‹ Anatomie des systèmes nerveux des animaux a vertèbres [electronic resource]Chapitre 66 sur 83 · I.l Yllli J · texte numérisé non relu

I.l Yllli J

{joG

venir jusqu’à cinq ou six lois plus petite, et dans le cerveau, est un phénomène du même genre.

Le nombre et la perfection des facultés intellectuelles dans la série des espèces , et dans les individus de ta même espèce , sont donc en proportion de l’étendue des surfaces cérébrales.

L’anatomie pathologique prouve que les facultés ou forces intellectuelles résident ou se passent aux surfaces mêmes du cerveau, comme les irritations du mouvement et du sentiment se transmettent par les surfaces de la moelle et des nerfs.

Dans les inflammations de la pie-mère, connues sous le nom de frénésie , d’ arachnitis , de fièvre cérébrale t il y a constamment altération, ou même abolition complète des facultés intellectuelles et même delà connaissance. Le délire, dit M. .Martinet (page io5 du Traité de V arachnitis) paraît se lier avec l’arachnitis non suppuréc de la convexité des hémisphères du cerveau et du cervelet; il paraît appartenir davantage aux jeunes sujets et à ceux chez lesquels la réaction est le plus fortement prononcée; il ne se rencontre presque jamais avec l’inflammation de la base. Les recherches les plus scrupuleuses- n’ont pu démontrer de rapport entre telle ou telle région enflammée de l’arachnoïde de la convexité, et tel caractère particulier du délire.

Le coma ou assoupissement au contraire, dit-il page 101 , a lieu de préférence dans l’arachnitis de

PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. (5o~

la base, vers l'entrecroisement des nerfs optiques et le voisinage de- la protubérance annulaire. Or, dans tous les cas de ce désordre, de cette abolition de l’intelligence si promptement suivis de lamort, la surface seule du cerveau est enflammée, adhérente à la pie-mère, et les feuillets de la pie-mère sont adhérents entre eux. En outre, cette surface du cerveau et les mailles du réseau de cette piemère sont agglutinés par une sérosité ou gelée consistante , qui existe quelquefois à la surface même de l'arachnoïde. L’intérieur de l’organe, c’est-àdire la substance fibreuse blanche qui en forme toutes les profondeurs, est dans une intégrité parfaite.

Réciproquement chez des individus où l’on n’avait pu observer le moindre dérangement d’esprit, l’on trouve inopinément après la mort, des amas de sérosité occupant des espaces plus ou moins grands de la profondeur du cerveau. Dans les paralysies du mouvement ou du sentiment, ou de ces deux propriétés ensemble, à la suite d’épanchements de sang par rupture dans la masse cérébrale, ou par suite d’inflammations suppurées, spontanément survenues dans des étendues plus ou moins grandes de cette masse, on n’observe le plus souvent aucun dérangement d’esprit.

• Les facultés intellectuelles sont donc non-seulement en proportion avec l’étendue des surfaces cérébrales, et de plus elles ne se, produisent qu’aux

(Jo8

surfaces, et non dans la profondeur du cerveau. Car, il n’y a pas de liaison entre le dérangement de l’intelligence et l’altération matérielle de ces parties; tandis qu’au contraire cette liaison est constante avec les altérations matérielles de cette surface.

Il ne peut donc y avoir d’autrt mesure de l’étendue et de la perfection des facultés intellectuelles, que la quantité relative du plissement des surfaces cérébrales, ou, ce qui est la même chose, l’étendue de ces surfaces. J’ai le premier proposé ce rapport ( journ . com.pl. du dict. des sec. med ., septembre 1822, et Mém. lu à l’Institut le 8 août précédent).

Mais il n’y a aucune relation entre cette quantité du plissement du cerveau et l’étendue ou la figure de la boîte cérébrale , puisqu’un cerveau très-volumineux peut avoir cinq ou six fois moins de surfaces qu’un cerveau plus petit de deux tiers. L’examen fait sur l’individu vivant, indépendamment de l’expérience même des facultés, ou bien l’examen de son crâne, soit quant à la figure, soit quant à la différence de son aire avec l’aire de la face, 11e peuvent donc rien apprendre sur la quantité du plissement, ou, ce qui est la même chose, sur la proportion de 1 intelligence, qui n a d autre mesure proportionnelle que ce plissement même. Les animaux où les

PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 6oü

contours de l’encéphale dessinent les mêmes courbures que la table interne du crâne, c’est-à-dire, où le cerveau n’est pas plissé, et où la surface interne du crâne représente justement celles du cerveau , doivent être exceptés; tels sont la plupart des rongeurs , des édentés , et tous les oiseaux.

A ces seuls animaux peut s’appliquer la proportion de l’aire du crâne à celle de la face. La figure de leur crâne ne peut fournir aucune donnée , puisqu’on a vu au livre premier que les saillies extérieures ne répondent pas à des concavités intérieures.

Il ne peut donc y avoir en-deçà des limites, soit d’une extrême petitesse, soit d’une extrême déformation, de signes extérieurs certains de l’étendue et de la perfection des facultés intellectuelles.

Y a-t-il un rapport entre uue faculté ou un penchant donné et un endroit particulier de la surface du cerveau, ou bien entre cette même faculté et le développement plus ou moins considérable des plis de cet endroit? c’est l’opinion de Gall et de Spurzheim; et cette conjecture me semble plausible. Mais les démonstrations qu’ils en ont données sont loin d’être concluantes, puisqu’elles, ne reposent que sur la configuration extérieure des crânes; et comme je n’ai pu me procurer aucun fait personnel un peu concluant à cet égard, je n’en parlerai pas.

Toutefois un certain nombre de faits observés

r.IVRE IY.

dans des apoplexies, prouvent que la faculté du langage, non-seulement a un siège déterminé et limité dans le cerveau, mais de plus, que ce siège général est subdivisé lui-même en sièges partiels pour les forces^spéciales de cette faculté.

Ainsi le médecin Broussonnet, à la suite d’une apoplexie, perdit la mémoire des noms propres et des substantifs, quoiqu’il eût conservé toute entière celle des mots relatifs aux qualités, celle des adjeclifset des verbes. Cet exemple, et d’autres semblables, prouvent que la perle de la parole peut être indépendante de toute altération des organes mécaniques de la voix. En effet, dans ces cas d’abolition partielle de la parole, la langue et le larynx n’ont rien perdu de leur mobilité. (Cela ne veut pas dire que la perte de la parole ne tienne quelquefois à la paralysie des organes de la voix. ) Alors, tout eu conservant la mémoire du sens des mots, tout en pouvant même encore prononcer des monosyllabes , la faculté d’articuler tous les autres mots est perdue. Ainsi M. Spurzheim a vu deux hommes comprenant tout ce qu’on leur disait, mais ne pouvant trouver la prononciation des mots nécessaires, et ne répondant que par oui ou par non. Quelquefois encore, le discernement des mots est seul perdu, et ceux qui sont employés n’ont aucun rapport au sujet. Dans tous ces cas, f’intégrité des organes mécaniques de la voix esl évidente. On a même vu des malades

répondre à une question, qu’ils la comprenaient, qu’ils savaient ce qu’il fallait répondre , mais qu’ils n’en pouvaient trouver les termes. Or , dans tous ces cas , la partie antérieure de l’hémisphère cérébral était altérée. M. Spurzheim a le premier indiqué ces rapports de la faculté du langage avec la partie du cerveau qui repose sur la voûte de l’orbite.

11 est très-vraisemblable, d’après cet exemple, que les diverses facultés ont chacune un siège spécial. Mais il est évident que ce siège ne peut être connu que par les moyens qui ont indiqué celui du langage. C’est dans l’observation des aliénés qu’il faut donc chercher cette source de connaissances. La stérilité, en résultats pareils, de tous les écrits publiés jusqu’ici sur la folie, prouve, non pas que telle ou telle aliénation n’est pas produite par l’altération d’une partie donnée du cerveau, mais seulement que les auteurs ne connaissent pas l’anatomie de cet organe. Et, effectivement, les plus renommés de ces écrits fournissent les plus déplorables preuves de celte ignorance. 11 y a plus : on y va jusqu’à dire que l’anatomie du cerveau ne sert à rien, ni pour connaître ni pour guérir la folie.

L’exemple des apoplexies et des paralysies , ' prouve aussi que les lobes cérébraux correspondent avec les sensations tactiles et le mouvement musculaire du côté qui leur est opposé.

Mais il n’y a aucun rapport entre un point donné, soit de la surface, soit de l’épaisseur du cerveau, et la paralysie totale ou partielle du mouvement ou de la sensibilité, ou de ces deux facultés ensemble, dans le côté opposé. M. Martinet (op. cit. ) a constamment trouvé dans les arachnitis, où il y avait eu hémiplégie ou commencement de paralysie d’un côté du corps, un épanchement sur la convexité de l’hémisphère opposé, soit que cet épanchement fût borné à ce seul hémisphère, soit qu’il fût seulement plus abondant de ce côté. C’est surtout dans l’arachnitis par cause externe, par chocs au crâne, par exemple, qu’il a remarqué ce phénomène, qui paraît dépendre de la plus grande quantité de pus épanché dans ces sortes d’afachnitis, souvent bornées à un seul côté de la tête. Mais comme il a vu aussi de? épanchements plus bornés, n’avoir pas coïncidé avec des hémiplégies , il s’ensuit que si l’hémiplégie suppose du côté opposé un épanchemenl suffisant, tout épanchement partiel n’est pas nécessairement suivi d’hémiplégie.

Or, l’hémiplégie arrive constamment plus ou moins complète et plus ou moins durable, toutes les fois que le moindre épanchement se fan dans l’épaisseur des couches fibreuses du cerveau. Dans ce cas il arrive, comme dans celui des épan chements toujours bien plus considérables de la surface, que les fibres voisines de l’épanchement

PHYSIOLOGIE DU SYSTEME CEREBRO-SPINAL. 6l5

sont comprimées, et en outre que des fibres plus ou moins nombreuses, dans la continuité et l’épaisseur desquelles s’est fait l’épanchement , sont rompues. Cette rupture et cette compresssion arrivent également dans le cas des inflammations locales de la masse fibreuse blanche, que ces inflammations soient ou non suivies de suppuration. Et alors , selon l’intensité de la maladie et l’étendue de son siège, on observe des altérations proportionnées du mouvement et de la sensibilité (voy. Eallemant, lettres sur V encéphale , passim). Or, dans tous ces cas de paralysie, les fibres blanches sont seules altérées, soit par rupture, soit par désorganisation suppurative, soit par simple compression. L’usage des couches concentriques si nombreuses de fibres blanches ou médullaires, formant la plus grande partie de la masse cérébrale , est donc relatif aux facultés de la locomotion et à la perception du toucher et du tact général.

Et comme il y a de ces fibres qui ne traversent que les couches optiques seulement, d’autres les couches optiques et les corps striés , que d’autres fibres encore ne se prolongent pas inférieurement au-delà de ces deux masses, lesquelles sont continues avec toutes les fibres qui viennent , soit des réseaux de la moelle allongée, soit des pyramides, il y avait lieu de supposer que les propriétés de ces deux masses inférieures du cerveau, n’étaient

pas relatives aux mouvements et à la sensibilité des mêmes parties. Et en effet les expériences vont montrer que les corps striés et les couches optiques agissent différemment sur les mouvements des membres et du tronc, sans toutefois qu’alors la sensibilité soit aucunement altérée.

Il est évident que le corps calleux ou la grande commissure du cerveau n’a point de rapport ni avec les paralysies ni avec l’intégrité des facultés en question dans aucune des paires de membres, car cette commissure n’existe pas dans les animaux, qui font de l’une de ces paires de membres ou de toutes deux successivement, l’usage le plus continu et le plus violent. Tels sont les palmipèdes grands voiliers parmi les oiseaux. Les albat rosses, par exemple, s’éloignent à cinq ou six cents lieues de toute terre , de tout écueil connu où ils puissent se reposer. Les oies, les grues, tous les oiseaux de passage qui entreprennent de longs voyages ; les oiseaux de proie qui ont un vol si rapide, tous ces oiseaux, comme le reste de leur classe, et tous les ovipares sans exception, manquent de commissure à leurs hémisphères. En outre dans l’homme même, Reil [archiv. fur die physiol. t. II, p.5^i) a vu toute la partie moyenne du corps calleux manquer entièrement, dans une idiote de trente ans, bien portante d’ailleurs jusqu a sa mort, et qui faisait les petites commissions de son village à la ville voisine. Cette femme mourut d’apo-

plexie. Les deux hémisphères du cerveau ne communiquaient que par les commissures antérieure et postérieure. Toute la ligne de la fice plane et interne des hémisphères, par où le corps calleux aurait dû pénétrer dans leur profondeur, était couverte de circonvolutions comme leur convexité. Aux circonvolutions près, c’était le cerveau d’un oiseau ou d’un reptile. Et cette femme n’était pas moins dispose de tous scs membres, que si les deux lobes de son cerveau avaient été en communication par leur grande commissure. Enfin M. Martinet m’a dit avoir observé un cer tain nombre d’altérations, de destructions partielles du corps calleux et de la voûte à trois piliers, étendues jusqu’à une certaine profondeur dans les hémisphères, sans qu’il y eût eu simultanéité d’aucun accident de paralysie. De ces faits d’anatomie comparée et d’anatomie pathologique, il suit donc que le corps calleux n’a point d’action sur les mouvements ni sur la sensibilité d’aucune partie du corps. Mais comme le corps calleux n’existe que dans les mammifères , tous supérieurs aux ovipares pour l’intelligence ; comme le corps calleux grandit en raison de l’étendue de la menbrane nerveuse des hémisphères et de leur plissement, mécanisme qui lui-même correspond pour le degré aux facultés intellectuelles; comme enfin l’idiotisme, dans l’exemple cité tout-à l’heure, coïncidait avec l’absence de corps calleux; il suit que

l’usage de cette grande commissure est très-probablement relatif aux seules facultés intellectuelles, soit parce qu’en faisant communiquer les hémisphères, il est un moyen de concert dans leurs actions, soit parce qu’il peut faire participer un lobe plus faible aux effets des actions d’un autre lobe plus fort.

La voûte n’étant réellement que la continuation du corps calleux, et formant la commissure des circonvolutions postérieures et inférieures, comme il forme celle des antérieures et supérieures , ses fonctions doivent être analogues. En effet, elle n’existe, comme lui , que dans les mammifères.

On connaît depuis long-temps la pesanteur spécifique de la masse cérébrale ; et comme cette substance paraît partout homogène, en comparant à elles-mêmes la partie blanche et la partie grise ou corticale, il est à croire que cette pesanteur est Uniforme pour toutes les régions de la masse. Elle est à l’eau comme 10, 3io : 10,000.

Or, (1) j’ai reconnu que cette pesanteur n’était pas constante dans tous les états ni à tous les âges de la vie. Dans les marasmes au dernier degré , à la suite de maladies soit aiguës, soit chroniques, chez les sujets jeunes ou adultes, la persistance du

(1) De 1 état du système nerveux sous les rapports de volume et de lu masse dans le marasme non sénile , etc. , lu à 1 Institut. Journal de physique, juin 1820. Ce travail fait en 181 5 (j’avais alors vingt ans), ne fut donc pas provoqué par le prix proposé pour 1821 dans une illustre académie.

FI1YSI0L0GIE DU SYSTÈME CÉkÉBRO-SPINAL. 6 1 7

volume des nerfs au même degré que dans l’état d’embonpoint ordinaire, et le contraste de cette persistance avec la diminution des muscles, me conduisirent à penser qu’alors le système cérébro-spinal persistait aussidans son intégrité antérieure à lamaladie. Dans la vieillesse au contraire, le raccornissèment et la diminution de volume simultané des nerfs et des autres tissus, me fit soupçonner qu’alors le cerveau diminuait de volume. Ce qui supposait le retrait des parois du crâne , car le cerveau remplit aussi exactement sa cavité dans la vieillesse que dans les autres âges. Mais alors dans le marasme des jeunes sujets, il se pouvait que l’état de plénitude du crâne en imposât, et que les parois eussent, comme dans le vieillard, suivi l’encéphale amaigri. Quoique cet amaigrissement du cerveau des adultes et ce retrait de leur crâne fussent peu vraisemblables, attendu l’intégrité coexistante des nerfs , et la rapidité de la marche de quelques marasmes qui parviennent en deux ou trois semaines au dernier degré, voici comme je m’assurai contre celle cause d’erreur.

Au début de phlegmasics qui devinrent chroniques , j’avais mesuré la circonférence ‘occipitofrontale du crâne. Or , par la comparaison de ces mesures avec celles que j’obtenais après la mort, je les trouvai identiques. Il en résultait donc identité de volume du crâne, et partant du cerveau.

Mais le volume du cerveau pouvait être resté le

même, et le poids avoir diminué. El dans ce cas, il était évident que l’effet du marasme serait représenté par la différence entre le poids après la mort et le poids au début de la maladie.

Celte comparaison étant impossible dans le même sujet, je comparai, sous des volumes hydrostatiques égaux, le poids de parties cérébrales analogues , prises les unes sur des sujets exténués par le marasme , les autres sur des sujets d’âge et de tempérament semblables , morts dans un état d’embonpoint sensiblement ordinaire.

Le résultat de ces expériences sur des sujets jeunes ou adultes au-dessous de quarante ans, m’a toujours donné égalité de poids spécifique. J’ai déjà dit que le marasme des jeunes gens et des adultes n’altérait pas le volume des nerfs.

Il en résulte donc que le système nerveux conserve son intégrité de volume et de masse au milieu des autres tissus diminués sous le même rapport. C’est surtout le système musculaire que diminue le marasme. La contractilité des muscles en est affaiblie. Les fonctions sensitives offrent au contraire le plus souvent une extrême exaltation , une vive susceptibilité. 11 y a doue ici étroite dépendance entre l’action des muscles diminuée et la susceptibilité des sens et du cerveau accrue d’une part, et l’état inverse des muscles et des nerfs d’autre part. Les phénomènes nerveux que présentent les derniers temps de la vie dans le marasme et le commen-

cernent des convalescences après les maladies qui en sont suivies, tiennent donc à la prédominance de masse, et partant d’activité du système nerveux sur les autres systèmes plus ou moins appauvris.

Cette conclusion est facile à vérifier par des expériences, semblables aux précédentes, sur le cerveau de vieillards septuagénaires et au-delà. Comme chez eux, les nerfs et la moelle épinière sont plus ou moins atrophiés , et comme le cerveau tout en conservant en apparence l’intégrité de sa masse partage la lenteur et l’affaiblissement survenus dans les fonctions des autres organes nerveux, il suit que la cause de cette abolition doit être identique, et que le cerveau comme les autres organes nerveux doit diminuer de volume et de masse.

Comme on ne pourrait qu’en rapprochant des mesures prises à des époques très-éloignées , com- ' parer à lui-même le volume du crâne d’un même individu; comme on ne peut non plus avec utilité comparer ces volumes sur des vieillards et des adultes, il faut substituer la comparaison des masses à celle des volumes qui ne serait possible que par des mesures prises à des époques très-distantes. Ce que je ne fis pas alors , et ce que je n’ai pas fait depuis. La comparaison des masses me semble même plus concluante que celle des volumes. Car la masse étant le produit du poids par le volume, les erreurs possibles par l’emploi du dernier facteur seul, sont alors nécessairement corrigées.

Or , ou trouve par la balance hydrostatique , que la densité dans les vieillards au-delà de soixante-dix ans, est d’un vingtième à un quinzième moindre que dans les adultes. Sous volume égal, il y a donc moins de molécules; par conséquent la nutrition n’y est plus la même

En même temps, les fibres cérébrales prennent plus de dureté et de cohésion , moins de sang peut y pénétrer. Et comme M. Chevreul vient de prouver que la matière nerveuse existe toute formé® dans le sang, comme elle ne fait que se déposer en passant par le cerveau , on voit que de la diminution et du nombre et du calibre des vaisseaux , il résulte que moins de sang passe par le cerveau , et que moins de matière nerveuse s’y dépose. 11 est même très-vraisemblable que celte diminution de volume et de la m isse du cerveau et de tout lesvs-

lème nerveux dans les vieillards, tient à ce que la matière nerveuse ne se produit plus aussi abondamment dans le sang, qui, peut-être, finit par n’en plus charrier du tout. On ne suit pas si les circonvolutions diminuent d’ampleur dans la vieillesse, comme elles vont en augmentant de la naissance à l’àge de l’adolescence.

Aux diverses époques de la vie d’un même animal , tout comme dans les divers degrés de chaque embranchement des animaux, il y a donc rapport direct entre la masse des organes, leur activité ou leurs forces , et le produit de ces forces ou leurs ac-

PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME CÈRÈBRO-SPIN'AL. 6ül

lions; en d’autres termes, l’intensité des fonctions nerveuses est partout proportionnelle à la quantité de matière nerveuse et surtout à l’étendue de surface qu’elle déploie.

J’ai vuen outre que dans les mêmes sujets, la fermeté , l’élasticité, et la pesanteur spécifique variaient très -souvent d’un hémisphère à l’autre. M. Scipion Pinel a multiplié ces observations, pour les deux premiers états, dans un grand nombre d’idiots , où l’abrutissement tenait évidemment à cette disparité de constitution des deux hémisphères. J’ai trouvé la différence de pesanteur spécifique dans l’idiot dont j’ai déjà parlé, de cincfà six centièmes plus grande dans l’hémisphère déplissé, que dans celui oit toute la masse blanche était homogène. C’était aussi dans ce même hémisphère que la substance cérébrale était plus ferme et plus élastique.

Ainsi, de la diminution de volume et de masse de la matière nerveuse chez le vieillard, où cette matière endurcie reçoit moins de sang, est par conséquent moins vivante, dépend la diminution du nombre et de l’intensité des actions nerveuses. Réciproquement de l’intégrité persistante des organes nerveux dans le marasme des adultes, lors de la réduction du quart au tiers de leur poids primitif des autres organes , résulte l’excès d’intensité alors observable des actions nerveuses. Cet excès d’action nerveuse est indéfiniment accru par la

liiminution d’épaisseur des enveloppes isolantes du système nerveux , surtout du tissu cellulaire , d’où suit que l’impression des stimulants est alors indéfiniment accrue. Et ces causes et ces elfets de surexcitation seront d’autant plus intenses, que la proportion de volume et de masse du système nerveux aux autres tissus sera supérieure, c’est-à-dire, que les sujets seront plus jeunes ; car ce rapport de la masse du système nerveux aux autres tissus grandit en raison inverse de l’âge. Enfin, dans les convalescences consécutives aux maladies aiguës, et dans les derniers temps des consomptions , les états de suractivité nerveuse sont en rapport constant «avec l’excès de masse, et partant avec les forces du système nerveux resté intact, surles autres appareils épuisés. El l’on ne peut attribuer cette suractivité nerveuse à l’impression du pus résorbé, et porté sur la substance nerveuse par un sang appauvri, car cet le surexcitation a indifféremment lieu dans les cas d’absence ou d’existence de foyers de suppuration.

11 suit encore de la persistance de l’intégrité du système nerveux, lors du marasme des adultes et des enfants, ou bien que la nutrition v est indéfiniment plus lente que dans les tissus épuisés, ou bien que ce système exerce une affinité indéfiniment plus grande que celle des autres tissus , pour les matériaux de réparation actuellement disponibles dans le sang. Ou bien les matériaux élémentaires de la substance nerveuse, sont à ces

Ï*H\ SiOLOGlK DU SÏSTÈME CÉRÉBRO-SPIXAL. 6 ‘JJ

Ages les derniers qui cessent de se former dans le sang. Et si l’intensité des actes organiques est proportionnelle à la masse des organes, la masse des organes peut croître aussi avec la permanence et l’intensité des excitations qu’ils subissent; aussi ai-je vu dans beaucoup de cas de cancers du sein, de la matrice, de différentes dégénérescences de plusieurs viscères , les nerfs de ces parties excéder en volume les nerfs des mêmes parties saines. Puisque la matière nerveuse existe toute formée dans le sang , la quantité de ses molécules doit diminuer dans la vieillesse. Peut-être même né se forme -t -elle plus, car l’amaigrissement si considérable des nerfs et de la moelle épinière semble prouver qu’elles ne reçoivent plus de molécules. Enfin dans tous ces états de surexcitation du système nerveux qui accompagnent les convalescences et ces tempéraments maigres qu’on appelle nerveux, les forces de ce système ne sont pas diminuées comme le disent faussement la plupart 'des médecins. Au contraire ces forces prédominent avec une énergie que ne balancent plus les forces des autres tissus, et surtout celles des muscles. En conséquence les médecins avec leurs antispasmodiques, leurs prétendus calmants, leurs nervins, etc., médicaments qui tous sont des stimulants énergiques, empirent sans s’en douter les maux qu’ils croient guérir.

Dans les oiseaux et les reptiles quadrupèdes, 1 ab-

scncc de corps calleux , de voûte et de cloison, coïncide, chez les premiers surtout, avec les mouvements les plus violents et les plus soutenus des deux paires de membres. Chez tous ces ovipares la cause de ces phénomènes réside donc ailleurs. Ces mêmes parties, et de plus la voûte des hémisphères cérébraux proprement dits, les corps striés et leur commissure, manquent aux poissons, où il ne subsiste qu’une seule petite masse grise , située comme la couche optique. Elles y sont donc étrangères aussi chez les poissons. Enfin les raies et les squales n’ont même plus celle couche optique des poissons osseux, il ne leur reste plus rien du lobe cérébral proprement dit. Le cerveau n’est donc pas le siège constant des mêmes influences sur le mouvement. Ces influences, suivant les classes, ont donc des sièges différent;.

La coïncidence de cette dégradation du lobe cérébral avec celle des facultés intellectuelles et instinctives, n’est pas moins manifeste. Mais on sait si peu de chose sur les facultés des reptiles et surtout des poissons, qu’il est impossible de dire quelle faculté disparaît avec telle partie d’organe, et par conséquent, de dire dans quelle partie d’organe , ou dans quel organe , réside telle faculté. Seulement l’atrophie du cerveau des poissons osseux , le déficit complet de cet organe dans les squales et les raies, impliquent assez que toutes les facultés de ces êtres résident dans les

PHYSIOLOGIE Dl] SYSTÈME CEREBRO-SPINAL. 6^5

autres lobes à proportion si développés de leur encéphale. Or, c’est tantôt le lobe olfactif, tantôt l’optique, tantô't le cervelet, tantôt le lobe du quatrième ventricule, tantôt enfin les lobes post-cérébelleux qui ont la prédominence , et qui, selon toutes les inductions, doivent être le siège des facultés principales de chaque espèce.

Les résultats de l’expérience s’accordent avec ces inductions de l’anatomie.

i°. Si l’on retranche à un mammifère fa voûte de l’hémisphère cérébral et le corps strié; aussitôt l’animal s’élance droit en avant et court sans se détourner jusqu’à ce qu’il choque un obstacle. S’il s’arrête spontanément, il garde l’attitude de la course ; et en s’élançant encore , sa course continue d’étre rectiligne.

Ces phénomènes n’arrivent qu’autant que la partie blanche et rayonnée des corps striés est détruite. La destruction de la seule matière grise, qui forme un segment de cône recourbé, laisse l’animal dans le même état que si la voûte seule des hémisphères était enlevée; et alors, il n’y a aucune altération des mouvements , l’animal semble n’avoir perdu que la volonté et l’intelligence.

Après les corps striés, si l’on enlève les couches optiques, aussitôt cette attitude de la course est rompue, l’animal tombe sur le côté, le corps fléchi , et agitant ses quatre pâtes avec une grande

vitesse. L’on a vu plus haut ce qui arrive par la destruction ultérieure des lobes optiques et du cervelet. Tous ces résultats sont uniformes sur les chiens, les chats, les lapins, les cochons- d’Inde, les hérissons et les écureuils. Seulement ces derniers , dans la course produite par la section des corps striés, croisent leurs pâtes de devant comme pour monter â une branche, et montent effectivement, si on leur donne un bâton qu’ils puissent embrasser.

L’ablation des lobes cérébraux, les lobes optiques restant intacts , jette certains oiseaux , par exemple les pigeons, les corneilles adultes, dans un état d’assoupissement et d’immobilité décrit par M. Itolando. Mais d’autres oiseaux , des canards par exemple, courent, sautent, nagent après la perte de leurs hémisphères.

Par l’ablation des lobes cérébraux, les reptiles et les poissons, dont la spontanéité reste entière, ne paraissent avoir rien perdu de l’usage de leurs mouvements. Les carpes , les grenouilles nagent aussi agilement qu’auparavant.

La spontanéité des mouvements n’appartient donc aux hémisphères cérébraux que dans quelques oiseaux , par exemple, les pigeons, les Corneilles adultes; mais il est évident quelle réside ailleurs , dans les mammifères, les reptiles , les poissons, et même chez plusieurs oiseaux.

Comme l’anatomie le faisait prévoir, l’ablation

PHYSIOLOGIE DU SYSTEME CEREBRO-SPINAL. fi'A’J

du corps calleux, de la voûte, de la cloison, n’a point d’influence sur les mouvements.

L’expérience médicale prouvant que , dans les apoplexies, la moindre compression, exercée dans les hémisphères par un peu de sang, en se transmettant aux couches et aux lobes optiques , paralyse les mouvements ; on conçoit que , dans ces expériences , il faut avoir bien soin d’empêcher cette compression des couches et des lobes optiques, par des caillots. Car leur formation paralyse l’animal; le phénomène de la course rectiligne ne se produit pas ou s’arrête. Mais oh le rétablit en ôtant le caillot. Pour ne s’êtrc pas aperçu de la nécessité de cette précaution, M. Flou rens dans ses ablations des lobes cérébraux a toujours mis l’animal en apoplexie, il a dû alors ne pas voir l’animal courir, mais au contraire, assoupi et immobile. (1)

D’un autre côté, l’ablation des lobes cérébraux rend les mammifères et les oiseaux aveugles. Si l’on n’enlève qu’un lobe, l’animal perd la vue dh coté opposé. L’anatomie faisait encore prévoir ce résultat sur les mammifères, puisqu'on a vu que c’est dans la voûte même de l’hémisphère, et à

(1) Comme M. Flourcns, dans ses expériences niellait ses animaux en apoplexie , il concluait de leur immobilité et de leur insensibilité que les lobcï> cérébraux sont le siège exclusif de la volition, de l'intelligence ctdes sensations. Quant aux reptiles et aux poissons, il faut bien croire <]û il a supposé scs expériences.

la couche optique qu’aboutit principalement le nerf optique opposé. Le plus petit nombre des fibres de ce nerf parvient seulement aux tubercules quadri- jumeaux correspondants des lobes optiques. Aussi la blessure de la seule couche optique paralyse-t-elle la vue de l’œil opposé? ce qui n’arrive pas par une lésion d’un tubercule quadri-jumeau correspondant.

Dans les oiseaux, au contraire, ce dernier effet

est complet; mais l’anatomie n’explique pas coin-

ment l’ablation de leur cerveau produit le même résultat.

Les reptiles et les poissons, par l’ablation des lobes cérébraux , ne perdent pas la vue. A quoi tient cette différence, puisque chez eux comme chez les oiseaux toutes les fibres du nerf optique se terminent au lobe optique?

Ainsi, dans les mammifères, les lobes cérébraux paraissent être le siège unique de la volonté, puisque après leur ablation ces animaux s’élancent irrésistiblement par une course précipitée. La conscience de toutes les sensations, moins la vue, réside ailleurs, puisqu’un lapin sans cerveau recule si l’on lire un coup de pistolet à quelques pas de lui, et qu’il continue de se défendre par ses cris et par ses pâtes de devant, contre une odeur, une saveur, une piqûre, même quand il n’a plus que le lobe du quatrième ventricule.

INon-seulement les reptiles continuent de voir

I)U SYSTÈME CEREBRO-SPINAL. 629

après l’ablation du cerveau, puisqu’on plaçant une grenouille obliquement, par rapport à une fente assez large pour le passage de son corps, elle s’élance à travers ; mais , outre qu’alors ils ne perdent la conscience d’aucune sensation, ils conservent aussi la mémoire, la volonté et l’emploi régulier de tous leurs mouvements, de toutes leurs allures. Ainsi la blessure, la destruction d’un organe quelconque du système cérébro-spinal, moins le iobe du quatrième ventricule, nuit d’autant moins à l’ensemble des facultés sensitives et motrices, que cet organe est moins développé. Le degré d’importance de cet organe ne dépend donc pas de sa position ordinale dans le système, mais uniquement de son degré de proportion et de perfectionnement. Plus les facultés qui s’y accumulent, selon ces degrés- d’accroissement, sont nombreuses ou dominantes, et plus il exerce alors d’influence sur le reste du système. Voilà pourquoi les animaux, indépendamment de l’ordre de leur classe, survivent inégalement à la perle de la même partie.

Nous(i)n’avons jamais vu sur plusieurs Centaines, peut-être un millier d’expériences, aucun oiseau, pi-

(1) On peut lire ( Recherches expérimentales sur les propriétés cl les fondions du système nerveux, pa r M. Flourens) l’histoire miraculeuse d’une poule qui, privée de ses deux lobes du cerveau, a vécu dix mois dans la plus parfaite santé , et qui vivrait sûrement encore si, au moment de son retour à Pa-

G 3 ck

gcon, poule, dindon, canard, corneille, pie, pie, oiseaux de proie, noeü. les et diurnes de plus de huit espèces de tout âge et de tout sexe , survivre plus de quatre jours à l’abL.ion du cerveau. Les mammifères n’y survivent pais plus de trois heures, et encore les seuls hérissons vont-ils jusque-là. Les grenouilles et les couleuvres, les vipères, vivent jusqu’à huit jours et ru-delà. Dans toutes ces expériences la sensibilité de l’animal n’est pas également émue, tant s’en faut. La face supérieure du lobe du quatrième ventricule et la moelle épinière, irritées, produisent seules de vives douleurs, et des agitations convulsives dans les quatre classes. 11 en est de même de la profondeur des lobes optiques, chez les mammifères et les oiseaux seulement. Mais les quatre petites éminences qui surmontent ces lobes, dans les mammifères, peuvent être enlevées sans douleur, ainsi que le cervelet, toute la voûte des hémisphères cérébraux, et la totalité des lobes olfactifs. La section même des corps striés laisse l’animal insensible , tout en le précipitant dans celle course rectiligne,.

Or, le lobe du quatrième ventricule où réside la conscience des sensations, dans les mammifères,

ris , l’auteur n’avait été obligé de /’ abandonner . Comme personne n’a vu cette poule, il était bien plus simple de rapporter à Paris, voyage quelle eût sans doute bien supporté, puisque, dit M. Flourens, au cinquième mois de l’ expérience on n’avait jamais ru poule plus grasse et plus fraîche.

et de plus, la volonté ou la faculté de se déterminer, dans les reptiles et les poissons, jouissant d’une sensibilité exquise; et les lobes cérébraux , où toutes les inductions prouvent que résident les facultés de X intelligence et de l 'instinct, étant tout-à-fait insensibles : sentir et penser sont donc deux phénomènes différents , puisqu’ils dépendent de l’action de deux organes, dont les propriétés sont contraires , la structure diverse, et la distance relative si grande. Tout système métaphysique déduit de l’unité supposée de ees deux facultés, est donc faux dans ses principes.

L’expérience physiologique montre bien avec précision pour les mouvements, pour la conscience des sensations, et dans quelques cas pour la volonté ou la détermination des mouvements, quel est le siège précis des forces actives dans ces phénomènes. L’induction anatomique montre aussi avec une précision suffisante quelle parties cérébrales ne sont pas le siège, soit de l’ensemble, soit de l’une quelconque des facultés d’un animal, et elle indique, avec beaucoup de probabilité, Je siège de ses facultés principales. Mais quel est îclien, le moyen d’union, de concert, de simultanéité de toutes ces facultés? Voilà ce que ni l’expérience ni l’induction anatomique ne peuvent seulement faire soupçonner.

Toufois l’observation nous apprend encore quel-

LIVRIi IV.

que chose sur l'association de tous ces phénomènes, et sur la manière dont telle faculté agit plus spécialement de concert avec telle autre. Elle va nous montrer que les facultés les plus nobles de notre intilligencc sont indépendantes, non - seulement de la perfection, mais de l’existence même de nos sens; (pic par conséquent elles n’en dérivent pas comme le supposaient l’école de Loke, celle de Condillac , etc. Elles sont donc primitives , et seulement susceptibles de s’acroître, de se perfectionner par l’exercice des sens.

En voici la preuve dans le précis historique d’un jeune homme de vingt ans, recueuilli par uu excellent observateur, M. Spurzheim(i).

(i) Jacques Mitchell naquil sourd et aveugle, de parents intelligents. 11 semble percevoir des sons intérieurement, car il se plaît à mouvoir des corps durs contre ses dents, durant des heures entières; il distingue le jour de la nuit, et les couleurs éblouissantes. A douze ans, le tympan fut perforé aux deux oreilles sans résultat; à quatorze, l’opération de la cataracte à l’œil droit, lui fit reconnaître plus aisément la présence des objets : mais il ne s’est jamais servi de la vue pour connaître les qualités des corps, il n’y a employé que l’odorat et le toucher. 11 a fini par se servir moins de l'odorat; il examine avec scs mains tout ce qu’il rencontre.

Etant enfant il flairait tout le monde , et l’odeur décidait «le son aversion, de son affection. Il a toujours aimé les exercices du corps, à se rouler sur un terrain incliné, à faire la culbute, à faire des cercles de pierre pour se mettre au centre

DU SYSTÈME CÈREBRO-SPINAE

L’intelligence existe et agit indépendamment des sens. Déplus, malgré la disponibilité apparente de

à construire des cabanes de bois; il passe la plus grande partie du jour aux champs et sur la route.

Son visage est expressif; son langage d’action, plein d’esprit. Tous ses gestes, ses signes sont calculés pour la vue des autres. Il aime à monter à cheval, etc. Il se rappelle aisément du sens des signes qu’on lui fait : par exemple, on lui exprime le nombre des jours, en lui inclinant la tête, comme signe qu’il doit se coucher tant de fois avant le terme. Son moral est aussi développé que son intelligence; il aime les enfants, et les caresse; il n’offense personne; ayant du courage naturel il agit toujours avec prudence. Etant encore enfant, il voulait tous les jours aller plus loin que la veille. Un jour trouvant sur son chemin un pont de bois étroit, jeté sur la rivière près do la maison de son père, il se met sur ses genoux et sur ses mains pour y passer en rampant. Pour l’intimider on le lit tomber dans l’eau là où il n’y avait pas de danger, depuis il n’y retourna plus. Quand il toucha pour la première lois un homme mort (c’était son père) il sc relira effrayé et précipitamment; depuis il en toucha d’autres sans la même émotion. Quand le cerceuil fut exposé sur la porte, Mitchell sortit de la maison avec précipitation, aspirant l’air autour de lui pour se diriger; il approche du cerceuil, «e jelte dessus , le serre dans ses bras avec la plus vive expression de douleur; on lut obligé de l’en arracher. Quelque temps après, sa mère étant indisposée il pleurait. L’absence de quelqu’un de sa famille l’inquiète. Sa sœur aînée, qu’il préfère à tout autre personne, tomba malade pendant qu’il avait uri rhumatisme aigu. Elle gardait le lit. Il lit signe à une tante qu’il aimait aussi, de le conduire en haut à la chambre de sa sœur, car il ne pouvait marcher seul. Il serra avec joie la main dosa sœur, et étant redescendu, il fit signe à sa tante de remonter pour rester près d'elle. 11

plusieurs sens; il y a des cas où elle ne se sert nécessairement que d’un seul. Un vieillard paralysé (Darwin Zoon. t. 4. cd. II i) avait conservé Ionie et la vue, mais il 11e combinait scs idées qu’avec les impressions de la vue. Lui disait-on l’heure de dîner, il entendait les mots et les répétait sans y attacher de sens, mais si on lui montrait l’heure, alors il demandait à dîner. On 11e pouvait lui parler que par signes, quoiqu’il entendît bien.

De même habitué à ne juger de tout qu’avec ses yeux, le jeune sourd-muet, à qui M. Deleati vient dedonner l’ouïe et la parole , a plus tôt compris U sens d’une phrase qu’il lit, que si on la lui adresse en parlant, et alors pour la comprendre il la ré-

sc met à genoux pendant les prières de la famille, mais est-ce habitude ou dévotion? Après la mort de son père, un ecclésiastique qui assistait quelquefois à ccs prières, étant venu, Mitchell lui apporta la Bible qu’il savait que son père avait devant lui duraat la prière, cl il fit signe qu’on se mît à genoux. ÎJ’cst-ce pas là l’indice d’un sentiment religieux ? Il a le sentiment du juste et de l’injuste; s’il a fâché sa soeur, sa mère, il les caresse pour regagner leur affection. Il a celui de la dignité, car il ne voudrait pas manger à la cuisine où est la servante; il aime l’aprobalion et les caresses. £11 fui il a le sentiment do la propriété. Un jour il rencontre un homme monté sur an cheval acheté ù sa mère. Selon sa coutume il touche le cheval, le reconnaît , fait signe au cavalier de descendre,et Mitchell conduit le. cheval à l’écurie de sa mère, où il le desselle et renferme....! lit cependant ce jeune homme, pourvu de plusieurs sentiments et même d’idées, qui manquent à. des hommes qui ont tous leurs sens, ri'a reçu aucune éducation.

pctc. Quand il apprit le syllabaire , il prononçait bien les syllabes qu’il voyait écrites, et qu’on articulait; mais si on ôtait le tableau et qu’on articulât les memes syllabes, il 11e parvenait que diffîcilemenl a les répéter. Sa mémoire était donc liée davantage à l’action du sens de la vue , qu’à celle de l’ouïe, et sa volonté agissait mieux sur son larynx ,, en conséquence d’une impression de la vue, qu’en conséquence d’une impression de l’ouïe. Il saisissait donc mieux le rapport des sons avec les lettres, que le rapport de ces sons avec ceux qu’il prononçait lui-même. Enfin il articule mieux en lisant qu’en parlant, parce qu’en lisant , la sensation de la vue guide l’exercice de ses organes vocaux.

A plus forte raison quand un seul sens existe, du moins avec une extrême prédominence , dans un animal; par exemple, l’oreille dans une cfhauvc-souris, l’odorat et le toucher du museau dans la taupe, l’œil dans les poissons et les oiseaux à rétines et nerfs optiques plissés, etc. ; combien cetteassociation doit -elle être intime I Combien le doiteile être surtout dans les poissons , où le lobe cérébral , siège de l'intelligence chez les mammifères, est si rudimentaire ou même nul, et où, au contraire, l’organe cérébral de tel ou tel sens est si développé qu’il implique nécessairement que l'intelligence ne peut résider ailleurs l

On sait trop peu de eiiose sur les propriétés des lobes olfactifs pour leur consacrer ici un chapitre. M. Magendie les a trouvés aussi insensibles que le cerveau à toutes les espèces d’irritation et de destruction. On verra , dans le livre suivant, que leur destruction n’anéantit pas l’odorat, et que, malgré leur intégrité, l’odorat est détruit par la section ou l’altération maladive du tro*ic de la cinquième paire ou de son ganglion.

La loi de proportion entre l’activité des fonctions d’un organe et le degré de son développement fournit quelques inductions sur les fonctions de ces lobes. Dans plusieurs mammifères, les hérissons, les chauve-souris, etc. , ils représentent le quart, ou même le tiers de toute l’encéphale en volume. Le rapport est plus grandencoredans plusieurs squales et dans les raies. Dans l’homme, au contraire, ces lobes et leurs pédoncules ne font pas la dix millième partie d’un lobe cérébral, la centième partie de la masse des lobes optiques.

i\e serait - il pas plausible d’attribuer à des organes si développés les facultés qui sont communes à ces animaux et qui manquent à l’homme? Car, chez lui, l’état rudimentaire de ces lobes, presque comparable à celui de l’œil de la taupe et d’autres mammifères, ne permet pas de leur attribuer plus d’action que l’expérience ne prouve directement qu’il en faut accorder aux yeux des animaux en question.

FIIYSIOLOGIE Dü SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. 63 7

Maintenant, quelles sont ces facultés? On connaît si peu les moeurs, les instincts des animaux , qu’il est difficile d’émettre quelque conjecture probable à ce sujet (voy. Journal (le physiol tom. Y.pag. 21 etsuiv.).

Note de la pag. $89, chapitre III.

L’induction sur l’influence du cervelet dans la walse, est prouvée par un fait d’autant plus important qu’il a été publié avant la découverte des phénomènes que produit la section des pédoncules de cet organe.

A la suite d’un excès de vin , un homme de soixante-huit ans au lieu de voir les objets tourner, dit qu’il lui semblait qu’iV tournait lui-même , et, en effet, il se mit bientôt à tourner réellement sur lui-même de droite à gauche. On le coucha, et il continua de rouler dans son lit. Cette indisposition dura autant que sa maladie ; quatre mois après il mourut. On trouva pour toute altération du système nerveux une excavation de neuf lignes de long et de cinq de large, dans le pédoncule droit du cervelet. Au pourtour de ce foyer, la matière blanche était jaunâtre et endurcie, ainsi que lobe correspondant. (Voy. Journal de physiologie , t. 3, pag. 1^5 et suiv. )

\v\i\ww\w%i\w\\wivvwwi‘»\vvAVUww\wvv\%uwv^n'VViw\tixr»vA'ai\i

Distinction des phénomènes.

Les nerfs qui se terminent dans les muscles les font se contracter, et produisent le mouvement; ceux qui se terminent à la peau et aux organes des sens , y donnent la susceptibilité de prouver telle ou telle impression , selon la structure du sens. De là deux ordres de phénomènes, les mouvements et les sensations.

11 ne paraît pas que la cause de ces deux phénomènes soit dans la structure même du nerf correspondant. Caron a vu que dans les mammifères, excepté les nerfs optiques, auditifs et olfactifs, il n’y a pas de différence appréciable entre les nerfs sens et ceux des muscles. 11 y a plus, des obsevations ultérieures de AI. Amussat nous ont démontré que les deux faisceaux dorsaux de chaque nerf spinal, après être sortis du ganglion où leurs filets sont restés parallèles et sans entrelacement, se tressent chacun avec les filets du cordon abdominal corres-

PIIYSIOLO. DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 65ç>

pondant, qui n’a point passé par le ganglion. De sorte que chaque cordon ultérieur doit contenir à la fois des fdets provenants des deux ordres de racines, ce qui explique les douleurs musculaires dans la syphilis, les rhumatismes, etc. Bien plus, on a vu que chez les reptiles , les oiseaux et les poissons , les trois nerfs qui font exception chez les mammifères, peuvent avoir, même dans le cas de leur plus grand développement, la structure des nerfs musculaires. 11 semble donc que les propriétés sensitives ou motrices du nerf, tiennent seulement à la structure des organes qu’il fait communiquer. Et en elfet , nous avons vu que les nerfs spéciaux des sens aboutissent à des lobes spéciaux, et que la moitié dorsale de la moelle à laquelle répondent les racines excitatrices de la sensibilité , a d’autres propriétés que la moitié abdominale.

Les mouvements dérivent partout d’un phénomène unique , la contraction musculaire. Mais chaque espèce de sensation constitue réellement un phénomène différent. Ces différences tiennent surtout aux modifications que toute matière sensible doit éprouver dans son impression sur le sens, ou plutôt par l’action du sens sur ses molécules. Car les sens ne peuvent être affectés que par des objets matériels.

L’on a vu que l’intelligence , la conscience , la volonté, les affections existaient, agissaient indénen-

LIVttE V.

dominent des sens. Les sensations sont donc des phénomènes intermédiaires à ceux des facultés inintellectuelles et affectives, et à ceux du milieu > d’existence de l’animal. Les mouvements sont d’autres phénomènes intermédiaires pour l’action de l’animal , sur tout ce qu’il peut loucher et atteindre. Et comme on a vu l’intelligence, tantôt sans la vue et sans l’audition, tantôt sans le goût, l’odorat et le toucher, les sensations peuvent exister aussi sans les mouvements , et les mouvements sans les sensations. Ces phénomènes se compliquent, s’enchaînent donc beaucoup moins intimement qu’on ne le supposait. Leur liaison consiste plutôt dans leur simultanéité que dans leurs connexions et dans leur dépendance.

On a trop restreint le nombre des sens en le fixant à cinq, d’après celui de l’homme. Plusieurs animaux ont bien certainement des sens que nous n’avons pas. Mais nous ne pouvons nous en faire aucune idée, parce que nous ne jugeons de leurs sens que par comparaison aux nôtres.

Les sensations ne dépendant pas plus les unes des autres quelles ne dépendent des phénomènes intellectuels ou des mouvements, il est indifférent de commencer par l’une ou par l’autre. IN ou s suivrons l’ordre anatomique.

IMIYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 64 1

Page 1