DES EFFETS DE L^IMÂOIIIATION
rêver et agir dans certains états intermédiaires. En tant que phénomène naturel, le somnambulisme magnétique est un fait incontestable. Ce somnambulisme a ses rêves et ses hallucinations. D'ailleurs le somnambule manifeste souvent une lucidité singulière, et une faculté de prévision tout à fait re« marquable, eu égard à certains états intérieurs. Certains malades prédisent de fort loin le jour et Theure de leurs accès. Cela est merveilleux sans doute, mais ne Test pas davantage que la faculté qu*ont certains hommes de se réveiller au moment qu'ils ont décidé par avance.
Mais on ajoute à ces faits des faits plus étonnants encore parmi lesquels je citerai : IMe fait de la transposition des sens observé par Pétetin de Lyon ; 2** le fait de Tinfluence que la pensée et la volonté du magnétiseur exercent sur la pensée et la volonté du magnétisé ; 3^ le fait de seconde vue, ou, si Ton aime mieux, de prophétie.
Le fait de la transposition des sens est Tun des plus célèbres, et peut-être celui de tous qui choque le plus les idées communes (1). Entendre! voir! flairer et goûter par l'épigastre ou par Textrémité des doigts ! Voilà ce que Pétetin dit avoir observé, et ce quUl ose affirmer dans un livre où respire d'ailleurs le ton de la bonne foi. Tous les corps conducteurs de l'électricité peuvent transmettre les impressions à l'épigastre ou aux doigts. Un bâton de cire à cacheter intercepte toute communication. Ainsi le fluide électrique est pour tous
(1) PéteUn. ÉleetricUé animaU, Paris et Lyon 1808, p. S. Uoe carieuie observation de H. Lelat servira peuUfilre à l'interprétation de ee phénomène.
« Il lui semble, dit-il en parlant d*un faailaciné, qu'à Tépigastro des paroles se font entendre très-distinetes, mais non telles qae celles que Ton perçoit par l'oreille, et faciles à disUnguer de ces dernières. Ces paroles, qui parlent des prophéties, des paraboles, s*acoompagnent d'un senUment de bien-être plus grand, d*une chaleur qui s*irradie. » (Lelut, Obê. sur lafofU sensoriale, à la suite de son ouvrage : Le Démon de SocraUj nouv. édition. Paris, 1856, p. 292.)
INFLUENCE DE l'iUAGINATION, ETC. C2 1
les modes d'impressions un intermédiaire universel. Chose remarquable cependant^ les objets vus, entendus, goûtés par l'épigastre, sont perçus en général comme si les impressions avaient été perçues par leurs organes habituels. Comment m'avez-vous entendu, dit Pétetiu à une de ses malades? Comme tout le monde, répond elle; et elle S'étonne quand le médecin ajoute : mais je vous parle sur l'estomac. Hettait-on sur l'estomac de la malade quelque substance sapide, sa bouche goûtait et mâchait. On plaça sur son épigastre un gobelet contenant un peu de vin rouge. < Vous me me persécutez, dit-elle, du Vin ! Je le déteste, )) et elle fît un mouvement pour cracher. Le vomissement aurait peut-être eu lieu, ajoute Pétetin, si je n'avais retiré le vase(l).
Je n'hésite point à le dire, l'idée d'une transposition réelle des sens est absurde, quand bien môme les faits sur lesquels elle repose seraient exacts ; indépendamment du fait, parfaitement démontré aujourd'hui, de la spécialité des nerfs, il est certain, par exemple, que sans un appareil d'optique l'œil ne serait point un organe de vision. Admettons qu'une somnambule distingue ce qu'elle applique à son épigastre, qu'elle en apprécie la couleur et la figure, j'y verrai plus volontiers un miracle, que le résultat d'une transposition réelle des sens (2).
L'influence de la volonté idéale du magnétiseur sur celle du somnambule magnétique est acceptée par tous ceux qui s'occupent aujourd'hui de cette physique surnaturelle. Les phénomènes d'attraction ou de répulsion qu'on célèbre ne seraient eux-mêmes qu'un résultat de cette influence (3). L'imagination du magnétiseur domine absolument celle du
(1) Péletln. EleetrieUé animale^ p. 32.
(2) Macario, Ouvr, cit., p. 206.
(Zj Cf. Cbaitenet de Pujfégar. Uémoiru pour servir à Fkitioirê du mapii* itime anteia/.
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sujet somnambule; Tesprit de Pun peut dicter des rêves à l'autre. M. le docteur Gromier, de Lyon, accepte ces faits, et ne pense pas que la science des somnambules aille au delà. Il cite des faits singuliers dans lesquels la pensée d'une somnambule semblait être un écho de celle de son magnétiseur^ et reproduisait comme un miroir toutes ses idées« Plus loin, suivant lui, la puissance du magnétiseur est nulle.
Les faits de seconde vue, dont d'autres écrivains acceptent la réalité, sont, à coup sûr, beaucoup plus rares, et ne dépendent en rien de la volonté du magnétiseur. Les somnambules voyants prophétisent, donnent des nouvelles des lieux les plus éloignés, lisent au travers des corps opaques, de manière à justifier toutes les opinions des anciens sur Hermotime, comme celle des sorciers de tous les pays sur les âmes errantes. On raconte à cet égard des histoires à épouvanter. Ainsi la question en est aujourd'hui pour le somnambulisme magnétique au point où on en était autrefois pour l'extase et pour le sommeil ; la difficulté est la même de part et d'autre. Si les faits qu'on affirme sont vrais, n'y cherchons point d'explication. La raison ne peut rien sur ces choses.
D'ailleurs toutes les somnambules attitrées qu'on a con-> vaincues de subterfuge, ne signifient rien pour ou contre cette opinion. Il suffirait, en effet, qu*il y eût dans le monde une seule somnambule douée de cette lucidité prodigieuse, pour nous obliger d'admettre ce que nous ne comprenons pas. Mais les charlatans sont -bien communs, et les occasions d'observer sont bien rares.
Faut-il rapprocher de ces prétentions du magnétisme celle des sorciers et des magiciens de l'Orient qui, par les yeux d'un enfant encore pur (1), voient dans un verre ou dans un
(1) Ctti, lelon les fldrelen de fOricnt, luie oonditton indUpeiuable,
nrvLmsNCB db L'iKÀGniATioii, ne. 63S
miroir les choses les plus cachées? J'ai vu des voyageurs qui avaient tenté cette épreuve et étaient restés convaincus, du moins l'affirmaient-ils. Fernel admettait ce prodige, d'après sa propre expérience (1).
Les magnétiseurs modernes prétendent déterminer par leur pouvoir des effets analogues. Le miroir magique de M. le baron Du Potet n'est pas autre chose. Un cercle que le ma* gnétiseur trace avec un morceau de charbon sur le parquet, devient comme une porte par où les yeux de Thomme charmé plongent dans les profondeurs du monde fantastique. Un petit morceau de carton peut remplir le même objet. En eux-mêmes ces phénomènes ne dépassent pas absolument la sphère des illusions naturelles, chez un homme jeté par ses préoccupations ou par une foi aveugle dans un état d'extase. Hais si dans ce cercle ou dans ce miroir Thalluciné voit des choses cachées, et découvre ainsi la vérité au delà de l'horizon du monde sensible, le mystère commence et tout devient surnaturel et inexplicable.
M. le marquis Eudes de Mirville a écrit sur ce sujet, avec une bonne foi qu'il n'est permis à personne de soupçonner, un livre singulier, où il arrive par une foule d'exemples et de raisonnements à cette conclusion, qu'il y a des Esprits (2). J'ai un mot à dire sur cette conclusion.
Les illusions naturelles auxquelles l'homme est en butte sont si nombreuses, le monde et son propre esprit conspirent si bien pour le tromper, que pour faire entrer le domaine fantastique dans l'empire des choses naturelles, il suffirait de
(1) Vldi qnemdaiD, ?i Terborum, spectra Taria in spéculum deriTare» qu» lllic quttcnmque imperaret moi aut scripto, aut Teris imagioibBs itàdilocidd exprimèrent, ut prompte et facile ab assidentibus, omnia internoaoerentur. [De abditis rerum causU, lib. I, cap. xi. Francofurt., 1574, p. 124.
(2) Oe$ esprit» et de leurs mamfeeuuiatts puidiquei* Paria, 18S4,