DU MÉCANISME DE LA COLONNE VERTÉBRALE EN GÉNÉRAL
L’on conçoit que la colonne vertébrale sera d’autant plus solide, i° que les articulations latérales des vertèbres auront leurs plans moins parallèles; 2° que chaque vertèbre sera mieux areboutée latéralement; 5° que des ligaments plus résistants uniront les bords libres et inarticulés; 4° qu’une plus grande épaisseur de muscles devra prendre des points fixes surdes régions plus ou moins étendues de sa longueur.
Qu’au contraire, elle sera d’autant plus mobile, que la réciproque des quatre conditions précédentes existera, et en outre, 5° que les surfaces par lesquelles les corps vertébraux se correspondent, au-
ront moins d’étendue relative; (3° que ces surfaces, au lieu d’être des plans, seront, au contraire, teiminées par des courbes parallèles pour les deux surfaces opposées.
De toutes ces conditions, la dernière consistant dans la figure de la surface articulaire, est seule invariable sur toute la longueur d’une même colonne vertébrale, à quelque classe qu appartienne l’animal.
11 résulte donc de la combinaison de ces conditions contraires, deux sortes de mécanismes dans la colonne vertébrale, le premier est relatif à la locomotion, soit totale, soit partielle, des régions de cette colonne; le second, à sa solidité et à sa résistance.
Des 'mouvements généraux et partiels de la colonne vertébrale.
Comme on a vu plus haut, les faces articulaires de deux corps vertébraux voisins, sont écartées l’une de l’autre par une matière très-élastique disposée par cercles concentriques, et dont l’élasticité augmente du centre à la circonférence.
Il en résulte que le mouvement d’une vertèbre sur l’autre serait presque nul dans les articulations à faces planes ou double concaves, sans l’interposit ion de lamatière élastique, et que ce mouvement dépend uniquement de la compressibilité de cette ma-
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tière; qu’en conséquence le mouvement d’inclinaison est très-petit.
Ce qui limite encore la quantité de cette inclinaison c’est la grande étendue relative des surfaces articulées, étendue dont l’influence est d’autant plus grande sur la réduction du mouvement, que l’axe de la vertèbre est plus court.
Et en effet dans les cétacés où les corps des vertèbres cervicales ne représentent que des lames très-minces, ou bien ils sont soudés l’un sur l’autre, ou bien ils sont à peu près immobiles, leur diamètre étant de douze à quinze fois plus grand que leur axe.
Tout étant égal d’ailleurs pour l’étendue des surfaces juxta-posées, le mouvement est d’autant plus grand, que l’axe a plus de longueur.
En outre , les articulations latérales des vertèbres ayant leurs plans plus ou moins obliques, il s’ensuit que deux vertèbres ne peuvent se mouvoir l’une sur l’autre que dans le sens du plan vertical, sur lequel sont inclinées ces articulations.
Des mouvements sur des directions perpendiculaires à ce plan, ne sont donc possibles que par l’addition, dans un nombre suffisant de vertèbres, de toutes les petites oscillations existant dans le même sens, entre deux vertèbres.
i°. Dans les mammifères.
Sur toute la longueur du corps des mammifères les flexions de la colonne vertébrale ne se font que sur de très-petits arcs, c’est-à-dire des arcs d’une très-petite* courbure. Malgré la pelile inclinaison des vertèbres l’une sur l’autre, comme les lames sont moins larges que les corps, il s’ensuit que, dans la flexion en bas, leurs bords s’écartant découvriraient le canal vertébral, si leurs intervalles 11’étaient remplis par des ligaments élastiques, appelés jaunes à cause de leur couleur. C’est dans les cétacés où les flexions sont les plus amples. que ces ligaments ont le plus d’étendue; c’est le contraire dans les serpents.
Là, où les arcs de flexion ont plus de courbure, il faut nécessairement que les vertèbres qu’ils comprennent aient des axes plus longs à proportion de leurs diamètres. C’est ce qui s’observe surtout au cou des chameaux, de la giralfe, où le mécanisme est justement l’inverse de ce qu’il est dans les cétacés, et aux lombes de tous les mammifères, coureurs ou sauteurs, tels que les cerfs, les antilopes, les lièvres, les gerboises, etc.
Au dos, les vertèbres ne peuvent presque plus se mouvoir que dans un même plan, à cause de l’obstacle que les côtes mettent au mouvement latéral.
Les hanches étant formées d’une seule pièce, il est clair que toutes les vertèbres juxta-posées doi-
vent être immobiles latéralement, et même aussi verticalement.
Aussi les vertèbres de ces deux régions, de la dernière surtout, sont-elles constamment les plus courtes dans les mammifères dont la tête n’a pas un excès de masse , comme celle des éléphants , des morses, etc.
Les côtes à peu près inflexibles sur leur longueur, étant arcboutées en avant sur le sternum, dont l’axe est immobile, il est clair qu’il ne peut y avoir de mouvements de flexion en bas à la région dorsale correspondante au sternum. Il n’y a même dans celte région de mouvements latéraux, qu’autant que le permet le glissement des articulations costo-vertébrales et sterno-costales. Encore faut-il que les côtes soient assez écartées l’une de l’autre. Car si leurs bords se touchaient, ils s’opposeraient à toute espèce de flexion latérale; comme il arrive en partie dans les fourmiliers, où les côtes se recouvrent presque comme des tuiles.
Plus, au contraire, les côtes ont fie ténuité en proportion de leur longueur, et plus elles sontécarlées, plus les mouvements latéraux de flexion ont d étendue. Celles mêmes qui ne sont pas articulées «à un sternum, si les courbes quelles décrivent peuvent rentrer l’une dans l’autre, permettent des mouvements de flexion verticale presque aussi étendus que si elles n’existaient pas.
Tel on va voir qu’est le mécanisme de toute la
région costale de la colonne vertébrale des serpents et des poissons anguillifonnes.
Dans les mammifères à queue très-mobile, par exemple les cétacés, les sapajous, les didelphes, les pangolins, etc. , les surfacesarticulaires des corps vertébraux, de planes deviennent légèrement convexes vers le bout de la queue, ce qui permettrait des mouvements dans tous les sens, si les articulations latérales, par l’obliquité de leurs plans toujours plus ou moins convergents, ne prévenaient tout déplacement.
Mais le canal vertébral ne se prolonge que rarement au-delà du quart ou du tiers antérieur de cette queue; et l’on verra que jamais la moelle épinière elle-même ne s’étend alors jusque-là.
2°, Dans les poissons.
C’est par des plans à proportion plus étendus que dans les mammifères, que les corps vertébraux des poissons s’articulent entre eux. Aussi les mouvements d’une vertèbre sur l’autre y sont-ils sous ce rapport plus bornés que dans les mammifères. Mais il n’y a point d’articulations latérales. Aussi, l’addition des oscillations possibles entre un nombre donné de vertèbres, donne des flexions bien plus étendues que dans aucune région de la colonne des mammifères, tout étant égal d’ailleurs pour la proportion de longueur entre les axes des vertèbres. Mais comme les côtes faisaient obstacle aux flexions
latérales du dos des mammifères, les lames et leurs épines dans les poissons mettent obstacle à la flexion verticale, en dessus sur toute la longueur du dos. De même les épines inférieures et la baguette qui les suit empêchent la flexion en dessous, ou du moins ces flexions dans le plan vertical sont extrêmement restreintes, même en considérant toute la longueur du poisson. Ce qui y met encore obstacle, c’est que dans beaucoup de genres, les sciènes, les perches, les corps vertébraux s’arcboutent l’un sur l’autre par de petits crochets, dont les supérieurs partent du bord antérieur d’un corps, pour s’appuyer sur le bord postérieur de la vertèbre précédente , et les inférieurs du bord antérieur pour s’appuyer sur le bord postérieur de la vertèbre suivante. Dans ce cas il ne peut y avoir que des flexions latérales. Il en est ainsi de tous les poissons aplatis par la compression de leurs flancs. Dans l’espadon les crochets supérieurs arcboutent les lames de la vertèbre précédente, et forment sur la vertèbre, à qui ils appartiennent, une pièce bien séparée de la lame; au contraire, dans les salmones si agiles en tout sens, ces crochets manquent tout-à-fait, et les lames et les épines , supérieures et inférieures, sont presque linéaires.
En général les poissons à corps prismatique ne peuvent guère, avec toute la longueur de leur colonne, décrire des arcs de plus de 180 degrés.
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5\ Dans les reptiles.
C’est par des surfaces courbes, parallèlement inscrites l’une dans l’autre, que s’articulent les corps de toutes les vertèbres.
Chez les serpents l’élément de cette courbe reste uniforme dans toutes les vertèbres, il varie presque d’un genre à l’autre chez les autres reptiles.
El d’abord chez tous les serpents, c’est par des segments sphériques que les corps s’articulent. De sorte que s’il n’y avait pas d’articulations latérales, l’axe de la vertèbre pourrait, et s’incliner directement dans tous les sens, et décrire des cercles dans toutes ces inclinaisons. La circumduction en serait même plus étendue que pour le bras de l’homme, chez qui elle est limitée par les apophyses acromion et coracoïde.
Mais il y a des obstacles à cette mobilité en tout sens, de chaque vertèbre des serpents.
D’abord les articulations latérales, dont les surfaces planes sont horizontales, restreignent beaucoup l’inclinaison immédiate d’une vertèbre sur i’aulre. Ensuite chez beaucoup de ces reptiles les apophyses épineuses sont presqu’aussi larges que chaque corps, et comme elles occupent au moins la demie hauteur de la vertèbre, elles arrêtent la flexion en haut que pourrait permettre la laxilédes articulations latérales. La flexion en bas n’est limitée
que par le seul obstacle résultant du plan de ces articulations. Et comme chez tous les serpents il existe à toutes leurs vertèbres, des épines inférieures au moins aussi longues que les supérieures dans les boas, et qui ne reçoivent que des muscles fléchisseurs, on voit que ces dernières flexions, sont d’autant plus étendues, que ces épines sont plus longues, et les articulations latérales plus lâches.
Les côtes si nombreuses des serpents ne sont pas areboutées en bas. Leurs extrémités peuvent conséquemment décrire des arcs proportionnels à leurs intervalles , et ces intervalles sont relativement plus grands chez les serpents cpie partout ailleurs, parce que les côtes y sont de la plus grande ténuité. En outre, toutes les côtes n’ont pas la meme courbure , de sorte que leurs courbes peuvent en général rentrer l’une dans l’autre, en se rapprochant. Le mouvement par lecjuel elles se rapprochent peut être continué encore de quelques
degrés au-delà de leur intervalle.
11 résulte de cette double disposition, d’abord . que les côtes des serpents ne limitent que très-peu les flexions en bas, et encore moins les flexions latérales. Et comme toutes les articulations latérales ont leur plan horizontal, on voit que les flexions les plus étendues et les plus faciles doivenf être les dernières. Et, en effet, c’est par des ondulations horizontales que rampent tous les serpents. Enfin , c’est à cette combinaison des flexions
latérales et inférieures, qu’ils doivent de pouvoir s’entortiller.
Une dernière condition facilite cette flexion la-
térale, c’est la concavité de la face supérieure des lames inclinées en avant pour le glissement du bord postérieur de la lame qui précède, et qui recouvre toujours un peu la suivante. 11 résulte de ce recouvrement des lames l’une par l’autre, que le canal vertébral est mieux protégé, et que les parois osseuses ne laissent pas de lacunes commedans les mammifères et les poissons.
4°. Chez les sauriens.
L’articulation médiane des corps vertébraux, et les articulations collatérales des lames , ne sont pas tout-à-fait uniformes pour toutes les régions de la colonne vertébrale.
Et d’abord chez les crocodiles les articulations latérales, dont. le plan est parallèle à l’axe de l’animal, sont inclinée^ en dehors: au cou, de 5o degrés au-dessus de l’horizon; au dos, de 8 à îo degrés de moins, ce qui étend un peu plus les mouvements latéraux; à la queue, de G5 à 70 degrés : ce qui laisse aux vertèbres le moins possible de mouvement latéral.
Dans les monitors les articulations latérales ont aussi leur plan parallèle à l’axe du corps, mais partout l’inclinaison en dehors est plus grande que chez les crocodiles.
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Les lûtes des corps vertébraux , d’abord demicilindriquesà la région cervicale, augmentent de diamètre verticalement à mesure quelles sont plus postérieures.Leur surface est aussi partout plus étendue du coté supérieur que du côté inférieur : partout l’amplitude de l’arc transversal n’est guère plus petite qu’un demi-cercle. Cette étendue de la courbe transversale accroît d’autant la flexion latérale : la courbure plus étendue du côté supérieur facilite d’autant la flexion en haut. Ces deux mouvement s sont d’autant plus étendus et faciles, qu’il n’y a d’apophyses transverses et épineuses qu’à la queue et que les côtes sont effilées comme chez les serpents.
Il en résulte que chez les sauriens les mouvements de flexion latérale d’une vertèbre sur 1 autre, sont moins faciles que dans le sens vertical , ce qui est le contraire des serpents; que chez les crocodiles l’engrenage des côtes cervicales, la grandeur des apophyses transverses et l’arcboutement inférieur des larges côtes dorsales rendent presque nulle la fié /on latérale de ces deux régions; que chez les moni(ors la flexion latérale est moins bornée que dans le reste de l’ordre; qu’enfin la hauteur que donnent à la queue, dans tous les genres, les deux rangs opposés d’apophyses épineuses, en fait une sorte de ramé transversalement mobile, comme dans les poissons.