TOME II
Leur origine laiidiquR.
Les neurones cortico-méduUaires [faisceau pyramidal), tirent leur origine de la zone rolandiqiie,en particulier de ses trois quarts supérieurs; ils occupent, dans ia région thalamique de la capsule interne, tout le segment postérieur, depuis le genou (non compris) jusqu'au segment rétrolenticulaire. Ils passent dans la région sous-thalamique par les trois cinquièmes moyens du segment postérieur, occupent les trois cinquièmes moyens du pied du pédoncule cérébral et forment la pyramide bulbaire, ils ne reçoivent pour ainsi dire pas de fibres du faisceau de Tiirck, mais un petit nombre de fibres du faisceau interne du pied du pédoncule. En effet, les dégénérescences du faisceau de Tûrck n'entraînent pas d'assymétrie appréciable de la pyramide bulbaire (voy. cas Neumann, Fig. 134 à 136), tandis que les dégénérescences du faisceau interne du pied du pédoncule déterminent toujours une petite diminution de volume de cette pyramide (voy. cas Sch^weigoffer, Fig. 122). Les dégénérescences des trois quarts moyens du pied du pédoncule cérébral sont, par contre, toujours accompagnées d'une dégénérescence très intense, voire môme d'une atrophie complète de la pyramide bulbaire (voy. cas Scheule.Fig. 112).
Morgagni.
Cruveilhicr.
Rokitansky.
Tiirck.
L'École française :
Charcot, Vnipian Bouchard.
Historique des fibres de projection de la corticalitè cérébrale et en particulier de la voie pédonculaire. — La constitution du pied du pédoncule cérébral, telle que nous venons de la décrire et l'origine purement corticale de ses fibres, ont été établies par l'un de nous en 1893. C'étaient Là des faits en opposition avec les opinions admises alors, d'après lesquelles le pied du pédoncule cérébral contenaient de nombreuses fibres originaires de? noyaux caudé et lenticulaire. Il n'est donc pas inutile d'exposer très rapidement l'historique de cette question.
Morgagni, le premier, entrevit les connexions du cerveau avec le reste du névraxe en constatant dans les hémiplégies trèsanciennes une diminution de volume du tronc encéphalique du même côté; Cruveilhier précisa ces connexions en montrant que les vastes et anciens foyers hémorrhagiques du cerveau entraînent du côté correspondant une atrophie du pédoncule cérébral, de la protubérance et du bulbe rachidien, et Rokitansky montra que cette atrophie peuf être suivie dans le 'côté opposé de la moelle épinière.
L. Tiirck, dans une série de travaux parus en 1830, 1851 et 1833, étudia avec grand soin les dégénérescences secondaires médullaires. Il pratiqua des coupes vertico-transversales à travers le cerveau et montra :
1° Que la destruction de la partie antérieure de la capsule interne entraîne une hémiplégie prononcée et une dégénérescence de la pyramide du bulbe du même côté, dégénérescence qui peut être suivie'dans la partie postérieure du cordon latéral du côté opposé de la moelle. Il admit, en outre, que la destruction des premier et deuxième segments du noyau lenticulaire, surtout lorsqu'elle s'étend à la partie antérieure, inférieure et externe de la capsule interne, entraîne la dégénérescence des fibres de la partie postéro-externe de la pyramide et celle des fibres^situées le long du sillon médian antérieur dans le cordon antérieur de la moelle du même côté. Tûrck établit ainsi, à tort du reste, une distinction entre la partie des voies pyramidales qui se rend dans le cordon latéral du côté opposé et la partie non croisée qui aboutit au cordon antérieur de la moelle;
2° Que dans les lésions de la partie postérieure de lacapsule interne, l'hémiplégie et la dégénérescence secondaire sont point ou peu prononcées et que ces lésions déterminent fréquemment de l'hémianeslliésie de la sensibilité générale du côté opposé du corps.
Les travaux de Tiirck furent suivis par une série de travaux confîrmatifs parus surtout en France. Tels sont les faits rapportés par Charcot et Turner (1852), Schroeder
van der Kolk (lS;i2), Tunier (1836),Gharcot et Gubler (i8a9), Gharcot et Vulpian (1861 à 1866), Gharcot et Corail (1863), Leyden (1863), Lancereaux (1804), Bouchard (1864), et le mémoire fondamental de Bouchard, de 1866.
Bouchard, contrairement à l'opinion de Tiirck, montra que les faisceaux direct et croisé de la moelle épinière appartiennent à un seul et même faisceau encéphalique et qu'ils dégénèrent à la suite d'une seule et même lésion. Bien que ces dégénérescences s'observent surtout dans les cas de lésions centrales des hémisphères occupant non seulement les corps striés mais surtout, ainsi que Gharcot et Vulpian l'ont montré, la capsule interne, — elles s'observent en outre, quoique moins prononcées, dans les lésions intéressant l'écorce grise avec intégrité des corps striés et des couches optiques. Ainsi se trouva donc posé le problème dn l'origine corticale du faisceau [pyramidal. 11 le fut déjà par Vulpian, lorsque 'cet auteur montra que les lésions situées dans le centre ovale, en dehorsdescorps striés, déterminent des atrophies descendantes (pédonculaires et pyramidales) semblables à celles que produisent les lésions des corps striés.
Si, grâce aux travaux de Tûrck,'de Gharcot et Vulpian, de Bouchard, le trajet intramédullaire du faisceau pyramidal était définitivement établi, si l'on savait que ce faisceau dégénère à la suite de lésions protubéranfielles, pédonculaires et capsulaires, son origine encéphalique restait néanmoins à découvrir.
Jusqu'aux recherches expérimentales de Guddeu, jusqu'aux travaux de Gharcot et de ses élèves basés sur l'étude des localisations cérébrales, jusqu'aux travaux de Flechsig basés sur le développement des faisceaux encéphaliques et médullaires, l'opinion des anciens anatomistes, tels que Vicq d'Azyr, Reil, Burdach, Foville, Arnold, fut implicitement acceptée et l'on admit, avec Meynert, que le faisceau pyramidal, comme du reste la plupart des fibres du pied du pédoncule, tiraient leur origine du corps strié : noyau lenticulaire et noyau caudé.
Pour .Meynert, en eifet, les connexions de la corticalité cérébrale avec la périphérie du corps étaient indirectes et s'effectuaient par l'intermédiaire de trois systèmes de fibres de projection (les fibres de projection de l'"', i^ et 3= ordres) et par deux relais ganglionnaires : les ganglions de la base du cerveau (corps opto-striés, tubercules quadrijumeaux) et la substance grise centrale (cornes médullaires et noyaux des nerfs crâniens). L'écorce cérébrale était reliée aux ganglions de la base par le système de projection de premier ordre dont les fibres abordaient chacun des ganglions de la base par une de leur face ou pôle [pôle central de Meynert) et leur constiluaientune véritable couronne rayonnante [Via. 50). La couche optique recevait
FiG. 50. — Les connexions des ganglions de la baseavecla cortical! té cérébrale et avec le pied du pédoncule cérébral, d'après l'opinion de Meynert.
(Schéma de Huguenin emprunté à Gharcot, LocaZîsations cerêftî'ate, p. 83.)
AM, avant-mur. — CA, corne [d'Ammon. — ce, corps calleux. — CE, capsule externe. — CI, capsule interne, — CO, couche optique. — FC, fibres pédonculaires destinées au noyau caudé. — FD, fibres directes. — FK, fibres du noyau caudé qui vont à la corticalité cérébrale. — FL, fibres du pédoncule destinées au noyau lenticulaire. — FA^, fibres du noyau lenticulaire qui vont à la corticalité cérébrale. — FS, fibres du noyau lenticulaire qui se jettent dans le lobe sphénoïdal. — FT, fibres de la couche optique qui vont à la corticalité cérébrale.
La doctrine de Meynert sur la texture du cerveau. Les trois systèmes do fibres de projection.
FiG. 81. — La constitution du tronc encéphalique, en particulier du pied du pédoncule cérébral, d'après Meynert (Arch. f. Psych., 1874).
Sept coupes transversales du tronc encéphalique passant : 1, par les tubercules quadrijumeaux antérieurs et le pied du pédoncule cérébral au-dessous de l'origine du nerf moteur oculaire commun; 2, par la protubérance au-dessus de sa plus forte convexité; 3, par la protubérance au-dessus de l'émergence du nerf facial; 4, par la partie moyenne des olives bulbaires; 5, par la partie sous-olivaire du bulbe rachi-
FIBRES DE PROJECTION DE L'ÉCOKCE CÉRÉBRAI.E.
dien; 6, par l'entre-croisement inférieur dos pyramides; 7, par la région supérieure de la moelle cervicale. — Les voies centrifuges sont colorées en bleu, les voies centripètes en brun clair, le système cérébelleux en jaune.
Cf, le faisceaxi interne du pied du pédoncule cérébral (fibres de l'anse lenticulaire) ; il occupe la partie interne de la pyramide (coupe 5) et le cordon antérieur homolatéral. — Cbr, région moyenne du pied du pédoncule cérébral dans laquelle les fibres de la pyramide sont mélangées avec des fibres du pédoncule cérébelleux moj'en. — Cp, le faisceau externe du pied du pédoncule cérébral ou faisceau de Tûrck; il provient de l'écorce des lobes occipital et temporal, occupe la partie externe de la pyramide du bulbe (coupes 2, 3, 4) et forme l'entre-croisement supérieur ou sensitif du bulbe (coupe 5). — CR. corps restiforme. — /'6i, fb;, fhz (coupes 2 et 31, ime fibre protubérantielle qui occupe la couche superficielle du pédoncule cérébelleux moyen gauche, entre en connexion avec ime cellule {cil) des fibres longitudinales de la protubérance et se continue avec une fibre de la couche profonde du pédoncule cérébelleux moyen gauche. — fb (coupe 4), fibre superficielle du corps restiforme gauche appartenant au stratum zonale.qui s'entre-croise à la partie antérieure du raphé avec une fibre de même nom ilu coté opposé, entre en connexion [avec une cellule de l'olive bulbaire et pénètre dans le cordon postérieur droit. — fb', fibre des couches profondes du corps restiforme droit qui entre en connexion avec une cellule de l'olive droite et se continue avec le cordon postérieur gauche. — fal, cordon antéro-latéral de la moelle cervicale. — flj), cordon postérolatéral de la moelle cervicale. — • fl (coupes 6 et 1), cordon latéral de la moelle et du bulbe.
— Fp. cordon postérieur. — rj, substance gélatineuse de Rolande. — L, la partie antérieure du ruban de Reil, son origine dans le tubercule quadrijumeau antérieur (coupe 1). — La, (coupe 4), la partie antérieure du ruban de I\eil dans la région bulbaire, ses rapports avec l'olive bulbaire et sa continuation avec le faisceau latéral du [bulbe (coupe^S) et le cordon latéral de la moelle (coupe 6). — Lp, la partie postérieure du |ruban de Reil, son origine dans la valvule de Vieussens (rZ) (coupe 2) ; ses rapports dans la protubérance et le bulbe (coupes 3 et 4) : sa continuation avec la partie postérieure du cordon latéral de la moelle (coupes 5, 6, 1). — Lg, lingula. — 01, l'olive [bulbaire. — Os, olive supérieure. ■ — Pc77i, pédoncule cérébelleux moyen. — Pcs, pédoncule cérébelleux supérieur. — Po, protubérance.
— P{i'a) la pyramide ou la voie antérieure du tronc encéphalique. — Qa, tubercule c|uadri" jumeau antérieur. — SS, locus niger. — Va, la voie antérieure du tronc encéphalique ou voie pédonculaire. — vp, la voie postérieure du tronc encéphalique ou de la calotte. — S, racine descendante du trijumeau. — 8, noyau externe de l'acoustique. — 8i, noyau interne de l'acoustique. — 83 (coupe 4), fibres arquées en connexion avec les noyaux de l'acoustique. •10, noyau postérieur du vague et fibres radiculaires de ce nerf (coupe 4), — lûa, noyau antérieur du vague. — 12, noj-au de l'hypoglosse.
sa couronne rayonnante par toute l'étendue de son bord supéro-externe (FT); le noyau caudé (FK) et le noyau lenticulaire (FN) recevaient chacun la leur le long de leur bord supéro-externe. De la face tournée vers le .tronc encéphalique {pôle périphérique de Meynert) les ganglions de la base émettaient le système de projection de deuxième ordre qui unissait ces ganglions à la substance grise centrale croisée; de cette dernière partait le système de projection de troisième ordre constitué par les nerfs périphériques cérébrn-rachidiens.
La couche optique et les tubercules quadrijumeaux envoyaient leurs libres de projection de deuxième ordre dans la calotte du pédoncule cérébral. Le corps strié envoyait les siennes dans le pied du pédoncule cérébral (Fig. oO). Les fibres du noyau caudé (FC) et les phres radiées du noyau lenticulaire (FL) y arrivaient en suivant la voie directe de la capsule interne. Les libres des lames médullaires du noyau lenticulaire prenaient la voie détournée de l'anse du noyau lenticulaire : elles longeaient la face inférieure du globus pallidus, contournaient le pied du pédoncule cérébral à la manière de la bandelette optique au-dessus de laquelle elles sont situées, puis se recourbaient en bas et formaient les fibres les plus internes du pied du pédoncule cérébral (CF, Fig. 51). La plupart des fibres de l'anse lenticulaire abandonnaient le pied du pédoncule cérébral après un court trajet, s'entre-croisaient avec celles du côté opposé au niveau du raphé du cerveau moyen puis se rendaient dans les noyaux des nerfs moteur oculaire commun (III" paire) et pathétique (IV'= paire), quelques fibres descendaient jusqu'aux noyaux des VI°, VIIi^ et XIP paires; ces fibres de l'anse lenticulaire n'étaient en effet pour Meynert que les fibres cérébrales des nerfs moteurs crâniens. Les autres fibres de l'anse du noyau lenticulaire descendaient dans l'étage antérieur de la protubérance, formaient la partie interne de la
Contingent lenticulo-caudé des fibres du pied du pédoncule cérébral.
Contingent cortical direct occipitotemporal.
Contingent du loeus niger.
Découverte de Gu'lden de l'origine du faisceau de la py ratnide dans la corticalitè motrice du chien.
Travaux de Charcot sur l'origine corticale du faisceau pyramidal chez l'homme.
pyramide du bulbe, mais ne participaient pas à l'entre-croisement moteur des pyramides ; files occupaient dans la moelle le cordon antérieur, le long du sillon médian antérieur. Quant aux autres fibres striées (Cbr, Fig. ol , coupe 1), les unes s'arrêtaient dans la substance grise delà protubérance annulaire, les autres concouraient à la formation delà pyramide antérieure du bulbe, s'eutre-croisaient au niveau du collet du bulbe, pour former l'entre-croisement inférieur ou moteur des pyramides, puis se continuaient dans le cordon latéral du côté opposé de la moelle épinière (Fig. olj.
Outre le contingent strié qui occupait les parties interne et moyenne du pied du pédoncule cérébral (fig. 31, coupe 1), celui-ci recevait encore des fibres dnlocKS niger et des fibres directes de Vécorce des lobes occipital et temporal.
Ces dernières occupaient la partie externe du pied du pédoncule cérébral (Fig. SI, coupe 1 , Cp) , la partie externe de la pyramide du bulbe (coupe 4, Cp), formaient l'entrecroisement supérieur ou sensitif des pyramides (Fig. 51, coupe o), puis se rendaient aux noyaux des cordons de (joli et de Burdach et se continuaient indirectement avec les cordons postérieurs de la moelle. Meynert, eu égard aux cas d'hémianesthésie d'origine cérébrale rapportés par Tùrck, désigna ce faisceau sous le nom de faisceau de Tiirck, ou faisceau sensitif.
Quant aux fibres du locus niger (pédoncule du locus niger de Meynert) (SS, Fig. 51, coupe 1), elles occupaient la couche profonde ou stratum intermedium des parties interne et moyenne du pied du pédoncule cérébral, puis descendaient dans la pyramide du bulbe.
La pathologie expérimentale et l'anatomie pathologique devaient bientôt battre en brèche l'interprétation de Meynert en démontrant l'existence, dans le pied du pédoncule cérébral et dans la pyramide bulbaire, de fibres cortico-médullaires directes. Aussi, dans ses travaux ultérieurs (1879), Meynert admet dans le pied du pédoncule cérébral, outre les faisceaux du corps strié, du noyau lenticulaire et les fibres corticales directes temporo-occipitales qui forment le faisceau de Tûrck, un ^quatrième faisceau, allant directement du pédoncule cérébral au lobe frontal sans passer par les ganglions centraux et qu'il désigne sous le nom de faisceau d'Arnold.
En 1872, Gudden montra par voie expérimentale que, chez le chi-en, les fibres de la pyramide prennent leur origine dans le gyrus sigmoïde] (c'est-à-dire dans la région désignée sous le nom de zone motrice par Hitzig) et que l'extirpation de cette région, sans lésions concomitantes des corps stries, pratiquée sur des animaux nouveau-nés, entraînait une atrophie totale de la pyramide, atrophie qui peut être suivie Ijusque dans le cordon latéral du côté opposé de la moelle. Carville et Duret, Dejerine (1873), eurent l'occasion de constater la dégénérescence de la pyramide dans des cas de lésions pathologiques du gyrus sigmoïde chez le chien, et, en 1876, Vulpian reproduisit expérimentalement cette dégénérescence chez l'animal adulte.
Malgré son importance, cette expérience fondamentale de Gudden, qui prouve implicitement l'origine corticale du faisceau pyramidal, n'eut aucun retentissement. Ce ne fut que quelques années plus tard, grâce aux travaux de Charcot (1876) et de Flechsig (1881), que l'origine corticale du faisceau pyramidal fut définitivement admise.
Charcot montra que les lésions de la substance grise corticale déterminent une sclérose du faisceau pyramidal lorsque le foyer intéresse les deux circonvolutions rolandiques et les parties attenantes du lobe pariétal et du lobe frontal. Cet auteur fut ainsi conduit à admettre que le pied du pédoncule cérébral contenait à côté de