DE I.’ODORAT
Ces particules des corps, que leur tension en sépare et répand dans l’air, sont les odeurs. Si l’air peut en être le véhicule, à plus forte raison l’eau, qui peut dissoudre ou tenir en suspension toutes les substances d’où les odeurs peuvent émaner.
On a dit que les odeurs ne pouvaient pas être contenues dans l’eau , parce qu’elles étaient volatiles, mais toutes les substances volatiles peuvent y être coërcées. Et parce que nos narines, accoutumées au contact de l’air, n’odoreraient pas dans ce liquide , il n’y a pas plus de raison de nier l’odorat des animaux, dont les narines en sont baignées , qu’il n’y en aurait de nier leur toucher , parce que le nôtre et sans doute celui de tous les animaux aériens, s’émoussent dans l’eau. En outre, la simultanéité d’un organe du goût et d’un organe de l’odorat, dans les cyprins, dément un autre sophisme, qui transformait les narines des poissons en organes du goût, à cause de la prétendue nécessité, i° qu’une odeur fixée dans l’eau devînt une saveur, et 20 que la membrane buccale des poissons devînt coriace, et se hérissât de pointes,
de cornes, par l'effet du passage continuel de l’eau.
Ces subtilités ne peuvent plus en imposer maintenant à personne.
L’exposition anatomique a suffi pour faire pressentir le mécanisme de ce sens. Un mucus insoluble dans l’eau , surtout chez les poissons , peu susceptible d'évaporation chez les animaux aériens, empêche chez les premiers la macération r et chez les seconds la dessication de la membrane pituitaire. En outre, ce mucus étant visqueux , est susceptible d’arrêter les moindres molécules qui viennent y toucher. Il contribue ainsi à multiplier l’intensité , le nombre et la durée des impressions odorantes. La construction de la narine des baleines rend très-probable ce mécanisme de l’odorat, que confirme aussi l’état de sécheresse de la pituitaire dans les rhumes du nez, toujours accompagnés de suspension ou d’affaiblissement de ce sens. L’étage supérieur des narines, correspondant aux sinus elhmoïdaux, ne peut évidemment servir au passage de l’eau projetée par les évents; il paraît donc exclusivement réservé au passage de l’air. De sorte que les baleines ne doivent pas pouvoir odorer l’eau comme les poissons.
Des nerfs de la cinquième paire s’épanouissent dans ki pituitaire en même temps que ceux de la première paire, chez les trois premières classes de vertébrés. Ces deux sortes de nerfs y remplissent-
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ils la meme fonction, ou Tune sert-elle exclusivement à l’odorat , et l’autre au tact et au toucher ordinaire ?
L’anatomie nousa donné sur la fosse préoculaire des serpents ci sonnettes et des trigonocéphales , une induction pour la solution de ce problème. Cette fosse , dont les parois immobiles ne peuvent être mises en contact avec aucuq corps solide , ne peut admettre que l’air. Plus de nerfs de la cinquième paire qu’il n’y en a dans la narine d’aucun animal, s’y épanouissent. C’est une véritable narineaccessoire. La narine ordinaire ne reçoit qu’un très-petit filet de la cinquième paire avec le nerf olfactif.
Or , l’expérience prouve que non-seulement le tact de l’intérieur de la narine, mais l’odorat, disparaissent à l’instant meme de la section de la cinquième paire. Ce qui, si l’on suppose que le nerf olfactif sert à l’odorat , rendrait son action subordonnée à celle de la cinquième paire. L altération maladive du ganglion de la cinquième paire chez l’homme, malgré l’intégrité des nerfs olfactifs proprement dits, et celle de leurs lobes, produit justement le même résultat. Ce n’est pas tout : malgré la destruction cancéreuse des nerfs et des lobes olfactifs , si les nerfs de la cinquième paire restent intacts, l’odorat subsiste. Ces derniers nerfs sont donc les organes uniques ou au moins principaux de cette sensation.
La mobilité des narines, outre son utilité pour
la respiration , sert aussi à la direction des courants d’air odorants, vers la \oùte des cavités nasales, où se distribue seulement le nerf olfactif. La privation du uez détruit presque l’odorat chez l’homme. M. Beclard a rétabli ce sens en pareil cas, en adaptant un nez artificiel.
L’on conçoit, d’après ce mécanisme, que plus grandes sont les surfaces en contact avec le véhicule des odeurs, plus intense cl plus parfaite sera la sensation. Or, l’observation prouve que le degré et la finesse do ce sens croissent ou diminuent comme l’étendue de scs surfaces. Les cornets cthmoïdaux, par la multiplicité des feuilletures de leurs lames, dont toutes les profondeurs, tous les replis, sont tapissés par la pituitaire , y contribuent surtout. Mais
des cavités accessoires, ouvertes dans l£s narines, se
rapportent aussi à cet usage. Tels sont ces sinus que j’ai décrits au premier livre, et qui, par exemple, dans le bufïledu Cap, occupent presque le tiers du volume de toute la tête, et se propagent jusqu’au sommet des cornes.
Dans les poissons le mécanisme est le même, seulement l’eau n’est pas agitée par deux courants opposés, comme l’air dans la narine des animaux aériens. 11 se pourrait néanmoins que la soupape qui ferme la narine des raies et des squales servît à comprimer l’eau qui remplit la narine. Les seules murènes, parmi les poissons, en dilatant cl fermant al-
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ternali veinent les deux orifices de leurs narines,
peuvent y établir un courant bien sensible.
Ces narines des poissons ne reçoivent aucun nerf delà cinquième paire. Le nerf olfactif suffit donc chez eux à l’odorat; nouvel exemple, que les mêmes parties ne conservent pas invariablement les mêmes propriétés.
L’appareil de l’odorat est en général d’autant plus développé, que les lobes cérébraux le sont moins. Son maximum coïncide même, chez les squales et les raies, avec le défaut de ces lobes. Il n’y a donc aucun rapport entre le degré de perfection de l’intelligence et l’énergie de ce sens, puisque tout démontre que l’intelligence résidé dans les lobes cérébraux. Rousseau et d’autres métaphysiciens se sont donc étrangement trompés en qualifiant l’odorat, de sens de l’imagination.
Il n’y a non plus aucun rapport de la prédominance de l’odorat, soit avec les préférences de tel ou tel appétit pour le genre de nourriture, soit avec tel ou tel mode de génération. Ce sens est à peu preségaleiriont développé chez les ruminants et les carnassiers , chez les cochons frugivores et les chauvessouris insectivores, chez fi' brochet, si carnassier, et chez la carpe, principalement herbivore.
11 est encore moins développé que dans l’iiomnic, chez les cynocéphales si lubriques. El le chevreuil, si constant et si chaste époux, ne l’a pas
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jiioins grand que le cerf, si lascif et si volage; enfin il est à son maximum dans les murènes et autres poissons osseux, qui ne s’accouplent même pas.
Comme Gall l’a judicieusement observé (anat. et physiol . dusyst. nerv. ,in-fol., p.lll), certaines substances inodores pour nous, produisent une forte impression sur l’odorat des animaux; certains animaux sont puissamment excités par certaines choses, pour lesquelles d’autres sont indifférents; telle odeur est agréable à un individu, et rebute un autre. De pareils faits prouvent que l’organe de l’odorat, dans chaque classe, par une modification spéciale, et par diverses modifications dans les individus, est mis en rapport réciproque avec l’ensemble de l’animal, et avec des objets particuliers de son milieu d’existence.
Or, ces modifications n’étaient jusqu’ici que des suppositions. J’ai démontré, dans la structure du seul nerf olfactif et de son lobe, huit ou dix modifications précédemment incounues. Et le nombre de ces modifications, pour l'en sembla de l’organe, doit être encore bien augmenté, en tenant compte de toutes les combinaisons de la longueur, de la brièveté, et de l’étendue des surfaces du nerf, avec les proportions de tissu vasculaire, etc. Cette modification, dans la baudroie, a réellement transformé l’organe olfactif en véritable tentacule.
On conçoit que l’appréciation de toutes ces combinaisons, dans chaque espèce, ou au moins dans chaque genre d’animaux, ne peut être faite qu’cn traitant de l’anatomie spéciale de chaque animal.