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LIVRE TROISIÈME

Indépendamment des nerfs du grand sympathique, je nomme systèmes nerveux latéraux la double rangée transversale de ces cordons blanchâtres, qui de l’intérieur de tous les muscles, et de presque tous les points de la surface de la peau et des sens, convergent vers les trous de la colonne vertébrale et du crâne, pour y former autant de faisceaux uniques, lesquels, par des filets blancs ordinairement isolés les uns des autres, communiquent ou se continuent avec le système cérébrospinal. Ces filets ont été nommés mal-à-propos, racine des nerfs, terme qui suppose, contre la vérité, que les nerfs sont une production, une extraction de la moelle et du cerveau.

On va voir dans l’exposition de ce que nous avons pu découvrir sur la formation et la structure des nerfs , quels motifs nous déterminent à faire de ces organes des systèmes nerveux distincts : motifs que pins loin on verra confirmés par l’exercice de forces propres et tout-à-fait spéciales, qui résident dans les nerfs indépendamment de toute influence du cerveau et de la moelle.

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. nSl

Formation des systèmes nerveux latéraux.

Sans recourir à des observations directes sur les embryons, genre de recherches toujours difficile et susceptible de nombreuses inexactitudes , voici comment nous avons reconnu que les nerfs se forment indépendamment du système cérébro-spinal, et surtout qu’ils ne sont pas engendrés par lui. L’hypothèse de cet engendrement, d’abord purement spéculative, était devenue systématique dans les livres de Gall et de Spurzheim. Intervertissant l’ordre de formation naturel, ils établirent que la matière blanche du système cérébro-spinal était produite par la matière grise, quel que fût l’ordre de superposition de ces deux matières , et de plus, que les nerfs étaient aussi engendrés par cette matière grise; qu’ils étaient d’autant plus forts, qu’elle était plus abondante et qu’ils y enfonçaient de plus nombreuses , de plus profondes racines. J’ai prouvé le premier (Mém. lu à Tins t. , août 1820), d’abord que la matière grise n’engendre pas les cordons blancs de la moelle épinière, puisque dans tous les poissons et les reptiles, elle n’est formée . que de matière blanche, et que là, oû les deux matières y existent ensemble, par exemple, chez les mammifères et l’homme, la matière blanche existe seule pendant la première moitié de la vie du fœtus, cl que toujours la matière grise se forme la

dernière, soit à la moelle, soit aux lobes mêmes du cerveau. Ce serait donc plutôt la matière blanche qui engendrerait la grise. Mais on a vu que cctt double filiation est également fausse , chacune de ces matières se formant isolément à sa place. Or, les nerfs se forment en même temps que la matière blanche cérébrale. Leur formation précédant celle de la matière grise, n’en dépend donc pas ; et de plus elle ne dépend pas non plus de la matière blanche, puisque dans le cas où le système cérébro-spinal tout entier ne s’est pas formé, les nerfs n’en existent pas moins. Dans mon troisième Mémoire sur le système nerveux, couronné par l’Institut en 18^2, je déduisis ce fait, d’une observation rapportée par le professeur de Montpellier, Lallemand. (Thèse, n°i65. Paris, 1818, pag. 25.) Voici le précis de cette observation. Un fœtus monstrueux n’avait ni cerveau, ni moelle épinière; à la surface de la dure-mère, existaient deux rangées de tubercules blanchâtres , gros comme une tête d’épingle, répondant à chaque espace intervertébral. A ces tubercules aboutissaient les nerfs du cou, du dos et des lombes; ces nerfs • étaient tendus entre la dure-mère et les trous de conjugaison. Les nerfs cérébraux étaient libres et flottants à la base du crâne. Tous ces nerfs se renflaient après leur sortie du crâne, dans leur trajet et leur épanouissement.

Enfin, l’on va voir que durant toute la vie de la

plupart des poissons, les nerfs ne sont que juxtaposés aux enveloppes du système cérébro-spinal, par l’extrémité arrondie des filets qu’on nomme racines, ou même par l’extrémité de leurs troncs ainsi arrondis , et non terminés par des racines: Toujours ces extrémités internes des nerfs, sont enveloppées d’un prolongement de leur gaine membraneuse, appelée nevrilemme , laquelle se continue avec la pie-mère; de sorte que la matière même du nerf, est isolée de celle du cerveau et de la moelle. Enfin, comme on le voit pl. 1 et 2, sur les raies; pi. XII, sur le congre, fig. 1 et 2 , etc. , cette juxta-position de l’extrémité du nerf à la surface du système cérébro-spinal , 11’est pas toujours immédiate. La communication peut n’être établie que par un filet d’une matière particulière, tendu entre les deux organes, et distinct de leur substances auxquelles ce filet n’est pas continu. Bien plus enfin, l’on a vu dans l’ordre entier des pétromyzons, qu’aucun nerf en arrière du pneumo-gastrique inclusivement, n’a de communication même immédiate avec la moelle, mais se termine dans la gaine membraneuse, écartée partout de cet organe par un liquide qui en sépare les surfaces [pi. ni ,fig- 10) . Aucune subtilité ne peu t évidemment ici dériver les nerfs de la moelle épinière, où d’ailleurs il n’y a non plus ni matière blanche ni matière grise, mais une substance propre à ces animaux.

Partant d’observations microscopiques sur des

embryons encore fluides, on a été bien au-delà de la signification des fails qui viennent d’être exposés. Substituant dans la formation de l’animal une force organisante centripète à une force organisante centrifuge, on a dit, sans fixer ni les temps ni le mécanisme de l’observation, que par une véritable végétation des organes où leurs extrémités extérieures s’épanouissent , les nerfs poussaient vers le système cérébro-spinal. J’avoue n’avoir jamais pu voir rien de semblable sur l’embryon (1) humain de trois mois, sur des embryons d’âge correspondant et plus jeune encore, chez des lapins, des chiens et des cochons-d’lnde. J’ai toujours vu les nerfs formés sur toute leur longueur, depuis le trou intervertébral ou du crâne, jusqu’à leur terminaison extérieure dans les muscles, à la peau et aux sens. L’on a vu au chapitre IV, du livre précédent, comment dans les différentes classes, l’insertion superficielle du plus grand nombre des nerfs chez les poissons, devient un véritable enchâssement dans les classes supérieures et surtout dans les mammifères et l’homme. On a vu une disposition intermédiaire à l’insertion superficielle et à cet enchâssement , à cette incorporation du nerf au système cérébro-spinal, dans 1 implantation , comme par soudure.de la

(1) On a vu plus haut, liv. Ier, que celte force centripète de production avait été appliquée sans plus de succès au système osseux.

cinquième paire chez les raies, les squales, elc.

(pi. I, II, III et IV).

On se souvient qu’un prolongement de l’arachnoïde, forme une double gaine à chaque filet d’insertion des nerfs, depuis la surface du système cérébro-spinal, jusqu’à la dure-mère, et qu’à partir du point de réflexion de l’arachnoïde, la duremère fournit au nerf une autre gaine qui l’accompagne jusqu’au trou de sortie du crâne ou des vertèbres. Sous ces deux enveloppes qui se succèdent depuis la surface de la moelle jusqu’à la sortie des nerfs, règne une autre tunique renfermant immédiatement la matière nerveuse , et continue à la pie-mère du système cérébro-spinal , excepté hors le cas des insertions pédiccllées. Cette tunique se nomme nevriiemme. Le cul de sac quelle forme sur la pie-mère , se manifeste en évacuant par la pression la substance médullaire.qui remplit la cavité de celle-ci. L’observation pathologique la démontre également par une préparation spontanée. Dans le cas, observé par M. Magendie ( Journ . de physiologie eæpérinient.) d’une conversion de la moelle épinière , en un liquide enfermé dans la pie-mère, dont le cylindre n’était pas déformé , les racines nerveuses insérées à cette pie-mère, avaient conservé leur matière médullaire intacte. Ainsi la maladie chez l’homme, produit l’état naturel de tous les nerfs spinaux des pétromyzous. C’est dans les animaux où les nerfs forment un long faisceau

vertébral, comme la baudroie, le tétrodon chez les poissons, le hérisson chez les mammifères, etc., que la structure du nevrilemme, isolé de toute autre enveloppe, et que sa continuité avec la piem ère de la moelle, sont bien apparentes et l’on peut dire évidentes.

Mais au dehors des cavités osseuses, le nevrilemme devient beaucoup plus ferme. 11 forme autour du nerf une enveloppe souvent très-épaisse, continue avec le tissu cellulaire ambiant, dont elle semble même n’être qu’une sorte de condensation très -serrée. Ce nevrilemme, dans lcutre-i lacement que forment les filets d’un même nerf, donne à chacun de ces filets une gaine particulière adhérente par des brides nombreuses aux gaines collatérales. Tels sont surtout les nerfs des muscles et ceux de la peau. On verra que les nerfs spéciaux des sens ont des structures différentes, et même on peut dire que dans les mammifères et les oiseaux , le nerf olfactif n’a pas de nevrilemme, et que ses filets ne sont jamais entrelacés.

Des caractères bien plus tranchés encore que ceux par lesquels les systèmes nerveux latéraux se séparent du système cérébro-spinal, distinguent de ces systèmes celui du grand sympathique. Mais nous en renvoyons l’exposé à la fin de ce livre , et au moment de traiter de ce genre de nerfs.

Chaque nerf formant dans les systèmes nerveux

latéraux un système isolé des autres sur toute sa longueur, et le nombre de ces petits systèmes particuliers étant ordinairement très-grand (il peut être de plus de trois cents) nous allons considérer à la fois non pas tous les nerfs dans une même classe, comme nous avons fait pour les parties du système cérébro-spinal; mais chaque nerf dans les quatre classes à la fois On saisira mieux de cette manière les différences qu’amène dans chaque nerf le plan nouveau d’organisation dont il fait partie, soit que l’on passe d’une classe «à l’autre, soit que dans la même classe on passe d’un ordre, d’une famille ou seulement d’un genre à un autre.

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