DU CERVEAU EN GÉNÉRAL
La grande diversité d'opinions que les anatomistes ont émises au sujet de la dénomination des différentes parties du cerveau des poissons, atteste hautement l'incertitude qui existe, chez les auteurs, sur l’analogie que ces parties présentent avec celles du cerveau des autres animaux vertébrés. L’incertitude qui règne à cet égard est si grande , que l’on ne trouve pas même d’accord entre les dénominations employées pour désigner les mêmes parties chez différens poissons , comme nous aurons plus d’une occasion de le faire remarquer.
Au milieu des difficultés qu’un pareil état de choses présente, nous avons pensé que la marche la plus simple que nous ayons à suivre, était de décrire d’abord en détail le cerveau de la truite de ruisseau (Salmo Fario), que nous avons choisie pour base de nos dissections, en donnant à ses parties les noms qui nous paraissent les plus convenables, sans établir d’abord de comparaisons avec le cerveau des autres vertébrés, nous bornant pour le moment à inscrire en note la synonymie des auteurs les plus connus, comme nous l’avons fait pour les os de la tête, dont l'étude n’est pas moins compliquée. Plus tard nous reviendrons sur ce sujet et nous chercherons alors à justifier notre nomenclature par un examen critique des différentes opinions qui existent sur l’encéphale des poissons. Pour de plus amples détails descriptifs sur le cerveau de l’ensemble des poissons osseux, nous renvoyons à l’excellent mémoire de M. Gottsche (”) sur ce sujet, et à différens mémoires de MM. J. Müller (*), d’Alton (*) Valentin (*), Stannius (*) et Savi (°) sur
le cerveau de divers poissons, sans citer de nouveau les ouvrages plus anciens de
(*) Dans J. Müller, Archiv für Anat. etc. 1835.
(?) Dans son Anatomie des Myxinoïdes.
() Dans J. Müller, Archiv etc. 183$ et 1840.
(‘) Dans les Nouveaux Mémoires de la société helvétique des scienc. nat. Tom. VE et dans J. Müller, Archiv etc. 1842.
(°) Dans J. Müller, Archiv etc. 1843.
(°) Dans Matteuci, Traité des phénomènes électro-physiologiques.
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Haller, Cuvier, Carus, Arsaky, Tiedemann, Treviranus, Serres et Desmoulins, qui sont généralement connus.
La cavité cérébrale des truites n’étant pas très-spacieuse, le cerveau en occupe la majeure partie. On peut même dire qu’à l'exception des masses graisseuses qui recouvrent, en avant, les tubercules olfactifs, sur les côtés, les corps quadrijumeaux, et en arrière, la partie antérieure et supérieure du cervelet, la cavité cérébrale est complètement occupée par le cerveau. Il n’en est pas tout-à-fait de même des autres espèces du genre Salmo et des autres genres de la famille des Salmones, qui ont une masse plus considérable de tissus graisseux autour de leur cerveau et dont le cerveau est plus petit proportionnellement à leur taille.
C’est chez le Salmo Trutta, que nous avons trouvé le cerveau le plus petit comparativement à la masse du corps. Dans un exemplaire de cette espèce du poids de seize livres (la livre à seize onces) le cerveau et la moëlle alongée, coupée à la sortie de la cavité du crâne, pesaient moins d’un gramme et quart (1,255), c’est-à-dire seulement la sept millième partie environ de la masse totale du corps, tandis que le cerveau d’une truite de ruisseau /Salmo Fario) d'un quart de livre , pesait presque un dixième de gramme (0,09) ou à peu près la quinze centième partie de la masse totale du corps. Ce qui nous prouve que le cerveau, dans différentes espèces du même genre, loin d’être proportionnel à leur taille, offre bien plutôt un type uniforme, caractéristique pour chaque grand groupe par ses formes , aussi bien que par ses dimensions.
Lorsqu'on examine le cerveau de la truite d’en haut, après avoir enlevé les membranes qui l’enveloppent et dont nous nous occuperons plus tard, on observe trois groupes principaux de renflemens , alignés les uns derrière les autres , qui correspondent aux divisions embryoniques que nous avons désignées sous les noms de prosencéphale , de mésencéphale et d’épencéphale (‘) , dénominations que nous conserverons
Les deux premières de ces divisions, celles qui correspondent au prosencéphale C (°), et au mésencéphale B, sont paires et séparées longitudinalement et transversalement par de profonds sillons ; à leur point de jonction se trouve en E un petit corps impair, que nous considérons avec la plupart des anatomistes comme l’analogue de la glande pinéale. En avant des premières se trouvent les petits tubercules olfactifs D , dont nous nous occuperons ci-après. La troisième grande division du cerveau 4 est impaire et re-
(1) Embryologie des Salmones , chap. V ; p. 152. () Voir Tab. N, fig. 4 à 10, qui représentent le cerveau sous différentes faces.
= UT — pose en forme de capuchon sur le raphé médian de la moëlle alongée ; cette masse correspond à l’épencéphale.
Vu d’en bas le cerveau a un aspect tout différent. Les tubercules olfactifs, le prosencéphale et le mésencéphale dessinent bien encore ses contours, comme d’en haut; mais en arrière on aperçoit fig. 2, 3 et 4, au lieu du cervelet, la moëlle alongée h h. avec les nombreuses paires de nerfs qui y prennent naissance. En avant de la moëlle alongée et hors de la ligne médiane, deux renflemens paires FF, les lobes inférieurs, entre eux et sur la ligne médiane un réseau de vaisseaux sanguins 77, appelé sac vasculaire par M. Gottsche, plus avant et également sur la ligne médiane, entre la partie antérieure des lobes inférieurs et le croisement des nerfs optiques, un corps glanduleux , Fhypophyse G. Les nerfs optiques IL se distinguent surtout par leur grosseur et par leur blancheur.
Afin de faire mieux comprendre la liaison et la succession de ces organes, nous commencerons notre description par les parties postérieures, en avançant dans l’ordre naturel vers les parties antérieures.