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ZOOLOGIE

Jusqu’aujourd’hui la zoologie n’a été en grande partie qu’un catalogue d’énigmes. Car les meilleures classifications des animaux dont nous venons de déterminer les systèmes nerveux , sont fondées seulement sur la connaissance du nombre, de la conformation et du groupement des os, et des organes digestifs, respiratoires et circulatoires. Et pourtant dans une même classe, dans les reptiles

ou les oiseaux, par exemple, une même conbinaison de ces éléments peut coïncider avec les habitudes et les instincts les plus disparates, et quelquefois les plus contraires. L’on a vu dans le premier livre que les corrélations du système cérébro-spinal et des sens avec leur enveloppe osseuse, n’étaient significatives de quelques qualités morales et instinctives , qu’autant que les organes cérébraux et sensitifs étaient préalablement déterminés. Or , par ce qui vient d’être exposé dans les deux livres précédents , on peut juger que jusqu’alors on savait assez peu de chose sur ces organes. Aussi n’était - ce qu’cmpiriquement et sur des caractères dont on saisissait les différences apparentes sans en connaître réellement la valeur et la signification , que l’on avait divisé les masses principales des animaux vertébrés. Ainsi , parmi les poissons , le caractère commun d’avoir un squelette cartilagineux et des branchies fixes, avait fait réunir dans une même division les lamproies avec les squales et les raies, bien que ces deux derniers types, analogues entre eux, diffèrent davantage du premier, pour la structure et le mécanisme de leurs organes nerveux , qu’ils ne diffèrent des autres poissons , et même des oiseaux et des reptiles. Et, encore une fois, c’est dans les systèmes nerveux que résident les forces, les facultés dont 1 association constitue la 'personnalité de chaque animal.

Une bonne classification des animaux à vertèbres suppose donc la connaissance des systèmes nerveux , qui seuls peuvent représenter la véritable nature de ces êtres.

Mais l’objet de la zoologie n’est pas uniquement de dresser un catalogue où les masses soient formées d’après les différences principales des êtres qu’elles comprennent, et où les divisions de chaque masse, formées aussi d’après des différences moins importantes , rassemblent en groupes secondaires les êtres les plus voisins par leurs affinités et leurs convenances d’organisation.

Ces catalogues, ces classifications, qui, pour les esprits superficiels, constituent toute la science, n’en sont réellement que l’instrument et le moyen. Ce ne sont que des index , que des tables par ordre de matière. L’objet de la science c’est de connaître les propriétés de chaque espèce d’animal, propriétés qui font que chacun est lui-même, et le représentant de son espèce. C’est ainsi , par exemple, que malgré les ressemblances mécaniques et physiques du squelette, des organes digestifs, etc., le lièvre diffère du lapin par des facultés, des instincts si disparates, si contraires même, et dont la cause ne peut être que dans le système nerveux.

Ces différences de l’instinct, malgré les ressemblances extérieures et mécaniques de toute l’organisation, moins le système sensitif qui était resté

ignoré, conduisaient naturellement à la question de l’origine et de la cause de ces différences. Sontelles primitives et permanentes, ou modifiables et progressives? Cette question avait été résolue, tantôt d’une manière, tantôt d’une autre, selon les préjugés ou les connaissances de ceux qui la discutaient. Car, chose étonnante, on négligeait les deux seules données d’une solution possible , savoir, i° la connaissance des organes en qui résident ces forces, ces pouvoirs, et 2° la connaissance de la répartition sur le globe des animaux doués de facultés analogues, identiques ou différentes, et coïncidentes avec ce qu’on appelait une même organisation.

Dans un travail spécial [Ment, sur la distribution géographique des animaux vertébrés , lu à i Institut , Journal de physique, février 1822), j’ai exposé les principaux faits de cette seconde donnée , et j’en ai conclu quelques principes , dont j’ai montré depuis les applications ( Dict . classiq. d’hist. nat.) (1). J’ai montré même, à propos du chameau à une bosse , qu’il existe une source d’éléments pour cette seconde donnée, dans la discussion des passages où les écrivains anciens ont parlé des animaux qu’ils connaissaient. (Voy. mon Mémoire sur la patrie du chameau d une

(1) Ces applications seront liées en un ensemble général . dans mon Histoire physique, archéologique et géographique des mammifères, ouvrage qui est presque terminé.

bosse , lu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres de l’Institut, Mem. du Muséum, t. X , in- 4° ) .

Les diversités et même les oppositions du plan et du nombre des parties du système nerveux, vont montrer que les inductions de l’anatomie coïncident avec celles de la répartition géographique, pour prouver que les différences spécifiques des animaux (hors quelques cas connus et bien déterminés), sont primitives et non acquises.

Mais il faut donner une idée des systèmes par lesquels on a expliqué les transformations d’espèce, de genre, etc. , des animaux, et par suite les modifications de leurs facultés.

Et d’abord on a suppose qu’un nombre d’espèces indéterminé, mais indéfiniment moindre que celui qui existe aujourd’hui , avait été créé dans une même contrée, ou si l’on veut dans un même lieu; qu’avec le temps, en se dispersant sur la terre et dans les eaux, ces espèces primitives avaient été modifiées par les diverses influences des climats ; qu’en se modifiant elles s’étaient multipliées, et que chaque espèce actuelle devait sa fixité, sa permanence, à son habitation sédentaire. S’il en avait été ainsi des variétés, des nuances appartenant à ces dégradations progressives échelonneraient aujourd’hui la route de ces émigrations. Or, au contraire les interruptions de formes sont brusques et tranchées (voy. pour la réfutation de ce système,

mon Mémoire cité sur lu distribution géographique des animaux).

Et d autres esprits spéculatifs ont supposé que l’état physique et chimique du globe et de son atmosphère , ont subi des changements nombreux et successifs, depuis la création, ou, comme ils disent, le développement d’un certain nombre d animaux très-simplement organisés , sans définir cette organisation; que par l’efifet de ces changements, ces animaux se modifiaient; que ceux qui 11e pouvaient pas se modifier ou se mettre en équilibre avec leurs nouveaux rapports , périssaient ; que ces modifications progressives ou subites, selon la durée de chaque changemeut du milieu d existence de ces animaux, devenaient stationnaires avec l’état de ce milieu; que par de nouvelles révolutions de la terre ou des mers, survenaient de nouvelles transformations ou de nouvelles extinctions de races; que telles sont les causes de létat actuel du règne animal, et des différences qu’on observe entre les animaux vertébrés fossiles et ceux qui vivent aujourd’hui.

Ce système, contre lequel les lois de la répartition géographique des animaux, ne sont pas aussi péremptoires que contre le précédent, est tout-àait renversé par mes découvertes sur les inégalités de plan et de nombre des organes nerveux.

Et d’abord les partisans de ce système, attentifs seulement au nombre et aux proportions des par-

ties extérieures des animaux, supposèrent que la peau durcissait aux uns, mollissait aux autres, suivant la température et la réaction chimique du milieu d’existence, suivant la nature des aliments qui fournissaient ou non des matériaux concrescibles ; que la peau restait nue ou se couvrait de poils, selon la froidure ou la chaleur du climat; que les couleurs variaient avec la température et l’intensité lumineuse de l’atmosphère ou des eaux; qu’enfin (et c’est la supposition la plus hardie du système) le besoin d’un nouvel organe, provoquant dans la direction de l’objet relatif à ce besoin, une tendance, un effort de la peau et des liquides stagnants ou circulants, que sais-je même? du mouvement vital, y déterminait la production ou la sortie de l’organe, du membre nécessaire ; que telle est l’origine de la trompe de l’éléphant, qui se mit un jour à allonger son nez, quoiqu’il eût été plus simple et plus aisé pour lui d’allonger son pied , sans doute déjà tout fait à cette époque de ses métamorphoses. Et ainsi du reste.

Tout cela suppose, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et dans des proportions et des combinaisons indéfinies, un développement de parties préexistantes , également susceptibles d’inertie ou d’activité, suivant la nature et la direction des forces extérieures qui les sollicitent. Ce qui ne s’accorde guère avec le nombre symétrique et constamment limité des organes qui mettent les ani-

maux à vertèbres en relation avec leur milieu d’existence. Tout cela implique aussi que l'influence de ces forces , qui ne s’exercent que de dehors en dedans , diminue vers la profondeur. Or, c’est justement dans celte plus grande profondeur qu’est situé le système cérébro-spinal qui varie tant entre des espèces extérieurement si semblables, qu’elles diffèrent moins l’une de l’autre qu’un nègre d’un européen. Il n’y a évidemment dans le mécanisme de ces forces, rien qui puisse opérer des transpositions d’organes, ni intervertir l’ordre de leur intercalation.

j\ous n’entrerons pas dans le détail des faits et de leurs conséquences, nous ne ferons même pas l'énumération de tous ceux que nous avons découverts ; nous n’allons indiquer que les principaux; ils suffiront, et pour que l’on reconnaisse les autres dans la lecture des deux derniers livres, et pour que l’on en fasse soi-même l’application.

§ I. Différence chez les poissons.

i°. Et d’abord, une carpe et un barbeau diffèrent moins assurément par tout ce que les zoologistes appellent caractères spécifiques, qu’un Français ne diffère d’un nègre quelconque. Les différences de ces deux poissons ne peuvent être attribuées à la disparité d’influence du milieu qu’ils habitent, puisqu’ils se trouvent dans les mêmes

eaux, où leur nourriture est la même. Eli bien! dans la carpe , pi. IX , fig. i , le nerf de la première branchie est un rameau de la huitième paire, et dans le barbeau , pi. X , fig . 2 , de la cinquième. La carpe, pl. I, fig. 6, a derrière le cervelet une paire de lobes justement la plus volumineuse de son encéphale; et ces lobes manquent au barbeau, pl. X, fig. 1.

Il est palpable que tout ce que l’on a imaginé de plus subtil dans les causes de transformation des animaux, n’aurait jamais pu transposer ainsi d une paire à l’autre un nerf aussi considérable et distribué à un organe si important. Je ne développerai donc pas les objections qui dérivent de ce fait.

20. Un merlan, sauf la grandeur, diffère moins d’une morue qu’un barbeau d’une carpe.

Le nerf de la sixième paire du merlan (pl. IX, fig. 4) 5 s’insère par les mêmes racines que les rameaux de la paire acoustique, qui vont au sac des pierres. Celui de la morue s’insère comme chez les autres poissons; pl. VII, fig. 4, pour la morue, pi. XII, fig. 2, pour le congre, etc.

5°. Dans la morue, le nerf acoustique a deux branches principales de moins que dans le merlan. Chez ce poisson quatre rameaux, nés de la même insertion , se réunissent ensuite en un seul tronc qui longe le dessous du sac des pierres, et va se terminer à l’extrémité postérieure du vestibule sur

une petite lame cornée transparente, appuyée sur la ligne médiane contre une lame semblable de l’autre côté. Dans la morue il n’y a que deux rameaux pour former ce tronc , et il n’y a pas de petite lame de corne à son extrémité.

11 est impossible que deux nerfs de plus dans l’oreille d’une espèce, ne lui donnent pas une supériorité très-grande, pour la délicatesse et l’énergie de l’ouïe. En même temps, il est évidem ment impossible de rapporter la cause de cette différence à une influence extérieure.

4°. A propos de ces disparités de structure des nerfs acoustiques , rappelons que dans les seules raies [pi. 1 et II,) ce nerf tout entier est une branche de la cinquième paire, tandis que chez les squales l’acoustique forme une paire séparée.

5°. Outre leurs autres différences, les lamproies qu’on mettait dans la même division que les raies et les squales, 11’ont pas de canaux demi-circulaires , et manquent par conséquent des nerfs qui se porteraient aux ampoules de ces canaux.

6°. Dans tous les poissons osseux la quatrième paire s’insère sur la ligne médiane , à la face inférieure du système cérébro-spinal derrière les éminences mamillaires; dans les raies et les squales elle s’insère à l’autre extrémité du diamètre vertical de ce système.

Par la meme raison qui empêche que jamais les carpes aient été les ancêtres des barbeaux, ou les

barbeaux des carpes, il est impossible que les diflércnces qui séparent les raies et les squales des poissons osseux, ne soient pas primitives.

7°. La seule différence extérieure, de la raie ronce et de la raieboucléj, c’est la couleur plus brune et le plus grand nombre, la forme et la grosseur des boucles de la dernière. Le quatrième ventricule de la raie ronce a une circonvolution de plus à chacun de ses bords; son cervelet a des circonvolutions qui manquent à celui de la raie bouclée ; le nerf olfactif de celle-ci est, à égalité de taille, un tiers plus court et un quart plus gros que celui de l’autre.

Les différences sont donc plus grandes au centre même, qu’à la surface de ces deux espèces qui habitent les mêmes fonds.

8°. Le nerf de la ligne latérale est double sur chaque flanc dans les gades, il est simple dans les siluroïdes, famille très-voisine. Il est souscutané dans ces deux familles.

9°. Le nerf ptérigo-dorsal (sixième branche de la cinquième paire) est commun aux deux familles, sauf quelques espèces sans doute, car il manque au silurus-glanis. Mais dans les gades il sort par un trou du pariétal sur la face supérieure du crâne, et dans les silures sur la face verticale postérieure du crâne, par un trou de l’occipital. Leur trajet ultérieur est aussi différent que celui du nerf spinal et du nerf facial des mammifères.

Enfin ce nerf chez les gades fournit des filets aux deux paires de nageoires , celui des silures n’en fournit qu’aux pectorales.

io°. Le trigle rouget est dans son genre moins dilférent du perlon qu’un nègre d’un européen. Et la différence de couleur ne peut être imputée au climat, puisqu’ils habitent les mêmes parages, mangent les mêmes petits crustacées, comme je m’ensuis cent fois assuré. La seule différence extérieure un peu notable, c’est que les doigts du rouget sont à proportion plus gros et plus courts que ceux du perlon. Les fig. 2 et 3, pl. VII, montrent combien la forme et la proportion des cinq paires de lobes, postérieures au cervelet, dilférent entre les deux espèces.

Toutes les espèces de squales, même les plus voisines, dans les genres les plus homogènes, diffèrent de même infiniment plus par les formes et les proportions de leur encéphale, surtout par œlle du cervelet et des lobes olfactifs , que par les forme ou proportion des nageoires, de la tête, ou des dents. Voyez par exemple les différences du squalus catulus, pl. IV, fig. 1, et du squalus galéus, pi. 111, fig. 1. On peut voir dans Arsaki et llolando des figures d’autres espèces, congénères ou non , qui toutes diffèrent plus entr’elles sous ces rapports, qu’un singe d’un rongeur, ou qu’un chien d’un cheval.

1 1°. Chez les trigles la première paire des nerfs

spinaux envoie un nerf aussi gros à proportion que le nerf diaphragmatique des mammifères , aux muscles de la vessie natatoire. Tl n’y a pas le moindre vestige de ce nerf chez les vives, genre si voisin dans la classification zoologique.

Cette même première paire, chez la baudroie, envoie un nerf plus gros à proportion que le diaphragmatique, aux muscles du pharynx. 11 n’y a pas le moindre vestige de ce nerf dans les poissons voisins.

12°. Comment dériver les poissons osseux des cartilagineux , ou les cartilagineux des osseux , lorsque tous les poissons osseux ont un cerveau ou une paire de lobes antérieurs à ceux où se terminent les nerfs optiques, et à laquelle aucun nerf ne se termine, et que les raies et les squales manquent absolument de cerveau et du grand sympathique , système si développé chez les poissons osseux? Les esturgeons ont un cerveau et une quatrième paire située comme dans les poissons osseux , mais ils manquent de cervelet.

10°. La torpille a une paire de lobes de plus que les autres raies, et ces lobes surnuméraires dépendent d’un système de nerfs manquant à ces dernières, et, à lui seul, plus volumineux que tous les autres nerfs de ce poisson.

i4°. Ces différences de structure des lobes et des nerfs optiques d’un genre ou d’une espèce à l’autre, ces rétines lisses ou plissées sur une proportion telle

qu’à égalité de diamètre de la chambre occulairc, la rétine et le nerf optique d’un seombre, d’un muge, o firent douze ou quinze fois plus de surface que dans un merlan, un brochet, une murène, etc., ne peuvent être évidemment le produit d’aucune influence.

Enfin chez les lamproies, les centaines de nerfs postérieurs à la huitième paire, et terminés, y compris ce nerf, sur les seules méningés partout écartées de la moelle d’un intervalle égal à la moitié de la largeur de cet organe, les propriétés physiques de la matière qui le constituent (Voy. liv. 11), mettent ces animaux hors de rang, non- seulement par rapport aux cartilagineux à branchies fixes , mais par rapport à la classe des poissons, comme les céphalopodes sont en dehors des mollusques.

Et cependant les animaux qui offrent toutes ces différences de forme , de nombre , de proportion et déconnexion dans les organes nerveux , habitent un milieu où toutes ces causes d’influences qui, à la surface de la terre, constituent ce qu’on appelle climat, sont restreintes à leur minimum. D’après 1 hypothèse en question , ces animaux devraient pourtant moins différer d’un ordre ou même d’une série à l’autre, que les animaux aériens d’un genre ou même d’une espèce à l'autre. Or, c’est justement l’inverse qui a lieu. Combien ces intervalles d organisation, si larges et si nombreux d’un genre, d’une espèce à l’autre, ne se multiplieront, 11e s’é-

largiront-ils pas quand on examinera les centaines de genres de l’icthyologie, au lieu des trente auxquels j’ai été forcé de me borner, et que le hasard seul m’a fournis?

§ II. Différences chez les reptiles.

i°. Les serpents à sonnettes et les trigono-céphales ont à la cinquième paire un nerf surnuméraire (c’est justement le plus gros) pour l’organe sensitif que renferme cette cavité de leur face, que j’ai nommée préoculaire. Ce nerf manque aux vipères d’Europe, où d’ailleurs il exista un système de canaux particuliers pour la transmission du venin aux crochets ( voyez la figure et la description de ces conduits dans Fontana, Traité sur le venin de la vipère , t. II, pl. II, fifj. 2 à 5). La distance d’organisation qui sépare de celles d’Europe les vipères américaines , est donc au moins aussi grande que la distance terrestre. Elles habiteraient le même pays, qu’il serait impossible d’admettre que les unes sont les ancêtres des autres.

2°. La pupille du crapaud accoucheur est linéaire, dans le sens vertical; celle du crapaud commun , dans le sens horizontal ; et ils habitent les mêmes lieux , ils ont le même régime.

La moelle épinière des grenouilles s’étend jusqu’au sacrum ; celle des crapauds n’occupe que la moitié du canal vertébral.

UYIIE III.

3°. Parmi les sauriens , les lézards ordinaires ont un nerf glosso-pharyngien; les caméléons n’en ont pas. Ceux-ci ont un vaste tambour auditif bien circonscrit; les lézards n’en ont pas. Les lézards et les crocodiles ont la rétine lisse et sans vestige d’écran oculaire. Les caméléons l’ont plissée , et chaque espèce, d’une manière différente. En outre, ils ont un rudiment d’écran comme les monitors et les iguanes (1).

La structure de la langue du caméléon, qui est peut-être le chef-d’œuvre de la mécanique animale (voy. sa description, t. Y du Journ. de Physiol. expêriment.) , loutaussi bien que ce rudiment d’écran et que ce défaut de glosso - pharyngien , ne

(i) Au moment d’imprimer cette feuille, j’ai découvert le plissement de la rétine et un vestige d’écran, dans l’œil des caméléons. (Ce fait a été communiqué le môme jour, mai j 8u5, à la Société philomatique.)

Dans le caméléon vulgaire (celui que j’ai examiné avait été pris prés de Tunis) la rétine, au-dessus du nerf optique, offre un pli unique, dirigé verticalement et saillant d’une demiligne. Inférieurement, deux rides, parallèles et voisines, se dirigent en dehors; c’est à leur extrémité qu’existe le vestige d’écran.

Dans une autre, espèce inédite, autour du nerf optique, dont l’insertion offre une dépression centrale, déjà bien décrite et figurée par Sœmmering, et que Knox d’Edimbourg vient de publier comme une nouveauté : la rétine est plissée sur huit rayons disposés par paire et dessinant une étoile. Le diamètre de cette étoile est triple de celui do la cornée. Par conséquent, aucun rayon ne peut tomber en dehors du cercle plissé.

peuvent être que des formes primitives et coordonnées sur un plan bien distinct.

§111. Les oiseaux, que leur dispersion dans tous les espaces de l’atmosphère et leurs voyages depuis les tropiques jusqu’aux pôles, devraient avoir tant modifiés, et pour le nombre et pour la figure des organes , offrent au contraire le type le plus uniforme. Leur système cérébro-spinal n’offre dans ses masses en général que des différences de proportion. Une étude plus approfondie de la slructuredechaque partie cérébrale, nousadonné, pour des espèces très-voisines, des variations dont les limites, assez étroites en apparence, constituent ce- / pendant de larges intervalles dans un organe tel que le cerveau.

Nous ne rappellerons dans leurs nerfs que les différences de distributions décrites au chapitre Yl.

On a vu au chapitre lï que d’un genre à l’autre et dans le même genre d’une espèce à l’autre , la largeur et le nombre des plis de la rétine et du nerf optique, et dans la rétine leur direction, étaient fixes pour chaque espèce.

L’expérience toujours subsistante , que malgré tous les efforts de l’homme pour rendre sa vue plus longue et plus perçante, il ne s’est pas formé un seul pli, une seule ride sur sa rétine, prouve assez combien est illusoire cette idée de la modification , et à plus forte raison de la création d’un organe par lin besoin.

5j2 LIVRE III.

§ IV. On a vu aussi chez les mammifères des disparités pour le nombre , la direction et la distribution aux nerfs des cinquième , septième, huitième, neuvième et dixième paires céphaliques; dans le plan de leurs communications ou anastomoses; dans le nombre et même la place de leurs insertions au système cérébro-spinal. Et en même temps, dans chaque genre les formes et les proportions de chaque partie de ce système sont fixes et constantes. Enfin il y a quatre combinaisons, suivant lesquelles se distribuent les nerfs indiens ou ciliaires à l’intérieur de l’œil. El cependant nous n’avons pu examiner que cinq ou six genres de mammifères où la structure de la tête et des organes qu’elle renferme, ne permettait d’espérer que le moins possible de diversité dans le plan et dans le nombre des nerfs.

Je ne citerai qu’un seul de ces faits. Les baleines franches ont un nerf olfactif très-développé , qui manque aux baleinoptères, animaux réunis pourtant dans le même genre.

Que n’a- 1- on pas lieu d’attendre de l’étude de ces fourmiliers et de ces pangolins à langue si extensible, de ces paresseux, de ces tatous, et surtout de ces ornithorinques et de ces échidnés, dont le type d’organisation ne pourra être déterminé que par la connaissance de leur système nerveux , sur lequel on ne sait encore rien?

Ainsi, 1 étude des systèmes nerveux nous montre

dans cette œuvre, la-plus parfaite de la nature, des combinaisons presque infinies pour le nombre , le plan et la distribution des parties.

Que penser maintenant de ce système d’unité d’organisation imaginé par Buflfon dans sa complette ignorance de l’anatomie (1), et dont les principes, si péniblement développés de nos jours, attentent à la majesté de la puissance créatrice, en l’accusant de stérilité dans ses plans et dans ses moyens (2)?

(1) Voyez Buffon, Nomenclature des singes, et Histoire de ly âne.

(2) En exposant les corrélations des os et des nerfs, on aurait pu multiplier ici les preuves de celte admirable diversité de plan. On ne citera qu’un seul exemple. Dans ce qu’on appelle philosophie anatomique, les osselets de l’ouïe ont été comparés, en France aux os de l’opercule des poissons, en Allemagne à ceux du pubis, etc. Or, le nerf principal de la cinquième paire des poissons, l’operculaire , traverse un conduit de l’os opercule proprement dit, analogue de l’étrier selon le système français, puis une rainure du sub-opercule et de l’ inter-opercule , analogues du lenticulaire et du marteau.

Un seul nerf de la cinquième paire des mammifères a-t-il quelque rapport avec leurs osselets de l’ouïe ?

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