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MOELLE ÉPINIÈRE

On a vu la moelle épinère tout-à-fait anéantie dans le poisson lune; être suppléée, quant àl’inser- A tion des nerfs, par une partie du pourtour extérieur du quatrième ventricule; les trois quarts postérieurs de ce même organe , manquer dans la baudroie ; enfin, la moitié postérieure, manquer aussi dans le hérisson. Dans la plupart des autres O mammifères la moelle épinière occupe presque toute la longueur du canal vertébral; et dans les l lapins et lés cobaies , parmi les rongeurs , la <?»>•' •• • moelle s’étend jusqu’au-delà des vertèbres sacrées, nonobstant la brièveté de la queue. La proportion de son prolongement ne dépend donc pas seulement de la longueur et de la grosseur de

cet organe, qui est très-long dansplusieurs cynocéphales et toutes les guenons, où la moelle épinière n’est pas néanmoins plus prolongée que dans l’homme. La queue est très-grosse dans les kanguroos, où elle est pour la progression un troisième levier à ressort ; et la moelle 11’y est pas plus prolongée que dans les chiens. Mais dans les aloualtcs et autres singes à queue prenante et tactile à son extrémité, la moelle épinière se prolonge jusqu’aux vertèbres sacrées avec un volume peu inférieur à celui qui correspond aux nerfs des mains postérieures.

La destination des nerfs coccigiens , pour un toucher spécial, détermine donc un accroissement de calibre et de prolongement à l’extrémité postérieure de la moelle épinière.

Dans le hérisson toute la surface du corps est étrangère au toucher, le tact même y est fort obscur. L’armure des épines est toute entière sous la dépendance des nerfs du mouvement. Aussi quinze paires de nerfs, dorsales cl lombaires, envoient au muscle peaussier autant de rameaux, infiniment supérieurs à ceux qu’exigeraient des muscles ordinaires.

Sans doute cet excès de volume de ces nerfs est relatif à une plus grande intensité, ou à une plus longue durée de l’action musculaire, car j’ai vu les fibres du peaussier se contracter sous la pointe du scalpel, plus de deux heures après que les

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autres muscles ne répondaient plus à cette excitation.

La réduction de la moelle épinière paraît donc coïncider ici avec l’absence du toucher à toute la surface du tronc de l’animal.

Ainsi la moelle épinière augmente de longueur et de calibre dans les mammifères, avec la susceptibilité tactile de la peau sur une plus grande surface, et diminue avec la disparition de celte susceptibilité; la faculté du mouvement restant d’ailleurs la même dans tous les cas de ces variations.

Dans les oiseaux, sans exception, la moelle épinière a constamment plus de longueur et de calibre proportionnel , que dans les mammifères. Elle occupe toute la longueur du canal, et le canal toute la longueur de la colonne vertébrale. Toujours , depuis les falco , si bons voiliers, jusqu’aux plongeons qui, par une courte parabole , s’élèvent à peine de quelques pouces au-dessus de l’eau, le renflement correspondant aux nerfs des membres postérieurs , a plus de calibre que celui qui répond aux nerfs des ailes. Et toujours aussi ce renflement postérieur est creusé d’une cavité (ventricule) plus ou moins étendue. L’ampleur de cette cavité et le volume du renflement, paraissent en rapport avec la susceptibilité tactile des pales et des doigts, car ce renflement n’est pas plus fort dans les oiseaux mar-

cheurs. Si son calibre dépendait en effet de sa correspondance avec le degré d’action musculaire, le renflement d’eptre les ailes devrait être de beaucoup le plus gros. Car, pour la masse des muscles et la quantité de mouvement' qu’ils exécutent , il n’y a aucune comparaison entre les ailes et les pâtes, surtout dans les oiseaux grands voiliers. Mais comme, nonobstant la diminution de la pesanteur, par le volume du plumage, la quantité d’effort nécessaire pour se mouvoir dans l’air, est évidemment supérieure à celle qui est nécessaire pour se mouvoir à terre, la moelle épinière des oiseaux est au moins du quart plus grande que celle des mammifères, relativement à la masse des muscles.

Dans les serpents le calibre de la moelle épinière, toujours à proportion beaucoup plus petit qu’aux mammifères, est uniforme sur toute la longueur, excepté vers la queue. A peine dans les sauriens un léger renflement fusiforme se prononce aux intervalles des membres. Nulle part dans ces animaux, il n’y a d’organe spécial de toucher sur la longueur du corps. Et cette réduction relative du calibre de la moelle, représentée par la petitesse du calibre du canal vertébral, était portée plus loin encore dans ces reptiles à quatre nageoires, dans ces ichtyosaurus , ces piesiosaurus fossiles, récemment découverts. On peut voir (Cuv. , ossem. foss t. V, 2me part., pi. XXII, fig. i et 2), dans une espèce' gigantesque d’au moins trente-six pieds de long,

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combien le diamètre, du canal vertébral est petit relativement à celui du corps de la vertèbre. La constance de ces proportions du système nerveux avec l’intensité de l’énergie musculaire, n’a rien qui doive étonner : c’est l’application des lois éternelles de l’équilibre et du mouvement, à la mécanique animale.

Dans les tortues un double bouclier osseux et écailleux, exclut le moindre toucher, de toute la surface du tronc ; aussi tout le tronçon de la moelle intermédiaire à chaque aboutissant des nerfs des membres, n’a-t-il pas le seizième du calibre de ces deux là. Son principal office paraît être de servir de conducteur entre les deux tronçons antérieur et supérieur, et de contribuer à la contraction du muscle rétracteur de la tête. Et l’anatomie patologique prouve qu’une bien petite quantité de matière nerveuse suffità cette communication. M. Magendie ( Journ . de physiol. , t. III, p. i55)avu persister jusqu’à la mort, sur un homme de 45 ans, le libre mouvement des membres inférieurs, malgré la destruction de tout le tronçon moyen de la moelle, le long duquel il ne subsistait à la face antérieure qu’une lame mince, à peine large de deux lignes. Dans l’intervalle des membres la moelle épinière de la tortue a un calibre proportionné comme dans les mammifères. Nonobstant l’épais-

leur susceptibilité tactile dans cet animal.

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