ANIMAUX VERTÉBRÉS OU H YP OC 0 T YL ÉD 0 NES
Le système nerveux est exactement conformé d’après le même plan dans tous les vertébrés, depuis les mammifères jusqu’aux poissons. Il est formé par une moelle épinière, un cerveau ou encéphale, des nerfs et un système du grand sympathique.
La moelle épinière, qui est la partie principale, consislc dans un long cordon blanc, logé dans l’intérieur du canal spinal, et se compose de quatre faisceaux intimement unis entre eux; de cette moelle on voit naître autant de paires de nerfs qu’il y a de vertèbres, et toutes ont deux racines, une antérieure et une postérieure. Les célèbres observations de Bell ont fait connaître que les racines antérieures des nerfs spinaux président au mouvement; les postérieures, au sentiment. La section des premières produit la paralysie, la section des dernières l’insensibilité. Il parait en être de même des faisceaux qui composent la moelle épinière; les antérieurs sont des faisceaux de mouvement et les postérieurs des faisceaux de sentiment. Celle distinction semble s’étendre jusqu’aux animaux sans vertèbres. La chaîne ganglionnaire des articulés est formée de deux couches superposées; la couche supérieure, quand l’animal est placé sur ses pattes, correspond à la couche du mouvement, l’autre à celle du sentiment. En plaçant l’articulé sur le dos, les rapports sont les mêmes que dans les vertébrés.
Nous trouvons ces doubles faisceaux jusque dans les bras des mollusques céphalopodes; dans chacun de ces appendices pénètre un cordon nerveux droit naissant du bord antérieur des ganglions œsophagiens, et un autre cordon ganglionnaire, s’anastomosant de dislanceen distance avec le précédent, s’étend aussi dans toute la longueur de cet organe cl joue, à ne pas en douter, le rôle d'un nerf de sentiment, ou plutôt du grand sym-
APPAREIL NERVEUX
pailiiifUti. Ces nerfs, avec leurs ganglions, existent indépendamment des autres et n’ont de rapport avec eux que par des commissures qu’ils envoient. Ils peuvent agir de concert sur les nombreuses ventouses qui garnissent les singuliers bras de ces animaux.
La moelle est généralement renflée à l’endroit où naissent les nerfs qui doivent se rendre aux membres.
Celte moelle est toujours creuse à l'àge embryonnaire, et le ventricule qui en résulte ne disparaît que dans les vertébrés supérieurs.
Le cerveau est formé par des ganglions plus ou moins volumineux qui se développent sur l’extrémité antérieure de la moelle; c’est la présence de ces ganglions qui a détermine le> modifications qui sont survenues dans les vertèbres crâniennes. Il y a Irois divisions principales dans l’encéphale : les hémisphères, les tubercules quadrijumeaux et le cervelet; cette division correspond à la première division qui se manifeste dans le cours du développement: on voit en effet d’abord chez les embryons trois vésicules qui, plus tard, se divisent et dont le nombre s’élève jusqu'à cinq.
Dans le cerveau on distingue en avant deux ganglions, ordi nairement les plus volumineux, et qui ne sont pas sans avoir des rapports avec l’intelligence; ce sont les hémisphères. Leur commissure est désignée sous le nom de corps calleux ou mésolobe.
Derrière les hémisphères, on voit deux autres ganglions, qui, divisés souvent par une rainure transverse, donnent naissance à quatre éminences : ce sont les tubercules quadrijumeaux ou les lobes optiques. Ils portent au-dessus d’eux la glande pinéale.
Le cervelet forme la troisième partie et occupe toujours la ligne médiane. La cavité de la moelle pénètre en avant au-dessous du cervelet, et forme ce qu’on appelle le quatrième ventricule; elle passe ensuite en dessous des tubercules quadrijumeaux, eldonne naissance, dans les hémisphères, aux ventricules latéraux et en dessous au troisième ventricule. I.es lobes du cervelet ont quelquefois une forte commissure, que l’on désigne
sous le nom de pont de Varole, mais qu’on ne rencontre que dans les vertébrés supérieurs.
Outre la glande pinéale que l’on voit au-dessus des corps quadrijumeaux, on trouve aussi dans les diverses classes de vertébrés la glande pituitaire ou l’hypophyse, qui est toujours logée à la même place en dessous du cerveau et acquiert son plus grand développement dans la classe des poissons,
A la base du cerveau, naissent douze paires de nerfs crâniens qui doivent se réduire à quatre paires, correspondant aux quatre vertèbres crâniennes. Nous avons vu plus haut qu’à chaque vertèbre correspond une paire de nerfs.
Le cerveau, comme la moelle épinière, est entouré constamment de trois enveloppes, sans compter l’étui osseux formé par les vertèbres; ces enveloppes sont : la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère.
Les nerfs consistent dans des cordons blancs qui longent souvent les vaisseaux et se ramifient en filets de plus en plus minces pour se perdre dans les organes. On ne voit pas de différences entre les nerfs de sentiment et ceux de mouvement. On peut dire qu’il n’y a pas d’organe qui ne reçoive des nerfs, saufle cerveau etla moelle, et iciencoreles vaisseauxconduisent quelques fines ramifications du grand sympathique.
Le grand sympathique consiste d’abord en autant de paires de ganglions qu’il y a de vertèbres ; des ganglions plus ou moins nombreux, qui président au mouvement du cœur, de l’estomac, des intestins, des vaisseaux, etc., apparaissent dans le voisinage de ces organes; ils sont unis au système nerveux de la vie animale par l’intermède des commissures et des nerfs spinaux et cérébraux.
Nous trouvons le type du système nerveux des vertébrés dans le branchiostoma, ce poisson si remarquable sous tous les rapports; le centre nerveux céphalo-rachidien consiste en un cordon allongé qui représente la moelle épinière; il n’y a pas de ganglions propres pour représenter le cerveau, et les nerfs spinaux naissent comme les nerfs crâniens sur toute la longueur de la moelle par deux racines distinctes, une antérieure et une postérieure.
Al'l’AIU.IL NEItVKUX.
Le système nerveux est uniquement formé de deux éléments aiiiitomiques, de fibres nerveuses et de corpuscules ganglionnaires; ces derniers peuvent souvent être considérés comme l’origine de certaines libres.
Une fibre nerveuse se réduit au total à un cylindre axial, qui, suivant les circonstances, est enveloppé par une écorce simple. Dans les pétromyzons, cette couche manque; elle n’est donc pas isolante.
Mammifères. — La moelle épinière (fig. 200) occupe presque
toute la longueur du canal vertébral. Elle est protégée par les arcs vertébraux cl les autres Kig. î«o.— simi» enveloppes; tantôt elle se termine dans la région sacrée, tantôt dans la région lombaire; dans un petit nombre de mammifères, elle ne s’étend pas plus loin que le milieu de la région dorsale. C’est dans l’échidné et le hérisson qu’elle est le plus courte. Le canal central de la moelle ne subsiste que chez quelques mammifères.
Fig. î<î|. — Cerveau <]•' rhat.
La moelle présente toujours un renflement dans les points où naissent les nerfs qui se rendent aux membres. Ce renflement est assez considérable chez les kanguroos à cause du grand développement des membres postérieurs.
Le cerveau se distingue toujours par le grand développement des hémisphères (fîg. 261); ils recouvrent souvent les tubercules quadrijumeaux et même quelquefois le cervelet. Le corps calleux ou la commissure de celte première paire de ganglions est très-d éveloppé dans tous les mammifères monodelphes et
Fig. 202. — Cervca11 de delphinus phocæna.
n’existe plus qu’à l’état rudimentaire dans les autres. Ce qui distingue surtout le cerveau des mammifères à l’extérieur, c’est le pont de Varole ou la prolubérance annulaire, et à l’intérieur la voûte à trois piliers. Les lubercules quadrijumeaux sont toujours petits et divisés en quatre éminences. Ce sont tantôt les antérieurs et tantôt les postérieurs qui sont les plus volumir-r ^ neux. Le cervelet est grand
cfj
et pourvu de lobes latéraux.
On voit chez beaucoup de mammifères des lobes au devant et en dessous des hémisphères qui donnent naissance aux nerfs olfactifs. Ce sont les lobes de ce nom. Ils sont creux et leur cavité communique directement avec les ventricules latéraux. Derrière la prolubérance annulaire, on voit généralement sur la moelle allongée des saillies que l’on désigne sous le nom de corps trapézoïdes.
Les hémisphères des mammifères présentent à leur surface des circonvolutions, qui, pour être très-variables d’un groupe à l’autre, ne sont pas moins constantes dans une espèce.
Elles ne sont point l’effet du hasard; il y a un principe qui préside à leur arrangement.
Les quadrumanes, les carnassiers, les cétacés (fig. 262) et l’éléphant ont de nombreuses circonvolutions; les rongeurs (fig. 265) en ont peu; l’ouislili parmi les singes
Fig. 26S. — Cerveau de castor.
APPAREIL NERVRIX.
n’en a pas, ainsi que le microcèbe parmi les lémuriens.
D’après M. Camille Dareste, il y aurait dans les mammifères une relation constante entre le degré de développement des circonvolutions du cerveau et la taille de l’animal, de manière que dans tous les groupes, comme les ouistitis parmi les quadrumanes, les espèces de petite taille auraient le cerveau le moins pourvu de circonvolutions.
Le cerveau et la moelle sont entourés des mêmes enveloppes: pie-mère, arachnoïde, dure-mère et étui osseux. La faulx, formée par la dure-mère, ainsi que la lente du cervelet sont souvent ossifiées.
Le cerveau remplit complètement la boîte crânienne.
Les nerfs crâniens existent tous chez les mammifères comme chez l’homme, à l’exception de la première paire, qui manque chez quelques cétacés. La cinquième paire acquiert souvent une grande importance.
Les autres nerfs de la moelle aussi bien que le grand sympathique ne présentent guère de modifications importantes a signaler; ils sont disposés comme chez l’homme. On pourrait faire remarquer toutefois que, dans la plupart des mammifères, le grand sympathique s'unit intimement dans la région cervicale avec le pneumo-gaslrique, et que souvent des ganglions de la région cervicale se confondent les uns dans les autres, de manière à ne plus trouver sept ganglions correspondant aux vertèbres cervicales. Il n'y en a souvent que trois.
Oiseaux. — La moelle épinière est, en général, très-allongée à cause de la longueur du cou; elle est généralement creuse dans toute la longueur. Les faisceaux supérieurs de la moelle s’écartent, au milieu du renflement formé â l’origine des nerfs qui se rendent aux pattes, et forment les/nus rhomhoïdal, qui est caractéristique de la moelle des oiseaux. Celle-ci remplit toute la longueur du canal spinal.
Les hémisphères du cerveau ont une forme triangulaire (fig. 264); on distingue â peine à leur surface des traces de circonvolutions. Les parois de ces hémisphères sont très-minces. On voit en avant les lobes olfactifs dont la cavité est aussi en communication avec les ventricules latéraux. Les tubercules
Fig. 2C4. — Cerveau du coq.
a. Vu en dessus. — b. Vu en dessous.
quadrijumeaux occupent les flancs du cerveau; le cervelet se réduit à la portion moyenne ou au ver. Le pont de Varole manque, ainsi que le corps calleux. Le cerveau remplit la cavité du crâne; il est entouré des mêmes membranes ordinaires.
Les nerfs crâniens se retrouvent tous, et les mêmes nerfs se rendent aux mêmes organes. Les nerfs optiques sont souvent très-gros et lamelleux. Le nerf lingual de la cinquième paire manque.
Les nerfs vertébraux ne présentent rien de particulier.
Le grand sympathique est très-distinct; les ganglions de la région dorsale se voient facilement le long de la colonne vertébrale; mais dans la région cervicale, ce nerf pénètre dans le canal vertébral formé par les apophyses transverses des vertèbres.
Reptiles et batraciens. — La moelle épinière est très-longue, par exemple, chez les serpents, et fort courte dans les batraciens anoures, comme les grenouilles et les crapauds. Le ventricule persiste pendant toute la vie.
La moelle surpasse le cerveau en volume. Il existe des renflements assez grands dans la moelle à l’origine des nerfs des membres. Chez les ophidiens on a observé aussi des renflements à l’origine des autres nerfs.
Le cerveau (fig. 265) a quelque ressemblance avec celui des oiseaux, avec cette différence toutefois que les corps quadriju-
APPAREIL NERVEUX
roeaux sont situés à la même place que chez les mammifères, c’est-à -dire en dessus entre les hémisphères et le cervelet. Les batraciens anoures ont un cervelet rudimentaire; il ne consiste que dans un mince cordon placé en travers comme un pont sur le quatrième ventricule. Le cervelet est le plus développé dans les crocodiles.
Les nerfs crâniens, comme les nerfs vertébraux et le grand sympathique, ne présentent rien de particulier. Les ganglions de ce dernier sont plus délicats et sont cachés chez quelquesuns dans le canal vertébral. Il présente des anastomoses avec le trijumeau, l’abducteur, le facial, le glosso-pharyngien, le pneumogastrique et l’hypoglosse.
Sous divers rapports les batraciens se rapprochent plus des poissons, et les reptiles véritables, des vertébrés supérieurs.
Poissons. — La moelle occupe la longueur du canal spinal, à l’exception de quelques poissons, comme le poisson lune et la baudroie, qui ont une moelle extrêmement courte et chez lesquels la queue du cheval commence 5 la hauteur des premières vertèbres. Elle est généralement cylindrique et creusée par le ventricule; elle a quelquefois la forme d'un ruban. On distingue facilement les quatre cordons qui la composent. Les nerfs naissent tous par deux racines. Elle se teimine chez les poissons osseux par un renflement ganglionnaire.
Le cerveau des poissons ne remplit pas la cavité de la boite crânienne. Entre la pie-mère et la dure-mère, il existe une subslancegélalineuse, contenant dans ses mailles une grande quantité de graisse, qui remplit l’espace entre le cerveau et les parois du crâne. Le cerveau des poissons se distingue encore de celui des autres classes, par les ganglions qui sont à peu près également développés et qui sesuiventcommeun chapelet (fig. 2t>0). Le nombre de ces ganglions est très-variable.
Le cervelet se distingue toujours facilement parce qu'il est impair et qu’il termine postérieurement l’encéphale. Quelquefois il ressemble, comme dans les batraciens, à une simple commissure située comme un pont au-dessus du quatrième ventricule. Le cervelet est au contraire très-développé dans le thon {thynnus vulgaris). Au devant du cervelet on voit sou-
vent deux autres paires de ganglions que l’on peut regarder comme les corps quadrijumeaux et les hémisphères, et au devant de ces derniers on aperçoit souvent les tubercules olfactifs. En dessous ou trouve les lobes inférieurs dont il est difficile de reconnaître la signification. L’hypophyse est en général très-développée dans celte classe.
Il n’est pas rare de trouver dans quelques poissons un lobe impair et médian, derrière les hémisphères : c’est le lobe du troisième ventricule.
Il y a souvent derrière le cervelet des rendements que l’on désigne sous le nom de lobes postérieurs; ce sont des ganglions qui existent à l’origine de la racine postérieure des premiers nerfs spinaux ou du pneumogastrique, quelquefois aussi à l’origine du trijumeau.
Le cerveau des poissons est très-peu volumineux relativement à la moelle épinière et aux nerfs. Souvent le cerveau ne semble en être qu’une dépendance.
Ce sont les poissons plagioslomes qui ont proportionnellement le cerveau le plus volumineux parmi les poissons.
Les nerfs olfactifs sont très-volumineux; ils ont un rendement à leur base et quelquefois deux, ou bien ils portent le rendement au boula l’entrée des fosses nasales.
Les nerfs optiques sont aussi très-volumineux; souvent ils s’enlre-croisent complètement et passent l’un au travers de l’autre (fig. 207) ou bien l'un au-dessus [de l’autre sans échange de fibres (fig. 268). Ils ne se croisent pas chez le bdellosloma. Ces nerfs consistent chez quelques poissons en une membrane plissée.
Fig. 20(1 — Cer' eau de carpt*.
a. Lobes olfactifs. —
b. Hémisphères. —
c. Tubercules quadrijumeaux. — (l. Cervelet.— e. Ganglion du pneumogastrique.
— f. Ganglion impair.
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Les nerfs des muscles de l’œil manquent rarement; ils se rendent aux mêmes muscles que dans les classes précédentes.
Les nerfs trijumeau et pueumo-gastrique sont d'une grosseur remarquable; le premier, outre les branches principales, fournit encore un tronc qui passe à travers la voûte du crâne et s’étend jusqu’aux dernières vertèbres caudales. Le second souvent plus volumineux encore que le précédent, outre les nerfs qui se rendent à l’appareil branchial, à l’estomac, au cœur et à la vessie natatoire, fournil une branche importante qui se loge dans le canal latéral en dessous de la ligne et qui s’étend dans toute la longueur du corps. Ce nerf pueumo-gastrique naît en général de deux racines distinctes chez les poissons osseux.
Les nerfs acoustiques sont ordinairement très-développés , tandis que le facial manque.
Un nerf facial n'a été observé que chez les cycloslomes, et chez ces derniers par contre le glosso-pharyngien manque.
Lesglosso-pharyngiens fournissent une branche assez forte qui se rend au premier arc branchial, et chez les cyprins quelques-uns de ses rameaux se perdent dans l’organe que l’on considère comme le siège du sens du goût.
Les nerfs hypoglosses semblent manquer dans les poissons, tandis que l’accessoire de Willis existe encore et s’unit par des rameaux avec le pneumo gastrique.
On découvre le grand sympathique dans les poissons, mais les nerfs et les ganglions sont plus tendres et parlant plus difficiles â découvrir; il est cependant conformé d’après le même plan et on aperçoit les ganglions sur le trajet de la colonne vertébrale. C’est dans les poissons osseux que ces nerfs sont le plus développés; ils le sont beaucoup moins dans les plagiostomes et on doute même de leur existence dans les cycloslomes.
Fig ilis.