THÉORIE DE L'IMAGINATION
ne polissent pas iminédiatetnent à un réstilfat fkfal, se traits^ formetit, et changent d'objet assez souvent, pour qu'oti puisse les considérer comme le résultat à^Mttë tendance géhêtàh qui cherche titi biit et soutéiit le l^ancotltrë ati hasard. Des ob^rvatioiis dtl plus haut intérêt démontrent la térité de cdUi propositiori.
Je ne puis m'empêcher de eitei* ici Thistoire d'tin soldât da Qtiercy, dont ttn saraht médecin de Cùzals (Lot), M. Ife dodteur Calmeil, m'a raconté Teffroyable et héroïque martyre.
Cet homme, né d'une famille de paysans aisés et religieux^ avait perdu son père dès sa plus tendre enfance. Il fut donc élevé par sa mère, femme d'un sens et d'une bonté exemplaires. Clenadel ne recevant que de bons exemples, bien doué d'ailleurs par là nature, était un enfant sage, assidu, et grandement soumis à sa mère qu'il adorait. II arriva ainsi à l'âge de seize ans.
Vers celte époque, son daractêre changea ; il devint sombrd et taciturne. Sa mère lui en demanda plusieurs fois la raison, mais inutilement. Ënfln, un jour, Glenadel vint la trouver, c Ma mère, lui dit-il, il faut enfin rompre le silence. Vous vous êtes consacrée à moi, je vous dois tout, vous êtes la meilleure des mères et je vous aime de toute mon âme. Cependant, depuis quelques jours, une idée incessante me pousse à vous tuer. Empêchez que, vaincu à la fin , un si grand malheur ne s'accomplisse. Permettez-moi d'aller à Cahors, où je m'engagerai. ^ La pauvre mère voulut le consoler, lui fit des objections bien justes, hélas ! mais il fut inébranlable et partit.
Glenadel fut un bon soldat. Pendant la durée de son premier engagement, il ne subit aucune punition. Cependant une volonté secrète le poussait sans cesse à déserter pour revenir au pays et tuer sa mère. Arrivé au terme de son engagement,
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l'idée éiàii forte autant que le premier jouri H enil d«?eir, en eette oireoDstanoe, en oonlraeter un second.
Vers eette époque^ ilse fit en lui oti chaâgeilieiit sliigtilier: rinstinct homicide perâîstiit, mais acoeptàit la stikstilntion d'une autre victime, il ne songe plus à ttief sa mère, mais l'affreuse impulsion lui désigne jour ei nuit sa belle^soeur. Glenadel est un honnête homme ; il avait victorieusement Ititté contre sa première impulsion^ il se prépare à résilier à la seeonde, et pour mieux y réussir, il se condamne à un exil perpétuel.
Sur ces entrefaites» un de seê compatriotes arrive au régiment, Glenadel lui confie sa peine. Mais malheureux, lui dit l'autre^ rassure-toii le crime est impossible ; ta belle-Soeur vient de mourir.
A ce mot, Glenadel se lève comme un éaptif délivré de ses chaînes, une joie inconnue le pénètre. Je pars, s'écrie^i*il, je reverrai mon pays) Et depuis le temps de son enfance, ce fut son premier bonheur.
Le malheureux revient donc à son Village. 11 frappe à cette •maison paternelle qu'il n'a pas revue depuis si longtemps; la porte s'ouvre, qu'aperçoit-il? sa belle-soeur vivante! Il pousse un cri, et l'impulsion terrible le ressaisit à l'instant comme une proie.
Le soir même de ce jour, assis au milieu de sa famille, Glenadel confessait son affreuse folie. Approche, dit-il à son frère, n'hésite point. Je suis plus dangereux qu'une bête féroce ; prends une corde solide, attache-moi comme un loup dans ta grange, et va prévenu* M. Calmeil.
Le médecin arrive ; il essaie de consoler le malheureux ; il s'engage à s'occuper de lui, et ne parvient à le calmer qu'en lui promettant d'obtenir son admission dans un hôpital de fous.
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Quand M. Calmeil eut achevé de parler, Glenadel lui dit : Monsieur, rendez-moi encore un service. Ces cordes qui me lient ne me paraissent pas très-solides ; je suis si fort que je pourrais les briser, et j'ai peur de l'essayer. Faites que je sois attaché devant vous avec les plus grandes précautions. M. Calmeil, ému jusqu'aux larmes, fit selon le désir de ce malheureux ; au bout de quelques jours, son admission dans un hôpital d'aliénés était obtenue. La veille du jour où il enlra dans cette tombe, martyr d'une fatalité mystérieuse, ce nouvel (Edipe écrivait au directeur de l'établissement :
<( Monsieur, je vais entrer dans votre maison. Je m'y cona duirai bien, conune au régiment. On me croira guéri de c mes affreuses idées ; par moments peut-être, je feindrai de « l'être, ne me croyez jamais. Je ne dois plus sortir et sous < aucun prétexte. Quand je solliciterai mon élargissement, (( redoublez de surveillance. Je n'userais de cette liberté que tf pour commettre un crime qui me fait horreur. »
Voilà sans doute une épouvantable histoire, mais au point de vue de l'histoire des impulsions délirantes, elle renferme de curieuses indications.
Remarquez surtout cette substitution db victime que l'instinct homicide accepte. Une proie quelconque suffira, mais il faut une proie. L'objet est secondaire, comme dans l'amour. Ce qu'il y a d'essentiel, c'est la nature même de Timpulsion, mais il est naturel que l'objet soit choisi parmi ceux que les habitudes de la vie présentent le plus souvent à la pensée. Cette remarque explique pourquoi les personnes les plus chères sont le plus souvent exposées à ce choix abominable. L'inquiétude intime qui pousse au suicide, a inspiré à plus d'une mère le meurtre de son enfant. Mou ami, M. le docteur Archambault, a lu à la Société des Sciences médicales, plusieurs observations où sont consignées des substitutions pa-
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reilles. Et, chose incompréhensible, de même que le suicide est souvent accompagné d'un grand sentiment d'amourpropre, de même l'insensé concentre à la fois sur un même objet, tout son amour et toute sa fureur. M. Pariset m'a souvent raconté l'histoire d'un pauvre aliéné que sa folie avait conduit à Bicètre. Ce malheureux maltraitait sa femme et la battait avec fureur, et pendant qu'il la battait, il s'indignait contre lui-même de bonne foi, et lui adressait les plus tendres excuses. Folie bizarre ! dira-t-on, et cependant ce n'est là que le plus haut degré d'une aberration commune à presque tous les hommes. Qu'est-ce, en effet, que la jalousie, sinon une haine de ce qu'on aime. Cette haine peut avoir quelquefois un motif légitime ; mais combien plus souvent se trouve-t*il dans une sorte d'inquiétude organique, indéfinissable pour l'esprit ! Et à ce sujet, combien d'amis aussi acariâtres que dévoués ! Combien de mères, à force d'amour, rendent leurs enfants malheureux! On ne saurait trop étudier ces contradictions de la vie humaine.
On en voit d'ailleurs des exemples fréquents dans les maladies : plus l'inquiétude est grande, et plus on est porté à détester, à prendre, comme on le dit vulgairement, ses meilleurs amis en grippe ; ce qui s'explique par cette raison bien simple, que cette inquiétude n'ayant aucun motif extérieur, s'adresse au premier objet venu parmi ceux dont l'idée est la plus familière au malade. La maladie cessant, cette haine folle se dissipe avec elle. Cette tendance à choisir un objet déterminé» explique d'ailleurs comment ces haines instinctives une fois occupées par un objet défini, la raison du malade peut vivre en paix avec le reste du monde. Il est des occasions où il faut savoir s'offrir ainsi en holocauste à ses amis malades. A ce prix est la tranquillité de leur famille.
Toute cette catégorie de faits établit comme un pont entre
la vM dtf Bùmaml et la vi0 ^xtérieiire. Les oonvictions et les impulsions déliranles s*aDg^n(if«lit daas ta vaiUe eomme dans le sommeil» par voie d'aaisociaftion automatique et eous l'inp fluenee d'impulsions aveuglasi et leur «uooession sorait ineefraaote sans rinterventioQ de la raison, dont les sommeils sont, hélas ! si fréquents, même dans Tétai de veilla. Attention exclusive, excitaiioBs, sentimente indéfinis, congestions stupéfiantes, telles sont les causes les plus ordinaires de ces tristes maladies qui sont comme des émeutes de la partie matMelle de rhomme contre le pouvoir réguUteHr de Tesprit.
M» Moreau a étudié avee beaucoup de sagacité ie rôle que joue Texcitatiofi dans la production éts maladies de la pensée. D'ailleurs, il faut distinguer avec «oin les excitalions par influence, d'avae les exisitaiioas îdiopalliiques. Celles-ci impliquiaot uo étal warbide, uaa lésion malérieila iu oenreau. Les premières tie peuvent être oansidéréas que comme un symptôme, bien que la pii^ait du temps elles évetllenl l'at** tention bien plus que le phénomène essentiel.
On peut d'ailleurs remarquer ici que les excitations par iuflueœe produisent plus puticulièrenient des impulsions délirantes, tandîa que les axcîtaiîenB idiopatlrfques engendrent «uftout des halluoi«aiions. Dans le premier cas, t'automate entraîne Tasprit, aaivi d'ailleurs, éL souvient eapaMe de lutte jusqu'au moment o4, épuisé lui-même, il succombe ft celte tentation incessante. Dans le second cas, il n'y pas de lutte. Les organes siipérieurs de l'âme sont eux-mêmes affectés, et la vaisseau flotte au hasard, parce que le gouvernail brisé échappe aux «ains du pilote. Yoilà ce que t'ivresse produit; voilà comment la plupart des substances narcotiques sont capables d'amener le délire; voilà enfin comment les empoisonnements du sang, tes méningites et les encéphalites périphériques, enchaînant les organes supérieurs de Tftme,
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laissent triompher le chaos, et peuplent l'espace intérieur de monstres et de chimères. D'ailleurs il faut bien noter ceci, l'imagination sème ses créations avec une rapidité prodigieuse, In minimo temparis puncto, dit Synesius ; sa puissance peut enfermer des siècles dans une seconde. Mahomet, pendant que l'eau d'une cjruche s'écoulait, parcourut en extase toutes les splendeurs du eiel. M. Théophile Gantier, enivré de Ha« chisch, pensait en un temps très -court avoir vécu trois cents ans. Rien ne prouve mieux cette rapidité prodigieuse que ces transformations tourbilloiinantes et cette multiplication infinie d'images qui assiègent dans les ténèbres les yeux d'un homme éveillé; images dont un peu plus de durée ferait des hallucinations véritables (1).
JLa raison y au contraire, est un pouvoir calme, ses procédés sout lents et mesurés. Pour l'imagination, le temps n'a pas de bornes, pour la raison, il est toujours trop court. Ainsi dans l'enfance, cet âge d'or de Timagination, la vie si douce semble longue cependeat; mais (^uapd on a passé ce premier &ge, les mêmes espaces de temps semblent parcourus avec une rapidité toujours croissante. L'idée d'un mouvement uniforme n'exprime en aucune façon la loi de la vie humaine; ce n'est poiot uae rivière, c'est un torrent. Après Tingt ans, l'homme ne marche plus, la pente de la vie commence; il court, il se précipite, il tombe» Aussi, depuis cet ftge, tous les instants de la vie sont proches, l'enfance seule est éloignée. C'est dans ce lointain que s'obscurcissent nos plus doux, nos plus purs sou* venirs; tout le reste est comme présent, le passé de la jeunesse et revenir de la moKt«
(I) SoiTADt QuiSoB, Vidée ^u temps n'eat pçlni daoi les r^ves. {Jii$L mai. t. IV, de l'édll. in-4«, p. 62.)» Cf. Darwia. Zoonomie. T. I, sect, 28, 11 et 12? page 356.
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