INFLUENCES ET PROPRIÉTÉS DES LOBES OPTIQUES
Celle paire de lobes , simples dans tous les ovipares et doubles dans tous les mammifères, grandit avec les développements du nerf optique et de la rétine. De plus, chez les ovipares il s’y creuse des cavités, et les parois de ces cavités se dédoublent en feuillets distincts selon le degré de ces développements du nerf et de la rétine. C’est le feuillet interne qui, par ses nombreuses complications, paraît surtout en rapport avec les perfectionnements de l’œil, et partant des sensations qui en dérivent. Ces dédoublements des parois du lobe et ces plicatures du feuillet interne n’existent que dans les poissons osseux; en même temps ces lobes y sont ordinairement aussi prédominants que les lobes cérébraux le sont chez les mammifères. Ces derniers lobes sont, au contraire, réduits au plus petit vestige de la couche optique. On verra au chapitre suivant qu’aucun des phénomènes du mouvement ne paraît, dans ces poissons, dépendre de ces lobes. 11 est au moins douteux que quelques phénomènes d’instinct ou d’intelligence ÿ résident encore. Et comme tous ces lobes, moins celui du quatrième ventricule, peuvent être à leur tour ru-
dimentaires ou même nuis, sans que pour cela les instincts, les industries manquent aux animaux, il est évident qu’alors, ccs instincts doivent avoir leur siège dans les organes subsistants, et surtout dans ceux qu’un plus grand développement annonce avoir plus d’action. Comme enfin dans l’homme même, l’observation prouve une liaison plus intime entre les opérations intellectuelles et les phénomènes d’un sens principalement actif, tel que l’œil, par exemple, chez les sourds-muets; comme d’autre part on a vu que deux forces différentes, la conscience et la volonté, peuvent s’assembler dans un même organe, la moelle allongée; il y a lieu d’admettre que dans le segment cérébro-spinal d’un sens, la totalité ou une partie des forces intellectuelles peut y coïncider avec les opérations ordinaires à ce sens, et qui y sont ordinairement isolées. Dans cette hypothèse on conçoit quelle liaison plus intime doit alors assujettir l’intelligcnco aux impressions du sens dans le lobe cérébro-spinal duquel elle réside. Et telle me paraît être celle de tous les poissons osseux à lobes optiques très -développés.
La relation avec l’exercice de la vue, des forces qui résident dans ce lobe, est démontrée par deux sortes d’expériences, l’une directe et artificielle, l’autre pathologique et naturelle. La section d’un nerf optique, ou même la simple suspension de l’exercice d’un œil, entraîne, au bout de quelques
semaines, l’atrophie de la surface inférieure du lobe optique opposé d’un pigeon et la disparition de celte matière nacrée qui forme l’expansion rayonnée du nerf. Elle se reproduit avec l’exercice de l’organe. Celte expérience prouve de plus le croisement de la sensation optique.
Mais dans les mammifères la cessation de l’action et même la destruction d’un œil, 11’entraîne aucune altération dans le volume ou la structure d’aucune des deux paires latérales de t ubercules optiques (dits quadri- jumeaux). Les observations publiées par Nœthig et Sœmmering, sur des chats, des chiens, des chevaux, et sur l’homme, n’ont montré d’altéré alors que le volume de la partie postérieure de la couche optique. ( S dpi . nevr. min. , t. 1. ) 11 en est de même des observations de M. W'rolik, et de celles qu’a faites M. Magendie.
Cette inaltérabilité du volume et de la stuclurc du lobe optique des mammifères par la cécité ou meme par la destruction de l’œil, prouve que ce lobe a d’autres usages que celui de réagir sur les sensations de la vue. Aussi la cécité naturelle des taupes, des chrysochlores, duzemni, etc. , ne coïncide-telle nullement avec l’état rudimentaire de ce lobe.
Les lobes optiques n’y sont que très-peu plus petits nue dans d’autres animaux d’une même taille et de genre voisin. Comme pour les oiseaux, il paraît que ce qui peut y subsister d’action optique ré-
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sideà la surface, car on peut, sur des lapins, sur des chiens, etc., enlever les quatre mamelons de ces lobes sans qu’il en résulte de trouble dans les mouvements; les agitations ne surviennent qu’en pénétrant un peu profondément. On peut même enlever la moitié supérieure de l’épaisseur des lobes optiques, sans que la course rectiligne soit interrompue. Sur uu animal privé de cerveau, l’influence des couches optiques sur le mouvement, ne se transmet donc que par les fibres qui traversent la base des lobes optiques. Lesefletsde la blessure des lobes optiques sont donc neutralisés sur un mammifère, à qui il ne reste plus au-devant que les corps striés. Les convulsions exigent une blessure plus profonde des fibres de cette base ; encore n’est-ce que relativement au mouvement circulaire des mammifères et des oiseaux , puisqu’il s’est trompé de côté pour les reptiles.
Un phénomène plus singulier et qui implique une influence très-énergique de ces lobes sur la direction des mouvements, c’est que, si l’encéphale est entier, la blessure du lobe optique, surtout à sa base, enrtaine irrésistiblement l’animal dans une course ou dans un vol circulaire ou de manège, sur le côté dont on a blessé le lobe. Le phénomène est inverse chez les grenouilles et les serpents : ils tournent sur le côté opposé au lobe blessé. Je me suis assuré que ce mouvement circulaire, en sens opposé, chez les mammifères et les oiseaux, d’une
part, et chez les reptiles, d’autre part, dépendait d’une force directe et nécessaire, car, après la destruction successive des deux yeux, l’animal continue de tourner du même côté qu’au para vant. Mais par leur construction le mouvement circulaire n’est plus qu’une déviation sur une courbe qui n’appartient plus à un cercle, dans les serpents, et qui est très-excentrique dans les grenouilles et les crapauds. Le même phénomène s’exécute aussi du même côté que la blessure, dans les mammifères, quand par le quatrième ventricule on a coupé le cordon inférieur de la moelle en dehors de la pyramide (i).
Dans les mammifères et les oiseaux, la blessure du lobe optique entraîne la cécité de l’œil du côté opposé, l iris restant mobile chez ces derniers (2). Dans les grenouilles, c’est au contraire celle de l’œil correspondant.
L’on connaît l’influence spéciale de la belladone sur la vue. O11 a prétendu que son action se passait toute entière dans les lobes optiques, qu’après l’expérience on aurait trouvés colorés en rouge; le
(t) Ce manège des mammifères et des oiseaux, sur le côté blessé du lobe optique, a été découvert par ML Flourens. C’est la seule de ses expériences que nous ayons trouvée exacte. Mais il a imaginé le même résultat dans les grenouilles et autres reptiles, où le phénomène est justement inverse.
(2) On verra, liv. V, que les causes de la mobilité de l’iris, sont ailleurs que daus le nerf optique, où les suppose M. Flourcus.
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i.iit est faux. La belladone ne laisse à la surface ou dans 1 (épaisseur de ces lobes aucune trace de son action.