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Dans tous les poissons le calibre de la moelle épinière est constamment de beaucoup plus petit encore que dans les reptiles. Les seules raies font exception. Pour tous les autres la différence est de quatre ou cinq fois moindre, et elle l’est bien davantage dans les poissons pourvus de vessies aériennes , ou d’autres moyens pneumatiques de supprimer à leur gré leur pesanteur.
D’abord, indépendamment de la forme avantageuse de leur corps pour se mouvoir dans un milieu liquide, les poissons ont un autre avantage dans la perte de presque toute leur pesanteur, par le volume d’eau qu’ils déplacent. Outre ces causes de plus facile mobilité, beaucoup de poissons jouissent encore de la faculté de se rendre plus légers que l’eau, par des dégagements d’air dans des réservoirs intérieurs. Les diodons et les tétrodons sont de tous les poissons les mieux partagés à cet égard. Outre la vessie natatoire ordinaire, ils ont tout le long de la carène inférieure de leur corps, depuis l’anus jusqu’au menton, une longue cavité à paroi membraneuse, située entre la peau et les muscles abdominaux. Celte cavité s’ouvre dans l’œsophage. Le poisson la remplit d’air qu'il avale quand il veut rester à la surface.
Or, dans cc poisson, où toutes les résistances qu’opposait au mouvement sa propre pesanteur, sont anéanties , et que par conséquent la moindre
impulsion possible-peut déplacer, toutes les paires de nerfs reçoivent leur excitation du pourtour latéral et inferieur du quatrième ventricule sur une surface nerveuse qui n’a pas six lignes carrées. Dans la baudroie , la proportion de moelle épinière est un peu plus que triple de ce qu’elle est dans le tétrodon , mais il y a une fois plus de nerfs. En comparant pour un tétrodon de deux pieds de diamètre un tronçon médullaire d’une ligne de diamètre, et de sept à huit de long, à la moelle épinière d’un mammifère ou à celle d’un oiseau, la proportion est de plusieurs centaines de fois moindre dans le tétrodon. Il faut remarquer en outre, que ces animaux sont peu agiles , et se laissent plutôt flotter qu’ils ne nagent.
Dans tous les poissons osseux à vessie aérienne, la moelle épinière occupe bien toute la longueur de l’animal , mais son calibre est à proportion huit ou dix fois moindre que dans un mammifère, et sa réduction est réciproque à la grandeur de la vessie natatoire. L’esturgeon, par exemple , montre bien celte corrélation, par opposition avec les squales. La moelle épinière, qui dans un esturgeon de cinq pieds de long doit exciter une masse musculaire presque égale à celle d’un homme , a vingt fois moins de calibre. Dans les squales dépourvus de vessie aérienne, la différence est beaucoup moindre. Elle n’est pas de moitié relativement à un mammifère. Enfin , chez les raies , dont la forme
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rst si désavantageuse dans un milieu aussi résistant que l’eau, à de grandes surfaces, le calibre de la moelle est au moins double à volume égal de ce quil est dans un mammifère.
Hors ce seul cas, dont la raison mécanique est e\ idente, la quantité de matière nerveuse nécessaire à l’excitation des muscles et des mouvements , est donc en raison inverse de la densité du milieu d’existence et de la pesanteur spécifique des animaux.
fhioi qu 011 en ait dit, il n’y a pas de renflement aux tronçons de la moelle épinière correspondants aux nageoires des poissons. Car dans un même animal les accroissements de la moelle pour produire un < xt es local d excitation musculaire, même trèsconsidérable , quand cet excès résulte de l’excès de masse des muscles eux-mêmes, sont insensibles, comme le prouve l’exemple du premier renflement des oiseaux comparé à l’interfémoral. Cet accroissement est si insensible , que le tronçon où s insèrent les nerfs des nageoires de l’exocetus vobtans ( celui des poissons volants qui s’élève davantage ) n a pas plus de calibre que dans un poisson à nageoires ordinaires, et l’on verra ailleurs que les nerfs n’en subissent pas davantage. Et cependant la moyenne surface des deux pectorales surpasse bien deux fois celle de tout le corps.
S’il y a au contraire un grand excès d’énergie musculaire, tout étant égal d’ailleurs du côté de la masse des muscles, comme, par exemple, la différence d’é-
nergie entre le crapaud et la grenouille et surtout la rainette, alors l’accroissement de la masse médullaire est plus considérable. Ainsi , par le plus grand effort, une grenouille produit un saut de près de quinze fois sa longueur , sur une parabole dont le développement est au moins un tiers plus grand. Le plus grand effort d’un crapaud de même taille est cinq ou six fois moins énergique. Les rainettes sont encore plus vives que les grenouilles. Or, on a vu (liv. II, chap. 2) que le canal vertébral étant égal dans ces animaux , la moelle épinière du crapaud n’en occupe que la moitié, celle de la grenouille et de la rainette, toute la longueur, qu’en fin les trois nerfs des membres postérieurs des grenouilles s’insèrent un cinquième audelà du point où s’arrête la moelle du crapaud , et ceux des rainettes un peu plus bas encore. La quantité de moelle croît donc ici avec l’énergie de la contraction, la masse musculaire restant la même. La section du prolongement de moelle qui dépasse, dans les grenouilles et les rainettes , l’insertion du dernier nerf lombaire, ne paraît pas diminuer sensiblement la force des mouvements.
On a dernièrement fait dépendre la différence des propriétés de la moelle, d’une part , et du Cerveau et du cervelet de l’autre , de la disposition inverse de la matière grise, relativement à la matière blanche. La faculté de produire des mouvements (d’êlr 0 irritable', Flourens) tiendrait, d’après çettç
idée, à la concentricité (le la matière grise dans la moelle, et la propriété de les vouloir , de les ordonner et de les régler (d’être sensible ; Flonr.) tiendrait à la concentricité de la matière blanche dans le cerveau et le cervelet.
D’après ces principes, les reptiles et les poissons seraient paralytiques du mouvement, car on a vu qu’ils n’ont que de la matière blanche fibreuse sur toute la longueur de leur moelle épinière, et qu’un canal, rempli de sérosité, occupe la place de la matière grise. Les plus vigoureux des poissons, les saumons, qui remontent des chutes d’eau de plusieurs toises, n’ont, pas plus que les autres, un atome de matière grise au centre de leur moelle.
Ainsi donc, considérée comme organe du mouvement, la moelle épinière augmente et diminue de calibre et de longueur selon les quantités d’action à produire, mais dans des proportions beaucoup moindres que lors des variations des phénomènes de la sensibilité.
A cet égard j’observe d’abord que dans le hérisson , c’est tout entier à la disparition du sens du toucher à la peau que se trouve lié le raccourcissement de la moelle épinière , puisque l’animal ne se meut pas moins aisément qu’un autre, quoique à la vérité il ne coure pas très-vite; que dans les oiseaux , nonobstant l’excès des muscles à mouvoir aux ailes, le renflement interfémoral est plus volumineux que l’autre; que le volume de ce renflement
11e change pas, quelle que soit la longueur ou la mobilité de la queue ; qu’il est le meme dans les plongeons et les canards qui n’ont presque pas de queue, et chez les aigles et les pies, qui en ont une si mobile (je n’ai pas eu occasion d’examiner les pics sous ce rapport); que dans le tétrodon , qui montre la plus grande réduction de cet organe , tout le corps est enveloppé d’une peau épaisse de sept à huit lignes , et à la surface de laquelle je 11’ai pu suivre de nerfs. Ce poisson se trouve donc relativement à la susceptibilité tactile de la peau, mais au degré le plus complet, dans le même cas que le hérisson. La baudroie a aussi la peau fort épaisse.
Les cinq paires de lobes si volumineux , qui correspondent aux trois gros nerfs des doigts des trigles , sont évidemment et uniquement liés J à la sensibilité tactile des doigts. Car les autres nerfs qui animent les muscles de la nageoire pectorale, s’insèrent à un tronçon qui n’a plus le moin dre renflement, et qui n’est pas plus calibré que celui où s’insèrent les nerfs des nageoires ventrales.
Dans la baudroie , les branches des deux premières paires spinales qui vont aussi s’épanouir a l’extrémité des deux longs rayons, flottants comme des aigrettes au-dessus de la face de l’animal, ont. aussi le même rapport avec les deux petits lobes développés à l’insertion de ces nerfs.
Les accroissements de calibre et le développe-
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incnt de lobes sur la moelle sont donc liés à des phénomènes de sensibilité plus vive, et réciproquement les plus grandes réductions de cet organe sont liées à des réductions ou même à la disparition complète de ces phénomènes.
La volonté et l’excitation des mouvements d’une part, et les sensations de l’autre, sont-elles transmises par tout le calibre de la moelle épinière, ou bien ces transmissions se font-elles par les surfaces seulement? et alors l’une et l’autre transmission peuvent-elles se faire par toutes les lignes de la surface, ou bien un même côté serait-il affecté à une de ces transmissions , et l’autre côté à une autre, de sorte que les forces ainsi transmises fussent en quelque sorte polarisées?
L’induction résout encore ce problème. À partir de la huitième paire inclusivement, les centaines de nerfs spinaux de la lamproie sc terminent à l’enveloppe, partout distante du système cérébrospinal , d’environ la moitié de son épaisseur. INon seulement la force excitatrice du mouvement doit ici émaner do la surface le long de laquelle elle se transmet, mais encore la transmission au nerf s’en fait nécessairement à distance, et réciproquement pour la transmission de la force qui doit produire la sensibilité» Enfin , les différences physiques et chimiques du système cérébro-spinal de ces animaux prouvent sans réplique, que l’existence et la production des forces nerveuses sont indépendan-
tes de la composition de l’organe où elles résident.
Voici à ce sujet ce que prouve l’expérience.
Lintroduction d’un stylet tout le long de l’axe de la moelle, n’altère notablement ni la sensibilité, ni les mouvements de l’animal. Ce qui implique que toutes les parties détruites par le stylet, et toutes les parties voisines tiraillées ou contuses par lui, n’ont exercé que peu ou point d’influence sur les phénomènes persistants. D’où suit que puisque ces parties n’agissent pas alors, il est très-probable qu’elles n’agissent pas non plus dans l’état ordinaire. Les transmissions ne se font donc pas par toutes les profondeurs du calibre de la moelle.
En outre, la face inférieure de la moelle est beaucoup moins sensible aux piqûres et aux irritations que la face supérieure; chaque genre de transmission ne se fait donc pas indifféremment par l'une ou l’autre face. L’une transmet mieux les sensations que l’autre.
Enfin, l’activité morale, l’exercice voluptueux du coït, le libre mouvement et la sensibilité des membres inférieurs , persistaient malgré la destruction de toute la matière nerveuse répondant à toute la moitié inférieure de la région cervicale et au commencement de la région dorsale de la moelle, intervalle où il ne subsistait plus sur la face antérieure qu’une lame mince, à peine large de deux lignes. De l’eau remplissait tout le tube formé par les membranes restées dans leur intégrité.
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Comme un ne dira pas sans doute qu’aucune transmission se faisait à travers l’eau , car alors pourquoi la moelle épinière n’est-elle pas ordinairement pleine d’eau? et comme l’expérience précitée, et en outre des faits que nous dirons plus tard , prouvent que la sensibilité ne se transmet que par la face supérieure; il suit que dans ce cas , la transmission des mouvements et celle des sensations se faisait à la surface correspondante des membranes restées dans leur intégrité. Nous reviendrons sur ce phénomène.
L’expérience se divise d'une autre manière. La section des cordons supérieurs seuls , paralyse la sensibilité, en laissant le mouvement; et réciproquement pour la section des cordons inférieurs.
Les transmissions se font donc par les surfaces de la moelle épinière (i). D’ailleurs, l’intérieur de la moelle, sur un quart ou un tiers environ de son diamètre, est creux dans les poissons et les reptiles.
Jusqu’à Legallois, on admettait que le principe
(1) En voici une autre preuve pathologique : M. Royer- Collard a vu à Charanton un vétéran qui, dans le? sept dernières années de sa vie, resta les cuisses fléchies sur le bassin, et les jambes sur les cuisses, sans jamais les mouvoir, quoiqu’elles conservassent leur sensibilité. Ses excrétions étaient involontaires. Presque toute l’épaisseur des cordons abdominaux de la moelle était ramollie, et la pie-mère de sa face antérieure était très-dense, bleuâtre, pointillée; sa face postérieure était saine.
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des mouvements etde'la sensibilité de tout le corps résidait au cerveau, c’est-à-dire, que le cerveau seul excitait et produisait les mouvements, qu’il ressentait seul les impressions, qu’il était le siège uniquedes sensations. On allait même jusqu’à supposer dans le cerveau un lieu circonscrit, où à-la-fois aboutissaient toutes les sensations , et d’où partaient l’impulsion de tous les mouvements. Ces idées sont maintenues dans les conclusions d’un recueil d’expériences récemment publié. Seulement on s’y est proposé d’établir la séparation du centre des sensations et du centre des mouvements. M. Flourens a fait des lobes cérébraux le lieu unique où les impressions, reçues parles organes sensibles, doivent parvenir pour que l’animal éprouve une sensation, prenne une volonté, et du cervelet le lieu unique aussi, d’où part la coordination des mouvements. Et depuis il a établi que les mêmes parties cérébrales conservaient invariablement les mêmes propriétés dans les quatre classes de vertébrés.
En 1812, Legallois a fait des expériences dont voici les principaux résultats. Sur des lapins d’un jour; i° on coupe la moelle épinière entre l’occipital et l’atlas. Après une minute d’agitation, l’animal reste sensible de tout le corps durant un quart-d’heure, au bout duquel la sensibilité est éteinte; c’està-dire, qu’une piqûre, un pincement de la peau, n’excite plus de mouvements. A vingt minutes , les carotides ne contenant plus qu’un sang noir.