APPAREIL DE L’OLFACTION
Cavités nasales. — L’organe qui esl le siège de l’olfaction ne consiste que dans une peau légèrement modifiée par un plus grand développement du réseau vasculaire et par la présence d’un nerf spécial ; dans l’olfaction, la plus délicate, la seule modification qui survient, consiste dans une augmentation de surface. Il s’agit en effet de mettre la plus grande surface possible en contact avec l’air. On ne connaît avec certitude cet organe •lue dans les animaux vertébrés et dans les mollusques céphalopodes.
Chez tous les vertébrés, il existe deux fosses qui s’ouvrent à l’extrémité du museau; ces fosses sont tapissées par la peau qui a reçu le nom de membrane pituitaire; la première paire de nerfs se perd dans ses parois. Ces fosses présentent souvent en avant un réceptacleautourdesouverluresque l’on nomme les narines, et chez tous les vertébrés qui vivent dans l’air, elles communiquent postérieurement avec la bouche. Les fosses nasales forment l’antichambre de l’appareil pulmonaire; elles veillent comme des sentinelles, à rentrée de celte voie, pour surveiller
APPAREILS DES SENS
la qualité de l’air que l’animal respire. Cette cavité est toujours tapissée par un épithélium ciliaire.
Mammifères. — Les narines sont situées au bout du museau, à l’exception des cétacés souffleurs; le réceptacle qui les entoure est désigné sous le nom de nez, ou bien il prend une forme allongée et devient un groin, ou bien encore il s’allonge outre mesure pour devenir une trompe, comme chez l’éléphant. Dans quelques chauves-souris, les narines sont entourées d’une conque semblable à une conque auditive, pour concentrer les émanations odorantes. Chez les phoques, les ouvertures des fosses nasales sont entourées d'un sphincter qui, en se contractant, empêche l’eau de pénétrer pendant la submersion. Dans les cétacés souffleurs, il n’y a point de nez, et les narines, qui sont désignées sous le nom d’évents, sont situées à la partie supérieure de la tête. Il n’y a qu’une seule cavité et une seule narine dans les dauphins; une cloison les sépare dans les baleines. Dans tous ces animaux, ce tube aérien montre à son extrémité supérieure une poche assez volumineuse, dont les parois sont de nature musculaire. Dans une espèce de phoque (slemmatopus) de la mer du Nord, les cavités nasales s’étendent sur le côté, à la partie supérieure de la tète, et l’animal, en les remplissant d’air, prend une tète volumineuse, d’un aspect monstrueux; c’est le phoque à capuchon.
Sur le côté de ces cavités nasales, on voit généralement trois cornets, à replis d’autant plus nombreux que l’odorat est plus étendu; ils remplissent tellement la cavité, qu’il ne reste que tout juste la place pour le passage de l’air; c’est dans les phoques que l’on voit ces cornets prendre le plus grand développement. Les feuillets se divisent et se subdivisent, de manière que leur coupe présente le même aspect que l’arbre de vie dans le cervelet. Le cornet supérieur est généralement formé par l’cthmoïde. Les os frontaux, maxillaires et sphénoïdaux se creusent souvent, forment des sinus qui portent le nom des os dans lesquels ils se trouvent et qui contribuent également a augmenter la surface de la pituitaire; ces cavités emprisonnent ensuite l’air pour quelque temps et font sentir encore des odeurs quand on ne se trouve plus au milieu des émanations.
Les sinus frontaux s’étendent, chez l’éléphant, tout autour de la tête; les sphénoïdaux sont très-grands dans ces mêmes pachydermes, et les sinus maxillaires sont en général assez volumineux. Les sinus frontaux s’étendent, dans les ruminants à corne creuse, jusque dans l’intérieur de la cheville des cornes.
Tous les mammifères possèdent cet organe de sens, à l’exception des cétacés souffleurs, et encore si les dauphins sont privés de nerfs olfactifs, et si leur ethmoïde n’est point criblé d’ouvertures pour leur passage, au moins Eschricht signale' dans les baleines deux gros nerfs olfactifs.
Dans la plupart des mammifères, on trouve une glande nasale qui est située de chaque côté sur les parois externes. Son canal excréteur est situé au devant du cornet inférieur.
L’organe de Jacobson (fig. 522) consiste en un tube membraneux, formé d’une enveloppe riche en vaisseaux et en nerfs, et d’une gaîne cartilagineuse, situé le long de la branche interne de l’os intermaxillaire, sur le plancher des Fig- 32i-
fOSSeS nasales, à CÔté de Tu',e «kJacoUoB ouvert I)0ur montrer le ' bourrelet, a; les cryptes, b ; et l orifice
la cloison ; ce tube est du tube dans le conduit de Slénon, c clos en arrière et s’ou- (cochon), vre en avant dans le canal de Sténon.
Cet organe est très -petit chez l’homme et les quadrumanes, un peu plus développé chez les carnassiers, mais il acquiert ses plus grandes proportions dans les herbivores.
Oiseaux. — Cet organe de sens se trouve chez tous les oiseaux, et à très-peu d’exceptions il offre partout la même composition. Les narines s’ouvrent séparément à la base du bec; il n’y a point de réceptacle, c’est tout au plus si on peut considérer comme tel les tubes cornés des pétrels. Les narines extérieures paraissent manquer chez quelques oiseaux. Les fosses nasales sont séparées par une cloison du voilier, mais celte cloison est souvent incomplète. On distingue, en général, trois cornets qui
AIM’AUEILS DES SENS
sont <1 uelq ucfois ossiliés. Selon les oiseaux, l'un ou l’aulre de ces trois cornets se développe; c’est le supérieur dans les oiseaux aquatiques, c’est le moyen dans les gallinacés et l’inférieur dans les passereaux. Il existe une glande nasale avec un canal excréteur; sa place varie selon les ordres. Les fosses nasales s’ouvrent, chez tous les oiseaux, dans l'arrière-bouche par une fente longitudinale; des papilles cornées en recouvrent le bord et font fonction de voile du palais.
lleptiles et batraciens. — Les fosses nasales sont, comme chez les oiseaux, sans réceptacle et s’ouvrent à l’extrémité du museau. Les cornets sont rudimentaires. Elles s’ouvrent poslérieuremenl dans la cavité de la bouche, mais, ù l’exception des crocodiles, pas loin du bord antérieur du palais. On a observé encore une glande nasale chez quelques-uns d’entre eux.
Les narines des protêts sont fort grandes, du moins les cavités, et présentent des replis en forme de branchies, comme on en voit communément dans les poissons.
Poissons. — Ce qui distingue surtout les fosses nasalesdes poissons, c’est qu’au lieu de s’ouvrir dansla cavité de la bouche comme
pour montrer la disposition lamrllrtisr de la pituitaire
dansles classes précédentes, elles se terminent postérieurement en cul-de-sac. Dans les poissons cyclostomes, elles communiquent
par exception avec la cavité buccale, et les narines sont situées sur la ligne médiane. Celle fosse s’ouvre souvent au dehors par des ouvertures non loin l’une de l’autre et dont l’antérieure est souvent prolongée en tube. Chez beaucoup de poissons, la cavité olfactive est fort grande et tapissée par une membrane régulièrement plissée comme une branchie. Souvent les narines se ferment par des replis membraneux qui agissent comme des valvules ; c’est ce qu’on voit surtout dans les poissons plagioslomes où les organes sont toujours très-éloignés l’un de l’autre; on les voit à chaque angle de la bouche et affectant une forme différente dans chaque espèce. M. J. Muller a signalé un tétrodon sans narines exlérieures, avec des nerfs olfactifs pénétrant dans des tentacules ou barbillons.
A la base de la première paire d’antennes (petites antennes), il existe dans plusieurs crustacés décapodes un sac dont Rosenthal a donné la description, et qu’il considère comme un organe olfactif.
Les mollusques céphalopodes, les seuls parmi les animaux sans vertèbres qui portent ces organes de sens, présentent dans le voisinage des yeux une fossette, ouverte à l’extérieur et montrant au fond une papille; un nerf naissant des ganglions susœsophagiens ù côté des nerfs optiques se rend à ces organes. C’est avec raison qu’on les regarde comme un organe de l’odorat.
Il n’est pas douteux que la plupart des animaux sans vertèbres jouissent de ce sens, qu’ils distinguent les odeurs et que la délicatesse de ce sens est même portée à un haut degré, mais jusqu’ici on n’a pas reconnu un organe que l’on puisse considérer comme en étant le siège.
APPAHEII. DK LA GUSTATION
L’organe qui est le siège principal du sens du goût est la langue. Dans tous les vertébrés celle langue est facile ù reconnaître, tandis qu’elle est en général peu distincte chez les ani maux sans vertèbres. La plupart des animaux distinguent la nature de leurs aliments; mais, chez beaucoup d'entre eux, il n’y a aucune modification à l’entrée du tube digestif, et chez quelques-uns le tube digestif manque, comme chez les vers cestoïdes et acanthocéphales.
La langue de tous les mammifères est molle, musculeuse, baignée par la salive et couverte de papilles. Ces papilles sont
Fi*. 3Î5.
A. Langue de ronsselle. — B. Papilles grossies.
cornées chez quelques-uns et servent à retenir la proie, comme chez plusieurs carnassiers, ou bien elles sont charnues et ne manquent guère que chez les cétacés.
Le hérisson a la langue en avant couverte «t’écailles très-
dures; chez d’autres mammifères, ce sont des soies ou des épines (lig. 325) qui la recouvrent.
Les papilles les plus remarquables par leur taille et la constance de leur nombre sont placées à la base de la langue en forme de V; on les appelle, à cause de leur forme, papilles calyciformes.
Elles semblent manquer dans plusieurs cétacés; on en voit
une seule chez les kanguroos, deux chez quelques édentés, deux à trois chez les chéiroptères, les carnassiers en général et les chevaux; cinq dans quelques quadrumanes, et le nombre chez d’autres s’élève parfois jusqu’à dix et douze (fîg. 526), par exemple chez l’ours.
La constance du nombre et de la forme dans chaque espèce semble bien indiquer que ces organes se rattachent au sens du goût.
La langue des oiseaux (fig. 327) est généralement peu molle, et, à l’exception de quelques oiseaux, comme les perroquets et les canards, elle est peu propre à l’exercice de ce sens.
Elle varie beaucoup dans sa forme cl sa grandeur; elle est rudimentaire chez le pélican, très-grande, au contraire, chez les cygnes, les oies et les canards ; aussi ces derniers oiseaux sont comptés parmi le petit nombre de ceux chez lesquels la langue est un organe de gustation.
Elle est généralement rigide, dure cl couverte d’un étui corné; elle est quelquefois pénicillée, comme chez les colibris, ou en forme de plumes comme chez les toucans.
Les reptiles ont en général une langue molle; sa forme et son développement sont extrêmement variables.
Fig. 32G. — Langue d’ours.
a. Papilles ordinaires. — b. Papilles calyciformes.
Fig. 327. — Langue île Tlialassidroiua pelagica.
APPAREILS DES SENS
Elle est lellenieiit rudimentaire chez les crocodiles, que les anciens niaient son existence; et, en eiïel, elle ne consiste que dans un simple repli qui s’étend le long des deux branches de la mâchoire.
La langue est au contraire extrêmement développée chez les caméléons: elle est devenue protractile et sert à la préhension. On a toutefois remarqué une partie gustative au bout; la pointe est garnie de papilles et se tourne vers le gosier. La langue des chéloniens est peu développée, large et plate (fig. 328). Elle est divisée eu avant et souvent aussi en arrière :
Ifig. 318.— Langue lie tortue. Fig. 319. — Langue de trigonuclplialr.
celle division est faible chez les geckos et les iguanes, plus profonde chez les lézards et semblable à celle des serpents chez les varans. Elle est très-longue, étroite et profondément échancrée chez les serpents ; on l’appelle souvent dard. Elle est logée dans une gaine formée aux dépens de la muqueuse de la bouche (tig- 32D).
La langue des batraciens est toujours molle; elle est formée de quelques rides chez les sirènes et les pipas, au point que cet organe semble manquer complètement. Elle est petite chez les cécilies, proleus et salamandres; grande, aplatie, tronquée et libre en arrière chez la plupart des anoures, â l’exception des rainettes.
La langue des poissons parait peu propre à l’exercice du sens du goût; elle est rudimentaire et sans mouvement intrinsèque; souvent elle est dure et garnie de dents.
Les cyprins et surtout les carpes portent en arrière du palais
un organe contractile que les gourmets connaissent sous le nom de langue de carpe; cet organe reçoit un grand nombre de nerfs, et si on considère que ces poissons sont phytophages, il ne paraîtra pas trop hasardé de le considérer comme étant le siège de ce sens.
Les autres poissons sont carnassiers, avalent leur proie sans la dépecer et sans l’imprégner de salive, ce qui est peu favorable à l’exercice de ce sens.
Chez les articulés, le sens du goût s’exerce sans doute dans la cavité de la bouche, et le nerf spécial provient probablement des ganglions sous-œsophagiens; mais on ne connaît rien de certain à ce sujet. La cavité de la bouche est tapissée par une membrane délicate et imprégnée généralement de salive, mais il n’y a pas d’organe spécial pour l’exercice de ce sens, pas plus que dans les dernières classes du règne animal.
APPAREIL DU TOUCUEU.
Considérons d’abord la peau sous le rapport du sens du toucher, qu’elle exerce quelquefois sur la plus grande partie de son étendue.
Toucher. — Le siège de ce sens peut résider dans toute l’étendue de la peau ; elle ne reçoit ù cet effet d’autres modilica-
Fig. 330. — p.ipillt* tirs doigts (Hollikt-i ).
« Corpuscule cciilul. — b. Nerfs. — c. Terminaison <les nerfs — d. Vaisseaux.
lions que la présence de papilles avec des lilets nerveux et des anses vasculaires (lig. 3ôO).
Ce n’est que dans ces dernières années que ftleissner a fail connaître la composition anatomique de ces papilles.
Il existe deux sortes de papilles, les unes vasculaires et les autres nerveuses. Les papilles vasculaires sont plus nombreuses que les autres et sont formées d’une anse vasculaire et d’une enveloppe; les papilles nerveuses sont logées au milieu des autres et ne reçoivent pas de vaisseaux. Elles sont formées de membranes horizontalement superposées et ayant entre ces couches membraneuses de nombreux grains oblongs et d’une couleur foncée.
Depuis, Gerlach a vu des vaisseaux dans toutes les papilles, qu’elles aient des corpuscules ou non.
Les principaux organes du loucher sont les lèvres, les doigts, la langue et le nez ; c’est dans ces organes que les papilles sont le plus développées.
C’est le bout des doigts qui est le siège de ce sens chez les quadrumanes en général; le bout de la trompe chez l’éléphant, les feuilles du nez des rhinolophes, les pavillons de l’oreille et les ailes des chéiroptères; le boutoir du sanglier, de la musaraigne, des hérissons et des taupes, surtout des condylures; enlin la lèvre supérieure des carnassiers et surtout des phoques; on a comparé avec raison les soies qui garnissent ces lèvres aux barbillons des poissons et aux palpes des insectes.
Chez les oiseaux, le sens du loucher est très-obtus et ne peut que difficilement s’exercer, puisque tout le corps est couvert ou d’écailles ou de plumes; aussi semble-t-il résider chez quelques oiseaux, par exemple les pics, dans la langue ou bien au bout du bec, comme chez les canards et les bécasses. Chez ces derniers il se forme en effet un appareil spécial pour discerner les objets par le bout du bec. On peut encore considérer le dessous des doigts comme siège de ce sens.
La langue des reptiles semble en général servir aussi d’organe du toucher. Les serpents et beaucoup de sauriens dardent constamment leur langue bifide avec l’intention évidente d’explorer. On peut considérer encore comme organes de tact les pieds de plusieurs d’entre eux.
APPAREIL DES SENS
Les batraciens exercent sans doute le toucher par toute la surface de leur peau, niais c’est toutefois dans les mains et les pieds que doit résider surtout ce sens.
Les rainettes ont des ventouses au bout des doigts; les pipas, des lanières molles qui sont sans doute propres a l’exercice de ce sens.
On trouve dans la peau de plusieurs poissons fluvialiles, surtout au pourtour de la bouche, des papilles singulièrement conformées et qui servent sans aucun doute à l’exercice du sens du toucher. Ces papilles sont conformées d’après le même plan que celles des mammifères (fig. 35 1 ) ; on en voit surtout chez les silures, les carpes, plusieurs gades , l’esturgeon , etc. Les Irigles ont à chaque nageoire pectorale quelques rayons libres en forme de doigts qui leur servent pour marcher au fond de l'eau et qui reçoivent Fig. â3l. - Pipill** cutanée J»d’énormes filets nerveux ; la baudroie la '**" J u" pécheresse porte une lige mobile terminée par une feuille membraneuse sur la tète, cl des fila menls membraneux autour de la mâchoire; des scorpènes cl d’autres poissons portent encore des appendices membraneux qui servent probablement au toucher.
Chez les animaux articulés, il faut placer ce sens dans les divers appendices connus sous le nom d’antennes, de palpes et même dans les pattes; le reste du corps est enveloppé d’une cuirasse solide ordinairement cornée ou calcaire et peu propre à l’exercice de ce sens.
Les mollusques nus exercent sans doute le toucher par toute la surface du corps; mais quelques appendices semblent plus particulièrement en être le siège. Les liras des céphalopodes, tout en servant d'organes de préhension, servent encore au tou cher, comme les antennes des gastéropodes, le pied «les acé-
pliâtes ainsi que les lanières qui bordent le manteau et les tentacules des bryozoaires.
Les vers à sang rouge ont souvent de nombreux appendices autour de la tète pour servir d’organes explorateurs.
Les échinodermes, les polypes et les autres, s’ils n’ont plus un organe spécial, ont cependant encore en général quelque prolongement de la peau, comme les cirrhes des acalèphes, les bras des hydres, les tentacules des polypes, les filaments des rhizopodes qui servent d’organes du toucher.
Les corpuscules de Pacini ( fig. 532), que l’on a observés maintenant dans divers organes et chez un grand nombre d’animaux, paraissent devoir être considérés comme des papilles exerçant le sens du loucher.
Ces corpuscules consistent dans une capsule formée de plusieurs couches, au centre desquelles se termine un filet nerveux.
On les a observés dans la paume de la main et la plante des pieds; dans les protubérances sous le pied des chiens et des chats; sous le bord supérieur corné du sabot des ruminants, etc.
Ces corpuscules ont aussi été observés dans la langue des oiseaux et à la partie antérieure de leurs deux mandibules.
Peau. — Nous venonsd’éludierla peau sousle rapport du sens de tact qu’elle exerce; examinons-la maintenant sous le rapport de sa composition dans les diverses classes du règne animal.
La peau est forméo de deux couches parfaitement distinctes : le derme et. l’épiderme.
Elle porte des glandes de deux sortes : les unes versent un liquide propre à lubrifier la surface; les autres produisent des corps solides, formés de couches juxtaposées et qu’on appelle poils, ongles, écailles, plumes, etc. Les premières sont dési
Pi g. 352. — Corpuscule de Pacini (Küllikcr).
APPAREILS UES SENS
gnées sous le nom de cryptes, les autres sous le nom île phnnères (de Biain ville).
Comme partie accessoire de la peau on peut considérer la couche adipeuse située sous le derme, et la couche musculaire cutanée, qui prend quelquefois une grande extension.
Mammifères. — Ils ont généralement les deux couches de la peau épaisses, et le derme est adhérent au tissu adipeux sousjacent. Chez quelques chéiroptères, la peau est peu adhérente.
Le derme est très-épais chez les pachydermes, et on remarque qu’il existe un balancement entre lui et les phanères; si les
ancres sont peu développés, sinon il reste mince. Chez les osseuses très - régulièrement disposées dans l’épaisseur du derme et qui constituent un squelette cutané.
L’épiderme varie beaucoup selon les régions des corps qu’il recouvre et selon les mammifères. Il forme des callosités sur presque toute la surface du corps, comme chez le rhinocéros, ou se développe seulement aux fesses, comme chez les singes de l’ancien continent, aux genoux et la poitrine des chameaux, aux membres des solipèdes (cheval, âne) et aux pieds des mammifères onguiculés. Quelquefois l’épiderme forme des plaques imbriquées, soit sur tout le corps comme chez les pangolins, soit sur la queue, comme chez plusieurs rongeurs.
Les poils (lig. 333) existent ( les cétacés; chez ces derniers
il acquiert une grande épaisseur, tatous, il se forme des plaques
Fig. 333. — Coupc idéale «l’un poil cl 4 c s«»n i«»!Hculc «I après Gcpenbaur.
i. Substance médullaire du poil. — b. Substance corticale. — »• K pi derme. — d. Glandes. — e. Papille pileuse. — f. Pulpe et dêp«‘»l «lit pigment dans la racine du poil.
liez tous les mammifères, même ils n’apparaissent toutefois que
dans le jeune âge. On les appelle piquants quand ils sont gros et pointus, comme chez les porcs-épics et les hérissons; ils forment les vibrisses ou moustaches des chats (lig. 534) ; ce sont des soies chez le cochon, des crins au haut du cou et à la queue du cheval, de la laine ou du duvet à la base des soies ordinaires chez les espèces qui vivent dans les pays froids. Ils sont aussi quelquefois cannelés, couverts de tubercules perlés (fig. 554)
Fig 534. — Nerf sous-orbitaire de phoque sc perdant dans les vibrisses.
ou ramifiés, cl semblables à des épines. Dans les piquants du porc-épic, les vaisseaux pénètrent jusqu’à la substance médullaire.
Les ongles et les cornes creuses se forment, comme les poils, à l’aide d’une pulpe qui sécrète ces corps solides.
Nous avons vu plus haut les diverses glandes qui répandent leur produit à la surface de la peau (p. 147).
La couche adipeuse est très-développée chez tous les mammifères aquatiques. Elle remplace les poils chez ces animaux. C’est surtout pour celte graisse qu'on leur fait la chasse.
La couche musculaire cutanée est en général très-développée le long du dos; elle permet au chat de faire le gros dos. Elle recouvre tout le corps cl acquiert une grande épaisseur chez
APPAREILS DES SENS
le hérisson el permet ù l’animal de s’enrouler dans sa peau (lig. 335).
La peau des oiseaux se distingue par la minceur du derme
Fig. 555. — Hérisson h demi enroulé pour montrer ion musele pcaucier
et lu richesse des vaisseaux qu’il contient, par le peu de développement de l’épiderme et enfin parla nature particulière des plianères qui sont couiius dans celle classe sous le nom de plumes. Tous les oiseaux en ont le corps entièrement couvert, A l’exception de la face et des membres postérieurs.
L’épiderme est très-développé à la face el recouvre le bout des deux mandibules; il forme un étui connu sous le nom de bec. Sur le tarse, et quelquefois à l’aile, il recouvre une saillie osseuse et prend le nom d’éperon, ou bien encore il forme des écailles de formes très-variées el qui recouvrent le tarse el les doigts.
La peau des oiseaux n’est jamais doublée d'une épaisse couche adipeuse, et elle n’a jamais non plus une couche musculaire très-développée.
La peau se détache quelquefois complètement, ne tient que par quelques brides, et l’air circule tout autour du corps entre la peau et les muscles (sula nlba).
Les plumes se forment, comme les poils, dans l’épaisseur du derme; chaque plume est formée : 1° d’un tuyau ou partie creuse renfermant souvent la pulpe qui a produit la plume,
2° d’une lige, et 5° de barbes. D’après le développement des barbes, on les divise en pennes, lorsque les barbes sont plus longues d’un coté que de l’autre, et en plumes, lorsque celles-ci sont également développées des deux côtés. Souvent il s’attache de petits muscles à la gaine de la penne pour la mouvoir.
Les reptiles ont en général la peau écailleuse.
Chez les chéloniens, il apparaît, dans l’épaisseur du chorion, des plaques osseuses qui s’unissent aux os et forment, par leur réunion, la carapace. Ces os cutanés sont placés sur les vertèbres, sur les côtes et puis en dehors des côtes, ils forment une bordure entre la carapace et le plastron. L’épiderme est très-épais et constitue dans certaines espèces de grandes plaques cornées qui sont connues dans le commerce sous le nom d 'écaille.
Les crocodiles portent aussi dans l’épaisseur du derme de grandes plaques osseuses disposées avec symétrie et formant des saillies dans quelques régions du corps. L’épiderme est trèsdéveloppé au-dessus de ces plaques. Le derme est mince chez les autres sauriens, et la peau est couverte de rugosités dans les geckotiens et les caméléons.
Les caméléons et d’autres sauriens encore, qui changent de
couleur, portent des tubercules sous l’épiderme et deux couches de pigment superposées, de façon à pouvoir se montrer sous l’épiderme simultanément ou se cacher l’une au-dessous de l’autre.
Les serpents se dépouillent de leur épiderme en entier depuis la bouche jusqu’à la queue. Un nouvel épiderme se montre en dessous après la chute du premier, et semble rajeunir l’animal. C’est pourquoi les anciens avaient pris le serpent pour l’emblème de l’immortalité et sans doute aussi pour celui de la médecine.
Fig. 556. — Pigment Je grenouille.
APPAREILS DES SENS
Si 5
Les cryptes sont assez abondamment répandues sur le corps de différentes espèces.
Les autres sauriens ont la peau écailleuse comme les ophidiens; tantôt ces écailles sont formées par le derme, tantôt par l’épiderme seulement.
Les batraciens ont la peau nue et visqueuse. Elle n’est que faiblement adhérente aux muscles et montre entre elle et les chairs de grandes lacunes lymphatiques. Le derme est mince, couvert de plaques de pigment (lig. 330) et d’un épiderme dont les cellules montrent distinctement le noyau (fîg. 537).
Les salamandres elles crapauds ont des glandes dans l’épaisseur de la peau qui sécrètent une visco- F.'« 537- —
. , * . . ... » il BpMtnM.
silé acre qui se répand a la surface de leur corps.
La peau des poissons varie extraordinairement, tant sous le rapport de sa composition elle-même que sous le rapport des écailles qui se forment dans son épaisseur.
On distingue partout le derme et l’épiderme. Celte dernière couche, sans nerfs et sans vaisseaux, composée de cellules juxtaposées commedans les autres classes, est lisse et généralement visqueuse par la nature même de ces cellules superficielles.
Le derme diffère de celui des vertébrés supérieurs en ce que les libres cellulaires qui le composent, au lieu de former des faisceaux entre-croisés, forment ici des couches de bandes parallèles qui se croisent. Le derme est ordinairement trèsadhérent aux muscles et montre quelquefois à sa face inférieure une couche de pigment ou une couche de graisse.
Les écailles des poissons (fig. 538) ne sont pas des dépendances de l’épiderme; elles sont généralement renfermées dans des poches dépendantes du derme; leur surface inférieure est couverte de cristaux qui brillent d'un vif éclat souvent argenté; une membrane très-fine indépendante de la peau les enveloppe et on voit à leur surface des lignes concentriques avec un contour arrondi ou dentelé. On a signalé des corpuscules osseux dans quelques écailles qui deviennent dures comme des os. On doit comparer ces parties au squelette cutané. Les esturgeons et d'aulres ont le corps couvert de grandes plaques
osseuses disposées avec symétrie et qui sont revêtues d’une couche d’émail comme les dents.
La peau des animaux articulés est distinctement composée
Fig. 338.
Ecaille cycloïde de salnio fario.
Écaille eténoïde de perça Ecaille ganoïde de lluviatilis. glyptolcpis clcgans.
encore d’une couche épidermique et d’un derme ou chorion. On distingue dans l’épiderme les cellules lamellées ou polyédriques et dans le derme des couches fibreuses singulièrement juxtaposées et formant des dessins réguliers.
On voit souvent des écailles microscopiques formant un duvet autour du corps et qui se détachent avec une grande facilité, comme les écailles des papillons.
La peau de ces animaux se divise toujours en anneaux ou segments qui, avec les appendices cutanés, forment le squelette cutané dont nous avons parlé plus haut.
Elle est ordinairement cornée ou calcaire et montre dans sa composition une substance chimique désignée sous le nom de chitine. Celte chitine se combine souvent intimement avec le carbonate et le phosphate de chaux dans les têts de nature calcaire comme chez les crustacés.
Deux espèces de pigments se présentent quelquefois en cris-
APPAREILS DES SENS
taux réguliers de diverses formes et de diverses couleurs chez les crustacés. L’écrevisse présente ces deux substances réunies. Au pigment rouge est mêlé un pigment bleu en cristaux prismatiques qui se détruit par l’action de la chaleur et des acides, et se dissout lentement dans l’alcool. Voilà pourquoi ces animaux deviennent rouges après l’ébullition et après leur séjour dans les liqueurs spiritueuses.
La composition de la peau est la même dans les cirrhipèdes, dont les coquilles ne sont qu’un état d’incrustation calcaire de l’épiderme.
La mue n’est que la chute de l’épiderme comme dans les vertébrés.
La peau des mollusques céphalopodes se distingue sous plusieurs rapports. D’abord elle est toute distincte et s’unit aux muscles sous-jacents par du tissu cellulaire très- lâche. Elle montre distinctement les deux couches ordinaires, le derme ei l’épiderme.
Le derme est assez épais et formé de tissu fibreux contractile; c’est dans ce tissu que se forment les mailles au milieu desquelles se logent les cellules chroma lophorcs , dont nous parlerons tout à l’heure.
Il y a des céphalopodes à corps nu, comme les poulpes; d’autres ont une coquille interne, comme les calmars; d’autres encore ont une coquille externe dans laquelle ils peuvent s'abriter amplement, comme les nautiles et les argonautes.
Les bras sont armés de ventouses, et dans ces ventouses on trouve ordinairement, sinon toujours, un cercle corné qui dépend de la peau.
Dans l’épaisseur de la peau des céphalopodes se trouvent des cellules en partie remplies de granules de pigment; quand les fibres du chorion se contractent, ces cellules paraissent déchiquetées; et lorsqu’elles se relâchent, les cellules s’arrondissent par leur propre élasticité. Les granules de pigment peuvent s’accumuler vers la périphérie en abandonnant le centre de la cellule; c’est ce qui produit alors l’effet d’un noyau an milieu.
On a observé des cellules chromalophores sur d’autres mollusques, entre autres chez les cymbulies.
Le chorion est dense chez les gastéropodes, et, chez tous ceux qui sont aquatiques, il est couvert d’un épithélium vibratile. La couche musculaire est intimement confondue avec le derme et rend la peau très-contractile.
Les gastéropodes sont en général pourvus d’une coquille univalve en spirale et qui sert d’abri à l’animal. Il y en a quelques-uns qui ont une coquille interne, et d’autres en sont complètement dépourvus.
La peau des mollusques acéphales montre généralement dans son épaisseur une coquille à deux valves, qui protège puissamment l’animal contre ses ennemis.
Les tuniciers ont une peau membraneuse, coriace ou même d’un aspect cartilagineux et qui contient de la cellulose.
Les bryozoaires portent dans l’épaisseur de la peau un dépôt membraneux, corné ou calcaire qui constitue le polypier. C’est la coquille d’une colonie. La couche musculaire est intimement unie au derme, dans les régions du corps qui ne sont pas incrustées. Une grande partie du corps est couverte, comme chez les précédents, de cils vibratiles.
Les vers ont un épiderme qui offre exactement la structure de l’épithélium à cylindre, et au-dessus de cet épiderme s’étend une membrane finement rayée et pourvue de nombreux pores, nommée cuticule par quelques naturalistes.
Les couches les plus profondes de l’épiderme contiennent du pigment.
Le derme a souvent plusieurs fois l’épaisseur de l’épiderme. Il consiste en couches nombreuses de fibres entre-croisées, réunies par du tissu cellulaire, et contient des filets nerveux assezabondants, surtout chez lesannélides sans tube. Ce derme montre souvent un réseau de vaisseaux sanguins capillaires assez développés dans les vers à sang rouge.
Plusieurs vers portent dans l’épaisseur de la peau des incrustations calcaires ou cornées, qui deviennent chez quelques-uns d’entre eux des tubes dans lesquels l’animal peut s’abriter. La surface de la peau exhale souvent une viscosité qui se transforme en tube membraneux.
La peau des vers intestinaux se distingue par la facilité avec
APPAREILS DES SENS
laquelle e|le absorbe l’eau, el cette faculté d’absorption continue encore après la mort. Tout ver intestinal se gonfle dans ce liquide.
Les échinodermes, à très-peu d’exceptions près, possèdent un squelette cutané conformé d’après un plan particulier.
Plusieurs polypes dans l’épaisseur de la peau possèdent une charpente solide de nature cornée ou calcaire.
C’est le polypier.
Dans plusieurs acalèphes, le contact de l’animal avec la surface du corps produit une sensation brûlante ; c’est que la peau de ces animaux est garnie d’organes particuliers connus sous le nom d’organes urticaires (fig. 339). Ce sont des capsules renfermant un filament contourné en spirale, qui sort au plus léger contact et se détache avec sa capsule. Il
existe en outre des organes 0> Capsule. — L Filament urticaire, de préhension dans ces mêmes
acalèphes; ce sont des amas de soies qui font saillie sur divers organes.
Outre les organes urticaires, plusieurs polypes ont, comme les hydres, des organes en hameçon, qui consistent en vésicules, d’où sort un filament renflé et visqueux 5 son extrémité libre et qui continue avec le col de la vésicule.
Les polypes ont le corps couvert de cils vibratiles dans le jeune âge au sortir de l'œuf.
Les infusoires ont une peau lisse et distincte ou couverte de cils vibratiles serrés et placés régulièrement à la surface du corps. Elle est gélatineuse et sécrète tantôt une couche tout autour du corps pour l’enkyster, tantôt une cuirasse ou un étui.
Organe urticaire enroulé.
Organe urticaire épanoui.