bien connu qu'en raison de la loi d'association, l'instinct éveille des idées « et sitis fontes salientes nemusque impendens vividissimè repraesentat, » dit fort justement Haller. Mais dans le songe que je rapporte ici, il y avait une saveur perçue, c'était de la bière blanche que pensait le rêveur, et il en sentait le goût.
D'ailleurs, ces rêves sont rares ; j'en dirai autant de ceux qui représentent des sensations olfactives. Quelques personnes, au nombre desquelles je me range, ne les ont jamais éprouvés.
Les rêves du toucher sont plus fréquents. Un jeune homme fut un jour réveillé par la sensation d'un baiser déposé sur sa joue, il était cependant seul dans sa chambre et personne n'y était entré. J'ai obser\'é à la Salpêtrière, en 1840, une femme
i; r.f. MaoHriu. Ourtuifr cité.
succube ; le démon venait la visiter chaque nuit, elle subissait ses caresses immondes, palpitait sous ses étreintes et sentait son haleine. À son réveil elle racontait avec horreur ces mystères nocturnes.
Les rêves dont je viens de parler sont rarement primitifs. Ils se développent comme consécutions ou plutôt comme éléments complémentaires d'une idée visible. Un homme a faim, il imagine qu'il mange une viande rôtie, aussitôt il sent le goût particulier à une viande ainsi préparée. L'idée de viande a précédé celle de saveur*
Les rêves d'audition, relatifs à des paroles formulées, sont assez rares, ou du moins difficilement retenus, sinon peut-être chez les aveugles-nés, ce qui établit une différence très-remarquable entre les rêves et les hallucinations.' Ils sont plus fréquents en tant qu'ils ont pour objet des mélodies ou des bruits. Cette fréquence est d'ailleurs en raison directe de la sensibilité auditive de celui qui rêve et de son inclination aux impressions musicales.
Essentiellement, les rêves sont surtout des images, c'est-àdire des formes, des idées. C'est la vue intérieure qui est la mère des songes; c'est, dé toutes nos facultés, la plus active, et ce mode d'être et de sentir est si essentiel à l'intelligence, que ce qu'il y a de plus inconnu à Uhomme, ce sont des ténèbres absolues. Pénétrez dans un abîme, couvrez vos yeux, que dis-je? devenez aveugle; vous anéantirez pour vous le monde extérieur, mais vous n^anéantirez pas votre âme. Les yeux fermés ou détruits sont pleins de lumières, phosphènes, spirales, formes kaléidoscopiques, taches, étincelles, ombres, tourbillons de lumière, chaos immense d'éléments dont la fermentation est incessamment et nécessairement lumineuse ; voilà ce qui remplit à jamais les ténèbres d'un homme qui a vu une première fois. Qui pourrait mc;nc dire que les aveugles-
BTÀT DB YBILLE. — HàLLUGINÀTIONS. 523
nés n'ont pas à leur insu Tidée de lumière? Peut-être ce sujet n*a-t-il point été suffisamment examiné (1).