DU TISSU MUSCULAIRE
Tab. J, fig. 13-15.
On peut diviser, tant sous le rapport physiologique que sous le rapport anatomique, le tissu musculaire en deux catégories, l’une comprenant les museles volontaires, ou à raies transversales, et l’autre les muscles involontaires, ou museles simples.
Examinons d’abord les premiers. Nous comprenons parmi les muscles volontaires tous ceux qui tiennent d’une manière quelconque au squelette, et sont soumis à la volonté. Le cœur ne saurait être rangé dans cette catégorie, quoiqu'il contienne un mélange de fibres musculaires des deux espèces ; aussi n’en parlerons nous pas ici. Il ya également à l’origine de l’ésophage, vers l'extrémité du cône du pharynx, et à l'anus, des transitions insensibles entre les deux sortes de fibres ; preuve évidente que ces fibres, quoique assez différentes par leur aspect, chez le poisson adulte, ne le sont pourtant pas autant par leur nature intime et par leur développement.
Examinés à l'œil nu, les muscles du poisson sont presque transparens, bleuâtres, tirant quelquefois au jaune, chez la Truite. Jamais ils n’ont cette couleur d’un rouge vif, qui les distingue dans les animaux à sang chaud. Leur cohérence est peu considérable , et les fibres dont ils sont composés, sont assez molles et même gélatineuses. Les muscles des mâchoires, des nageoires et le muscle peaucier, sont plus fermes, et assez semblables aux muscles entremélés de fibres tendineuses chez les animaux supérieurs. On peut aussi reconnaître à l'œil nu la division des muscles en fibres et faisceaux assez minces; les faisceaux les plus fins, que l’on parvient à séparer sous
(*) Tab. J, fig. 4.
D PU le microscope, sont encore des agglomérations de faisceaux plus minces que nous appellerons faisceaux prémitifs (*).
Ces faisceaux primitifs sont composés de fibres assez nombreuses, mais d’une épaisseur très-variable. Quelquefois ils semblent ronds, mais le plus souvent il est facile de s’apercevoir qu'ils sont plutôt aplatis. Ils sont en général roïdes et droits ; mais ils présentent aussi quelquefois de légères ondulations ; il est plus rare de les trouver coudés ou infléchis en zigzag. Dans ce dernier cas, les angles des zigzags sont assez réguliers et en rapport avec la largeur des faisceaux. Une première particularité qui frappe, c’est que ces faisceaux ne sont pas simples, mais évidemment composés de parties élémentaires encore plus fines. On découvre partout des stries régulières longitudinales, parfaitement parallèles entre elles ; et si l’on rencontre des faisceaux déchirés, il est facile de s’assurer que ces stries longitudinales ne sont que les limites des fibrilles réunies dans le faisceau , et que nous nommerons pour cette raison fibrilles primitives.
Il arrive très-souvent que ces fibrilles sortent par les deux bouts des faisceaux , et on peut alors examiner à son aise leur structure intime. Elles ont à-peu-près le diamètre d’un globule sanguin de Truite, sont très-transparentes, et, à ce qu’il semble, aplaties comme les faisceaux eux-mêmes. Elies sont en outre rigides, et se cassent facilement, surtout si l'animal a été conservé dans l'esprit de vin. Malgré leur petitesse, il est vraisemblable que ces fibrilles ne sont pas encore les derniers élémens des muscles, mais qu’elles sont composées elles-même de fibres encore plus fines; du moins avonsnous aperçu très-souvent sur les bords et à l'extrémité de faisceaux déchirés, des fibrilles extrèmement minces, beaucoup plus fines que celles du tissu celluleux , mais rigides, qui pourraient bien être les derniers élémens des fibrilles primitives.
Quoiqu'il en soit, les fibrilles primitives des muscles se distinguent de tous les élémens fibreux du corps par une propriété remarquable, qu’on est loin d’avoir expliqué ; nous voulons parler de ces stries transversales qu’on observe sur toute l'étendue des fibres, ainsi que des faisceaux. La finesse de ces stries est telle, qu’elles touchent aux dernières limites du pouvoir de nos microscopes, et c’est pourquoi il est difficile de se prononcer sur les différentes explications que l’on a proposées; plusieurs physiologistes prétendent que ce sont des étranglemens qui divisent la fibre en autant de globules soudées les unes aux autres ; d’autres affirment, au contraire , que ce sont des lignes ombrées, causées par la contraction des fibres. Le fait est que ces stries exis-
@) Tab. 4, fig. 13, 4.