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C’est donc comme un cylindre plus ou moins rigide que la colonne vertébrale résiste dans la région dorsale des animaux quadrupèdes cl des oiseaux; et dans toutes les autres régions chez ces animaux, ainsi que d^ijs toute sa longueur chez les poissons et les serpents, c’est par sa mobilité et en cédant.
Là où les vertèbres sont immobiles et où tous les arcs de leur contour résistent comme des voûtes, l'épaisseur de leurs parois, les proéminences qui peuvent recevoir le choc , et la superposition des muscles qui les recouvrent, préviennent tout risque de rupture ou d'écrasement, soit par Reflet des chutes de l’animal abandonné à sa propre gravité, soit par Reflet des chocs que des mobiles même très-inférieurs à sa masse pourraient lui imprimer. Mais dans ces régions , à cause de leur rigidité même, la moelle épinière courrait les plus grands risques de rupture, de contusion, de déchirement, par contre-coup, ou par commotion, s il n’y avait été pourvu comme on va v oir.
El comme, dans les régions où elle est mobile par construction, la colonne vertébrale prend une rigidité temporaire par la contraction des muscles antagonistes, il a dù être dans ces régions pourvu, aux. mêmes risques, de la même manière ; c’est aussi ce que l’on va voir.
Enfin dans les mammifères, où la queue offre «à proportion beaucoup moins de masse (les cétacés exceptés) que dans tous les autres vertébrés; ou bien le canal vertébral ne s’y prolonge pas, ou bien s’il s’y prolonge, la moelle épinière n’arrive pas jusque-là.
Dans les singes à queue prenante ,. et dans les kanguroos, la moelle épinière ne dépasse pas le sacrum. Or les chocs auxquels cet organe est exposé dans ses mouvements, ne peuvent être nuisibles aux nerfs, dont le faisceau (queue de cheval) occupe la portion ultérieure du canal.
Enfin tel est dans tous les vertébrés, excepté les serpents et les poissons , l'enclavement réciproque des vertèbres l’une prfr autre, qu’elles ne peuvent se luxer, ni conséquemment comprimer la moelle épinière par leur chevauchement. Un pareil déplacement n’est possible qu’à l’articulation de la première vertèbre sur la seconde dans tous les vertébrés, moins les poissons, parce que l’enclavement de ces deux vertèbres est nul, ou presque nul, ou très-peu solide. Le risque de celte luxation, par exemple, serait très-imminent chez les
crocodiles , où la première vertèbre ne s’articule avec la tête en avant et la seconde vertèbre en arrière , rjue par des surfaces planes de très-peu d’étendue. On sait que cet accident est imminent chez l’homme , par l’elfet de la simple suspension. Alors les ligaments qui fixent à l’occipal l’apophyse odontoïde de l’axis, risque beaucoup de se rompre. Cette rupture entraîne presque infailliblement le passage de cette apophyse au devant de l’arc antérieur de l’atlas. La rupture de cet arc de l’atlas qui limite seul la projection de la tête, en arrière, et celle du ligament annulaire de l’odontoïde, qui limite seul la projection horizontale de la tête en avant, entraînent aussi presque nécessairement cette luxation et ses suites. Car les articulations collatérales des laines, ayant ici leurs plans à très-peu près parallèles au plan des faces articulaires des corps, ne forment que très-peu ou point d’obstacles à des déplacements horizontaux; à quoi il faut ajouter qu’ici les lames ne sont point fixées l’une sur l’autre par des ligaments jaunes.
Dans tous ces cas la moelle épinière est comprimée, et la mort en est la suite nécessaire.
Voici par quels moyens la moelle est préservée des chocs, des contre-coups, des commotions, que peut et doit même nécessairement éprouver la colonne vertébrale.
La moelle épinière ne remplit pas à beaucoup
près le calibre du canal vertébral. Elle est contenue dans un tube membraneux, qui n’est pas luimême appliqué aux parois de ce canal, et dont les parois intérieures sont elles-mêmes écartées de la surface de la moelle, de sorte que c’est à travers deux espaces concentriques l’un à l’autre, que ces chocs, ces commotions, devraient se transmettre. Mais ces espaces ne sont pas vides; ils sont chacun remplis par des substances merveilleusement assorties par leurs densités pour amortir les vibrations imprimées à la colonne vertébrale, et en empêcher la transmission.
Mais d’abord le tube membraneux qui sépare concentriquement la cavité de la colonne vertébrale en deux espaces cylindriques, n’est pas libre et flottant dans le canal osseux. Il est fixé à droite
et à gauche à chaque vertèbre par les cordons des nerfs, qui reçoivent de la membrane très-solide du tube (ou dure-mère) une gaine transversalement ou obliquement dirigée vers le trou inter-vertébral, où cette gaine se confond avec le périoste. Ces gaines collatérales, renforcées à la région cervicale des quadrupèdes par des brides fibreuses tendues entre deux gaines voisines, comme le ligament dentelé l’est entre deux faisceaux de racines nerveuses^ fixent donc assez solidement la dure-mère, et préviennent les oscillations latérales du tube. Restent les oscillations en avant et en arrière, et dans les arcs intermédiaires cà ces directions et aux rayons
Iransverses. .Mais ces oscillations sont empêchées par l’adhérence filamenteuse du tube aux parois antérieures du canal, et par un autre obstacle encore, car tout l’intervalle du tube de la dure-mère aux parois osseuses du canal, esl rempli par une sorte de graisse demi- fluide ou suc médullaire, à peu près semblable à celui qui remplit la cavité des os longs. Cette couche, par sa nature, est un premier isoloir pour les vibrations ; mais comme les molécules de cette substance ne sont pas parfaitement mobiles l’une sur l’autre, on voit qu’elles sont encore capables de transmettre des vibrations.
La moelle épinière est elle-même fixée latéralement aux parois de son tube, de la même manière que l’est celui-ci aux parois du canal. A la face interne de la dure-mère s’attachent, par leurs pointes, des festons fibreux, tendus le long de la moelle, et dout la série constitue le ligament dentelé.
Si l’intervalle de la dure-mère à la moelle avait été vide, des vibrations même assez légères fussent parvenues jusqu’à cet organe, et les moindres suites de son ébranlement auraient pu être la rupture de quelques attaches du ligament dentelé. Dès-lors la situation de la moelle épinière n’eût plus été fixe par rapport à l’axe du canal, qui n’est pas le même que Je sien. Elle eût joué nécessairement dans toutes les directions, et la moindre secousse du corps aurait entraîné des chocs contre les parois du tube membraneux. Et comme les fi-
nu SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 41
leis d insertion des nerfs sont extrêmement mous et fragiles, la moindre déviation de la moelle hors de son axe de situation eiit entraîné leur rupture. Dès-lors plus de transmission du mouvement, ni du sentiment; l’animal était paralysé.
Or jusqu’au moment où l’expérience a fait découvrir que le large intervalle, de la dure-mère à la moelle épinière, est plein d’eau dans les mammifères et les oiseaux , tous ces accidents , également funestes ou même mortels, auraient dû être des risques de tous les instants, si les choses avaient été chez ces animaux comme le croient encore tous les anatomistes et physiologistes, (i)
Dans les poissons osseux le mécanisme protecteur de la moelle n’est plus le même, le canal vertébral n’est pas dix isé en deux cavités concentriques. Il n’y a pas de dure-mère, tout l’intervalle des parois osseuses à l’enveloppe archnoïdienne de la moelle, est plein d’une huile plus ou moins concrète, et cette enveloppe ne contient qu’une trèspetite proportion d’eau, comparativement à celle des mammifères. Dans les raies et les squales, le canal vertébral n’est pas non plus divisé en deux cavités concentriques, mais il n’y a plus d’huile autour de l’enveloppe d’eau qui remplit seule l’intervalle de la moelle aux parois du canal. Celle eau
(i) Nous décrirons, ir0 section du second livre, les rapports de l’enveloppe intérieure d’eau avec l’arachnoïde et la mpelle.
est surtout très-abondante dans le crâne, dont elle occupe au moins la moitié de la capacité.
Un fluide incompressible, dont les molécules sont plus ou moins complètement mobiles l’une sur l’autre, en remplissant l’intervalle de la moelle à son enveloppe dans les mammifères, maintient donc invariable la position de la moelle par rapport à l’axe du tube, lequel à son tour conserve invariablement sa forme , puisqu’il est lui-même maintenu à distance des parois inflexibles d’un canal osseux. Des secousses, des commotions seules pourraient faire dévier l’axe de la moelle. Mais la mobilité des molécules du liquide absorbe les vibrations que la première enveloppe aurait pu transmettre; et de plus les étais latéraux, que fournissent les ligaments dentelés, soutenus par un fluide aussi dense que l’eau, acquièrent une solidité nullement en rapport d’ailleurs avec leur texture. La moelle épinière est donc mieux protégée contre les commotions, que le fœtus dans l’eau de l’amnios; et même que le vilellus dans le blanc de l’œuf, puisque le jaune n’est maintenu fixe sur le plus grand diamètre de l’œuf, qu’entre ses deux chalazes.
Cette protection contre les vibrations s’étend aussi au cerveau. Mais elle était nécessaire, à un plus haut degré, à la moelle épinière, dont la consistance est constamment moindre, et ensuite parce que le cerveau , plus éloigné du centre des mouvements de l’animal, n’en reçoit les vibrations que décoin po-
sées, à travers les articulations flexibles du cou.
Dans le même animal les conditions isolantes ont été graduées sur l’intensité des vibrations à intercepter. Cette même proportion des moyens à l’objet est observée rigoureusement , suivant la différence de densité des milieux d’existence des animaux. ,
lous les animaux aquatiques ne peuvent éprouver, soit par l’effet de leur pesanteur, soit par l’effet du choc des mobiles qui les atteindraient, que des ébranlements très-petits relativement à ce qui leur arriverait dans l’air, puisque l’intensité de ces ébranlements est représentée par l’excès de la masse des mobiles ou des animaux eux-mêmes, sur la densité de leur milieu d’existence. Aussi le moyen d’isolement est-il bien moins puissant, quoiqu’aussi parfait dans son résultat, pour la moelle épinière des poissons et autres animaux aquatiques, que pour celle des animaux vivant sur terre.
Enfin parmi les animaux aériens, cette proportion sc trouve encore graduée sur la différence de densité des corps, contre lesquels l’animal doit imprimer les chocs dont la réflexion lui communique l’impulsion nécessaire à sa progression.
I/air, dont la réaction sur l’oiseau lui imprime une impulsion proportionnelle à la vitesse du battement de scs ailes, agit à la fois sur tous les points de leur immense surface. Tandis qu’au contraire l’homme ou le quadrupède, courant ou sautant
à terre, ne reç oit l’impulsion que par un levier <1 un très-petit diamètre, qui concentre toute la réaction sur le derrière de la colonne vertébrale. Les effets sont bien plus différents encore lorsque sa gravité ramène l’animal sur le plan d’où il s’est enlevé. Dans l’air le choc est nul par rapport à l’oiseau : à terre, et en raison de la résistance du sol, le choc est si considérable pour le quadrupède et l’homme, que si la secousse n’était pas amortie par les articulations toujours fléchies alors, la commotion, transmiseau cerveau, serait mortelle pour des sauts d’une hauteur assez petite. Il n'est personne qui n’ait eu occasion d’en juger, en sautant de haut sans fléchir les articulations.
Aussi la quantité d’eau est-elle à proportion bien moindre dans la dure-mère de l’oiseau, que dans celle du quadrupède (i).
(1) J’avais découvert, en 1821, chez les poissons celte invariabilité de la position de la moelle épinicre, cl son isolement de toute vibration imprimée au corps. C’est au milieu de 1824, qu’en incisant la dure-mère au-dessus du quatrième ventricule chez des quadrupèdes vivants, M. Magendie a découvert que la cavité de la dure-mère était pleine d’eau.