‹ Anatomie des formes extérieures du corps humain [electronic resource]Chapitre 8 sur 60 · U% Ï)B LA TÊTE · texte numérisé non relu

U% Ï)B LA TÊTE

en demi-cercle les sépare en haut du reste du nez , et des ^ joues en arrière. La cloison des narines est dirigée à peu près horizontalement du bout du nez vers la lèvre , chez la plupart des hommes : elle est chez quelques-uns échancrée (A) , chez d'autres coupée obliquement en haut et en ! arrière , en sorte que le bout du nez , incliné vers le men- \ ! ton , semble suspendu sur la bouche (B). Chez quelques au- .tres la base du nez , coupée au contraire obliquement en ^ Jiaut et en avant , montre dans ce sens les narines toujours ouvertes , et forme un nez retroussé que l'on n'adopte pas ' dans les compositions graves de l'histoire (G).

On a quelquefois désigné le bout du nez sous le nom de lobe. Singulièrement varié dans ses formes , tantôt il est mince , maigre , sec , et alors laisse sentir en avant deux saillies ' étroites où la lumière se réfléchit vivement. Ces saillies sont i de petits détails que doit négliger «n peintre d'histoire, i mais que ne doit pas dédaigner un peintre de portrait , sur- I tout quand le portrait , étant petit , est destiné à être vu de près. Elles sont dues à deux cartilages qui entourent l'ouverture des narines chacun de leur côté, et qui laissent ' 'en avant dans leur intervalle un petit creUx que l'on sent '

(A) Une échancrure s'observe sous la cloison du nez sur le Gladiateur, 262, bien qu'elle y soit peu sensible, et aussi sur le: Bélisaire de David [46].

(B) La base du nez présente évidemment une coupe oblique : ■sur le portrait de Raphaël [1 1 58] ; sur le père des Horaces dans • le serment des Horaces par David [Sy]; sur les Irompetles deson tableau de Léonidas [38] ; mais on ne l'observe guère sur • les belles têtes, parce qu'en effet cette forme n'est pas belle.

^ (C) Le nez retroussé ne s'observe pas sur les belles têtes grecques qui nous viennent de l'antiquité; mais on en trouve des exemples sur la plupart des têtes égyptiennes de la salle de risis , têtes où la base du nez est d'ailleurs large et épatée.

^^jqjfrs m doigt sur le milieu du bout du nez (A). D'au- Ires fois, et c'est fe cas le plus commun, le lobe du nez, jip peu plus ricjie d'embonpoint, est uniformément arrondi. Chez l'up, iUst long et effilé comme un poinçon; chez l'gutre, iiest tronqué; chez tout le monde enfin, il §çmble revêtir des caractères propres à chacun.

Les narines ont des ouvertures ovales , plus étroites en jlevajit , ainsi que la hase du nez elle-même. La cloison qui igis sépare, descei]idant toujours ou presque toujours plus bas que la portion externe de leur bord, elles s'ouvrent à la fois en bas et en dehors, et se découvrent aisément dans

pne tête de profil.

Les sui^faces latérales du nez sont diversement inclinées sur la face, ou, si l'on veut, elles s'unissent sous un angle plus ou moins aigu au dos de l'organe. Ces différences en apportent de proportionnelles dans la largeur ou la minceur

^u corps du nez.

Le dos de cet organe en est une des parties les plus remarquables, et, parce qu'il est très - saillant et parcequ'il est très -varié dans sa direction ainsi que dans sa forme , et parce que vu de face ou de trois-quarts, il se montre toujours vivement éclairé, et tout blanc de lumière. Chez les uns il est presque vertical , comme dans beaucoup de têtes antiques. Voyez de profil les belles têtes de nos femmes , et vous y retrouverez assez souvent cette heu- ;reuse disposition. Yous la rencontrerez au contraire rarement chez l'homme. Chez d'autres , le dos du nez se mon-

(A) On peut voir un exemple de ces saillies des cartilages du nez sur plusieurs portraits, mais entre autres sur celui de Rratzer, par J. Holbein le ûls [494] ; sur celui d'Arnaud [587] , par Gharapaigne 3 sur celui du Cardinal de Richelieu, parle même [386]; sur celui de Jeaurat par Greuze [88].

24 DE ïfi TÉTE.

tre beaucoup plus oLIiquc en avant (A) , et forme sur la faco une saillie choquante par sa longueur, qui offre à la malignité un sujet inépuisable de plaisanteries. Tantôt il est d'une rectitude parfaite dans toute sa longueur, et il est en même temps vertical , réunion de formes sévères , souvent adoptées dans les grandes et belles compositions (B) ; tantôt il est régulièrement courbé et convexe, ainsi qu'on l'observe souvent dans les Espagnols; tantôt il est anguleux, saillant et Lossu à l'union des os du nez avec les cartilages qui les suivent. Cette disposition , due à l'obliquité de ces os sur les cartilages , produit , lorsqu'elle est peu marquée , une ondulation légère, et agréable (C) , et lorsqu'elle est très-prononcée, une saillie choquante et difforme (D). Tantôt, au contraire , le dos du nez est légèrement concave depuis le haut jusqu'en bas, comme si le bout en eût été relevé. Ces deux dernières formes, indignes des compositions graves, ne sont suivies ni par les peintres d'histoire, ni par les sculp-

(A) Le dos du nez est par exemple très-oblique dans toutes les têles égyptiennes de la salle de l'Isis; il l'est aussi, mais moins, dans le Germanicus.

(B) Telles sont les formes suivies dans toutes les Vénus antiques, dans la Diane à la biche, 174, dans les lêles d'Apollon, dans le Jupiter olympien, dans le Jupiter, 705, et sur les tableaux des artistes modernes , dans le Saint Michel de Ra- I)haël [1 169], dans presque toutes ces belles têles dont David a rempli son tableau des Sabines [69] et celui de Léonidas [58].

(C) On trouve rarement le dos du nez onduleux sur les antiques ; il offre cependant un peu ce caractère sur le Gladiateur, 262, sur le Nil, 347, sur le Jason, 710. Cette disposition est plus sensible sur le portrait de François I" par le Titien [i2i5], sur rEndymion de Girodet [82].

(D) On en trouve un exemple dans une figure placée à l'extrême gauche dans la Cène de Champaigne [SgS].

leurs, h moins qu'elles n'appartiennent -d des poV-traits (a). Étroit h sa racine, plus large h l'union des os et des cartilages , le dos du nez reprend une largeur nouvelle au bout de l'organe. Trop étroit à sa racine , les yeux se rapprochent et rappellent les traits du singe; trop large , les yeux s'écartent, et reprennent un caractère d'un autre genre d'animalité.

La surface du nez est parsemée chez l'adulte et surtout chez l'homme d'une foule de petites ouvertures qui sont les orifices des follicules de la peau , espèce de petites vessies toujours plus développées sur le nez que sur les autres parties de la face {b),

La bouche s'aperçoit sous la saillie pyramidale de l'organe de l'odorat. On n'y voit , lorsqu'elle est fermée , que deux lèvres à bords rosés qui s'embrassent mutuellement

(a) La saillie du nez l'expose beaucoup aux violences extérieures, soit par suite de coups, soit par suite de chutes. Ses connexions avec la lame carrée de l'elhmoïde, et parcelle-ci avec la lame criblée du même os; celles des os nasaux avec le frontal semblent propres à expliquer les phénomènes de commotion et de compression cérébrales que l'on a observées dans les fractures du nez; car si l'on en croit certains auteurs , on a quelquefois trouvé la lame criblée de l'ethmoïde enfoncée vers le crâne. (S. Cooper, art. Fractures des os du nez.) — Les connexions du nez avec le canal nasal par l'apophyse sus-maxillaire expliquent comment la fracture de cet os peut resserrer le canal excréteur des larmes et occasioner une tumeur et une fistule lacrymales. (Foj. une obs. dansBoyer, t. III, ch. 2.)

{b) L'humeur qui se forme sans cesse dans ces follicules s'y accumule assez souvent au point de donner lieu à de petites tumeurs qui déforment le nez : ce sont des loupes ou des tannes. '(Foy. Civadicr, Mém, de l'Ac.roy.de ch, t,lll,j). ^!i6 , in-S ; ouBoycr, t. \I, p. 6i , 1822.)

dans leurs contours firrpndiis; mais , lorsqu'elle vient à s'ou- i vrir, les deux rangées des dents brillent à l'entrée du fond ' obscur de sa cavité.

Des deux lèvres , la supérieure a sa surface externe creusée d'une gouttière sous-nasaire, dont les bords forment sur cette surface deux colonnes saillantes , que la lumière accuse avec vivacité. Une gouttière analogue, mais plus légère, sillonne la lèvre inférieure. Les bords vermeils de ces organes offrent des formes régulières fort remarquables. Celui de la première a au milieu de sa longueur une saillie gracieuse , qui est reçue dans une échancrure de la seconde , et celui de la seconde a deux saillies latérales que reçoivent à leur tour deux écbancrures latérales de la première. Une lisière sinueuse , ferme au toucher, toujours vivement éclairée , marque tout le long de ces organes l'endroit où leur bord rouge s'unit avec la peau sur laquelle il tranche par le contraste de sa couleur (a). Une commissure cachée au fond d'un pli agréable confond les lèvres en dehors , à peu près sur le

(a) Ces formes sont si apparentes, qu'il faut toujours tenter de les conserver, en réunissant les plaies qui divisent les lèvres dans toute leur épaisseur. C'est pourquoi l'on doit toujours employer la suture entortillée. Cette suture affronle si exactement les bords de la plaie entre l'aiguille qui les soutient en arrière et l'emplâtre de fil qui les presse par-devant qu'on ne peut employer de moy ens unîssans plus sûrs, et il importe pour les plaies des lè-vres qu'il en soit ainsi ; car, pour peu que la réunion ne soit pas bien soutenue, leur mobilité y occasione des cicatrices difformes, qui quelquefois encore allèrent la prononciation. On doit d'ailleurs, en pratiquant la suture entortillée, tâcher, s'il y a Heu, d'obtenir quelque chose d'analogue à la saillie médiane du bord libre de la lèvre supérieure, etaCfronter parfaitement la surface, le bord et les lisières de chacune des divisions de la lèvre. (F. Roux, Méd. opér., page 448.)

»B lA TÊTE.

trajet d^une ligne verticale que l'on abaisserait de la pupilb de chacun des yeux. Le pli de la commissure fait un relie plus ou moins prononcé. Il descend obliquement en bas et en dehors (i), borné en dedans par la commissure des lèvres mêmes, et en dehors par un sillon oblique qui, de l'aile du nez , se porte sur le côté de la bouche (2).

Les dents ne prêtent pas seulement k la face l'éclat de leur blancheur lorsque la bouche est ouverte , elles l'agrandissent encore d'une partie de leur hauteur, elles soutiennent les lèvres qui les cachent lorsque la bouche est fermée , et leur absence imprime à la physionomie du vieillard les changemens les plus profonds, ainsi que nous le verrons plus loin. Elles forment par leur ensemble deux arcades qui se meuvent l'une sur l'autre et s'embrassent en partie l'une l'autre, La supérieure est toujours plus large que l'inférieure , surr tout en avant , oii elle embrasse la série des dents inférieures qu'elle croise , comme une lame de ciseaux la lame du Côté opposé. Il résulte de cette disposition que la première offre une courbe plus étendue, et que par suite ses dents ■sont plus régulièrement arrangées qu'on ne le voit à la seconde , oîi elles semblent serrées dans une courbure trop étroite. Sur les côtés et en arrière , l'arcade supérieure dépasse encore en dehors l'inférieure , mais de si peu de chose qu'on n'y a jamais fait attention. Il y a des gens dont les dents ne se croisent point; alors ces os se rencontrent par leur bord; la face s'allonge ,1e menton devient plus saillant , parce que la mâchoire inférieure se trouve plus avancée que d'habitude. Les dents supérieures se portent directement en bas chez les peuples de la race caucasienne; les dents inférieures et surtout celles qui occupent les côtés de la bouche

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sont toutes obliques eu haut et en declans , disposition qui ne permet pas d'apercevoir à la fois la surface interne de toutes dents latérales inférieures et on laisse voir au coatraire la surface externe (a).

Toutes ces observations ne sont peut -être pas sans inlércE pour les artistes , car, lorsqu'on aperçoit la bouche légèrement ou largement ouverte , on distingue avec un peu d'attention, les différences de courbure que je viens do signaler dans les arcades des dents , et dans ces organes les diverses directions dont je viens de parler aussi.

Si les dents offrent d'aussi sensibles différences sous ces deux points de vue , elles en présentent de plus manifestes encore dans leur forme. Cependant elles ont sous ce rapport des analogies évidentes les unes avec les autres. Toutes en effet sont composées d'une couronne qui est libre, d'un rétrécissement circulaire qu'embrasse la gencive , et qu'on nomme le collet, enfin d'une racine qui est plongée dans l'alvéole et qu'on ne voit en aucune manière chez l'adulte , mais qui devient visible dans la vieillesse , où les dents sont chassées de leurs alvéoles qui s'effacent et des gencives qui se rétractent. Néanmoins comme on ne les voit qu'à cet âge , je n'en dirai rien de plus dans ce que je vais ajouter sur l'histoire des dents.

Encore qu'on ne voie que les couronnes des dents chez l'homme adulte, il est aisé de reconnaître, par leur seule forme, qu'il y en a de quatre espèces fort différentes que je dois exposer ici, puîsqu'étant accessibles aux yeux elles

(a) Ces remarques doivent toujours être présentes à l'esprit du dentiste pour donner aux dents, au moment de leur développement, la direction qui leur est naturelle. Peut-Otre ne sont-elles pas inutiles pour déterminer le meilleur procédé à mettre en usage dans leur arrachement.

|)èavent devenir l'objet de rattèntion des artistes. Les premières sont les dents incisives ou cunéiformes ; les secondes les dents caniiies ou coniqueè ; les troisièmes , les petites molaires; les quatrièmes, les grosses molaires, et toutes sont à peu près au même niveau (a) .

Les dents cunéiformes sont les premières qui se montrent en avant. Il y eu a deux de chaque côté du milieu des arcades dentaires, huit en tout , par conséquent; elles ont la forme d'un coin dont le bord mince serait libre. Celles de la mâchoire d'en haut sont beaucoup plus larges , plus longues que celles d'en bas , disposition qui se lie à l'étendue considérable de l'arcade dentaire supérieure. Ce caractère est si constant, au moins pour les deux incisives du miHeu, qu'il me semble devoir être conservé dans les imitations des arts.

A côté des cuiléîformés se voient les dents conoïdes ou canines. Il y en a une de chaque côté des deux mâchoireâ , 'et quatre en tout; elles forment des cônes dont on aurait «enlevé une tranche en dedans et dont le sommet serait libre. Ces dents sont, avec les incisives , les plus longues des arcades dentaires , parce que celles d*une mâchoire s'entrecroisent avec celles de la mâchoire opposée, tandis que les suivantes ne s'entrecroisent pas.

Les petites molaires viennent après les canines; elles sont au nombre de deux de chaque côté, huit en tout ; leur couronne , quoique arrondie dans sa circonférence , semble offrir quatre côtés. Sa surface libre est hérissée de deux tu-

la) Un grand changement dans le niveau des dents annonce ordinah-ement une fracture de la mâchoire avec déplacement des fragraens, et le chirurgien doit toujours les remeitre de niveau et les y maintenir dans le Iraitemènt des îraclurcs. ' " "

^3o DE LA TÊTE.

bercules plus grands et plus pointus dans les petites molaires supérieures que dans les inférieures; encore le tubercule interne de la première de celles d'en bas est-il beaucoup moins sensible que l'externe.

Les grosses molaires viennent aux derniers rangs des arcades dentaires. Il y en a trois de chaque côté et douze en tout ; elles ne dépassent guère les gencives , surtout les inférieures. Leur couronne est quadrilatère dans sa circonférence, mais elle est h ^'peu près carrée dans les inférieures et rhomboidale dans les supérieures. Leur surface est hérissée de tubercules. On en trouve quatre séparées par un sillon crucial assez régulier dans les inférieures , cinq sur une d'entre elles au moins , et le sillon y conserve encore la figure d'une croix. Alors de ces cinq tubercules , il y en a trois en dehors et deux en dedans , et le côté interne de la couronne est un peu moins étendu que l'externe. Il y a ordinairement quatre tubercules seulement dans les molaires supérieures ; les sillons qui les séparent sont irréguliers , et n' affectent guère la figure d'une croix. Les tubercules internes des molaires supérieures sont arrondis et émoussés; les tubercules internes des molaires inférieures sont pointus et saillaus ; les tubercules externes des molaires supérieures sont aigus et plus saillans que les internes des dents inférieures; les tubercules externes des molaires inférieures sont plus émoussés que les internes des supérieures, et tellement usés en dehors par l'action des tubercules externes des dents opposées , que la couronne de ces dents en est altérée , et porte là un caractère qui suffit souvent pour distinguer les molaires d'en bas d'avec celles d'en haut. Ce caractère est si tranché que je suis étonné que les anatomistes n'en aient point encore fait la remarque.

J'entre dans ces détails, bien qu'ils soient indignes des ))çaux-arts, parce que toutes ces dispositions sont assez

DE TÊTE. 3l

constantes , et parce qu'étant extérieures , elles sont toutes visibles, et enfin, surtout , parce qu'ils sont précieux dans des dessins anatomiques (a).

(a) Les petites molaires ont des connexions assez précises avec les trous sous-orbitaire et mentonnier : ces trous semblent osciller d'avant en arrière, autour de la ligne qui les sépare : tantôt en effet ils correspondent à la première, tantôt ils correspondent à la seconde de ces dents. Néanmoins, ces rapports, quoiqu'un peu vagues, suffisent pour que l'on puisse arriver du premier coup de bistouri, aux nerfs qui passent par les trous sous-orbilaire et mentonnier, en se dirigeant sur l'intervalle des petites molaires. Les deux supérieures ont aussi des connexions très-irâportahtes à connaître avec le fond du sinus maxillaire ; mais la troisième et la quatrième dent molaires en ont ordinairement de plus intimes encore parce que c'est le plus souvent au-dessus de ces dernières dents que se rencontre le point le plus déclive de la cavité. Néanmoins , lorsque les dents sont saines et solides on ne doit jamais , quoiqu'on le recommande encore aujourd'hui, les arracher ni les unes ni les autres dans le cas d'hydropisie ou d'abcès du sinus maxillaire pour évacuer le fluide qui le distend, en perçant le fond de leurs alvéoles , comme l'a pratiqué le célèbre Cooper (Drake , Anlhropol. nova), parce que l'arrachement d'une ou de plusieurs dents saines est toujours une opération cruelle par la douleur qu'elle cause, et pénible par la perte irréparable qu'elle entraîne. Il vaut beaucoup mieux ouvrir le sinus au-dessus de la troisième dent molaire , au-dessus de la cloison qui la sépare de la seconde ou immédiatement au-devant du bord inférieur de l'éminence malaire de. l'os sus -maxillaire , et non audessous, comme l'a proposé Lamorier, parce qu'il est plus difficile d'y appliquer l'instrument, et que l'os y a plus d'épaisseur (Bordenave, Mém. de l'A c. de chir., t. IV, p. 56o, in-8). On pourrait tout aussi bien l'ouvi'ir dans la fosse canine comme le voulait Dessault. En opérant par l'un ou l'autre procédé on parviendrait quelquefois dans le point le plu*

Zïi DÉ LA ÏÊTki '

Peut-être, néanmoins, n'aurais-je dû pablcr Ici que de^ l

dents antérieures, des incisives et des canimes, comme étant •

les seules que l'écartcment des lèvres laisse habituellement s

découvrir; mais je n'ai pas voulu tronquer l'histoire des pl

dents , et j'ai mieux aimé pécher par excès que par défaut , e si toutefois j'ai commis une faute en m'arrêtant à des formes

que les artistes peuvent avoir besoin de dessiner. Je ne dirai j

rien cependant de la cavité de la bouche, quoiqu'on puisse F

quelquefois en apercevoir le fond. J

Le menton , qui termine la figure , proémine au-dessous |

de la bouche. Arrondi chez l'un , pointu chez l'autre , creusé \ chez celui-ci, saillant chez celui-là jusqu'à menacer le bout

du nez , il participe par ses variétés aux formes variées du \

visage. i

Il doit ses formes au tissu cellulaire sous-cutané , ferme > i

dense, peu graisseux, qui entre dans sa composition, et à j

déclive, bu , un peu plus souvent, à une fraction de ligne audessus de Ce point. Croirait-on que c'est pour cette fraction de ligne qu'on n'a pas craint de préférer l'opération douloureuse de l'arrachement de plusieurs des grosses dents molaires à l'o* opération simple, facile et sans douleur de la perforation du sinus que l'on peut exécuter en une minute au moyen d'uQ scalpel ! Celle-ci est encore la seule qui convienne , si les dents • sont saines, pour pratiquer une contre-ouverture nécessaire, à la guérison d'une carie qui verse ses fluides dans le sinus i maxillaire, comme les i2<=, i3* et i4' observations du mémoire: deBordenave, cité plus haut, en fournissent des exemples; et! pour attaquer et détruire un polype du sinus maxillaire : mais* elle est quelquefois insuffisante, comme le prouvent encore lesobservations rassemblées par l'académicien dont je viens dci parler et beaucoup d'autres répandues dans une foule d'auteurs i que je n'ose citer.

DE LA TÊTIÎ. 53

la saillie mcntonière de la mâchoire infërîeufe. Aussi , il s'altère fort peu par ramaigrissemeut. Si môme le menton s'effiîe et s'allonge quelquefois, c'est alors surtout par l'aplatissement des joues sur la mâchoire inférieure que cet effet est produit.

Sur les parties latérales de la ligne médiane et au-dessous du front, les yeux se montrent d'ahord. Ils sont dirigés h. l'horizon , et peuvent embrasser à volonté la vaste étendue des cieux. Couronnés par l'arc du sourcil , cachés par les paupières , et liés h ces voiles membraneux par la conjonctive, ils brillent enchâssés dans leur orbite, et répandent tant d'éclat et de lumière au milieu de la figure par leur transparence, par le contraste de leur couleur, par leur mobilité et surtout par celle des paupières , qui les cachent et les remontrent tour h tour, qu'ils dominent toutes les parties de la physionomie.

L'orbite ne se dessine h l'extérieur que sous la forme d'mi cercle quatre côtés , dont l'œil avec les paupières remplissent inégalement le vide chez les dilFérens sujets. Ce cercle est dû h la saillie que fait sentir autour de l'œil le contour de l'orbite à sa base. Le côté supérieur de ce contour appartient au front , et l'inférieur, formé par les bords correspondans des os de la pommette et de l'os maxillaire , s'incline au dehors. Le^premier est un peu plus saillant que le deuxième. Le côté externe est plus reculé , et l'interne est confondu avec les plans latéraux du nez. Quand ces quatre côtés dessinent un contour dans lequel l'œil est parfaitement embrassé et bien enchâssé, comme le disent les artistes, il présente un beau caractère, qui appartient aux compositions graves (A).

(A) Les tôles antiques offrent de beaux exemples de ces yeux prolbudOmcnt enchâssés : c'est ainsi qu'on les voit dans IcTi-

34 DE LA TÊTE. i

Jetés k la limite du front et dés orbites sur les yeux qu'ils protègent, les sourcils forment mie des parties de la face Jes plus saillantes par leur position, et les plus tranchées par. leur couleur. Ils reposent sur l'arcade sourciîière , dont ils font partie et que nous avons décrite plus haut.

Les paupières, qui oscillent sans cesse l'une vers l'autre au devant de l'œil , sont flexibles et si minces que l'œil distingue le jour d'avec la nuit à travers leur épaisseur. Courbées sur le globe de cet organe, elles en reproduisent légèrement la saillie spliéroïdale. La surface de la supérieure présente un ou deux plis qui suivent assez exactement la courbure de son bord libre. La surface de l'inférieure ofFrç quelques rides légères , qui de l'angle interne de l'œil $e portent obliquement en bas et en ' dehors (a). Leur bord libre est dirigé horizontalement ou à

bre, 249 ; dans le Nil surtout, 547; dans le Mars, , où la lête offre un beau caractère; dans l'Hercule . 4^2 ; dans le Silène, 709 ; dans le Jason, 710 , quoique ce soit bien peu sensible dans cette statue, et dans le Centaure, où celte forme est très-évidente ei très-propre à l'étude. Il n'en est pas de même des têtes égyptiennes de la salle de l'Isis. Elles offrent généralement i\ cet égard un caractère tout différent au moins pour celles de l'ancien style.

Bien que les artistes modernes aient moins suivi cette forme que ceux de l'antiquité, on l'observe dans le portrait de Ra-' pbaël et de son maître d'armes [ii54] > et dans celui de Bal-thozar [i i56] j dans le Léonidas et son frère, tableau du Léo-nidasaux Thermopyles, par David [38] , et dans le Tatius et. la brune agenouillée de son tableau des Sabines [3()].

(a) Lorsqu'il existe un abcès ou un kyste sous-cutané aux (paupières, et qu'on ne peut les attaquer que par la surface • exiernc de ces organes, il faut les inciser suivant la dircclioai

i)E LA TETEj

peu près horizontalement eu dehors , et garni cle cils pkis 4®Bgs et plus beaux à la paupière supérieure qu'h i'infé- . rieure. Ce bord présente un€ légère courbure dans cette dernière. Il y est coupé oLliquenient en bas et en avant, incliné dans ce sens avec la paupière elle-même, et il montre en perspective toute son épaisseur éclairée. Examiné de près , on le voit briller très-vivemerit tout le long de l'insertion des cils , reluire encore davantage en arrière îi l'endroit où il touche la surface humide de l'œil; enfin on trouve sa surface plus sombre entre lies deux points extrêmes de sa largeur (A). Le bord libre de la paupière siipérieure ojGTre une disposition inverse' h celle du précédent. Caché derrière les longs cils qui l'embellissent, il est d'ailleurs entièrement soustrait îi la lumière et reste dans l'obscurité; enfin il décrit un arc beaucoup plus courbé que celui de la paupière inférieure (B). La paupière supérieure finit en haut par un sillon qui correspond au-dessous de la portion

des plis courbes qui s'y observent. Leur mobililc exige que clans les plaies qui les divisent clans toute leur épaisseur., on les réunisse par une suture entortillée.

(A) Le bord' libre de la paupière inférieure n'est bien qn';\ droite, dans le Tibre , 249 ; il est trop courbé dans le Nil ,547 ; il me paraît peu exact dans le Silène , 709 ; il est trop courbé à gaucbe dansle Jason , 710; plus courbé à droite qu'à gauche dans le Germanicus , 712; il est bien fait dans le Centaure^ i54; il n'est pas moins exact dans une des .figures du portrait de Raphaël et de 'son' maître d'armes "[1 154] ; dans celui de la maîtresse du Titien [1212] ; dans celui de Ballhasar:, par Rapbai^l [i i56] ; il a une direction parfaite dans le Lépnidas et dans son frère , par David [07].

(Ji) Le bord libre de la paupière supérieure e^t trop épais •dans la Tallas de YcUetri, 3iQ.

supérieure du Lord de l'orLite. Celle dépression, inégalement profonde chez les divers individus, mais toujours plus profonde chez les personnes maigres que chez les personnes grasses , est due, et h la saillie du hordorbi taire de l'os frontal, et aussi en partie au peu d'embonpoint du tissu adipeux de l'orhite et îi sa rétraction. La paupière inférieure finit eu Las sur la portion inférieure du Lord de l'orLite par une dépression légère contrastant aA'CC le sillon profond qui limite la précédente.

Des deux angles des paupières , l'interne est une sorte d'échancrure allongée, étroite, arrondie, quelquefois anguleuse , dont les Lords s'unissent en dehors par un angle oLtus aux Lords liLres des paupières (A). Cette échancrure aLoutit en dedans à une saillie linéaire , formée par le tendon d'un muscle désigné sous le noni d'orLiculaire des paupières ou de palpéLral (B). La lumière l'éclairé toujours vive-

(A.) L'angle interne de l'œil a été très-négligé chez les artistes de l'antiquiti, et beaucoup encore chez une infinité de peintres modernes. Tel est le caractère qu'il présente dans le Tibre, 249, où il est trop enfoncé dans l'orbite ; dans le soleil, 406 ; dans le Bacchus, i52 ; dans la Vénusmarine , 174; dans leBacchus, ao3, où il est plus bas à droite qu'à gauche; néanmoins il e«t bien dans le Jason, 710; dans le Germanicus, 712; dans le Centaure, i34; dans la Diane, où cependant il me paraît un peu plus bas à gauche qu'à droite, i^q ; il est , pour ainsi dire, supprimé et remplacé par une belle forme adoptive dans le Bacchus , 174 ; r^aphaël l'a bien étudié dans la première figure de ses portraits [ii54], et dans celle du portrait de Balthasar ■[il 56]; peut-être est-il un peu trop allongé dans le portrait de la maîtresse du Titien ; il est d'une grande exactitude dans le Léonidas et son fi ère, par David.

(B) Le tendon palpcbral est pcut-C!re sensible à droite sur

meut, aussi Lieu que les hords de l'échaucrure (a). La peau s'enfonce légèrement au-dessus et au-dessous du relief qu'il présente. Au fond même de cet angle s'observe la saillie rougeâtre de la caroncule lacrymale. L'angle externe des paupières est, je crois, constamment un peu plus élevé que l'interne. Cette disposition , très -sensible chez les Chinois aux yeux obliques , exagérée dans les animaux comme on le voit dans le chat et dans une infinité d'autres , est ordiuairement peu sensible chez nous. Cependant , si l'on place horizontalement une règle sur le nez et qu'on aligne son bord avec les angles internes des yeux, il est aisé de reconnaître que les angles externes se trouvent un peu plus éle-^ vés, d'une demi-hgne environ, dans les paupières les plus horizontales en apparence (A). Néanmoins je n'oserais af-

le Silène, 709; à gaucbe, sur le périrait de la maîtresse duTi-' tien, parce peintre [12 12]; sur leLéonidas auxThermopyles» par David.

(a) Le tendon du muscle orbiculaire des paupières offre un guide excellent pour pénétrer dans le sac et le canal lacrymal, dans l'opération de la fistule, par la méthode de J.-L. Petit, et il rend compte de la dépression horizontale qui divise quelquefois la tumeur lacrymale.

(A) L'angle externe est bien dans le Tibre, 249; dans le Jason, 710; dans leGcrmanicus , 712; dansle Centaure, i54;il est plusbas que l'angle interne , ù droite seulement, sur la Vénus marine, 174 , et en même temps plus aigu qu^il ne l'est à gaucbe; il est encore plusbas que l'interne dans Polymnie, SoG; dans Uranie, 52i , et dans d'autres statues antiques, où ces détails sont souvent négligés. Il est très-élevé des deux côtés sur le Baccbus, 2o5; en sorte qu'il rappelle les yeux obliques des Cbinois. Il est bien dans le portrait de la maîtresse du Titien; dans le Léonidas et son frère aux Thcrmopyles, par David [38],

Dlî LA TÊTE.

firmer qu'on ne Ironvât pas chez rhomme crexceptîon h celle ohliquilië des paupières. Leur ouverture a plus d'élendue d'un âiigle h l'autre que de haut en hns. Elle laisse apercevoir une grande partie du globe de l'œil , ce qui augmente ©u diaîinue par les mouvemens des paupières et a la plus grande influence sot la physionomie. C'est même de là que vient presque toute l'expression de l'œil dans les passions , ainsi que nous l'expliquerons ù leur article (A).

Tantôt l'œil est enfoncé dans l'orbite, tantôt iïproémine hors d« sa cavité. Il est enfoncé , ou parce que le front est fort saillant , comme on le voit dans les têtes antiques , cm parce que le sujet ayant peu d'embonpoint, le tissu graisseux du fond de l'orbite a peu de volume , ou enfin parce que CCS deux circonstances existent ensemble {a). Les yenx

(A) iSous avons dcjiV eu pkis d'un^ preuve de la négligence des artistes de l'an'^quité à traiter les bords des paupières et leurs angles; nous ne trouvons pas qu'ils apporteat plus de B )in à l'ouverture des paupières. La "\'énus Yictrfx, ou Ténus de Milo, qui occupe le centre dii Li salle du Tibre, l'a évidemitient trop petite. îl en est de même de lu Pallas de Vellclri, 5 10. Elle est plus haute à gauche qu'à droite dans la MeJpomène , 548 y et ù droite qu'à gauche dans le Silène , 709 ; plus basse à gauche, et trop étroite sur le B,iechus, i52, ou du moins, elle est traitée avec peu de vérité, si on lui suppose les yeux en partie fermés par l'ivresse. On trouve encore cette ouverture plus grande à gauche qu'à droite sur la Vénus, i55. Les artistes de nos jours l'ont mieux exécutée : on peut en prendre un exemple sur la tête de Léonidas aux Thermopyles et sur celle de son frère, par David [58].

(a) L'enfoncement comme la saillie extrême des yeux sont deux contre-indications à ropération do la cataracte, par la méthode de l'extraction, parce que, dans le premier cas , il

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