‹ Anatomie des formes extérieures du corps humain [electronic resource]Chapitre 7 sur 60 · DES FORMES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES FORMES EN PARTICULIER

DE L.A. TÊÏE.

Lal tête est la partie du corps la plus apparente, parce qu'elle en est la plus élevée. C'en est aussi la plus noLlc. C'est, pour ainsi dire, l'homme lui-même, et tout le reste ne semble fait que 'pour la porter et la servir. Aucune autre partie ne nous inspire autant d'intérêt et de curiosité. Si nous voulons connaître un étranger, c'est à la tête que se dirigent nos yeux. Si nous voulons nous le rappeler, nous recherchons dans notre souvenir les traits de sa figure, parce que l'homme se peint jusqu'à un certain point dans sa physionomie , et s'y réfléchit commie dans un miroir.

La tête repose sur le cou. De même qu'une sphère sur une colonne d'un diamètre plus petit qu'elle-même , .elle en dépasse la circonférence surtout par devant, où proémine la saillie du menton. Libre et arrondie en haut, ■elle est presque partout confondue avec le cou par en bas. Artistement sculptée en avant , sur la face , elle l'est encore, -quoique avec moins de détails , sur les côtés.

La surface supérieure de la tête est arrondie et ovoïde. Elle est couverte par les cheveux qui en cachent les formes , lui donnent, par la souplesse et le contraste de leur couleur, une sorte de beauté difficile à exprimer, et fournissent au gout délicat des femmes rornemcnt le plus gracieux et le plus séduisant par les masses légères , les guirlandes flexueuses , les boucles arrondies qu'elles en composent , et par les mille arrangcmens que suggèrc h leur imagination l'amour ou l'art de plaire. Mais la tête , se dépouillant

PK LA TliTË. ^*

avec l'àgc, de la clieveluro qui l'embellissait, ne présente plus, dans la vieillesse , qu'une surface nue et luisante, où l'on entrevoit quelquefois la trace des suturas frontales e^ pariétales (a).

La portion de la tête qui reste libre en bas est la région sous-mentonnière, région toujours saillante sur la ligne médiane (i) , toujours creusée latérament de deux dépressions fious- mentonnières distinctes chez les personnes maigres (2),

(a) Le rapport dos salures frontales , fronto-pariélale et pariétale, avec les traces légères qui les décèlent, peut servir au chirurgien à distinguer une suture d'avec une fêlure des os, et lui rappeler qu'on ne doit pratiquer le trépan sur ces traces que dans les cas de nécessité absolue, et à cause de l'adhérence ■intime de la dure-mère aux sutures, et à cause de l'excès .•d'épaisseur qu'on y rencontre dans les os, ce qui expose la couronne du trépan à blesser le cerveau sur les côtés de la .suture, et à cause do la présence du sinus longitudinal qu'on .pourrait léser sous la suture pariétale ou la frontale médiane , quand elle existe, Cescontre-indications s'évanouissent devant la nécessité, parce que, quelquefois , la durc-mère est entièrement détachée des os par un épanchement, comme Yolpilièrc, Garangcot et d'autres parai.^sent en avoir trouvé des exemples (F. Quesnay , Mcm. de fjc. de Clùr. , t. I, 192, in-S"); parce que des milliers de faits attestent que la surface du cerveau peut être lésée impunément; parce qu'enfin les plaies du sinus longitudinal supérieur ne sont pas fort graves, comme le prouvent la douzième observation do ScuUet, la quatrième observation de Marchcltis ( V. Bonet , Bib. de méd. , t. III , part. II, p. 2i3.), celles de Sharp , de Warner, de Polt , de Callisen , System, clùr. Iiodier, ^ part, i, p. 652, 1798, et surtout le Mémoire de Lassus qui en contient plusieurs. ( Yoy. les Mcm. de l'Jc. roy. de dur. , t. V, p. 54 et suiv. }

(0 P. iii, 22. — (2) P. m, 21.

12 |p DE LA TÊTE.

Ces goullicres sont dues h ce que les muscles mylo-liyoïdiens, qui en forment le fond, remontent s'attacher h plus d'un travers de doigt au-dessus du Lord inférieur de la mâchoire, en dedans de son os, et à ce qu'avec la glande il ne se trouve plus que du lissu cellulaire graisseux et non graisseux pour remplir le vide que produit celte disposition (fl).

Si la tête est libre dans si peu d'étendue en Las, si elle

(fl) Le rapport des goultiôres sous-menlonnicres avec les ganglions sous- maxillaires qui s'enfliimnient souvent; leur rapport avec les glandes sous« maxillaires qui s'enflamment rarement, mais qui peuvent éprouver un engorgement salivaire par l'oblitération ou le rétrécissement de Jeur canal ( F". Sabatier, édit. Dupiiytren, t. Il, p. 271; Boycr, t. VI, p. -284, 1822) ; les rapports médiats de ces fosses sous-mcnlonnières avec les conduits des glandes sous-maxillairc et sous-Iingualc qui peuvent devenir le siège d'une grenouillettc, unique ou double du même côté , compliquée ou non d'un kyste voisin ( V. Lafa^'^e , dans Dionis, Opcral. pour la langue ; Louis, dans Mém. deCAc. do cliir. sur les Tum. des gl. mux. et subl'mg. , observation i", t. Iir, p. 422, in-S"; etBreschel, Cons'uk sur la Banule, dans Jour. univ. des Se. mod., t. YIII, p. 296) ; ces rapports , dis je , expliquent les tumeurs qui peuvent s'y montrer et y prendre un accroissement énorme, même dans le cas de greuonillelle , comme on en trouve des exemples dans F.dellilden, Marcbcltis, Tulpius {Bib. de Dovet , t. II, p. 4» ; t. III, p. 206; t. IV, p. 16 ) ; dans Louis ( lac. cit. et t. V, p. 280-81 ), etc.

Les rapports que nous venons de rappeler obligent le chirurgien à ne porter l'insti'umcnt tranchant, dans les dépressions sous-menlonnicres, qu'avec une extrême précaution, siirlout en an iérc, à cause de la glande maxillaire et de l'artère faciale. Les blessures de la première pourraient occasioncr une fistule difficile à guérir (Boycr, t. VI, p. 282).

DE tS. TKTE*

est si peu accessible aux yeux dans ce sens , rien au contraire ne la dérobe aux regards par des^aut , où la face laisse percer k travers la physionomie jusqu'aux plus secrètes émotions de l'âme. La face n'est point uniforme comme le haut de la tcte : homhéc au front , elle est saillante comme une pyramide au nez; symétririuement sinueuse à la bouche, arrondie au menton , elle est creusée aux yeux , bouffie ou creusée aux joues. De Ih autant de régions qui réclament chacune en particulier notre attention.

Le front , qui domine tout l'édifice de la face , est limité en haut par les cheveux chez l'adulte , et chez le vieillard, par la trace qui rappelle la ligne de leur implantation. La racine du nez, les sourcils, qui appartiennent aux yeux; les tempes, qui se montrent sur les côtés de la tête, le circonscrivent nettement en bas et en dehors. Il est saillant dans les antiques , surtout dans le milieu de sa largeur, où il s'avance beaucoup au-dessus du nez et au-dessus des yeux qu'il couvre. Les Grecs ont si généralement adopté cette forme, et leurs portraits , en médaille particulièrement, la .justifient si peu , qu'il n'est pas douteux que ce ne soit une forme de convention (A). Sa surface, quoique généralement bombée, offre des nuances. Sur la ligne médiane de sa figure symétrique (i) se dessinent souvent une bosse en haut (B), et une dépression frontaux, triangulaire , en bas.

(A) La sailUe du front est évidente sur toutes les tGle» grecques antiques; mais elle l'es; notamment d.uis le Jupiler olym* picn de Phidias; le Laocoon; le Diicobolc ; Tx^rianc du Gapltole ; le Xénophon, etc. , où celle disposition semble se prononcer progressivemcnl de plus en plus.

(i)l>.I, IIÏ, I.

(li) Celle bosse médiane du front s'observe sur le Jupiter olympien, où elle prend une élendue et une forme tout idéa-

*4 t)E tA TkTE.

rr

entre les têtes des sourcils (i). Celte dépression frontaîre est quelquefois linéaire et verticale ou transversale, quelquefois arrondie, lorsque la bosse frontaire médiane manque et se divise en deux bosses latérales (A). Chez la femme,

les; sur l'Apollon du Belvédère ; sur l'Hercule de Farnèse, où elle se rapproche de celle du Jupiter olympien ;sur le Prophète- Roi du Dominiquin [954]; sur le porlrait de Moniia Lisa, par L. de Vinci [1066]; sur la lête de Jean - Baptiste, tableau de SaloQié, par Solarl [1190] ; sur la tête de face, dans les portraits de Raphaël et de son maître d'armes [ii54]; sur le porlrait de Bandinelli, par Sébastien [1192]; sur celui de Balthasar, évêque d'Avila [ii56];sur celui d'un inconnu [ii58], tous deux par Raphaël; sur saint Bruno endormi, [j5o]; en partie sur le Léonidas, et tout entière sur son frère assis au-dessous de lui, dans le tableau de Léonidas aux Therinopyles , par David [ 38 ].

(i)P. I, III, 2.

(A) Les anciens ont rejeté celte dépression frontaire de la plupart des têtes de femmes, des têtes d'Apollon, de Bacchus, et de jeunes gens, comme de l'Antinous en Hercule, 234; et ils ont donné au front une grande uniformité dans la surface de sa courbure. On en trouve des exemples dans toutes leurs Yénus , dans la Diane à la biche , et beaucoup d'autres ; mais ils Tout souvent remplacée par une forme de convention , par un sillon profond comme on le voit dans l'Apollon du Belvédère, dans le Jupiter olympien , ou par une dépression triangulaire, dont la base tournée en bas embrasse la racine du nez, comme on en trouve un exemple sur l'Hercule Farnèse. Ils ont aussi déprimé le front sur la ligne médiane au-dessus et entre les têtes des sourcils sur le Gladiateur, ?.62 ; sur l'Esculape , 253 ; sur le Sylène, 709, où cette dépression est très-exacte ; sur le Jason , où elle est excessivement légère , ^10 ; sur le Nil, 547; sur le ïibre, où elle s'éloigne uq

cette dépression est superficîelîe oa nulle. Clie^ les eilfans , une saillie linéaire parcourt de haut en Las le milieu dii front. Elle provient de ce que f os qui en fait le fondement ést partagé en deux pièces latérales , et de ce que les os du crâne sont généralement plus épais à leurs bords que partout ailleurs. Elle disparait avec l'âge, parce que cet excès d'épaisseur disparaît lui-même par la réunion des deux pièces de l'os du front en une seule (a).

Sur les côtés de la ligne médiane s'élèvent les bosses IVontaires latérales , moins distinctes chez l'homme adulte , oh elles semblent effacées , que chez l'enfant et chez la femme , qui ont tant de rapport l'an avec l'aulrc au physique et au moral.

L'arcade du sourcil et celle de l'orbite se montrent ira-

peu de la nature, 249. Elle manque au contraire sur les IsiSj, 359, 569 , et sur les autres statues égyptiennes que l'oti trouve à la salle de l'isis, au musée du Louvre; elle manque même sur le Germanicus, dont le front a été peu étudié. Les peintresl'ont souvent dessinée. Onladistinguc sur le Prophète- Roi du Dominiquin [954] ; sur Monna Lisa de L. de Vinci [10G6]; sur la tête de saint Jean-Baplisle , dans le Salomé de Soîari [iigS]; sur le maître d'armes de Raphaël , peint par Raphaë! [ii54]; sur le portrait de Bandinelli , par Sébastien [1193.]; sur celui deBallhasar, par Raphaël [ii56]; sur celui d'un inconnu, parle môme peintre [ii58]; sur le saint Bruno endormi [i5o]; sur le même saint parlant à ses disciples [149]» tous deux par Le.Nueur; sur le portrait de Bourdon, par lui-même [7]; sur le Léonidas de David, et sur le frère du roi , assis au-dessous [58]; sur le Tatius du même peintre , dans son tableau des Sabines [Sg].

{0) Il ne faut pas oublier que la suture frontale peut se con. server furl long-temps , car on pourrait la prendre pour une fracture. (Subulier, Jnat,^ art. Frontal.)

l6 DE lA. TKTÈ.

m/îdiatcment au-dessous de la bosse latérale du fronl (i). Je distingue la première de la seconde , parce qu'elle est distincte chez l'adulte par une dépression sus-orbitairc que je décrirai plus bas (A). Par arcade du sourcil j'entends

(i) P. I, m, Tu

(A) Les arcades fronlaire et orbitaire sotit confondues en une seule ligne courbe saillante dans toutes les Venus antiques ^ dans la Diane à la biche, dans la plupart des têtes de femme antiques, et, à la vérité, elles sont très - rarement distinctes chez le sexe. Les anciens ont étendu cette forme aux têtes d'Apollon, de Bacchus, et même de l'Antinous en Hercule, 254, et du Jupiter, 4i5 , dont le fronl manque, par cela même, de l'expression que l'on cherche dans l'image du maître du tonnerre. On les distingue au contraire sur l'Apollon du Bel- Tédère, sur l'Hercule Farnèse , sur le Gladiateur, 262 ; sur le Tibre, où l'arcade sourcilière est peut-être trop remontée, 249 ; sur l'Esculape, 255 ; sur le INil, 547 > ««^ elles produisent un grand effet; sur l'Hercule , 452 , dont le front n'en est pas moins très-négligé ; sur le Jupiter, 7o5 , où les arcades sourcilières se touchent; sur le Silène, 70g , où elles ne sont pas très-exactes; sur le Jason , 710 , où elles sont excessivement légères , comme on les voit chez un jeune homme de 18 ans, bien que cette statue indique un âge plus

avancé. Elles sont confondues comme dans les Venus , dans

les têtes égyptiennes de la salle de l'Isis. Elles sont au contraire assez distinctes sur le Prophète-Roi du Dominiquin [964]; sur le portrait de MonnaLisa, par L. de Vinci [1066]; sur le saint Jean-Baptiste de Solari dans son tableau de Salomé [i 195] ; sur la tête de face des portraits de Raphaël et de son maître d'armes [ii54]. On les sent sur le saint Michel du même peintre [ij 59]; sur le portrait de Bandinelli [1192], par Sébastien; sur celui deBallhasar [ 1 156] , et sur celui d'un inconnu [ii58], tous deux par Raphaël ; sur une tête du Christ couronné d'épines, par le Guide, [io50]; sur saint

DE LA TÊTEi l*}

cëtle arcade sur laquelle repose la tête et la moitié interne du sourcil. Elle est assise au-dessus de l'orbite, sur son bord même et en dedans , en sorte qu'elle se confond là avec l'arcade orbitaire , mais elle s'en sépare en dehors en se portant un peu au-dessus. Cette disposition est due à. ce que l'arcade sourcUière prend une légère obliquité en haut et en dehors , et à ce qu'elle est \h plus étroite qu'en dedans , tandis que enfin l'arcade de l'orbite est ell(3-même plus saillante en dehors qu'en dedans. L'arcade du sourcil forme , dans une belle tête d'adulte , un plan large un peu courbé dans sa longueur comme le sourcil lui-même , et ss dessine franchement. Le développement de ce plan correspond exactement au sinus frontal, et proémine en proportion du sinus (a). C'est à la saillie qu'il forme avec celui du côté

Bruno parlant ù ses disciples [ 149] , et sur le même saint endormi [ i5o], tous deux par Le Sueur. Ces arcades sont peu apparentes sur le Léonidas de David , un peu plus sur le frère du guerrier [38]; peu encore sur le ïalius du même auteur, dans son tableau des Sabines [Sg]. On ne dislingue que celle du sourcil sur le portrait de Bourdon [7] .

{«) Les rapports du sinus frontal avec l'arcade sourcilière expliquent les déformations dont elle est susceptible ù la suite d'un choc assez violent pour briser et enfoncer la paroi antérieure du sinus; ils expliquent le gonflement gazeux qui peut «e manifester dans la région qu'elle occupe, la difformité des cicatrices profondes qui s'y observent quelquefois , le dégagement de l'air qui s'échappe des plaies ou des caries vénériennes dont elle peut être afleclée; ils expliquent comment il peut s'y faire un écoulement d'une matière puriforme analogue à la substance cérébrale en suppuration (Obs. de Maréchal dans Quesnay, Mém. de CAc. roy. de cliir,, t. I, p. 1247, in-8), comment on peut y voir, au fond d'une plaip, une membrane osciller parla rçspivalion pourquoi les plaies y sont,

l8 DE LA TÊTE.

opposé, qu'est due la dépression triangulaire du front, dont j'ai parlé un peu plus haut. Ces deux plans sont largement et admirablement exprimés dans la tête de Napoléon par Ghaudet. Ils le sont en partie aux dépens de la dépression frontaire que les artistes sacrifient souvent au développement de ces saillies, disposition qui me semble donner à la physionomie plus dé pensée,. plus de profondeur et plus d'expression de sévérité , parce que la réflexion et un mouvement de sévérité produisent quelque chose d'analogue par le rapprochement des sourcils'.

L'arcade orbitaire dépasse l'arcade sourcilière en dehors j elle correspond à l'arcade osseuse du même nom , et en dehors de l'orbite où elle est le plus prononcée , elle répond précisément à l'angle orbitaire externe de l'os du front.

dans certains cas , très-difficiles à guérir (Boyer,t.VI, p. 17^.); comment un polype peut déformer cette partie (Levret , Obs. sur la cure radie, de plus, polypes, etc. p. 255; Portai, Jnat.. médic. , art. Froîital; Boyer, t. VI, p. 176.); comment des corps: étrangers, la pointe d'un fuseau, des balles, etc., peuvent se; loger dans l'arcade sourcilière sans occasioner de graves acci-dens {Foy. les Ephémér. et Haller).Les rapports du sinus frontal avec l'arcade sourcilière montrent encore que l'on peut,, dans le cas d'enfoncement de la paroi antérieure du sinus, espérer de la relever et d'effacer au moins en partie la difformité;; que l'on peut y appliquer le trépan perforatif dans le cas d'abcès du sinus produit par l'oblitération de son canal nasal; que; l'on peut ensuite ouvrir au liquide, et par le sinus mSme, uni passage dans les fosses nasales, comme dans l'opération de lai fistule lacrymale; que l'on ne peut appliquer le trépan à couronne sur l'arcade sourcilière que dans des cas de nécessitée absolue, et avec des précautions toutes particulières. (Larrey,. Mém. de chir. militaire, t. Il , p. i36-i58 ; S. Coopcr, t. II, p. 498, , art. PL de tête, et 522, art. Tréphine, )

La dépression sus-orbitaire sépare plus ou moins l'une de l'autre les arcades sourcilière et sus-orbitaire (A). Cette dépression se montre sous la forme d'un sillon qui commence au trou sus-orbitaire, vers le milieu ou lë tiers interne de la longueur du bord supérieur de l'orbite , et de là se dirige obliquement en haut et en dehors {a).

Telles sont les diverses formes sensibles sur le front vu de face , chez un adulte dont les traits sont fortement prononcés, ce qui est toujours assez rare. Mais, lorsqu'on l'observe de profd , on n'y voit plus que deux lignes courbes , le parcourant de haut en bas. La première embrasse la bosse ou les bosses du front, et finit à la dé-r pression Iron taire ét vers l'arcade sourcihère; Jla seconde embrasse cette arcade et finit à l'échancrure du nez et à l'orbite. Elle est constamment beaucoup plus courte que la première ; en effet , elle ne mesure guère que le quart de la hauteur totale du front. La saillie de sa courbure proémine aussi davantage sur la face. Quelquefois, mais cette disposition est rare chez l'homme, le front dessine, de-

(A) Le sillon sus-orbitaire est rendu conventionneUemenl trop profond et trop distinct sur une foule de têtes antiques, et notamment sur l'Hercule de Farnèse, le Laocoon, le Monte- Cavalio et le Jupiter Olympien surtout, où il divise le front en trois parties, dont celle du milieu fait au-dessus du nez unp saillie si exagérée (ju'on ne peut rien voir d'analogue dans la nature.

(a) La dépression qui correspond à réchancrure sus-orbitaire, se dessinant ù travers la peau, et étant surtout sensible au toucher, il serait aisé d'arriver au nerf qui y passe, s'il était nécessaire de le couper. On pourrait encore s\'iider un peu du rapport du trou sus-orbitaire avec les dent,s canines, quoique ce rapport ne soit pas très-précis,

ai) DE Li •r^Ê'ri^i.

puis les cheveux jusqu'à la ràcifie du nez, une seule ligne; courbe régulière (A).

Le nez ne s élève pas to'jjours perpendiculairement sur la face; souvent il s'inclin e légèrement à droite ou k gauche : cette inclinaison corre?:pond-clle constamment à la main dont on se sert pour se "moucher? on le dit, mais je n'oserais affirmer que ce fat rigoureusement vrai. Il a la forme d'une pyramide à. trois côtés, qui serait adossée à la face par un

(À.) Les anciens ont renfermé le front de leurs Vénus, et de beaucoup d'autres statues, dans une seule ligne courbe verticale. Ils l'ont au contraire partagé en deux plans, l'un supérieur correspondant à la bosse fronlaire , l'autre inférieur répondant à la saillie des arcades sourcilières , dans la plupart de leurs têtes d'adultes ou de vieillards, et particulièrement dan* le Jupiter olympien , l'Hercule de Farnèse , l'Apollon du Belvédère, l'Apollon lycien , 188 ,• l'Esculapc , 255 ; le Nil , 547 ; le Jupiter, 703 ; le Silène, 709;leJason, 710, où la chose est pourtant peu marquée.

Les deux plans du front se sentent aussi sur le Projjbètc-Roi du Dominiquin [g54] ; sur le portrait de Monna Lisa par L. de ■Vinci [ io6ë] ; sur la télé de face des portraits de Raphaël et de son maître d'armes [i i54.]; sur les portraits de'Jeanne d'Aragon [ii55] et de Balthazar [ii56], par le même peintre; sur le David de Roselli [ 1 172]; sur Léonidas , sur son frère et sur le grand-prêtre, dans le Léonidas aux Therraopyles, par Da-vid[58]; sur la belle brune agenouillée au premier plan du' tableau des Sabines , par le même peintre [ 39 ],

On voit ces deux plans de profil et les deux lignes qu'ife env gendrent sur le père de l'Enfant prodigue, dans le tableau de Spada [ 1 199] ; sur une grande figure à gauche , dans la.- Cène de Champaigne [SgS] ; sur le Prêtre officiant pendant fa résurrection de Raimond; par Le Sueur [ 146 ]; sur .le Bélisaire dcPavid

I)E tA. tétiï; 21

!<ïe ses côtés , et dont le sommet tiendrait au front : ce point continuité a été aussi appelé la racine du nez. Tantôt , et I c'est le cas le plus commun dans la nature , une échancrure ■ assez profonde sépare ces deux parties (i) (A). D'autres fois l'échancrure est nulle , ou pour ainsi dire effacée : ce trait m'est pas rare chez nos femmes. C'est la forme adoptive ^-u'ont surtout suivie les sculpteurs de l'antiquité. J'ai vu des ,ai-tistes exagérer tellement cette disposition dans des profils j^de femme , qu'au lieu d'une échancrure, la racine du nez for- ;jnait une saiUie. Je crois que c'est dépasser les limites que l'imagination ou le génie ne doivent jamais franchir dans lies modifications qu'ils impriment aux formes de la nature.

La base du nez , libre et tournée en bas , se montre percée ^es deux ouvertures des narines , séparées par une cloison médiane. Elle est renflée sur les côtés , et souvent même en avant , au bout du nez.

Les deux renflemens des côtés en sont les ailes; un sillon

(r) Pl. 111,8.

(A) L'échancrure du nez est à peine sensible sur la Diane, 178, et sur toutes les Yénus qui l'entourent dans la salle qu'elle •occupe. La même forme s'observe sur les Apollons, sur les Bacchus de la même salle, sur le Jupiter, 705. Elle est un peu plus profonde sur le Gladiateur, 262 ; davantage aussi sur le Faune , 4o3 ; sur le Silène , 709 ; sur le Jason , 710"; sur le Nil, où elle est un peu abaissée , forme suivie quelquefois chez les antiques. Elle est exacte sur le Germanicus. Les statues égyptiennes de la salle de l'isis présentent toutes aussi cette échancrure. David, s'inspirant sur les modèles de la Grèce, l'indique à peine sur la plupart des têtes de son tableau de Léonidas[38], sur les frères Horaces, dans le tableau où il célèbre leur serment, mais il l'exprime fortement sur le père des Horaces [37], sur son Bélisaire [46], et sur les trompettes du tableau dcLéonidas [58].

Page 1