livre quatrième
Des procédés de recherches en physiologie , et de la distinction des phénomène 6, dans le système nerveux.
Les phénomènes observés dans les organes dont nous venons d’exposer la structure et l’arrangement, vont être l’objet des deux livres suivants.
11 y a trois moyens de reconnaître ces phénomènes et de les rattacher chacun à leur organe. Le premier de ces moyens est purement expérimental, les deux autres sont moins directs et procèdent par induction.
Par le premier procédé , le physiologiste illustre qui a réuni ses travaux aux miens pour cette partie de mon ouvrage , a démonté pour ainsi dire pièce par pièce la machine animale toute vivante. 11 a montré ce qu’il manque et ce qu’il reste d’effet quand chaque pièce ou chaque organe est à son tour retranchée, et ce quelle opère quand elle agit seule. 11 a cherché ainsi à déterminer la part d’aclion de chacune dans l’effet total.
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Ces expériences si ingénieuses sont pour ainjji dire toutes préparées dans les diverses combinaisons d’organes qui forment la série des animaux. 11 n’est peut-être pas un de ces organes, une de ces parties d’organes, dont quelque ordre ou quelque genre n’ait été pourvu ou privé. El il suffît le plus souvent de bien examiner et les effets de ces réunions, et les effets de ces privations, pour en conclure l’usage de chaque organe, celui de chaque modification d’organe.
Ces expériences sont encore réalisées spontanément par la nature dans les maladies. La perturbation ou la cessation d’un ou plusieurs phénomènes durant le cours ou à la suite d’une maladie qui a attaqué, altéré ou détruit tel ou tel organe, prouve, tout aussi directement, que le phénomène troublé ou détruit a son siège dans cet organe. L’induction devient moins claire et moins facile quand plusieurs organes sont à la fois malades , ou quand l’organe malade a des connexions intimes et nombreuses avec plusieurs autres. Et c’est ordinairement le cas du système cérébrospinal.
Observons aussi qu’on ne peut pas également démontrer toutes ces inductions par lesquelles, de la concordance entre l’association ou le retranchement progressif des organes, et la complication ou la simplification correspondantes' des phénomènes, on s’élève jusqu’à assigner à tel organe, à telle mo*
dification d’organe, son action et son usage. Ces inductions sont généralement plus péremptoires dans le sens négatif contre de fausses hypothèses, que dans le 6ens positif pour fonder des théorèmes. Aussi leur vérité a-t-elle quelquefois besoin de la preuve expérimentale. Toutefois leur emploi est de la plus haute importance, car il existe beaucoup de problèmes physiologiques sur lesquels on ne peut considter que cette méthode d’induction, parce que l’expérience 11e leur est pas applicable. Tels sont tous les phénomènes intellectuels, et la plupart de ceux qu’on peut appeler moraux. C’est en combinant ces trois moyens de recherches que nous allons essayer de faire connaître les usages et les fonctions de chaque partie principale des systèmes nerveux.
Les fonctions nerveuses ne sont presque jamais des phénomènes simples : ce sont des associations de phénomènes.
11 y a trois ordres de phénomènes nerveux distincts. Les uns manifestent une force excitatrice du mouvement ou de la contraction des muscles; les seconds, une force susceptible de produire ce qu’on nomme sensibilité ; les troisièmes sont la manifestation de Y intelligence ou de la pensée , ce qui implique que penser n’est pas sentir, différence qui donne plus de dignité au principe de la pensée. Les deux premières forces existent à la fois dans le système cérébro-spinal et dans les nerfs
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proprement dits. Ûans chacun de ces systèmes , chaque force a des sièges et des conducteurs qui lui sont propres. La troisième , particulière au système cérébro-spinal, produit, suivant des conditions encore indéterminées , des facultés trèsvariées , mais qui consistent très-probablement dans des localisations. Le phénomène de la conscience étant très-différent de celui de la sensibilité générale et de la pensée, doit peut-être constituer une quatrième force. Et la volonté ayant un siège variable, n’en est-elle pas même une cinquième?
Enfin, il se passe dans le système cérébro-spinal un dernier ordre de phénomènes purement mécaniques. C’est une compression et une restitution alternatives de sa substance par l’abord du sang artériel, et surtout par le reflux veineux isochrone à l’expiration. Et comme l’effet ou la mesure de ces deux mouvements varie beaucoup, on voit que la substance de cet organe peut supporter des degrés de pression assez nombreux sans que ses propriétés en soient altérées. Cette pression est néanmoins assez considérable. Car l’expansion du système cérébro-spinal, qui se manifeste quand on le mêl a découvert, parce qu’alors cesse la contreprcssion qu’exerce à sa surface la couche de liquide contenue dans les enveloppes inextensibles du crâne et de la colonne vertébrale, ne peut avoir lieu dans l’intégrité de ces enveloppes. La compression est donc un phénomène réciproque à l’expansion. Enfin, on
peut mesurer l’effort compressif qui correspond au rellux veineux, par la hauteur à laquelle jaillit le liquide du canal vertébral, après l’ouverture du second feuillet arachnoïdien, sur un animal vivant. Nous ne reviendrons pas sur cet ordre de phénomènes découverts par M. Magendie. Ces pressions, ces restitutions alternatives sont-elles nécessaires à la production des phénomènes nerveux, comme les frottoirs dans une machine électrique; et l’eau qui enveloppe le système, outre ses effets de protection purement mécaniques, auraitelle comme conducteur ou comme cohibant, quelque propriété chimique?
Voici le résultat de quelques expériences sur la soustraction de l’eau du canal vertébral. Les mouvements et la vivacité de l’animal sont d’autant plus ralentis qu’il est plus âgé. Cette langueur dure jusqu’à ce qu’une nouvelle exhalation ait rempli le canal, ce qui arrive au bout de huit à dix jours. Un chien adulte, aussitôt après l’évacuation du liquide , tomba dans un état de fureur maniaque, qui ressemblait baucoup à la rage, mais il 11’était pas hydrophobe. En menaçant de mordre il commençait le mouvement de s’élancer en avant , mais aussitôt il se redressait et se renversait en arrière. Cet état dura cinq à six jours. Au bout; de dix jours il était redevenu loul-à-fait calme. 11 servit à une autre expérience : l’eau du canal s’était reproduite. La lace supérieure du quatrième ven-
PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 55q tricule avait cté lin peu blessée dans la première opération; mais cette blessure seule ne produit jamais les phénomènes dont nous venons de parler.
Les phénomènes dont la moelle épinière est le siège, étant les plus généraux et communs à la totalité des animaux , nous commencerons par elle cette exposition, et nous la continuerons dans le même ordre que la description anatomique.