‹ Anatomie des systèmes nerveux des animaux a vertèbres [electronic resource]Chapitre 37 sur 83 · ET DE L’OEIL · texte numérisé non relu

ET DE L’OEIL

L’organe de la vue, l’œil , dont les quatre nerfs qui vont être ici décrits établissent la communication avec le système cérébro-spinal, est trop généralement connu , pour que nous en donnions ici la description. Voici seulement ce que sa structure offre de plus général chez les vertébrés.

C’est un bulbe arrondi, fermé de toute part, dont les différentes zones ont des surfaces de courbure très-variée, surtout en avant. 11 est formé de trois enveloppes concentriques les unes aux autres dans l’ordre suivant, et circonscrites à des solides et à des liquides transparents.

i°. L’enveloppe extérieure, qui peut avoir une texture fibreuse albuginée, cartilagineuse ou osseuse,

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 3oq

se nomme sclérotique. Elle détermine invariablement la ligure de l’œil dans un assez grand nombre d’animaux. Dans les baleines, par exemple, où elle est tout-à-fait inflexible (pi. YÏI, fig. 7), son épaisseur surpasse la moitié du plus grand diamètre de la cavité oculaire. Elle est un peu moins épaisse , mais tout aussi inflexible dans l’esturgeon (pi. Y, fig. 4)5 dans les raies et la plupart des squales. Dans ces deux derniers genres elle est articulée sur le fond de l’orbite par une sorte de manche ou de pédicule également cartilagineux. Dans beaucoup de poissons osseux, chez les lézards et les monitors, dans les ichtyosaures, toute la zone moyenne, quelquefois tout l’hémisphère postérieur de l’œil est formé par un anneau ou une calotte de pièces osseuses, dont le nombre est fixe pour chaque espèce ou chaque genre.

La sclérotique paraît tronquée en avant pour l’encadrement de la cornée transparente , laquelle représente parfaitement le verre d’une m ontre.

20. Toute la concavité de la sclérotique, jusques près du limbe de la cornée, est tapissée par la choroïde, membrane que forme un réseau très-fin de vaisseaux artériels et veineux. A la surface interne de cette membrane se dépose un enduit de couleur très-variable d’un animal à l’autre, ou meme d’une zone, ou d’un segment à un autre, dans le même œil. A partir de la zone qui touche au limbe de la cornée,

la choroïde se réfléchit perpendiculairement à l’axe antéro-postérieur de l’œil , et forme celte cloison n ( mimée ir is, dont l’on ver t ure cen traie d’ u ne fo rm e très-variée suivant les* animaux s’appelle la pupille.

5°. La concavité de la choroïde est tapissée par la rétine , membrane nerveuse, mais qui n est point un prolongement, une production du nerf optique, puisque l’œil existe complet dans des cas de monstruosités où il n’y a pas le moindre vestige de nerf optique.

4°. L’espace que circonscrit la rétine en arrière et l’iris en avant, est occupé par un corps diaphane comme le cristal, et que l’on nomme, à cause de cela, corps vitré. La matière diaphane est contenue dans les alvéoles d’un réseau membraneux, d’une ténuité extrême, mais pourtant assez résistant, et dont la transparence égale celle de cette matière.

5°. Le corps vitré offre antérieurement une dépression plus ou moins profonde, où se trouve enchâssé le cristallin , sorte de lentille composée d’un grand nombre de calottes superposées et formées elles-mêmes défibres parallèles entre elles, comme les méridiens d’une sphère. Les points d’intersection de ces fibres sont sur le prolongement de l’axe de vision.

6°. L’espace en forme de ménisque, compris en-

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 5l 1

tre l’iris et la face libre du cristallin, s’appelle chambre postérieure.

7°. L’intervalle de l’iris à la cornée s’appelle chambre antérieure.

Ces deux chambres sont remplies par un liquide nommé humeur aqueuse.

De ces trois enveloppes membraneuses, et de ces deux solides diaphanes, il ne subsiste plus dans l’œil, moins gros qu’un grain de pavot, des taupes , des chrysochlores , des zemni et des spalax, qu’une enveloppe unique d’apparence fibreuse, et dont la cavité ne contient qu’une petite masse de matière noire. Déjà nous avons dit que dans des cas de monstruosités, l’œil complet existait sans vestiges de nerf optique. Ici non-seulement il n’y a point de nerf optique, mais il n’y a non plus la moindre apparence ni de rétine, nide corps vitré, ni de cristallin. Dans le zemni et le spalax (Pallas, nov. spec. quadr . , pag. 1 54 à 172; et Guldœnstædt, in nov. eomm. petrop.,t. XIV, pars, prior.), non-seulement la peau n’est pas fendue devant ce vestige d’œil, mais elle y est doublée par le muscle peaucier, comme sur le reste de la face. Aussi, comme l’observe Guldœnstœdt, ne serend-ilàce vestige d’œil aucun muscle; par conséquent aussi, n’existe-t-il aucun des nerfs qui servent ailleurs à l’excitation de ces muscles.

L’intérieur du globe de l’œil communique avec

j 1 2 LIVRE III.

le cerveau par un nerf principal, appelé optique. Quelques filets de la cinquième et de la troisième paires, y pénètrent aussi, dans les oiseaux et les mammifères. Mais, dans un grand nombre de poissons et de reptiles, la communication n a lieu que par le premier de ces nerfs. Deux autres paires de nerfs, qu’on peut aussi appeler oculaires, la quatrième et la sixième, ainsi que le plus grand nombre des filets de la troisième, soumettent seulement les muscles de l’œil à l'influence du cerveau.

C’est du nerf optique et de la membrane nerveuse appelée rétine, tapissant la concavité de l’œil où elle reçoit les images réfléchies des objets, elle contact direct de la lumière, que nous allons traiter d’abord. ^

Du nerf optique.

Pour peu qu’on ait de notions d’optique, on sait combien les moindres changements dans la densité , la transparence , l’état de repos ou de mouvement général ou partiel des milieux diaphanes; combien la fixité ou la variation de courbure des surfaces qui terminent ces milieux, influent sur la transmission, la réfraction, la réflexion, la décomposition et la polarisation de la lumière. On conçoit alors qu’un œil, ou, ce qui

est la même chose, un instrument combiné pour voir dans un milieu d’une constitution donnée, n’est pas propre à voir dans un milieu différent, ou du moins à y voir avec la même netteté. On conçoit donc combien doit varier la structure de toutes les parties de l’œil des animaux vertébrés, dont les espèces vivent éparses chacune dans des milieux où sont réalisés, dans toutes les combinaisons possibles, ces états ou ces conditions divers des milieux transparents, à travers desquels la lumière doit les affecter.

Les observations dans le but de déterminer ce's variations de l’œil, n’avaient encore eu pour objet que la courbure et la densité de ses milieux transparents , dans un assez petit nombre d’espèces des quatre classes de vertébrés. On n’avait pas encore recherché les modifications que subissent par les mêmes causes la structure et le mécanisme des parties nerveuses ou sensibles de l’œil. On doit donc s’attendre à trouver ici encore plus de variation et de nouveauté que dans la structure 'et le mécanisme du nerf olfactif.

On savait (Cuv. , lec. d’anat. , t. II, p. 198) que le nerf opt ique des gros animaux est partagé intérieurement par son nevrilemme en un grand nombre de canaux longitudinaux, qui contiennentla substance médullaire ; que ces filets nerveux sont beaucoup mieux séparés dans les nerfs optiques des poissons; qu’ils sont ordinairement aplatis comme

les autres nerfs; et qu’ils paraissent quelquefois formés par une lame médullaire très-mince, plissée plusieurs Ibis sur elle-même, et contractée en forme de cordon. L’on citait notamment comme exemples, la morue et l’espadon.

J’observe d’abord que le plissement n’existe pas dans la morue. Ensuite ou n’avait pas remarqué que ce plissement est un fait très-général parmi les poissons , qu’il est lié à d’autres faits d’organisation aussi très-généraux, soit dans cette classe, soit ailleurs , et que la combinaison de tous ces faits constitue plusieurs étals de l’œil, lesquels sont toujours dans un rapport constant avec le degré d’énergie optique des différents animaux, et avec les différences de nature et de densité de leurs milieux d’existence.

Le sujet dont je vais traiter est donc entièrement neuf, et, comme on va voir, encore plus diversifié dans ses formes que le précédent.

Parlons d’abord des différences de structure que présente le nerf optique dans les quatre classes de vertébrés.

i°. Des nerfs optiques et (les rétines plissées.

Dans les spares, les scorpènes, les chipés, les muges, les scombéroïdes, leszcus, lestrigles, les belones, les trachinus, les exocetus et les télrodons, le nerf optique est formé par une membrane mince

et plissée sur elle-même comme la feuille d’un éventail fermé. Vu à travers la transparence de sa gaine nevrilemmatique non adhérente, dans laquelle on peut imprimer, soit en totalité , soit partiellement à ses plis, un léger déplacement, l’un sur l’autre , le nerf optique offre à sa surface des lignes alternativement grises et blanches. Cette apparence résulte des ombres projetées parallèlement aux bords des plis et dans leur intervalle; illusion qui a pu long-temps tromper sur la véritable structure du nerf. C’est ce qui arriva encore en 1822 à un observateur d’ailleurs habile, le docteur Sommé, d’Anvers, dans un Mémoire adressé à l’Institut, et où il a cru que le nerf était un faisceau de filets alternativement gris et blancs. Je ne mentionnerais pas cette illusion si elle ne montrait que l’on n’a droit de compter sur l’exactitude de ses observations, qu’en les mettant à l’épreuve de plus d’un genre de recherche et de vérification.

La membrane du nerf optique, ainsi plissée, n’a point partout une épaisseur uniforme, à cause de la compression concentrique de la gaine, qui détermine sa forme cylindrique. Quand un tronçon pris entre deux sections est déplissé et étendu sur un même plan , les bandes qui répondaient aux espaces interceptés par les plis, sont séparées parallèlement par des interlignements plus minces et correspondant aux bords mêmes de ces plis. Tout le long de ces interlignements il n’y a que

peu ou point de matière médullaire, suivant les espèces , et le nevrilemme particulier de la lame nerveuse s’y trouve presque adossé à lui-mème. Ce nevrilemme ne doit pas être confondu avec celui de la gaine cylindrique. Ainsi déplissé, le nerf optique oll're, une membrane nerveuse partout homogène, d’autant plus large, relativement au calibre du nerf, que la membrane est plus fine et ses plis plus nombreux. Dans la vive, par exemple, où le diamètre du nerf est d’environ une ligne, il n’y a pas moins de neuf ou dix plis, ce qui, en doublant la largeur pour chaque pli , donne dixhuit ou vingt lignes de largeur à la lame plissée , et trois cent vingt-huit à quatre cents lignes carrées de surface , en prenant la somme des deux faces de la membrane qui est aussi longue que large (voy. pi. IX, fig. 4, et pi. VI, fig. 4, sur le mugil céphalus).

Ce plissement existe sur toute la longueur du nerf, depuis la rétine jusqu’à l’appareil de lames médullaires développé dans la cavité du lobe optique. Dans les zeus, les muges, les scorpènes, etc. , le déplissement du nerf s’opère facilement dans la partie crânienne de sa longueur, là où il n’existe encore aucun nevrilemme. Le faisceau de ces plis contourne la rainure ou gorge qui sépare les lobes optiques de leurs renflements inférieurs, et les plis se continuent distinctement avec les lames de l’appareil intérieur dans les zeus, les muges.

etc. ( Voyez la description de cet appareil lamelleux , liv. IIe. )

De ce que le plissement existe dans la partie crânienne du nerf, là où la matière médullaire est à nu , il suit que dans le reste de son trajet, cette structure ne dépend pas de l’interposition du nevrilemme. Expliquer le plissement par cette inter-position, c’est s’imposer la nécessité d’une explication mécanique du même genre pour toutes ces structures, encore plus délicates de la rétine et des feuillets de l’intérieur du lobe optique, où quelque soit les formes les plus délicates quelle affecte, la matière médullaire est à nu, et n’a aucun support ni appui étranger à sa propre substance.

La gaine extérieure du nerf commence à la dure-mère et se continue par son autre extrémité avec la surface interne de la sclérotique , de sorte qu’en la fendant sur toute sa longueur, on peut voir la continuité des fibres du nerf optique depuis l’intérieur de son lobe jusqu’à la rétine. Aucun vaisseau n’est apparent à la surface de la membrane optique sur toute son étendue. J’ignore si l’injection y en démontrerait.

Dans les oiseaux à vue perçante, soit de loin à travers de grandes épaisseurs verticales ou obliques de l’atmosphère, comme les falco, soit de près, à travers des milieux différemment réfringents, comme les alcedo (martins-pêcheurs), les ardea, etc., le nerf optique est aussi une membrane plissée, mais

d’après un autre mécanisme. L'une des faces de la membrane a une projection uniforme, l’autre lace au contraire est plissée , de manière que les lames qui en résultent intéressent seulement le feuillet correspondant de la membrane optique. Ces lames, lorsque l’on a développé un tronçon pris entre deux sections, sont toutes perpendiculaires à la lame opposée qui les bride comme le dos d’un livre bride ses feuillets. Les prolongements latéraux de la grande lame représentent les deux battants de la couverture d’uri livre, et les lames ou plis intérieurs en représentent les feuillets (Voy. pi. IX , fig. G, la coupe du nerf optique de Yardea dubia. Gmcl ., cigogne à marabou). Dans les falco , surtout dans l’aigle royal , les plis sont bien plus nombreux et leur largeur est plus grande et plus constante que dans les espèces du genre ardea. J’en ai compté au-delà de vingt dans l’aigle royal, il y en a douze ou quinze dans le milan, le balbusard , la buse, les alcedo, etc. Ces plis n’existent dans les oiseaux qu’entre la rétine et l’entrecroisement. Dans l’aigle pêcheur et dans le vautour fauve de nos forêts, la largeur des lames est d’environ deux lignes , doublant la largeur pour chaque pli, et multipliant par douze, nombre que j’ai trouvé constant, on obtient ainsi pour les surfaces interceptées au moins quatre pouces de largeur, à quoi l’on doit ajouter environ

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 5lp

un pouce pour l’étendue du côté lisse de la membrane optique.

Comme l’on peut mesurer les inégalités des plis là où leur largeur est variable, on voit que l’on peut toujours obtenir des mesures parfaitement exa'ctes.

Dans ceux des poissons et des oiseaux , où les surfaces des plis sont adhérentes entre elles, l’ensemble du faisceau cylindrique qu’elles constituent n’adhère pas lui -même avec sa gaine nevrilemmatique. Ces adhérences des plis ne consistent pas dans la soudure des surfaces. Elles résultent de trèsfines inter-sections plus ou moins nombreuses, formées par des filaments blancs qui se portent d’une surface à l’autre. Quand on a fendu la gaine, en l’écartant à droite et à gauche, on observe facilement sur un côté de la longueur du nerf un ou plusieurs joints séparant les bords des lames ou plis. On introduit aisément un manche de scalpel dans ces joints , et alors en continuant d’écarter on déchire ces filaments dont la somme des insertions n’est pas le centième des surfaces qui se développent alors en liberté. Par le même procédé 011 trouve facilement les intervalles des plis plus intérieurs , et en les écartant on obtient des proportions telles que le montre la coupe du nerf optique de la cigogne à marabou ( pi. IX, f g. 6) .

Dans le cas de ces adhérences, ou plutôt de ces

brides filamenteuses qui maintiennent en contact les surfaces contiguës , les plis sont constamment moins larges et moins nombreux. C’est ce qu’on voit dans le milan et la buse chez les falco , le marabou chez les ardea, les squales chez les poissons. La membrane optique n’est pliée que sur trois plis dans le squal. cal. et le squal. gryseus.

Dans toutes les espèces d’oiseaux et de poissons où les plis du nerf optique n’ont pas de brides filamenteuses pour empêcher le jeu des surfaces contiguës , tout le pourtour de la rétine est plissé sur lui-même de manière que les bords des plis, couchés l’un sur l’autre, représentent les méridiens d’une sphère. Mais le centre d’où divergent ces plis , ou, ce qui est la même chose, le point ou la ligne d’insertion du nerf optique à la rétine, est toujours plus ou moins distant du pôle de la sphère de l’œil. Celte déclinaison avait déjà fixé l’attention de W illis; Haller l’a également observé depuis. (Éi. physiol. , tome IV, page 201.) INous reviendrons plus loin sur celte particularité de la structure de l’œil.

11 résulte de ce plissement de la rétine que l’étendue des surfaces interceptée par les plis, répond à une sphère nécessairement supérieure à celle de l’œil auquel la rétine appartient. Cet excès est d’autant plus grand que les plis se recouvrent sur plus de largeur, et qu’ils sont plus nombreux. On pourrait croire d’abord qu’il serait

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 3û 1

aisé de mesurer directement le véritable contour de ces plis, en coupant une zone circulaire de la rétine, et la développant dans l’eau. Mais ce procédé n’est pas praticable; voici pourquoi. Lorsqu’une rétine plissée n’est plus tendue sur le corps vitré,' à l’instant en vertu de l’élasticité de cette membrane tous ses arcs se raccourcissent, de sorte que le nombre et la largeur de ses plis diminuent. Ce phénomène s’observe bien moins dans les poissons que dans les oiseaux. C’est surtout chez les diverses espèces du genre falco que cette élasticité est énergique. Mais comme à travers la transpareuee parfaite du corps vitré l’on peut très-aisément comptre le nombre des plis sur un œil dont on a enlevé le segment antérieur a l’iris; et comme sur l’autre œil du même animal, en enlevant seulement un segment postérieur de la sclérotique et de la choroïde, on peut sur la rétine ainsi maintenue en position prendre la largeur d’autant de plis que l’on veut, il n’v a plus qu’à multiplier le nombre de ces plis par deux fois leur largeur, pour avoir leur vrai contour, c’est à dire le rapport de la sphère à laquelle répond l’étendue de la rétine plissée avec la sphère de lœil, où cette rétine est inscrite (voy. , pour la figure du plissement de la rétine, la fuj. 4 de la /?/. VI, d’après le inugil céphalus). Ce plissement a son maximum de largeur et de nombre parmi les poissons, que j’ai pu

examiner, dans le zeus faber. Viennent ensuite le thon, les autres scoinbres, le mugil, etc. 11 y a un rapport constant chez les poissons entre l’amplitude du plissement du nerf optique d’une part, et d’autre part, celui de la rétine et des lames ou feuillets de la cavité du lobe optique. Je présume que la scorpène rascasse, et les autres espèces de ce genre, cjui ont le nerf optique plissé, ont aussi, d’après ce que montrent les spares, les trigles, les trachinus, des rétines aussi développées que ces derniers poissons.

Chez les oiseaux le maximum de largeur existe dans les aigles, vautours, faucons, martins-pêcheurs, etc.

Lorsque les plis du nerf optique sont plus ou moins bridés par les intersections filamenteuses, la rétine n’est pas plissée, elle est aussi parfaitement lisse et tendue que dans l’homme et les autres mammifères. Tels sont, la cigogne marabou chez les oiseaux; les squales, les tétrodons, les dupes, chez les poissons.

L’on voit que malgré ces rapports de proportion du nombre, de l’étendue, et de la liberté des plis du nerf optique, avec l’amplitude du plissement de la rétine , l’un de ces mécanismes ne nécessite pas l’autre, puisque les plis manquent tout-à-fait à la rétine dans les cas précités.

Réciproquement, la rétine peut être plissée, ou au moins assez fortement froncée, pour que l’é-

tendue de ses surfaces soit presque doublée par des rides dont le plan est alors à peu près vertical, sans que cependant le nerf optique offre le moindre plissement. Ainsi, dans le courlis d’Europe ( scoia paoc arcuata ), la rétine légèrement froncée, offre à tout son pourtour des rides irrégulières, dont quelques-unes divergent du nerf optique au limbe. La plupart n’occupent qu’une partie de cet arc. Leur direction n’est pas rectiligne.

Chez le petit plongeon ( colymbus minor ), la rétine lisse dans un segment du quart à peu près du globe de l’œil , est dans tout le reste de son pourtour , fortement froncée en plis très-rapprochés, mais perpendiculaires parleur plan à la surface sphérique. Ces rides curvilignes et obliques entre les méridiens et l’équateur de la sphère, ont près d’une ligne de large. Leur déploiement doublerait bien l’étendue sphérique du segment où elles se trouvent.

Or, dans ces deux espèces de genres si différents pour l’organisation et le genre de vie, les nerfs optiques examinés à l’œil nu ou à la loupe, sur des taupes , transversales , obliques , longitudinales , ne montrent qu’une pulpe homogène , sans la moindre apparence de lames, ou même de filets. Mais alors même le nerf optique est libre et sans adhérence, dans une gaine transparente.

Dans la corneille freux , le nerf optique a plus d’une ligne dq diamètre. Mais c’est une pulpe ho-

mogène , renfermée dans une gaine non adhérente. La rétine, dans un espace d’environ deux lignes et demie de diamètre et correspondant à l’axe de la vision , est plissée par des plis divergents. A partir du centre , aucun pli ne s’étend dans la partie de l’œil postérieure au plan passant par le peigne. Dans la corneille mantelée , il n y a que quelques rides au plus d’une ligne de long au bas du peigne. Le nerf optique est un peu moindre que dans le freux. L’œil de ces oiseaux est sphérique, et la cornée n’y est point portée sur un prolongement conique ou cylindrique.

Ces états particuliers de la rétine et du nerf optique, n’ont donc entre eux que des rapports de coïncidence, et non de dépendance. Il en est de même des plissements et feuillelements intérieurs des lobes optiques. Ces derniers appareils n’existent jamais dans les oiseaux.

La coordination de ces différents états entreeux, et avec d’autres mécanismes, qui vont être décrits, sera exposée plus loin.

2°. Nerfs optiques i sans plis ou fibres apparentes, et rétines tout à fait lisses.

Dans les batraciens et les ophidiens ( serpents ) chez les reptiles , dans tous les mammifères à appareil optique peu développé , comme le hérisson, l’ours, les cochons,, etc., dans les gallina-

cés , et les différentes espèces du grand genre des canards, chez les oiseaux; dans les pleuronectcs , les murènes, les raies, les esturgeons, les gades, les silures, etc. , chez les poissons, la longueur du nerf optique excède plusieurs fois le diamètre de l’œil, et son propre calibre est d’autant plus petit, que sa longueur est plus grande. Et plus ces deux conditions dominent , plus l’épaisseur du nevrilemme croît par rapport au diamètre du nerf , et plus petite est par conséquent la quantité de matière médullaire qu’il contient. L’esturgeon chez les poissons cartilagineux, les silures et les murènes chez les poissons osseux, olfrent le degré extrême de cet état rudimentaire du nerf.Dans l’esturgeon, parexemple(voir/>/.V,/njr.4) la longueur du nerf excède plus de cinq diamètres de l’œil , et cet excès est au moins double, si le rapport est établi avec le diamètre delà cavité oculaire. Ce diamètre du nerf sur un esturgeon de quatre pieds de long, n’a pas trois quarts de ligne , et le filet de matière médullaire, qui n’est pour ainsi dire qu’un axe géométrique, n’a pas le quart de ce diamètre. Ce filet est tout-à-fail capillaire. On voit donc quelle est l’épaisseur relative du nevrilemme.

Dans le hérisson , animal nocturne et presque

souterrain, la longueur du nerf optique a au moins

trois fois le diamètre de l’œil, et n’a pas un quart de ligne de diamètre sur l’animal adulte. Dans

LIVRli 111.

i’ours, animal de mœurs et de tempérament .à-peuprès semblables, et, comme le hérisson, assujetti à un sommeil hivernal, la longueur du nerf optique excède quatre diamètres de l’œil , et ce diamèlre n’est que de sept ou huit lignes sur l’animal adulte. J’ai pris ces mesures sur un grand ours

brun des Ardennes; elles sont sensiblement égales sur l’ours noir d’Amérique. Or , l’excès relatif d’épaisseur du nevrilemine par rapport à la quantité

de matière médullaire qu’il contient , est à peu près la même que dans les poissons précités.

Dans les tortues terrestres , la longueur du nerf optique excède trois diamètres de l’œil; cl sur un individu de l’espèce des Indes mort à la ménagerie et long de deux pieds, le diamètre de l’œil n’est que de trois lignes et demie, et celui du nerf n’a pas une demi-ligne. La proportion de sa longueur doit être évaluée d’après les grandeurs de cette espèce et de la tortue grecque.

Enfin, dans les ammocètes, chez les poissons, dans les taupes, les rats taupes, la chrysochlore, chez les mammifères , il n’existe pas du tout de nerf optique, malgré la présence d’un bulbe rudimentaire de l’œil. Mais on sait d’ailleurs , par beaucoup d’exemples d’anatomie pathologique, que dans les monstruosités par défaut de formation l’œil peut exister sans le nerf optique, et à plus forte raison sans l’appareil encéphalique.

Ccdéfaut de nerf et d’organe extérieur, repro-

duit, pour le sens de la vue, ce que nous avons déjà vu pour celui de l’odorat dans les tétrodons chez les poissons , et dans les dauphins chez les mammifères.

Dans le cas d’état ainsi rudimentaire du nerf optique chez les poissons , il existe entre le nevrileinme et la matière médullaire , un prolongement de la choroïde , ou du moins une couche cylindrique, delà substance qui forme l’enduit noir de la choroïde. Ce prolongement existe sur toute la longueur du nerf dans la lamproie (pi. VI, fig. 1 ) , sur les trois quarts extérieurs de celle longueur dans les raies (pi. 1, fig. 1) sur l’extrémité oculaire, seulement dans l’esturgeon (pi. Y, fig. 4o)et dans la carpe.

Dans l’esturgeon , le nerf optique ne se termine pas à l’orifice antérieur du trou delà sclérotique, comme dans les autres animaux que j’ai examinés. Parvenu dans la chambre de l’œil , le nerf se réfléchit en bas , entre la choroïde et la rétine , et se dirige vers l’iris, en parcourant les deux tiers de l’arc qui mesure la distance du limbe au trou de la sclérotique. Durant ce trajet , il s’endurcit encore, n’a plus de nevrilemme apparent , mais reste enveloppé delà matière noire qui semble ici le constituer presqu’entièrement. Car le filet de matière blanche médullaire , est presque imperceptible sur un esturgeon de deux pieds de long. L’extrémité du nerf terminé au point de l’arc dont j’ai parlé , s’v

insère connue à l’ordinaire , c’est-à-dire, par juxtaposition à une rétine plissée , plusépaisse que dans les autres poissons, mais dont les plis 11e divergent pas à partir du point d’insertion du nerf. Ces plis sont disposés à droite et à gauche d’un sillon sur la longueur de l’arc compris entre le trou de la sclérotique et l’iris. 11 11’y a aucune adhérence du nerf à celte rétine, dans tout son trajet entre elle et la choroïde. C’est à tort que Tréviranus a dit le contraire. Cette rétine , d’ailleurs, ne tapisse que la moitié inférieure de la chambre de l’œil.

Dans tous les poissons, oiseaux et reptiles, le volume du lobe optique décroît comme le diamètre de l’œil et du nerf optique décroît luimême, et comme augmente la longueur du nerf, ou, ce qui est la même chose , la distance de l’œil à son appareil encéphalique.

Néanmoins, le décroissement des lobes optiques s’arrête à une certaine limite. Car dans la taupe chez les mammifères, l’amphisbène chez les reptiles , les lobes optiques ou tubercules quadrijumeaux, 11e sont pas anéantis , et conservent même la moitié ou le quart de la proportion qui coïnciderait avec des nerfs optiques au maximum, nonobstant l’absence de ce nerf.

Réciproquement dans les oiseaux, reptiles et poissons , les lobes optiques sont d’autant plus volumineux, leur cavité est d’autant plus ample, que l’œil et le nerf optique ont plus de diamètre , et

DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. ZzQ)

que la distance de l’œil au lobe optique est plus courte. Dans les poissons en particulier, les feuillets, dont la contiguïté forme les parois des lobes optiques, sont d’autant mieux distincts etséparés, le feuillet interne par ses cannelures ou plissements, développe d’autant plus de surfaces, surtout à la base de la cavité, là où ce feuillet est continu avec la membrane du nerf optique , que ce nerf est plus court, que sa membrane a plus d’étendue, est pliée sur des plis plus larges et plus nombreux, et que le même mécanisme est plus parfait dans la rétine. La grandeur relative du diamètre de l’œil, les plissements simaltanésou séparés du feuillet interne des lobes optiques, de la membrane du nêrf, et delà rétine, le volume des lobes et l’amplitude de leur cavité; la brièveté et le plus grand diamètre du nerf, sont donc autant d’éléments de la vision.

5°. Nerf optique formé par un fa isceau de filets parallèles no,n adhérents entre eux.

Dans le cyclopterus lumpus, la structure du nerf optique est toute aussi nouvelle que celle que l’on vient de voir résulter de son plissement. Mais elle en diffère au moins autant que celle-ci diffère ellemême des autres structures connues.

En examinant tout le système en position par sa face inférieure, comme le représente la fig. 1 de la pl. VIII, la glande pituitaire recouvre le point d’inser-

55o LIVRE III.

tion des nerfs optiques, et empêche de reconnaître s’ils sont ou non croisés. En soulevant ou en enlevant cette glande, on voit qu’il n’y a pas plus de croisement que dans les raies et les squales. Mais ce qu’il y a de plus extraordinaire (voy. j)l. IX, firj. 5), c’est que chaque nerf ne se termine pas par continuité de substance avec la partie correspondante de la moelle. La gaine nevrilemmatique , d’un côté se continue avec celle de l’autre, de sorte que l’extrémité cérébrale des filets nerveux contenus dans celte gaine, n’a pas même de contact avec la moelle. Bien plus, chaque nerf résulte d’un faisceau de filets parallèles fort nombreux (au moins de vingt-cinq ou trente), pourvus chacun d’une sorte de nevrilemme, et qui adhèrent par leur extrémité cérébrale, à l’extréinilé du filet correspondant. L’adhérence de chaque paire de filets est telle qu’après trois jours de macération, ils ne se rompaient par des tiraillements assez forts, que sur tout autre point de leur longueur. 11 en résulte que les deux nerfs optiques forment réellement un seul système de filets parallèles, rectilignes, avec une nodosité ou léger étranglement de chaque paire de filets , au point de contact sur la ligne médiane. La gaine nevrilemmatique générale du nerf, n’adhère à l’échancrure de la moelle, au-devant de la base des lobes optiques, que par un tissu cellulaire trèsfin. La séparation des surfaces juxta-posées , se fait par le moindre effort sans aucune perte de

substance même du côté de la moelle, qui paraît alors grenue ou piquetée d’une manière uniforme. À partir même du point de jonction, chaque filet nerveux avec son nevriiemme propre , est aussi distinct que dans le reste de son trajet. Ces filets du nerf optique ont une solidité bien plus grande que ceux de l’olfactif. Car après avoir enlevé la presque totalité du faisceau, cl n’avoir conservé en position que trois ou quatre paires de filets de la convexité de l’arc que représentent les deux nerfs, je ne pus encore les rompre qu’avec un certain effort, et encore la rupture, comme je l’ai déjà dit, n’arrivait pas au point de rencontre des filets.

Tous ces filets sont visibles et mobiles l’un sur l’autre à travers la gaine cylindrique du nevrilemme qui les enveloppe. Ce nevriiemme ne se continue pas avec la sclérotique, comme cela arrive gégéralèment , mais après avoir pénétré avec le nerf par le trou de la sclérotique, se confond avec la membrane résistante, qui recouvre l’anneau vasculaire de la glande choroïdiennc, et s’interpose ensuite entre la choroïde et la sclérotique (voyez pl. VIII, fig. 1). De sorte que l’œil a ici une enveloppe surnuméraire!

Le nerf optique n’est donc dans le cycloptère que juxta-posé à la moelle, par l’intermédiaire du nevriiemme, sans continuité de la matière médullaire; et de plus, les nerfs ne sont pas croisés, comme il arrive dans la grande pluralité des poissons os-

Page 1