‹ Anatomie des systèmes nerveux des animaux a vertèbres [electronic resource]Chapitre 62 sur 83 · VA · texte numérisé non relu

VA

et pousse le moindre cri; tandis que durant ces convulsions du train postérieur, une simple piqûre delà face l’oblige à crier.

Mais toute l’étendue de ce lobe du quatrième ventricule n’est pas également le siège de cette conscience. Si , derrière l’insertion de la cinquième paire et d’un seul côté, l’on coupe le cordon supérieur du quatrième ventricule , les phénomènes ne se produisent plus de ce côté, la conscience de toutes les sensations continuant de l’autre. Et réciproquement. Si, laissant intacts ces deux cordons supérieurs où se continuent les nerfs de la cinquième paire, on coupe entre deux, soit les pyramides inférieures, soit les cordons inférieurs de la moelle, la conscience des sensations de la face subsiste. Les parties intermédiaires du lobe ne sont donc ni conducteurs ni siège de celte conscience, qui de plus semble avoir deux foyers. Car la section du cordon droit laisse subsister la conscience à gauche, et réciproquement. L’on vient de voir les limites latérales de ces foyers, en voici la limite sur la longueur. Après la section des mêmes cordons supérieurs derrière la troisième vertèbre, toutes ces sensations continuent. Or, on a vu que la racine inférieure de la cinquième paire se prolongeait à la face inférieure de ce cordon ,à une distance variable, suivant les espèces. La limite de ces phénomènes paraît donc être celle des racines mêmes de la cinquième paire.

En outre, toute la surface de ces cordons du quatrième ventricule jouit d’une sensibilité extrême, et manifestement supérieure à celle du reste de la surface supérieure de la moelle et des lobes optiques. Son irritation excite des convulsions. (On verra plus loin que les surfaces du cerveau et du cervelet sont insensibles.)

L’organe où réside la conscience des sensations de tout le corps, moins la vue, est donc cette partie du cordon supérieur de la moelle où s’implantent les racines de la cinquième paire.

Un second ordre de phénomènes réside dans la partie du quatrième ventricule qui répond à l’insertion de la huitième paire. Le Gallois , après Lorry, avait expérimenté que la respiration continue durant l’enlèvement successif, d’avant en arrière et par tranches, du cerveau, de tout le cervelet, et d’une partie de la moelle allongée , mais qu’elle cesse subitement lorsqu’on arrive A comprendre dans une tranche, l’origine des nerfs de la huitième paire. Cette expérience nous a constamment donné les mêmes résultats. Mais c’est sur les hérissons que les phénomènes subsistent plus longtemps. Nous avons même vu ces animaux crier pour des piqûres, des pincements des pales et des oreilles, quoique toute la partie antérieure du ventricule où la conscience paraît bornée chez les lapins, n’existât plus. Mais il faut observer que dans les hérissons, les racines de la cinquième paire se

prolongent en arrière plus que dans les lapins, et que le segment de la huitième paire renferme chez eux l’extrémité postérieure de ces racines. Dès l’instant que le segment postérieur du quatrième ventricule est détruit, la respiration cesse. Mais, comme on a vu les mouvements respiratoires du thorax et du diaphragme se ranimer par l’effet de l’insufflation pulmonaire, lors même qu'il ne subsistait plus que la portion dorsale de la moelle, il est démontré que ce segment postérieur du quatrième ventricule n’est pas le siège du principe immédiat de ces mouvements , mais seulement d’une force de laquelle dépend l’action de ce principe. Et comme on peut suppléer à cette force par l’insufflation, il paraît que l’influence principale de cette force consiste à entretenir le phénomène chimique de la respiration.

L’influence de la moelle allongée sur la respiration est donc plus subordonnée à la moelle épinière qu’au cerveau.

Une autre expérience prouve que l’estomac, et par conséquent la digestion, sont, aussi-bien que le poumon et la respiration, sous l’influence initiale de ce lobe. Si, au milieu des efforts de vomissement qu’excite dans un animal une dose suffisante d’émétique , l’on comprime le quatrième ventricule à l’origine de la huitième paire, le vomissement s’arrête , et cependant les muscles en action dans ce phénomène reçoivent leurs nerfs de

la moelle épinière, qui peut, si on l’irrite, les faire contracter, mais sans que cctteicontraction produise le vomissement. L’influence initiale agit encore ici directement de la moelle allongée sur la moelle épinière.

La durée de la vie est très-différente, selon les classes d’animaux , après la section de l’encéphale derrière le cervelet. Les hérissons survivent plus long-temps que tous les mammifères; le terme est de plus de deux heures , s’ils étaient dans un état voisin de l’engourdissement. Alors la température de leur sang n’est guère supérieure à celle des reptiles. Cette condition, qui est plus favorable à la durée des phénomènes respiratoires et sensitifs, restreint l’intensité des signes de ces derniers. Mais les reptiles vivent fort long-temps après la résection de l’encéphale. On sait que ltcdi a conservé des tortues vivantes six mois après leur avoir extrait le cerveau par le crâne. Et le résultat était le même chez des tortues terrestres et chez des tortues d’eau douce. Les tortues sans cerveau continuent de marcher, d’aller et venir, d’être sensibles comme à l’ordinaire. Elles n’ont perdu que la vue, et les yeux se ferment aussitôt l’enlèvement du cerveau.

Nous avons répété la même expérience constamment avec les mêmes résultats, sur un grand nombre de grenouilles, de crapauds, de vipères et de couleuvres. Mais ces dernières, même en été.

U VlU£ IV.

ne survivent pas plus de quarante-huit heures, et les grenouilles plus de trois jours.

INon seulemcht dans ces animaux, la conscience des sensations survit à la destruction de l’encéphale ; mais aussi l’animal continue de se déterminer et de vouloir, ce que ne fait pas un mammifère. La faculté de vouloir et de se déterminer réside donc, au moins en partie, dans le lobe du quatrième ventricule chez tous ces reptiles, puisqu’elle se manifeste encore quand il n’y a plus d’encéphale. Cette force n’y réside évidemment pas dans les mammifères. Mais puisque ces deux forces n’ont pas le même siège, et que l’une peut exister sans l’autre, elles ne sont donc pas identiques. Vouloir et se déterminer est donc un autre phénomène , qu’avoir la conscience d’une sensation.

R edi ne parle pas des limites de ses sections, mais l’anatomie de l’espèce commune sur laquelle il opérait, montre que la décapitation détruit la plus grande partie du segment d’insertion de la cinquième paire.

Lue tortue seulement décapitée ne change plus de place, mais relire scs pâtes quand on les pince. Redi en a vu vivre vingt-trois jours en cet état. M. Bresclict n’en a pas vu survivre plus de quarante-huit heures à la décolation, derrière la deuxième ou la troisième vertèbre. Il les a vu aussi rester imobiles, et ne remuer que les pâtes si on les piquait. Entre

lus mains de M. Magendie, en juin, une grande tortue de la même espèce ne survécut que cinq minutes à la destruction, avec un stylet, du segment d’insertion de la huitième paire. Je n’ai point vu non plus de grenouilles, de crapauds ni de serpents marcher après la destruction du quatrième ventricule. Seulement quand on pique, quand on pince un animal en cet état, la pale, la jambe irritée se retire, ou le tronçon se replie, si c’est un serpent. 11 en est de même chez les salamandres. Legallois en a décapité sur les premières vertèbres qui vécurent plusieurs jours. Mais tout en remuant leur corps et leurs pâtes avec autant de force que pour marcher, elles ne changeaint pas de place. Leurs mouvements sont déréglés, et sans but; les pâtes se meuvent en sens contraire l’une de l’autre. Sur plusieurs centaines M. Breschet n’en a vu aucune survivre plus de quatre jours à la même décolalion, dans aucune saison; et si l’on tenait la plaie submergée, la salamandre mourait aussitôt.

Une preuve que c’est bien dans le quatrième ventricule seul que réside dans tous les reptiles la force ordonnatrice des mouvements réguliers, c’est que si l’on enlève entièrement à un crapaud, à une grenouille, la commissure de cc ventricule (commissure que, si l’on veut, on nommera cervelet) l’animal marche, se dirige tout aussi bien qu’auparavant. Ce n’est donc pas dans ce prétendu cer* velet que réside cette force ordonnatrice.

L enlèvement de cette commissure donne lieu à un phénomène fort important, par ses rapports avec les lois générales de l’équilibre et du mouvement. Une grenouille, privée de cet organe, perd de la vivacité de ses mouvements dans l’air; à terre elle ne peut plus sauter, mais dans l’eau elle nage, plonge, sans aucun ralentissement apparent. La quantité de force nécessaire au mouvement dans l’air, est donc beaucoup plus grande que celle nécessaire au mouvement dans l’eau, où la plus grande partie de la pesanteur est neutralisée. L’intensité et la vilesse des mouvements du crapaud sont beaucoup moins diminuées que dans la grenouille, phénomène qui coïncide avec celui que nous avons observé plus haut (pag. 546).

L’expérience vient de montrer que l’estomac et le poumon, et les actions mécaniques et chimiques qui en dépendent ou s’v rapportent, sont soumis directement à une influence résidant au segment d’insertion de la huitième paire. Tout porte à croire que ce segment est aussi le siège des sensations, des besoins cl des forces intellectuelles, ou instinctives, qui se rapportent à ces actions. Ce qui induit cà le croire, c’est que d’autres expériences prouvent que cet organe est encore le siège du sommeil, de l’assoupissement, et d’un phénomène inverse de la force excitatrice des mouvements et des sensations.

Ll d abord sur un animal dont on découvre le

PHYSIOLOGIE Dü SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 569

quatrième ventricule; on fait cesser à l’instant les mouvements et les sensations, si l’on comprime le devant de ce lobe, préalablement découvert : l’animal est assoupi. Si, au contraire, après avoir enlevé le crâne, et l’animal n’éprouvant d’autre effet que le léger affaiblissement causé par 1 hémorragie, l’on comprime latéralement, jusqu’à les écraser, les lobes cérébraux et ceux du cervelet, l’animal continue d’être éveillé et d’être susceptible de toutes les sensations, de tous les mouvements. 11 perd subitement cette faculté si l’on comprime verticalement le cervelet, la pression étant alors directement transmise à la moelle allongée. Il la perd aussi, si l’on comprime verticalement, surtout obliquement d’avant en arrière et de haut en bas les lobes cérébraux, la pression se transmettant également à la moelle. Enfin , pour dernière preuve que l’assoupissement ne réside ni dans le cerveau ni dans le cervelet, J\I. Fodera, à qui l’on doit ces expériences, a remplacé ces organes par une pâte molle. En coihprimant latéralement ou verticalement cette pâte on obtenait les mêmes phénomènes qu’en comprimant le cerveau. Il prouve encore la même chose par une autre expérience. Le dernier terme de l’action de l’alkool est, comme on sait, un sommeil profond et inexcitable, un assoupissement léthargique. Si, prenant deux animaux de même force, de même taille et de même âge, l’on ôte à 1’un le cerveau et on laisse

l’autre entier, la dose d’alkool nécessaire pour produire un même degré d’assoupissement devra être double pour le second. Or, le degré d’assoupissement se mesure par la quantité d’acide prussique nécessaire au réveil complet de l’animal; car l’expérience a appris que le principe actif des amandiers, des pruniers, etc., neutralise les effets de l’alkool sur le système nerveux. Enfin, les phénomènes alternatifs de l’assoupissement par l’alkool, et du réveil par l’huile d’amandes amères, arrivent tout aussi bien sur un animal dont on a enlevé tout l’encéphale au-devant du quatrième ventricule. Le cerveau, loin d’être le siège de l’assoupissement et du sommeil, est donc, au contraire, antagoniste de l’influence qui peut produire ces deux états, puisque celle influence doit être plus grande si le cerveau n’a pas été détruit.

Les inductions des observations directes sur l'homme coïncident avec le résultat de ces expériences. Dans les rêves et même dans le somnambulisme toutes les sensations sont suspendues, la conscience de tout ce qui environne le somnambule , le rêveur n’existe pas pour lui. Cependant il n’est pas douteux que le cerveau n’agisse alors puisque le rêveur pense et parle, et que le somnambule agit avec les mêmes combinaisons et dans le même ordre que s’il était éveillé. Le siège de la pensée n’est donc pas le même que celui de la conscience des sensations. Cette conscience, elle-

riIÏSIOLOGJE Ul SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 5^1

meme, n’est pas urr effet nécessaire des impressions faites sur les organes des sens, puisque les yeux, les oreilles, etc., du somnambule, sont affectés, sans qu’il voie, sans qu’il entende. Déplus, le siège de la l’impulsion à agir n’est pas le même que celui de la conscience des sensations, puisque l’un est actif séparément de l’autre. Or, la liaison du cerveau avec les cordons inférieurs de la moelle épinière , par les pyramides , explique celle dçs opérations de l’intelligence et de la volonté , avec les mouvements réguliers et non automatiques, sans la coopération des forces qui résident dans le quatrième ventricule.

Enfin, dans les inflammations de la surface du cerveau, nommées arachnitis , l’assoupissement accompagne constamment l’arachnitis de la base; et plus le coma a été profond, plus grande est l’inflammation de la surface de la protubérance et de la moelle allongée; malheureusement les auteurs de ces observations (MM. Martinet et Parent du Châtelet) ne parlent pas de l’état de la face supérieure de cet organe.

Le siège de l’assoupissement causé par l’inflammation paraît le même que celui de l’assoupissement causé par l’ivresse alkoolique et par la compression. L’assoupissement qui constitue le sommeil ordinaire a lirait- il donc un autre siège?

L’on attribuait aux pyramides inférieures la transmission à l’autre côté du corps des effets

mécaniques et sensitifs de la compression, qu’exerce dans un hémisphère du cerveau , du sang épanché, du pus, ete. , lors des apoplexies et des paralysies. Et pour expliquer ce croisement des phénomènes, des anatomistes avaient cru voir les fibres d’une pyramide se continuer avec celles du cordon inférieur opposé de la moelle, de sorte que ces fibres croisées auraient servi de conducteurs aux phénomènes, ou plutôt à l’influence qui les produit. On a vu, liv. Il, chap. IV, ce qu’il en est de ce croisement. Ces fibres ne se continuent pas avec celles des cordons inférieurs de la moelle; elles s’appliquent seulement à la face inférieure de ces cordons.

Voici le résultat d’expériences faites pour constater les propriétés de ces pyramides.

La section de l’un de ces faisceaux, faite par le quatrième ventricule, en intéressant par conséquen l l’étage superposé de matière grise, et même quelques fibres les plus internes des cordons inférieurs de la moelle, ne produit pas de lésion apparente dans les mouvements, et surtout aucune paralysie, soit du côté lésé, soit du côté opposé. Bien plus, la scetion transversale des deux pyramides vers la moitié de leur longueur, ne produit pas davantage de changement. On a cru seulement remarquer un peu de difficulté dans la marche en avant.

La seule fonction de ces pyramides paraît donc être de lier, de mettre en communication les phénomènes qui ont leur siège au cerveau avec ceux

qui résident ou aboutissent au quatrième ventricule et avec ceux dé la moelle épinière.

La section des pyramides postérieures ne produit non plus aucune alternative visible des mouvements généraux. L’on ne paralyse une moitié du corps , c’est-à-dire , on ne la soustrait à l’influence du cerveau , qu’en coupant la moitié de la moelle allongée du même coté. Alors le côté ne devient pas immobile, car il peut exécuter des mouvements irréguliers ; ni insensible, car les membres se retirent quand on les pince. Enfin , ce côté du corps dont les communications avec le cerveau ont été interrompues , se trouve dans le même cas que tout le corps d’un animal décapité que l’on fait vivre par l’insufflation du poumon.

Ainsi donc , c’est dans le lobe du quatrième ventricule chez tous les animaux, que se passe la conscience de toutes les sensations, moins la vue , et de plus que réside dans les reptiles la faculté de se déterminer ou de vouloir, la volonté.

Maintenant, en se rappelant que dans les carpes chez les cyprins, il existe sur le segment d’insertion delà huitième paire, une paire de lobes qui est la plus volumineuse de tout l’encéphale, et qui répond aux nerfs si développés du palais; que dans la torpille une autre paire de lobes formée non pas comme la précédente par le développement des cordons supérieurs, organes de sensibilité, mais par celui descordons inférieurs, organesdemouvcment, répond aux nerfs de l’organe électrique ; n’en peut-

on pas conclure que les premiers sont aboutissant des sensations dont le siège est ail palais, et que les seconds sont les excitateurs des phénomènes électriques ?

De même dans tous les poissons , l’excès constant de développement du quatrième ventricule par rapport à tous les autres animaux , excès coïncidant avec celui des nerfs branchiaux de la huitième paire , n est-il pas lié à la nécessité d’une plus grande action sensitive , chimique et mécanique des branchies sur l’air à respirer, attendu l’adhérence de cet air avec l’eau , milieu d’existence des poissons, et la proportion si infiniment petite de cet air?

Enfin, les accroissements du segment de ce lobe correspondant à la cinquième paire, accroissements qui coïncident avec ceux de cette paire elle-même, démontrent également un rapport direct entre l’intensité des sensations et le développement de l’organe où réside la force intellectuelle en rapport avec ces sensations.

El comme la réduction de chacune des parties antérieures de l’encéphale, et même le défaut absolu de quelques-unes de ces parties , par exemple, les lobes olfactifs, le cerveau et le cervelet dans quelques reptiles et beaucoup de poissons, ainsi que les expériences sur ces vestiges d’organes, portent à croire que les forces propres à ces parties peuvent y être réduites à une très-petite existence, ou même y être milles; comme au contraire l’ex-

périenceet l’observation anatomique prouvent que le quatrième ventricule devient le siège d’un plus grand nombre d’actions à mesure que ce lobe se développe, on en peut conclure que très-probablement dans les poissons où ce quatrième ventricule a une si grande proportion, il est le foyer principal des forces ou facultés dont se compose l’instinct ou l’intelligence de l’animal. Enfin , c’est un point de la plus haute importance dans la physiologie du système cérébro-spinal, que d’avoir constaté cette liaison, cette connexion si intime de l’organe ou réside la conscience des sensations, et de celui qui paraît l’ordonnateur de toutes les affections, de tous les phénomènes relatifs à la respiration et à la digestion. Ainsi se trouve, sinon expliquée, au moins reconnue la cause de ce nœud si intime des besoins les plus dominants, de la faim, de la soif, des soupirs, des sanglots, du bâillement, du sommeil, etc., avec la conscience des sensations et les déterminations de la volonté.

Page 1