TOME II
Déviation conju- *:çuèc de la tête et ' des yeux.
Centres laryncrés bilatéraux distincts pour la phonation et pour la respiration.
Paralysies lar\ngées.
Centres pharyngés bilatéraux.
particulier sur le siniie, qu'il existe en réalité deux zones corticales, lune antérieure, l'autre postérieure dont l'excitation provoque une déviation conjuguée des yeux avec rotation de la tête du côté opposé au point exité. La zone antérieure ou frontale serait seule motrice et la déviation conjuguée des yeux et de la tète — toujours transitoire, constatée dans les lésions en général profondes du lobule pariétal inférieur serait un symptôme indirect de lésion en foyer, dû à révocation d'une sensation visuelle ou auditive par suite de l'irritation ou de la destruction des faisceaux visuel cortical et auditif cortical sous-jacent au pli courbe ou au gyrus supramarginalis.
Centres corticaux laryngés. — Les deux fonctions que possède le larynx — fonction vocale et fonction respiratoire — ont une représentation corticale. L'existence d'un centre cortical pour la phonation fut pressentie par Bouillaud, entrevue par Ferrier, par Duret, puis par Munk, et nettement démontrée par Krauss (1884 et 1890), qui chez le chien localisa ce centre dans la partie antéropxterne du gyrus précrucial. Pour Masini (1888), cette zone s'étendait en arrière sur la région motrice proprement dite. En 1889 et 1890, Semon et Horsley montrèrent que, chez le singe, le centre cortical laryngé siège dans la partie inférieure de la frontale ascendante immédiatement en arrière de l'extrémité inférieure du sillon précentral. L'excitation de cette région produit chez l'animal en expérience une contraction bilatérale des adducteurs de la glotte. Pour ces auteurs, il n'y aurait pas de centre cortical respiratoire, la respiration étant une fonction d'ordre organique. En 1895, Risien Russell a montré qu'il existe un centre cortical respiratoire, siégeant chez le chat et le chien en avant et au-dessus du centre phonateur. L'excitation de cette région détermine une contraction bilatérale des abducteurs de la glotte. Ainsi donc, d'après les lecherches précédentes, il existe un centre cortical de la phonation et un centre cortical de la respiration, ayant l'un et l'autre une action bilatérale.
Les paralysies laryngées par lésions corticales ou sous-corticales unilatérales ont été jusqu'ici très rarement observées. Dans un cas de Garel (1890), il existait une lésion très légère du pied de la troisième frontale et de l'extrémité inférieure de la frontale ascendante, et, dans un autre cas du même auteur, la lésion siégeait au niveau du genou de la capsule interne. Semon et Horsley ont fait remarquer que dans ces cas l'examen histologique du bulbe n'ayant pas été pratiqué, ces faits ne pouvaient être invoqués en faveur de l'existence d'un centre cortical laryngé ayant une action croisée. Dans les deux cas que l'un de nous a rapportés en 1891, concernant deux aphasiques moteurs sous-corticaux avec paralysie de la corde vocale droite, cette objection ne peut être soulevée, car l'examen histologique du bulbe a été pratiqué. Dans ces deux cas, les lésions sous-corticales avaient détruit la substance blanche sous-jacente au tiers postérieur de la circonvolution de Broca, ainsi qu'à l'extrémité inférieure de la frontale ascendante. Or, chez ces deux malades, la paralysie de la corde vocale siégeait du côté opposé à la lésion cérébrale.
Quant aux centres corticaux des mouvements du pharynx, les recherches expérimentales montrent que ces centres siègent au-dessous et un peu en arrière des centres laryngés. Comme les centres masticateurs et laryngés, leur action est bilatérale.
Localisations motrices corticales chez le macaque et l'orang-outang. —
Giàce aux explorations électriques de Ferrier, Horsley et Beevor, Horsley et Schâfer,
EIBRES DE PROJECTION DE L'ECORCE CEREBRALE.
la question des fines localisations corticales est infiniment plus avancée chez le macaque et forang que chez l'homme.
FiG. 239. — Les centres moteurs des faces externe et interne du cerveau du macacus sinicus, d'après Horsley et Schafer (Philos. Trans., 1887).
Chez le macaque (Fig. 230), la zone motrice occupe la région rolandique, empiète Zone motrice du en avant sur le lobe frontal, et en haut sur la face interne de l'hémisphère. On y trouve '"^''^l'^''"
AN'ATOMIE ]JES CENTRES NERVEUX.
Zone motrice l'oranc.
éeholoniiés de haut en bas, le centre du membre inférieur, le centre du membre supérieur et le centre de la face. En avant de ces centres se Irouvent, en haut le centre du tronc, en bas le centre des mouvements de la tUe et des yeu,e. de Chez l'orang (Fig. 240), les centres du membre in/'cneur (MI) du membre supérieur (MS) et de la face siègent surtout sur la circonvolution frontale ascendante et surles parties supérieure et inférieure de la circonvolution pariétale ascendante. Le centre des mouvements de la tête et des yeux occupe la circonvolution frontale ascendante et s'insinue entre le centre du membre supérieur (MS) et celui de la face ; mais il existe en outre, en avant du sillon précentral, un centre moteur spécial des yeux dont l'excitation ne détermine
FiG. 240. — Les centres moteurs corticaux de l'orang (simia satyrus), d'après Beevoret
Horsley (Philos. Trans., 1890).
.1//, centre du membre inférieur. — MS, centre du membre supérieur.
Zone des membres.
Leurs centres secondaires.
Leurs dispositions chez l'orang et le macaque.
qu'une déviation conjuguée des yeux du côté opposé, sans rotation concomittante de la tête.
Ces centres empiètent les uns sur les autres chez le macaque; chez l'orang, par contre, ils sont séparés par des aires inexcitables qui existent également chez l'homme : les électrisations faites par Keen, Horsley, Mills, Parker et Gotsch, Chipault, concordent en effet toutes pour démontrer l'existence d'unpoint inexcitable situé en avant du genou du sillon de Rolando, entre le centre de la face et celui du pouce.
Zone des membres. — Chacun des centres moteurs comprend un certain nombre de centres secondaires dont l'étendue est d'autant plus grande que le centre est préposé à un mouvement plus hautement différencié. Chez le macaque, les limites entre ces différents centres ne sont nulle part nettement tranchées : les centres secondaires empiétant les uns sur les autres; mais il existe néanmoins pour chaque articulation, pour chaque mouvement différencié, un foyer, un point d'élection, dont l'excitation provoque un effet maximum, puis à mesure qu'on s'en éloigne, le mouvement diminue progressivement, et aux limites de deux centres on observe une véritable confusion de deux mouvements.
Les différents centres secondaires an membre inférieur sont disposés chez le macaque iFig. 241) d'avant en arrière, dans l'ordre suivant : hanche, genou, cou-de-pied, gros orteils, petits orteils; le centre du gros orteil correspondant à l'extrémité supérieure du sillon de
Rolando. Les centres du membre supérieur sont, par contre, échelonnés de haut en has : épaule, coude, poiynct, doùjU, imkx et pouce, les grandes articulations occupant la partie supérieure de la zone, tandis que les centres des petites articulations et des mouvements hautement différenciés siègent à la partie inférieure, au voisinage du centre moteur de la face.
Chez Vorang (Fig. 242), les centres du membre inférieur n'occupent que la circonvolution frontale ascendante et sont disposés non dans le sens transversal, comme chez le macaque, mais dans le sens vertical. De haut en bas, on trouve les centres : gros orteil, petits orteils, cou-de-pied, genou et hanche; ce dernier centre étant ju.'itaposé au centre de l'épaule.
Par contre, la disposition générale des centres du membre supérieur se rapproche beaucoup de celle que l'on rencontre chez le macaque. Les variantes tiennent à la eoudure du sillon de Rolando chez l'orang et à la flexuosité des circonvolutions qui le bordent. Il s'ensuit que les différents centres, au lieu d'être échelonnés de haut en bas comme chez le macaque, sont situés l'un devant l'autre ; mais, que l'on redresse par la pensée le sillon de Rolando, et l'analogie devient complète.
L'excitation de chacun de ces centres détermine un mouvement isolé, primaire initial de la jointure correspondante [Signal stjmptom de Ilorsley); mais, pour peu que l'excitation se prolonge, ce mouvement primaire est bientôt suivi de mouvements secondaires, tertiaires, etc., dans les autres jointures du membre. L'ordre (Alarch de Hughlings Jackson), dans lequel s'effectuent ces mouvements secondaires, tertiaires, etc., est tout à fait conforme à ce que l'on observe chez l'homme dans l'épilepsie partielle dite Jacksonienne et obéit à de véritables lois. La progression est : épaule, coude, poignet, main, lorsqu'on excite les régions élevées de la zone; elle suit un ordre inverse, — pouce, doigts, poignet, coude, épaule, — lorsqu'on excite les régions inférieures. Dans les régions moyennes, le mouvement commence par une des articulations moyennes; par le poignet, lorsqu'on applique les électrodes sur la frontale ascendante; par le coude, lorsqu'on les applique sur la pariétale ascendante, et se propage de là à la racine du membre ou à sa périphérie. L'excitation de la partie antéro-supérieure de la zone détermine une progression spéciale de mouvements signalée par Ferrier : l'animal porte la main à la bouche. Ce mouvement commence par le poignet qui est d'abord fixé dans l'extension, puis on observe la flexion des doigts, suivie de la flexion du coude, de l'adduction et de la rotation de l'épaule en dehors.
Le mouvement obtenu par l'excitation électrique de la zone du membre inférieur varie suivant le siège d'application des électrodes, mais il s'agit en général d'un mouvement de flexion des articulations du membre inférieur. Lorsqu'on applique les électrodes en arrière de l'extrémité supérieure du sillon de Rolando, on agit sur les articulations du cou-de-pied et des orteils, et l'on produit la flexion du pied et la flexion ou plus souvent l'extension des orteils. Lorsqu'on électrise les régions antérieures de la zone, à la flexion du pied et aux mouvements des orteils s'ajoutent la flexion du genou, puis la flexion de la hanche lorsque les électrodes sont appliqués à la limite antérieure de la zone. La différenciation des mouvements du membre inférieur est toutefois loin d'être aussi fine et distincte que celle du membre supérieur, et dès qu'on emploie un courant un peu fort on obtient non pas une progression lente, mais une succession rapide presque simultanée des mouvements des différentes articulations.
Poussant plus loin leurs recherches, Beevor et Horsley sont arrivés à localiser dans chacun des centres secondaires (en particulier dans ceux de la zone du membre supérieur) les mouvements propres à chaque articulation. Par l'excitation du centre de l'épaule pratiquée de haut en bas, on voit survenir les mouvements dans l'ordre suivant : projection en avant, abduction, rotation en dehors, adduction. Le centre du coude présente de haut en bas : extension, mouvement intermédiaire entre l'extension et la flexion, flexion; le poignet : extension, flexion et pronation, mouvement intermédiaire entre la pronation et la supination, supination. Dans les centres des doigts et du pouce, l'ordre s'effectue dans le sens transversal, l'extension en avant et la flexion en arrière. Chez l'orang, la localisation des mouvements très différenciée est infiniment plus fine que
Leur excitation.
Mouvement primaire.
IVIouvemencs secondaires et tertiaires.
Ordre de succession de ces mouvements.
Localisation corticale des différents mouvement d'une même articulation.
Zone de la face.
Sa division chez le macaque.
chez le macaque. L'excitation de i'écorce produit en général un mouvement primaire
isolé, et ce n'est qu'exceptionnellement que l'on assiste à ces successions ou progressions de mouvements secondaires, tertiaires, etc., si fréquents chez le macaque.
La zone de la face est très étendue chez le macaque et surtout chez l'orang. Elle est située au-dessous de la zone du membre supérieur, s'étend en avant jusqu'au sillon précentral et contient non seulement la représentation corticale des mouvements de la face proprement dite, mais encore celle de la partie supérieure du tube digestif (tangue,pharynœ)et du larynx. Ce qui caractérise cette zone, c'est qu'à rencontre des zones des membres supérieur et inférieur, elle contient un certain nombre de centres secondaires qui président à des mouvements bilatciaux.
Horsley etSchafer divisent cette zone chez le macaque en deux régions : l'une supérieure, la région faciale supérieure dont l'excitation entraîne le clignement, c'est-à-dire la
FiG. 241. — Les régions sensitivo-motrices de I'écorce cérébrale du singe (macacus sinicus), d'après Beevor et Horsley (Philos. Trans., 1890, B. p. 81).
Région faciale supérieure.
Kégion faciale inférieure.
fermeture des paupières, l'élévation de l'aile du nez et l'élévation de la commissure labiale; l'autre inférieure, la région faciale inférieure, dont l'excitation détermine des mouvements de la langue et des mâchoires analogues à ceux de la mastication.
Dans la région faciale supérieure, on trouve contigu au centre du pouce et de l'index un centre pour les mouvements des paupières, — centre palpébral; — ce centre est bilatéral, mais actionne surtout les paupières du côté opposé. L'excitation de la partie prérolaudique du centre détermine l'ouverture, l'excitation de la partie rétrorolandique, la fermeture des paupières. Au-dessous du centre palpébral siège le centre unilatéral de l'élévation de la commissure labiale du côté opposé.
Dans la région faciale inférieure, on trouve échelonnés d'avant en arrière les centres pour les mouvements latéraux du larynx, du pharynx et de la mastication, et au voisinage immédiat de la scissure de Rolando, un centre unilatéral de rétraction [horizontale) de la commissure labiale, puis au niveau de l'opercule rolandique le centre bilatéral de l'ouverture de la bouche. Le centre phonatoire du larynx, enfin, siège dans la partie antérieure du pied de la frontale ascendante; sou excitation produit la contractioii bilatérale des adducteurs de la glotte. Dans toute la région faciale inférieure, on obtient en outre des mouvements de la langue et, ainsi que Ferrier l'a signalé, l'excitation de la
FIBRES DE PROJECTION DE 1,'ECORCE CEREHUALE.
partie antérieure de cette zone détermine la protrusion, l'excitation de sa partie postérieure, la rétraction de la langue associée à des mouvements de la bouche.
Chez l'oraitg, Horsley et Beevor ont poussé encore plus loin la fine localisation des Sa différenciation mouvements de la face, en particulier ceux des lèvres et de la langue (Fig.242). Us ont °'"^^ lorang. montré que le centre des mouvements conjugués de la tête et des yeux esfadjacent au centre du pouce, qu'il siège sur la circonvolution frontale ascendante, immédiatement au-dessous du genou du sillon de Rolande et non, comme chez le macaque, dans l'angle rentrant des branches horizontale et verticale du sillon prérolandique. L'excitation de ce centre détermine l'ouverture rapide des paupières et la rotation (dans le plan horizontal) des yeux et de la tête vers le coié oppose. Au-dessous du centre des yeux et de la tête se trouve le centre du facial supérieur, centre palpébral, dont l'excitation détermine la fermeture ascendante, bilatérale des paupières plus prononcée du côlé opposé.
Le grand développement de la mimique et la mobilité extrême des lèvres du jeune
[jO centre palpébral occupe la circonvolution frontale
FiG. 242. — La région motrice de la corticalité cérébrale de l'orang (simia satyrus), d'après Beevor et Horsley (Philos. Trans., Il
orang font déjà prévoir chez lui une différenciation très flne des mouvements des lèvres, de la bouche et de la langue. Le centre de la lèvre supérieure siège sur la circonvolution pariétale ascendante, au-dessous du genou du sillon de Rolande. L'excitation de la partie supérieure de la zone détermine la contraction de la partie supérieure de Vorhiculaire des lèvres du côté opposé. L'excitation d'une bande étroite de la circonvolution pariétale ascendante le long du sillon de Rolande, à la hauteur horizontale de l'extrémité inférieure du sillon interpariétal, détermine l'élévation de la lèvre supérieure du côté opposé. Par l'excitation de la partie correspondante'^de la frontale ascendante, on obtient la rétraction {horizontale) de la commissure labiale du côté opposé. A égale distance entre ce centre et le centre palpébral, il existe dans la circonvolution frontale ascendante, le long du sillon de Rolando, un point dont l'excitation détermine le renversement de la lèvre inférieure du côté opposé. Ces quatre centres sont unilatéraux. Autour de l'extrémité inférieure de la scissure de Rolando, on trouve quatre petits centres pour les mouvements bilatéramc de la bouche, dont l'excitation produit de haut en bas : le renversement en dedans des deux lèvres, en particulier de la lèvre inférieure du côté opposé, le pincement des deux lèvres, l'ouverture de la bouche, la moue des deux lèvres.
Centre facial inférieur
Représentation corticale bilatérale et unilatérale de ses centres secondaires.
Centre cortical liilatéral pour la lanjijue.
Zone de la tùte et des yeux.
Son siège chez le macaque.
Son siège roransr.
chez
La région excitable de la capsule interne chez le macaque
Les mouvemeuts de la langue s'obtiennent par l'excitation de la partie inférieure de la circonvolution frontale ascendante. Ces mouvements sont bilatéraux, et la disposition de leur représentation corticale est telle, qu'en excitant le centre de la langue de haut en bas, on observe progressivement tous les mouvements intermédiaires entre la projection de la langue en avant et sa rétraction en arriére dans le fond de la bouche. Par l'excitation de la moitié inférieure de cette zone, la langue est tirée hors de la bouche, la pointe dirigée du côté opposé, et son attitude est celle qu'on observe dans l'hémiplégie de l'homme. Sa partie postérieure est aplatie lorsque l'électrode est appliqué aux limites supérieures de cette zone; elle est épaissie, gonflée, lorsque les électrodes sont placés plus bas. L'excitation de la moitié inférieure de la zone de la langue détermine de haut en bas : la rotation de la langue du côté oppaé, dans l'intérieur de la cavité buccale; la rétraction de la langue avec rotation vers la joue du côté opposé et épaississement de sa partie postérieure ; enfin la rétraction légère de la langue avec aplatissement total et rétraction horizontale de la pointe du coté opposé. Dans ce mouvement, la langue s'adapte sur le plancher de la bouche, sa face supérieure est légèrement concave et la pointe rétractée derrière l'arcade dentaire.
Zone de la tête et des yeux. — Les représentations corticales des mouvements de la tête et des yeux occupent chez le macaque iji g. %i\.) la partie postérieure des première et deuxième circonvolutions frontales, en particulier l'angle rentrant des branches horizontale et verticale du sillon prérolandique. Ferrier a montré que l'excitation de cette région est suivie d'une déviation conjuguée des yeux et de la tête du côté opposé avec dilatation des pupilles, — l'expression de l'animal étant celle de l'attention et de l'étonnement,— et que la destruction de cette même région détermine une déviation conjuguée de la tête et des yeux du côté de la lésion. Les recherches de Ferrier ont été conlirmées par Horsley et Schafer, par Beevor et Horsley, qui différencient le centre des mouvements de la tète de celui des yeux ; Schafer et .Mott entin, dissocient dans le centre des mouvements des yeux un territoire moyen dont l'excitation détermine la déviation conjuguée simple, un territoire supérieur dont l'excitation est suivie d'une déviation latérale avec abaissement des globes oculaires, et un territoire inférieur dont l'excitation provoque, avec la déviation latérale, une élévation des globes oculaires.
D'après Horsley et Beevor, le centre des mouvements conjugués de la tète et des yeux est situé chez Yorang (Fig. 242) entre le centre du pouce et le centre du facial supérieur; il siège sur la circonvolution frontale ascendante immédiatement au-dessous du genou du sillon de Rolando et non, comme chez le macaque, dans l'angle rentrant des branches horizontale et verticale du sillon prérolandique.
Des mouvements des yeux peuvent encore être obtenus, ainsi que Ferrier l'a montré, en excitant des régions postérieures de l'hémisphère, le pli courbe, la première circonvolution temporale (Ferrier), le lobe occipital (Schafer, Munk, Scherrington, Risien Russell,Obregia Bechterew). Mais il s'agirait alors d'un mouvement indirect, dû à l'excitation des centres sensoriels de l'audition, de la vision, passant à l'évocation d'images visuelles ou auditives et assez analogues aux mouvements de la tête, des yeux ou du pavillon de l'oreille, lorsqu'une lumière ou un son viennent à être perçus.
Le centre postérieur occipital ou occipito-temporal des mouvements des yeux est en partie au moins sous la dépendance du centre antérieur ou frontal. Schafer a montré que l'excitation du centre frontal a une action plus directe sur les muscles des yeui que le centre postérieur, car la période latente de ce dernier a une durée beaucoup plus longue f[ue celle du premier.
Il résulte, en outre, des expériences de Pick, de Risien Russell, que tous les mouvements des globes oculaires ont une représentation corticale bien que l'aire corticale des mouvements de latéralité soit beaucoup plus importante que celle des mouvements de rotation, d'abaissement, d'élévation du globe oculaire.
Liocalisations capsulaires chez le macaque. — Après avoir étudié les localisations motrices corticales chez le macaque, Horsley et Beevor ont déterminé le trajet capsulaire du faisceau moteur. Leurs recherches sont basées sur quarante-trois expé-
riences faites loutes sur le niacactis sinicus. Elles Jémoiilrent que le faisceau moteur présente dans la capsule interne un trajet et une étendue variables suivant les hauteurs. — Dans la Fig. 243 empruntée aux auteurs pri^cédeuts,la région excitable de la capsule interne est inscrite sur huit coupes horizontales, étagées de haut en bas. — Ces coupes montrent que la région excitable de la capsule occupe dans la région thalaniique supérieure (I) la presque totalité des segments antérieurs et postérieurs de la capsule, à l'exception de la partie tout à fait frontale du segment antérieur. Sur les coupes suivantes (II et III'), la partie inexcitable du segment antérieur augmente, une région inexcitable apparaît à la partie postérieure du segment postérieur (III), de telle sorte que la zone excitable de la capsule interne se confine au genou de la capsule et à la plus grande partie de son segment postérieur. Sur les coupes qui intéressent la région thalamique moyenne et le globus pallidus, la zone excitable empiète de nouveau sur le segment antérieur de la capsule (coupes IV et Y), puis elle se ramasse sur elle-même et n'occupe dans les régions thalamique inférieure et sous-thalamique que le genou et
FiG. 243. — La région excitable de la capsule interne du singe (macacus sinicus), vue sur huit coupes horizontales étagées de haut en bas, d'après Beevor et Horsley (Philos. Trans., 1890, B. PL 'à).
le segment postérieur de la capsule interne (coupes VI, VII et VIII). Sa limite postérieure est constituée par la lame médullaire externe du noyau lenticulaire.
A la partie postérieure du segment postérieur, il existe donc une zone inexcitable qui apparaît à peu près à l'union des régions thalamiques supérieure et moyenne, s'accroît rapidement à mesure que l'on descend et acquiert sa plus grande étendue dans la région sous-thalamique aux confins du pied du pédoncule cérébral.
L'excitation de la capsule interne détermine d'avant en arrière des mouvemenU des yeux, de la tête, de la face et de la langue, du membre supérieur, du tronc et du membre inférieur. Le point extrême antérieur produit l'ouverture des yeux, le point extrême postérieur des mouvements des orteils. Horsley et Beevor ont montré que lorsque, sur la Fig. 241 représentant les différentes régions excitables de l'écorce du macaque, on tire des lignes obliques qui, partant des foyers des différents centres secondaires, sectionnent à angle droit les deux tiers supérieurs du sillon de Roland, on obtient assez exactement la disposition de l'arrangement antéro-postérieur des fibres excitables de la capsule interne. — D'avant en arrière on les trouve échelonnées dans l'ordre général suivant :
Ouverture des yeux )
Rotation des yeux )
Ouverture de la bouche Face.
Rotation delà tête et des yeux 1 ^.^
T. 1 X- 1 1 i-i Tête et yeux.
Rotation de la tête 1
„ ''.'','/.', 1 Langue et face.
Commissure labiale ) °
proiuscori. cù: la toague ' ouvertire. ds la, iûuche .-- ouoeràzre des ^eaœ ^.rotaUûn des^eucc rota&ort de la- léle. et desi/emc angle delà, Bouche roùj^r^ de la, tète
— 'épaule '',■ doigts ,^coud&
didoTTieji^
..poignet
^- poLLce
~ --Tumche-
- -^ petUs orteds
' - ^gros orteil
^-^qenou.
^-^cou-depicd-
, rotatzon. des geiuz- ' ' , otwerizzre desgezuc '' ^rotatioThds'l^tète
, retrojdzcn,- ds la. corTurussure l<2èicd£- ' - p^ojs^^tion, de la- Zangiu
__ épcuzZc \.. doigts ,xoud£
^ poignet aI)do7nen,
— pouce
— TiancTie ~-~ genou, '-• petits orteds ~ - - cou, de pied
" - - rotation, dssgsujx. et de la-tète ""^^gro^ orteil-
ouueràzre desj/eucc ,' ratettu?n. ds^ geuœ y' rûtaiu}Thdels.tèteetdes geaœ . •■ \ rctaiicn de la, tête • ' ' oziverèzire- de Ïcl, hozzc/ie ' 'l . TéttCLctwa, d-e la commxs^ar^ ïaètaZe '' ,proùzswn- de ta. langue \„ coude ..-- pûuce.
doigts
épaule
potanet
• — Tumchc ''-■ ~cd>dorn-en ~ "-' genou ''--Coudepied l''''-^grûS orteU ~"~ 'petits orteils
rotation- des ycwx:
-'' ^ouverture des ucucc ,-'' rataiccTvde ÏCL-Éete . - ' ' oiLucrture de la. touche.
■ '' ^épaxile , ' ' Tétraddon, de Iz. commcsoure IdbicLlc
''.do: '
■ ' ' To&dzûn de la, tète et desyaui
■' ,coua<i "' ,Xcu\gu£ "'--- pouce
C£7K. de pied
abdomen
Tianc/ie
'- --genou, ^'--petits orteds '^~-gros orteil
, ûuzjertzzre, des geua:,
T^tcbàjon- des yeaa:
' rfftaiiûn-dcla. tète ' azwerûxre de îa..iowAe 'Totizticn, de Za,tèt£ et desi/eu^
T^eirtLciiûTL, de la. ccfmirizssare, taitale ''pratzision de la. langue '..CocLde . dpigts . epcLule.
-aidameTL, .-poignet,
■ ■pouce,
■ - ha/iehe --genou •-gros orted
- petite orteds " cou. de pzed.
^ orwer-àire des geucc Totcddon, des geuœ Totation de la^tète ''prolusioTz^de Za.,ïa7igue ''ntzoerture, de la, ioucAe \ coude
. . rétraction.^ de la. co/nmissare labiale ,épcude .. doigts .. poUce -•poignet •- Tumehe .
- cou,- de pied
- ccêdoTTLcn, -petits orteils ' gros orted
,ouverluj-e des getuc ' rffùziicn des yezicc ^ roùztwn- de la, tête
. roéaiwn, de Icclète et desyeuxc proàzsiorî. de Za. la^igiLe
^aèdamen-
, , rétracùon de la commissure ïûhuzle .. épazde ..poignet .-Coude -.pouce -.?utnch,e -■doigts --gros orted '-cou. de pied ^- genou '- petits oHeiZs
rotation, des gezz.x ■' oui/eriure des U^ua, ' rétraction, de IçL-Corz.Tzissure lahiale '' coude ' èpacde '\ rotation- de la. tcte
doiffts \ poignet .petits orteils --cou, de pied,- •- alidomeTL- -^gros oréeU, -'-pouce
FiG. 244. — Localisations motrices capsulaires chez le macacus sinicus, d'après Beevor et Horsley (Philos. Trans., 1890, B).
FIURKS DE PROJECTION DE L'ÊCOliCE CÉRÉBRALE. 233
Épaule \
Coude I
Poignet / Membre supérieur.
Doigts \
Pouce /
Tronc Tronc.
Hanche
Cou-de-pied
Genou } Membre inférieur
Gros orteil. . .
Petits orteils
Lorsque, d'après les travaux de HorsleyetBeevor, on examine déplus près l'arrangement antéro-postérieur de ces fibres excitables aux différentes liauteurs de la capsule interne, on trouve, il est vrai, de légères variations (Fig. 244), mais l'ordre général reste le même, — les fibres inotrices des tjeii.r, de la face, de la tête et de ta langue passent par le genou de la capsule interne et la partie excitable du segment antérieur, tandis que les fibres du membre supérieur, du membre inférieur et du tronc passent par le segment postérieur.
L'arrangement antéro-postérieur des fibres excitables de la capsule interne n'est donc qu'une imitation de celui des régions excitables de l'écorce; cela est vrai, non seulement pour les régions principales, mais encore pour les subdivisions des différentes régions; ainsi pour les membres, les grandes articulations, telles que la hanche, l'épaule, sont situées eu avant dans la capsule interne comme dans l'écorce, tandis que les articulations petites ou hautement différenciées, telles que le pouce, le gros orteil, occupent les parties postérieures de la capsule interne. Les fibres destinées aux mouvements du tronc sont situées en général dans la capsule interne, entre le membre inférieur et le membre supérieur.
Les mouvements propres à chaque articulation présentent en outre, dans la capsule interne, la même disposition que dans l'écorce. Ainsi, dans l'écorce comme dans la capsule, l'extension du coude, des doigts ou du pouce occupent une situation plus antérieure, la llexion une situation plus postérieure.
La concordance parfaite qui existe entre les zones excitables de l'écorce et de la capsule interne est bien mise en relief par les mouvements des paupières. La représentation corticale du facial supérieur, en particulier, de la fermeture de la paupière du côté opposé, occupe, comme nous l'avons vu plus haut, une zone étroite comprise entre le membre supérieur et la face, tandis que les autres mouvements des paupières occupent un siège beaucoup plus antérieur. Dans la capsule, la fermeture des paupières occupe de même une situation plus postérieure et voisine des représentations du membre supérieur et de la couronne labiale (Horslsy etBeevor).
Les expériences de Horsley et Beevor concordent donc complètement avec les recherches de l'un de nous sar le trajet capsulaire et pédonculaire des fibres qui tirent leur origine de la région rolandique (Voy. Fig. 49). L'excitation de la partie postérieure du segment antérieur de la capsule interne, observée par Horsley et Beevor, déroute au prime abord et semble en contradiction avec ces recherches. En réalité, il n'en est rien. La région excitable de Cia ne détermine en effet chez le singe que des mouvements des yeux et de la tête : or la représentation corticale de ces mouvements occupe chez le macaque un siège très antérieur, elle est située en avant du sillon précentral, et comprend une étendue importante de cette partie du lobe frontal qui envoie des libres de projection dans le segment antérieur de la capsule interne. Mais de ce que la partie postérieure du segment antérieur de la capsule interne est excitable chez le macaque, il ne s'ensuit nullement qu'elle livre passage chez l'homme à des fibres à fonctions motrices.
Les lésions de la zone rolandiquc s'accompagnent de troubles de la sensibilité.
Ils peuvent intéresser la sensibilité superficielle et la sensibilité profonde :
le sens musïulaire et le sens stéréognostique.
•2. — LOCALISATIONS SENSITIVES DE L'ÈCORCE CÉRÉBRALE. — Nous savons par l'anatoinie que le ruban de Hcil se termine en s'arborisant dans la couche optique, et que de ce dernier ganglion partent des fibres destinées aux différents modes de la sensibilité générale, et allant s'arboriser dans l'écorce; s'il est universellement reconnu que la corticalité cérébrale est l'aboutissant des fibres de tous les modes de la sensibilité, il existe encore quelques divergences parmi les observateurs, en ce qui concerne la topographie exacte dans l'écorce des zones de la sensibilité générale.
Pour la plupart des auteurs, il est admis, depuis les travaux de Tripier (1877), que les lésions partielles ou totales de la région rolandique, — c'est-à-dire de la zone dite motrice — déterminent chez le chien, le singe et chez l'homme, en même temps que des troubles plus ou moins accusés de la motilité, des altérations de la sensibilité.
Chez l'homme, ces troubles sensitifs sont très fréquemment observés dans les cas d'hémiplégie par lésion corticale. Ils peuvent porter sur tous les modes de la sensibilité, mais ces différents modes ne sont pas toujours pris au même degré. Ils peuvent donc intéresser la sensibilité superficielle (tactile, douloureuse, thermique) et la sensibilité pi-ofonde (articulaire, musculaire). Ils peuvent intéresser également : le sens des attitudes segmentaires (notion de position' ou sens musculaire qu'il ne faut pas confondre avec la sensibilité propre du muscle, laquelle indique seulement le degré et la durée de la contraction), le sens de la force, et enfin le sens dit stéréognostique, — Hoffmann, 1885, — c'est-à-dire la faculté que nous avons de reconnaître la forme des objets par la palpation. Mais pour nous, tous ces soi-disants sens n'existent pas en tant que sens spéciaux; ce sont des résultantes, des assolions de sensations simples, élémentaires : tactiles, douloureuses, thermiques, articulaires, musculaires. Lorsque, les yeux fermés, on reconnaît un objet en le palpant, lorsque, dans les mêmes conditions, on place ses membres dans telle ou telle position que l'on vous désigne, la notion de la| forme de l'objet, celle de l'attitude réalisée sont la conséquence de l'association de différentes sensations simples, superficielles et profondes. Dans son acception la plus large, le sens stéréognostique comporte la reconnaissance non seulementde la forme de l'objet, mais encore des propriétés physiques de cet objet, telles que sa consistance et sa température. Il est partant évident que ce soi-disant sens stéréognostique, loin de représenter un mode de sensibilité simple, n'est autre chose qu'un complexus, une association de divers modes de sensibilités élémentaires, provenant de la sensibilité superficielle et de la sensibilité profonde, mais c'est surtout la sensibilité profonde qui nous donne la notion de la forme de l'objet, de même qu'elle nous donne aussi la notion des attitudes segmentaires. La perception tactile de l'espace n'est pas plus une sensation simple que sa perception visuelle ou auditive, et la clinique montre que le sens dit stéréognostique est, en réalité.
1. Lorsque le malade a perdu la notion déposition — sensibilité musculaire, articulaire — il ne peut reproduire avec la main du côté sain l'attitude passivement imprimée au membre malade, mais si l'hémiplégie est peu prononcée, il peut avec le membre malade reproduire très exactement l'attitude imprimée passivement au membre sain. L'explication de ce l'ait est aisée, si l'on réflécliit que du coté du membre paralj'sé, le centre cortical étant lésé, les impressions périphériques ne provoquent le réveil d'aucune image de mémoire de mouvement, tandis que les impressions périphériques du membre sain, réveillant les images du centre cortical correspondant, ces dernières, transmises par le corps calleux, viennent dans le centre cortical lésé y produire le mouvement correspondant à l'attitude du membre sain.
FlIUiES DE PROJECTION DE L'ECORCE CEREBRALE.
Caractères do l'hémianesthiisio corticale.
une association de plusieurs sensations simples. Ce sont là, des faits bien connus en clinique et sur cette question, nous ne pouvons du reste, que partager l'opinion de Redlich, von Monakow, Claparède, et nous croyons, que l'on doit parler non d'un sens stéréognostique, mais bien d'une perception stéréognostique.
L'hémianesthésie corticale présente les caractères suivants : elle est d'ordinaire, pas toujours cependant, accompagnée d'une bémiplégie, et le membre le plus paralysé est en même temps le plus anesthésié. Il n'existe pas de parallélisme entre le degré de l'hémiplégie et celui de l'hémianesthésie. Une hémiplégie moyenne ou très peu accusée pourra s'accompagner d'une anesthésié très prononcée, et vice versa. Mais quel que soit le degré de l'hémiplégie qui accompagne l'hémianesthésie, on constate d'ordinaire un rapport étroit entre l'état de la sensibilité et celui de la motilité; le membre le plus anesthésié étant en même temps le plus paralysé.
En d'autres termes, dans l'hémiplégie par lésion cérébrale compliquée d'hémianesihésie, les troubles de la sensibilité sont plus marqués au membre supérieur qu'au membre inférieur, au tronc et à la face, et au niveau de cette extrémité supérieure ils sont d'autant plus accusés que l'on examine des régions plus éloignées de la racine du membre; la main, par exemple, est plus anesthésiée que l'avant-bras, ce dernier est plus insensible que le bras, etc. Cette distribution de l'anesthésie, sur laquelle on n'a guère attiré l'attention, nous paraît appartenir en propre à l'hémianesthésie organique, car jusqu'ici nous ne l'avons jamais observée dans l'hystérie. Nous savons aussi que dans cette dernière affection l'hémianesthésie se présente parfois sous forme segmentaire, — anesthésié en gant, en manchettes, en gigot, — particularité que nous n'avons jamais rencontréedans l'hémianesthésie relevant d'une lésion cérébrale.
L'intensité de cette hémianesthésie organique est variable; parfois très prononcée, elle n'atteint jamais le degré que l'on rencontre fréquemment dans l'hémianesthésie hystérique, et dans laquelle la perte de la sensibilité peut être totale, absolue. D'une manière générale, elle s'atténue à partir du moment oii elle est apparue, et peut même disparaître au bout d'un temps plus ou moins long; mais, par contre, elle peut persister pendant très longtemps, pendant de longues années. Lorsqu'elle diminue — et c'est le cas le plus ordinaire, la règle pour ainsi dire — c'est dans les extrémités des membres, et en particulier dans la main, que la sensibilité revient en dernier. Le retour des fonctions sensitives se fait donc lentement et progressivement de la racine du membre vers son extrémité. Il résulte des recherches faites dans le service de l'un de nous, à Bicêtre d'abord, puis à la Salpêtrière, que les troubles sensitifs sont plus persistants chez les sujets âgés que chez les sujets jeunes, et d'autant plus durables que la lésion corticale est plus étendue et plus profonde, partant, a détruit un plus grand nombre de fibres d'association intra-corticales.
Cette hémianesthésie corticale ne porte que sur les divers modes de sensibilité générale énumérés plus haut, et les sens spéciaux sont toujours intacts. Les ^'^"^ spéciaux : vue,
j ' i. d ouïe, goût, odorat.
zones corticales des sens spéciaux — vision, ouïe, goût, odorat — sont en effet trop éloignées de la zone rolandique pour participer à la lésion de cette dernière. En outre, une lésion unilatérale de ces centres corticaux sensoriels ne détermine pas de troubles appréciables — sauf pour la vision. — L'audition, le goût, l'odorat, en effet, ont des centres corticaux bilatéraux communiquant entre eux (Voyez Localisations sensorielles). Pour la vision par contre, une lésion corticale s'étendant jusqu'au pli courbe et sectionnant la couche sagittale à ce niveau,
Son intensité.
Sa durée.
Elle respecte les
Son interprétation.
Localisation et étendue de la zone sensitive corticale.
pourra produire une hémianopsie homonyme latérale siégeant du même côté que l'hémianesthésie, et ce phénomène sera bien plus constant encore, si, outre la lésion de la zone rolandique, il en existe une seconde au niveau de la scissure calcarine. C'est là une éventualité possible, mais rarement observée. Quant à l'existence d'un rétrécissement du champ visuel du côté correspondant à l'hémianesthésie, c'est là une particularité qui fait toujours défaut dans l'hémianesthésie organique et qui, lorsqu'elle s'y observe, dépend de troubles fonctionnels surajoutés, hystériques ou autres. Il faut du reste pour l'hémianesthésie corticale, comme pour l'hémianesthésie capsulaire, se rappeler que cette association de troubles fonctionnels venant se greffer sur des symptômes organiques, n'est pas un phénomène très rare (Voyez Localisations sensitives capsulaires, p. 256).
Dans beaucoup de cas d'hémianesthésie d'origine corticale, on a constaté que la lésion rolandique empiétait plus ou moins sur le lobe pariétal. Il ne faut pas toutefois en conclure que les troubles de la sensibilité relèvent de la lésion du lobe pariétal ; les hémiplégies post-opératoires consécutives à la lésion volontaire ou accidentelle de la zone motrice au cours d'une trépanation, les hémiplégies paitielles ou totales dues à des lésions nettement localisées à la région rolandique, s'accompagnent toujours de troubles de la sensibilité générale et musculaire, et ces troubles sont en général plus ou moins persistants si la paralysie ellemême est durable.
La pathogénie de ces troubles sensitifs a donné lieu à de nombreuses interprétations. Un certain nombre de physiologistes attribuent tous les troubles du mouvement soit à la perte de la sensibilité tactile (Schiffj, soit à la perte de la conscience musculaire (Hitzig), soit à la paralysie du sens musculaire (Nothnagel), à la perte de la puissance de perception (Gollz) ou à une paralysie psychique (iVIunk, Bastian). De ce fait, ils nient donc l'existence même des centres moteurs corticaux. Pour Munk, ces troubles sensitifs jouent un rôle si prépondérant, qu'il désigne la région rolandique sous le nom de soue sensible (Fiihlsphâre).
La plupart des cliniciens et des expérimentateurs récents admettent, par contre, l'indépendance réciproque des troubles moteurs et sensitifs consécutifs aux lésions de la région rolandique. Mais tandis que Tripier, Wernicke, Petrina, Luciani etSeppilli, Jastrowitz, Lisso, Flechsig, Henschen, Déjerine, Mott, Schiller identifient la zone motrice et la zone sensitive dans la région rolandique ; d'autres auteurs, tels que Charcot, Ballet, Nothnagel, Ferrier, v. Monakow, locahsent la zone sensitive dans une région distincte de la zone motrice. Ferrier place la zone sensitive dans la circonvolution de l'hippocampe; son opinion en opposition avec les données anatomo-pathologiques est du reste combattue par tous les auteurs. Horsley et Schafer (1887) placent, chez le singe, les centres sensitifs corticaux pour le tact et la douleur dans la circonvolution du lobe limbique. Cette opinion est inflrmée par ce que nous enseigne la pathologie humaine, et c'est cette dernière qui doit juger en dernier ressort. Pour Charcot et Ballet, la zone sensitive comprend toute la partie postérieure de l'hémisphère (lobes occipital et pariétal) et empiète en avant sur la zone rolandique. Nothnagel localise la sensibilité générale, et en particulier le sens musculaire dans le lobe pariétal ; v. Monakow invoque en faveur de cette localisation les connexions — indirectes il est vrai — du lobe pariétal avec le ruban de Reil médian (Voyez II" partie, Ruban de Reil).
Nous avons vu plus haut que les lésions strictement limitées à la zone rolandique entraînent des troubles moteurs et sensitifs très marqués. Ce fait suffit donc pour affirmer les fonctions sensitivo-motrices de la région rolandique.
FIBRES DE PROJECTION DE 1/ÊCORGE CÉRÉBRALE. 23t>
Mais on peut se demander si, comme le veut Tripier, la zone sensitive est exactement superposée à la zone motrice, ou si, plus étendue que cette dernière, elle ne la dépasse pas en arrière et n'empiète pas sur le lobn pariétal.
Bien qu'il n'existe aucune observation d'hémianesthésie totale ou partielle par lésion exclusive du lobe pariétal,'nous possédons toutefois un certain nombre d'observations d'hémiplégie légère avec troubles 1res accusés du sens musculaire ainsi que du sens dit sléréognostique, relevant d'une lésion du lobe pariétal et en particulier du gyrus supramarginalis. Redlich (IStlS) en a rapporté une vingtaine — empruntées à différents auteurs. — Dans aucun de ces cas, du reste, il n'existait une intégrité absolue de la sensibilité tactile et le sens sléréognostique n'était très altéré que dans les cas où cette dernière avait disparu. Or, dans le plus grand nombre des cas rapportés par cet auteur, la circonvolution pariétale ascendante participait à la lésion, sa partie postéro-inférieure est en effet irriguée par la même branche artérielle que le gyrus supra-marginalis. La circonvolution pariétale ascendante n'a été trouvée intacte que dans deux cas déjà anciens \ Vetler, Grasset) et un récent dû à von Monakow (1897). A ces trois faits, il faudrait encore ajouter celui d'Allen Starr et Me Cosh qui se présente de prime abord avec la rigueur d'une expérience physiologique : à la suite d'une lésion accidentelle du gyrus supramarginalis au cours d'une trépanation pour un cas d'épilepsie traumatique, ces auteurs ont observé une perte complète isolée et transitoire du sens musculaire du bras droit avec conservation de la sensibilité au contact, à la douleur et à la température, et intégrité parfaite de la force musculaire. L'absence de fout trouble paralytique distingue nettement ce cas, des lésions traumatiques ou opératoires de la zone rolandique, dans lesquelles les troubles du sens musculaire sont toujours accompagnés de troubles parétiques. Mais, quelque intéressant que soit le cas rapporté par les chirurgiens américains, il est nécessaire, avant d'en tirer des conclusions, qu'il soit corroboré par d'autres. En outre, il faut tenir compte dans toute opération cranio-cérébrale, des phénomènes d'incitation, d'inhibition et de dynamogénie s'étendant à une distance plus ou moins grande. Enfin, pour terminer ce qui peut concerner le rôle du gyrus supra-marginalis dans la perception des impressions sensitives, nous ferons remarquer que, dans aucun des nombreux cas d'aphasie sensorielle dont nous avons pratiqué l'autopsie, nous n'avons constaté de troubles de la sensibilité, bien que cette région, ainsi que le pli courbe du reste, fussent lésés dans la plupart des cas. En d'autres termes, pour nous, il n'est pas démontré que le lobule pariétal inférieur fasse partie de la zone sensitive corticale.
En résumé, les troubles du sens musculaire s'observent à la fois dans les lésions de la région rolandique et dans celle de la partie antérieure du lobe pariétal ; mais il n'est pas encore prouvé qu'ils puissent s'observer à l'état isolé — c'est-à-dire sans troubles moteurs correspondants — à la suite de lésions de ce lobe. En d'autres termes, rien ne démontre que la zone sensitive corticale s'étende plus en arrière que la zone motrice. C'est là un point qui nécessite encore de nouvelles recherches et surtout des autopsies faites avec la technique moderne, c'est-à-dire par la méthode des coupes microscopiques sériées.
Localisations visuelles. — Le centre visuel cortical siège dans le lobe La sphère visuelle occipital. Hitzig (I87oj fut l'initiateur de cette localisation définitivement établie ''° ^'""'" chez le chien et chez le singe par Munk en 1877. Cet auteur a montré en effet que le centre visuel ou sphère visuelle, siège chez le chien dans la partie posté-
rieure de rhémisphère et qu'il se fusionne en avant et en bas avec le centre auditif; chez le singe, il est mieux délimité et occupe tout le lobe occipital (face interne et face externe).
L'extirpation de la sphère visuelle chez le chien ou le singe, si elle est unilatérale, a pour conséquence Vlu'mianopsie, c'est-à-dire la cécité de la moitié correspondante des deux rétines; si elle est bilatérale, l'hémianopsie est double et il en résulte une cécité complète, cécité corticale. Si toute la sphère visuelle est enlevée, la cécité est totale et permanente; si on laisse intacte une portion des lobes occipitaux, on observe un reste de vision dans le champ visuel opposé à la portion cérébrale intacte. Enfin, si on enlève dans le milieu de chaque sphère visuelle une petite zone circulaire et symétrique d'un centimètre et demi de diamètre, l'animal présente d'une façon transitoire, pendant quatre à cinq semaines, de la cécité psychique : L'animal voit, évite les obstacles, mais ne reconnaît par la vue seule aucun objet; il ne reconnaît ses aliments, par exemple, qu'à l'odorat ou au goût, etc. Projection réti- Munk, poussaut plus loiu encorc la localisation des impressions visuelles, nienne corticale. admet Une conuexion très étroite entre les différents segments de la rétine et les différentes régions de la sphère visuelle corticale, c'est-à-dire une véritable projection de la rétine sur cette dernière. Les bords externe et interne de la rétine correspondraient aux bords externe et interne de la sphère visuelle, le bord supérieur de la rétine au bord antérieur de la sphère visuelle, et son bord inférieur au bord postérieur de la sphère visuelle. En outre, le segment externe de la rétine ne serait représenté que dans la sphère visuelle du même côté; le segment interne de la rétine et la macula lutea n'auraient que des connexions croisées. L'ablation de la partie externe de la sphère visuelle déterminerait non pas l'hémianopsie homonyme, mais l'hémianopsie temporale de l'œil du même côté, tandis que l'extirpation de la partie interne de la sphère visuelle entraînerait l'hémianopsie nasale de l'œil croisé. C'est là un fait infirmé par Schafer et Luciani, qui ont toujours constaté une hémianopsie homonyme bilatérale après extirpation partielle de la sphère visuelle.
Les opinions de Munk en ce qui regarde le siège de la sphère visuelle, la permanence de l'hémianopsie, voire même la projection des différents secteurs de la rétine sur l'écorce, ont été confirmées par les recherches expérimentales faites sur le singe par Schafer et Sanger Brown, Horsley. Elles le sont encore par les résultats formés par l'étude méthodique des dégénérescences secondaires expérimentales. Gudden (1875), Ganser (1882), et v. Monakow surtout, ont montré que l'ablation de la sphère visuelle chez le chien, le chat, le lapin, entraîne une dégénérescence secondaire du corps genouillé externe, du pulvinar et du tubercule quadrijumeau antérieur, c'est-à-dire de ces centres ganglionnaires qui reçoivent les arborisations terminales de la bandelette optique. D'après v. Monakow, la dégénérescence dans le corps genouillé externe occuperait un siège différent, suivant que l'on extirpe la partie externe ou la partie interne de la sphère visuelle.
Centre visuel de Chez l'homme, les premiers documents cliniques et anatomo-pathologiques pour la détermination d'un centre visuel furent apportés par Luciani et Tamburini (1879), Nothnagel (18801, Angelluci (1880), Bellouard (1880), Mauthner (1881), Exner (1881), etc. Puis vinrent les travaux d'ensemble de Haab (1882), .\llen Starr(1884), Wilbrand (188ij, Seppili (1883), Philipsen (1883), Séguin (1886); les observations de cécité corticale et d'hémianopsie corticale de Bouveret (1887),
l'homme.
FIBllES DE PROJECTION DE L'EGORGE GEREBHALE.
de Chauiïard (lS8o),de Dejerine et Vialel (1800, 1891, 1893); enfin, les impoiianls travaux de v. Moiiakow, llenschen et Vialet, paras en iS9-2 et 1893, et basés tous sur un nombre considérable de faits cliniques et anatomo-pathologiques recueillis chez l'homme et soumis à une étude microscopique méthodique.
Des observations anatomo-cliniques recueillies chez l'homme, il résulte que les lésions corticales les plus circonscrites, capables de produire Vhémianopsie ou la crcitr corticale suivant qu'elles sont uni ou bilatérales, siègent toutes à la face interne du lobe occipital, comme le montrent les documents rapportés par Zinn, Dejerine, Bouveret, Hun, Wilbrand, Moëli, v. Monakow, Henschen, Dejerine et Yialet, Forsler, Sachs.
Chez l'homme, c'est en olfet la face interne du lobe occipital et plus particulièrement le domaine de la scissure calcarine gui est le siège du centre visuel cortical. Mais, tandis que v. Monakow étend le centre visuel cortical, non seulement à la face interne du lobe occipital, mais encore à la face externe et au pli courbe.
Il occupe hi faco iiitorno du loljc occipital, on pai-liculior le domaine do la scissure calcarine.
FiG. 245. — Les centres sensitivo-moteurs de la face interne de riiémisphère (MI), la zone visuelle corticale (V) et la zone corticale de l'olfaction (0).
Vialet le localise à la face interne du lobe occipital (cunéus, lobules lingual et fusiforme), Seguin le limite au cunéus, Nothnagel au cunéus et à la f)remière circonvolution occipitale, Brissaud au lobule lingual et Henschen le confine exclusivement dans l'écorce des deux tiers antérieurs de la scissure calcarine.
Les lésions des lobes temporal, pariétal, pariéto-temporal et pariéto-occipital, n'agissent sur les fonctions visuelles qu'en atteignant et détruisant les conducteurs centraux de la vision qui passent par les couches sagittales du segment postérieur de la couronne rayonnante. C'est par le même mécanisme qu'agissent encore les lésions de la face externe, convexe du lobe occipital.
Les troubles visuels, en particulier l'hémianopsie, ne s'observent en effet dans ces cas, que lorsqu'il s'agit de lésions profondes qui atteignent l'épendyme ventriculaire et détruisent la substance blanche sagittale sous-jacente. Lorsque les lésions sont superficielles et respectent les conducteurs centraux de la vision, l'hémianopsie fait défaut. Ce sont là des particularités sur lesquelles l'un