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DU NERF OLFACTIF

Le nerf dit olfactif ou de la première paire, se distribuant dans un double organe particulier constituant les narines, nous allons d’abord donner une idée générale de cet organe.

Des narines.

Dans tous les animaux vertébrés, les narines, ou les organes de l’odorat, consistent en une expansion membraneuse, continue soit avec la peau seule-

ment, comme dans les poissons, soit avec les membranes muqueuses de la bouche, des poumons, des yeux et des oreilles, comme dans les trois autres classes. Cette membrane, toujours plus ou moins abondante en vaisseaux et en nerls, est, à une seule exception près clie2 les poissons, développée aux surfaces d’une ca\ilé plus ou moins profonde de la tète, à parois fixes et solides, et constamment ouverte au dehors, pour communiquer avec le milieu d’existence de l’animal.

11 y a trois sortes de narines, i° celles qui sont en contact avec l’air seulement, dans les mammifères , moins les cétacés, dans les oiseaux et les reptiles; 20 celles qui sont en contact avec l’eau seulement, dans des poissons; 5° enfin celles qui sont en contact avec l’eau et avec l’air, dans les cétacés.

i°. Dans les poissons, le mécanisme des narines n’a aucun rapport avec la respiration ; elles ne sont point le passage du fluide respirable. L’eau, ce fluide au milieu duquel se passe la vie du poisson, n’étant pas élastique et diffusible comme l’air, et de plus, n’étant pas animée dans leurs narines d’un mouvement alternatif d’entrée et de sortie qui renouvelle et multiplie les contacts avec tous les points des surfaces olfactives; il fallait, puisque les odeurs 11e vont pas chercher le sens, que les surfaces sensitives fussent disposées de manière à plonger par le plus de points possibles dans le milieu odorant .

en occupant toutefois le moins d’espace possible. Or, la construction de la narine des poissons est merveilleusement assortie à ce but. Dans tous les poissons osseux que je connais, moins les murènes, et dans les poissons sturoniens ( ordre des esturgeons), la cavité de la narine, à peu près hémisphérique , est traversée par des lames membraneuses rayonnantes autour d’un centre (v. pl-\, fig. 4, pl.YUl, fig.i). Ces lames, plus ou moins minces, développent elles-mêmes par le plissement de leurs très-fines membranes, d’autres lamelles, dont la direction est en général perpendiculaire à celle des premières. On conçoit que plus ces lames sont nombreuses, larges, et feuilletées elles-mêmes sur leurs deux faces, plus l’étendue totale des surfaces sensitives est considérable. Si rapprochées que soient ces lames et ces lamelles, l’eau peut toujours passer à travers, car elles sont humectées d’un mucus qui remplit le double objet d’empêcher qu’elles n’adhèrent entre elles, et qu’elles ne soient macérées par le contact de l’eau. Ainsi, chez les animaux aériens, un autre mucus, empêche la dessication de la pituitaire par les courants d’air entrant ou sortant.

Dans les murènes et les pleuroncctes (voy. pi. XI et XII), et chez les poissons cartilagineux, dans les squales et les raies, la figure de la narine est un demi - ellipsoïde très - allongé ( voy. pi. II, fig. 1, sur la raie; pi. IV f fig- 1 et 2,

sur le squal. catulus. Deux rangées (1e lames sont disposées à droite et à gauche d un axe ou cordon ligamenteux , dont le plan passe par le plus grand arc de la narine. 11 est facile chez ccs animaux, d évaluer l’étendue des surfaces olfactives, en multipliant les doubles surfaces de toutes ces lames, par le nombre de ces lames elles-mêmes.

Dans les raies et les squales le mucus nasal continue de se produire abondamment après la mort pendant plusieurs jours. Si l’on maintient la préparation dans l’eau , on peut enlever deux fois par jour le mucus qui remplit les anfractuosités des lames et des lamelles ; il s’en reproduit bientôt autant.

Dans le seul congre, le mucus ne se forme qu’en petite quantité , malgré l’extrême abondance du réseau vasculaire répandu sur les lames, et qui fait de leur ensemble une espèce de velours de sang et de nerf. 11 est probable que celte moindre proportion de mucus tient à ce que la narine des murènes est bien mieux fermée. Car elle n’a, comme on a vu, que deux petites ouvertures terminales par lesquelles l’animal admet ou rejette l’eau à volonté, en y déterminant un courant : seul exemple jusqu’ici connu de ce mécanisme chez les poissons.

Dans les raies et les squales , on aperçoit entre les aréoles vasculaires, une innombrable quantité

de petites glandules exhalant de la mucosité. On ne voit rien de pareil chez les murènes.

Dans les raies et les squales (voy. jA. II) , la narine est ouverte sur tout le grand diamètre de l’ovale qu elle représente; mais les deux bords se prolongent l’un vers l’autre en forme de lèvres, dont l’antérieure déborde l’autre pour recouvrir le sillon, qui, de l’angle interne de la narine, s’étend vers la bouche. Il en résulte eu cet endroit une sorte de soupape.

Dans les poissons osseux, il y a à chaque narine deux orifices séparés l’un de l’autre par une étroite languette. Peut-être l’animal a-t-il la faculté de déterminer un courant au moyen d’une espèce de valvule qui garnit l’un de ces orifices.

C’est dans ces espèces d’entonnoirs, de soupapes et de lèvres destinés à diriger, à repousser ou à retenir le véhicule des odeurs, que se rendent pour y donner le mouvement ou le toucher , les rameaux de l’ophtalmique reconnus par Scarpa ; mais ils n’y sont pas des auxiliaires ou des accessoires du nerf olfactif, comme il le pensait.

20. Dans les mammifères, les oiseaux, et un grand nombre de reptiles, ces rameaux de l’ophtalmique se distribuent au contraire à l’intérieur du nez, et sur les surfaces olfactives mêmes. On verra l’effet de cette distribution dans le cinquième livre.

Dans tous ces animaux, excepté quelques repîi-

les où les narines n’ont qu’une seule ouverture extérieure, par exemple, les caméléons, les narines sont la route principale et presque continuelle de l’air vers le poumon. L’endroit de la bouche où elles s ouvrent en arrière varie, comme on a vu, non-seulement d’une classe à l’autre, mais même d’un genre a l’autre chez les mammifères. Dans un grand nombre de reptiles, cette ouverture se fait derrière l’in termaxillaire, dans quelques autres entre les maxillaires et les palatins, dans le plus grand nombre des mammifères entre le bord postérieur des palatins et le sphénoïde. On se souvient que dans un grand nombre de mammifères, les cochons, les bœufs, les rhinocéros, etc., les cavités nasales s’agrandissent de toute l’épaisseur des os du crâne, dont les deux tables écartées renferment d’immenses cellules communiquant avec les narines, par des ouvertures du frontal, du sphénoïde, de la caisse et du rocher. Les cellules dont ces derniers os établissent la communication avec les narines, sont les plus constantes. Leur premier aboutissant, la caisse du tympan, espèce de réservoir d’air dont on verra l’utilité dans la physiologie de l’oreille , . existe aussi dans ces trois classes de vertébrés. Les narines de ces animaux sont donc en relation avec le sens de la vue et de l’ouïe, et avec le poumon. Dans tous les poissons au contraire, aucun de ces rapports n’existe, il y en a même où la narine

ust si rudimentaire, qu’il est difficile de lui supposer quelque usage.

3°. Dans les cétacés, selon que le mécanisme des narines est simple ou double , leur structure est différente. S’il est double, la narine est divisée en deux étages , dont la séparation est formée en grande partie par l’extrême élargissement du cornet de Berlin; le reste est complété par des membranes. L’étage supérieur conduit aux cornets cthmoïdaux, aux surfaces desquels s’épanouit le nerf olfac tif ; c’est par cet étage que passe l’air. L’étage inférieur, de beaucoup plus ample, sert au passage de l’eau regorgée. Telle, j’ai le premier observé la construction de la narine des baleines. (Voy. ce mot, Dict. class. d'hist. nat . )

Dans les dugongs, dauphins, cachalots, etc., le cornet de Berlin n’existe pas , et l’air passe par le même canal que l’eau. Il serait trop long de décrire ici les machines à pression qui servent à la projection de l’eau dans les cétacés. (Voy. ce mot, et Évents, ibid.)

D’ailleurs, il n’existe dans les narines des poissons, aucun nerf ni ganglion sympathique. Or, il n’existe chez eux non plus aucune continuité de membranes de la narine avec l’œil ou avec la bouche , ni par conséquent avec les branchies. Ils manquent aussi d’appareil lacrymal et de glandes salivaires.

Ainsi la coexistence constante de deux nerfs différents , celui de la première paire et des branches de la cinquième, dans les narines de presque tous les animaux aériens, démontre que les organes de l’odorat ne sont pas tant s’en faut les mêmes au fond, que ceux qui servent au toucher ordinaire, comme on l’a tant répété. L’on voit au contraire que les premiers diffèrent des autres par quelque chose de plus que le grand développement de la partie nerveuse, que la finesse et la mollesse des membranes qui en déterminent les surfaces, puisque ainsi que l’œil, ils reçoivent à proportion de la grandeur du sens le plus grand nerf spécial qui existe dans l’organisation.

i°. Du nerf olfa ctif.

On a vu au livre précédent, que la première paire de lobes du système cérébro-spinal, avait passé jusqu’ici pour les nerfs olfactifs mêmes, malgré l iden- ! i té parfaite déstructuré et même la continuité immédiate (le toutes les couches de ces lobes avec celles des lobes cérébraux dans la plupart des carnassiers , des ruminants, et surtout des insectivores, chez plusieurs desquels (la plupart des chauves-souris, par exemple) les lobes olfactifs sont justement les plus volumineux de l’encéphale. Quelques anatomistes cependant, surtout JosiasWeitbrecht ( Comment . pétrop., tom. \lf), avaient re-

DES SYSTÈMES NERVEUX LATETAUX. 3g5

connu que ce qu’on appelle nerfs olfactifs dans ces animaux, étaient la première paire de lobes encéphaliques. Mais tout en reconnaissant ce fait ; Weitbrecht, à force de subtilité, n’essaie pas moins de dériver les nerfs olfactifs de plus loin que leurs lobes. Il veut les faire aboutir au corps striés, et pourtant il finit par convenir que ces prétendus nerfs olfactifs venus des corps striés sous l’apparence de rubans blancs très -mous, se mêlent et s’ensevelissent dans la substance corticale des lobes olfactifs , sans avoir pour prolongement les filets qui passent par les trous de l’ethmoïde et se distribuent aux narines ; à quoi il ajoute que chez l’homme, il n’existe rien d’analogue au lobe olfactif des brutes, lobes qu’il désigne comme on a toujours fait depuis Galien, sous le nom de processus. Willis avait reconnu cette analogie, mais tout en faisant du lobe olfactif, le nerf lui-même ( 1 ).

(j) Dans l’analyse si soignée qu’en 1821 M. Cuvier a donnée de l’ouvrage de M. Serres, analyse où les variations de la glande -pinéale elle-même, sont indiquées scrupuleusement, il n’est question que de deux paires de lobes on de renflements encéphaliques, au devant du cervelet. Rien ne laisse soupçonner l’existence deji lobes olfactifs. Or, en 1824, M. Serres, pag. 208 et 209, après avoir dit que la principale variation de l’encéphale des poissons osseux est produite par l’addition d’une nouvelle paire de lobes ajoutés à ceux déjà connus, continue en disant que chez les mammifères, les oiseaux et les reptiles, les hémisphères cérébraux ne se composent pas seulement de deux lobes, que chez les mammifères une paire de bulbes est ajoutée à la partie antérieure des hémisphères, que

Enfin (Anat. comp. du cerveau, tom. i, 1824), dans un chapitre entièrement consacré au nerf olfactif, on a confondu tantôt le lobe olfactif avec le lobe cérébral, tantôt le nerf olfactif avec le lobe de ce nom, et enfin reproduisant les idées de Weitbrecht on a pris constamment pour le nerf olfactif même, le pédoncule qui unit le lobe de ce nom, soit au cerveau dans les mammifères et les reptiles , soit aux extrémités antérieures des cordons inférieurs ou pyramidaux de la moelle dans les poissons et les oiseaux. On va même jusqu’à dériver chez les poissons les nerfs olfactifs du cerveau.

Après ce résumé des idées antérieures à mes observations , et en se rappelant la détermina-

ces lobes sont énormes dons l’ambryon des chauves-souris, que chez les reptiles c'est une paire de lobes ajoutés aux hémisphères cérébraux, comme chez les mammifères, etc.

Or, dans mon 5' mémoire sur le syst. nerv ., lu à l’Institut, le 8 août 1822 (inséré par extrait dans I cJourn. de ptiys ., d’octobre suivant), j’ai établi, comme conditions d’existence des lobes olfactifs, les différents degrés de développement du nerf du même nom: qu’en conséquence les lobes cérébraux ne sont pas les ganglions ou les lobes, c’est-à-dire, les aboutissants des nerfs olfactifs.

M. Cuvier a-t-il pu omettre dans son analyse, des déterminations devenues si importantes dans le plan actuel de l’ouvrage de M. Serres; ou bien ces déterminations n’y existaientelles pas quand M. Cuvier en fit l’analyse?

Quoiqu’il en soit, je suis le premier qui ait publié ces déterminations.

tion, faite dans le livre précédent, de la plus antérieure des paires de lobes de l’encéphale, on suivra mieux les correspondances constantes des nerfs olfactifs avec cette paire de lobes. Mais comme ces correspondances varient suivant l’état de ces nerfs, et comme j’ai découvert plusieurs états fort différents et également nouveaux des nerfs olfactifs chez les poissons, il faut nécessairement décrire ces différences d’état et de forme.

i°. Etat tout à fait pulpeux de filets parallèles , et sans embranchement.

Dans l’homme et tous les mammifères qui en sont pourvus, les filets du nerf olfactif nés de la matière grise seulement au pourtour inférieur et antérieur du lobe olfactif, pénètrent immédiatement dans les trous de la lame criblée de l’ethmoïde, Ils ne revêtent aucun nevrilemme, et vont directement sans se ramifier, s’épanouir dans cette partie de la membrane pituitaire qui tapisse les parties supérieures des narines. Aussi ces filets sont-ils d’une telle mollesse, qu’il est très-difficile de les démontrer par une simple dissection sans l’action préalable d’un réactif chimique. Leur nombre se mesure directement par celui des trous de la lame etlimoïdale, quoique les plus gros se divisent quelquefois en deux en sortant du trou.

Dans le cas de juxta-position du lobe à la narine

chez les oiseaux et chez les poissons, par exemple, chez les gades, les cyprins, les silures, etc., il 11 'existe pas de différence essentielle pour la distribution des filets nerveux; seulement ils ont plus de consistance chez les poissons.

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