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admis par les physiciens et les physiologistes, doit être à son maximum , et cependant, nonobstant cette perturbation, qui, si elle était réelle, n’aurait pas de correctif, de compensateur possible, le chat est sans égal pour voir vite et juste. L’existence d’un miroir réfléchissant dans l’œil, n’a donc pas l’eflel qu’on lui attribuait. Or, il en a infailliblement un, et même un nécessairement trèsgrand. C’est à cet effet que l’animal doit justement le pouvoir de distinguer les objets, de juger si bien les distances et les mouvements dans l’obscurité.
On va voir tout-à-l’heure que c’est à la multiplication des contacts de la même image ou du même rayon, avec les surfaces de la rétine au moyen de son plissement, que tous les animaux doués de ce mécanisme, doivent la supériorité de force et de portée de leur vue. L'effet de la réflexion dans les yeux pourvus d’un miroir, est aussi de doubler ces contacts, en faisant retraverser la réline au rayon. Or, c’est très-sensiblement par les mêmes points que la membrane sera traversée par le rayon réfléchi. Car comme la rétine est trèsmince, et juxtaposée à la choroïde, l’angle de réflexion ne peut être sensible.
Dans tous les animaux pourvus de choroïdes réfléchissantes, la faculté do voir dans l’obscurité, ou de plus loin et plus nettement, même pendant le jour, dépend donc justement de cette ré-
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flexion. Nous l’avons prouvé pour le chat nyc-
talope , en voici la preuve pour d’autres ani- *
maux.
Pour peu qu’on ait chassé le cerf ou le chevreuil, 011 sait avec quelle heureuse audace l’animal , lancé par les chiens, franchit au moment même et sans en reconnaître d’avance ni la largeur , ni la berge opposée quelquefois étroite ou inégale, des ravins, des rivières, ou des précipices. On voit le cerf, le cheval, dans les spectacles équestres, franchir au galop de9 obstacles nombreux et presque linéaires, des rubans, des cordes, sans jamais manquer leur élan , comme il arrive aux voltigeurs de le faire dans ces mêmes exercices. Quand on a voyagé à cheval pendant la nuit, on, sait qu’il vaut mieux s’abandonner à sa monture dans les mauvais chemins inconnus, que de prétendre la guider. Enfin, ce qu’on sait de lâchasse du bouquetin et du chamois, montre ces animaux bondissants plusieurs fois de suite d’un pic, d’une rampe de rocher à l’autre, n’ayant quelquefois que la place de ramasser leurs quatre pieds. 11 atteint à travers l’abîme une base si étroite, par un bond de quinze ou vingt mètres, et sans la moindre halte pour reconnaître la distance, ni mesurer son élan. A l’instant même où il touche le bord d’un précipice, il a jugé la distance de l’autre bord, la direction qui y mène, la mesure de l’effort pour l’atteindre, et déjà il s’est enlevé. Certes, on no cou-
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çoit pas de vue plus juste et plus prompte que celle de ces animaux. Or, encore une fois, leur œil est douçidcce pouvoir réfléchissant dout on a fait une cause perturbatrice.
L’utilité de la couleur éclatante de la choroïde est donc évidente.
Ces correspondances d’action et de mécanisme dans les animaux , décident aussi de l’effet produit dans l’œil de l’homme parles changements de couleur qui s’y opèrent avec l’âge. Chez les vieillards cette couleur gris de lin foncé delà choroïde, passant presqu’au blanc à quatre-vingts ans , est donc un moyen compensateur de l'affaiblissement de la rétine.
Il en est de même pour les poissons. Mais dans cette classe cet effet se combine avec deux mécanismes particuliers de l’œil.
a. Dans les raies ( pi. I. ficj. 1 ) la pupille est fermée par une palmette qui est un prolongement de l’arc supérieur de l’iris. Celte palmette, qui se lève et se baisse comme le rideau d’un théâtre, a son plan perpendiculaire à l’horizon de l’animal. Quand elle est tout-à-fait baissée, il n’y a plus au bas de la pupille qu’une étroite échancrure pour le passage de la lumière. Il n’y a donc que les cônes de rayons ascendants qui puissent pénétrer dans l’œil. Tous les rayons parallèles â l’horizon ou obliques de haut en bas, sont arrêtés. Or,
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les rayons ascendants, après leur réfraction 'par le cristallin spljérique, vont sensiblement sur le prolongement de la même droite, traverser la rétine dans quelques points de son segment supérieur. C’est sur ce segment que le pouvoir réfléchissant est au maximum. Les rayons retraversent donc la rétine.
Au contraire, parmi les rayons, soit parallèles, soit obliques de haut en bas, les plus obliques descendants, sont seuls réfléchis, car le reste de ces derniers tombe sur un segment de la choroïde qui est noire, et où, par conséquent, ils s’éteignent. Or, les rayons descendants ayant plus d’intensité, n’avaient pas besoin d’être réfléchis, pour causer une impression visuelle suffisante. Mais cette réflexion était nécessaire, relativement aux rayons plus rares et plus éteints, provenant, soit du fond de l’eau, soit de l’horizon du poisson.
if. Dans l’esturgeon , où l’ensemble de l’appareil optique est bien moins déloppé , il existe un mécanisme compensateur encore plus curieux.
Le nerf optique s’insère A quinze ou vingt degrés de l’iris , à une rétine plissée étalée dans le segment inférieur seulement de la chambre de l’œil, dont tout le pourtour est d’un bel éclat argenté.
Or, tous 1rs rayons descendants , réfractés par le cristallin , traversent deux fois les plis de la rétine.
L’esturgeon, comme les raies, ne reçoit qu’un petit nombre de rayons ascendants, parce que le plan transversal de leur corps, parallèle à l’axe optique , se prolonge beaucoup au-delà de l’œil, et intercepte la vue des objets inférieurs. Mais ils reconnaissent ces objets inferieurs : les raies, au moyen de leurs narines , situées à la face inférieure de la tète, les esturgeons au moyen des barbillons suspendus au-devant de leur bouche.
5°. L’utilité du p(exus choroîdien, chez les poissons , ne peut être ainsi déterminée par ses propriétés physiques. Mariotte avait attribué à la choroïde d’ètre le siège de la vision; et comme alors on ne connaissait ni les rétines plissécs , ni les miroirs réflecteurs de la choroïde, comme on supposait constamment noire la face antérieure de cette membrane, où par conséquent se terminaient et s’éteignaient les rayons; il y avait peut-être d’assez bonnes raisons d’admettre cette hypothèse. Car là où existe le corps glandulaire dont parle M. ïliclierand (■ physioi . t. Il, pag. 22), il est extérieur à la choroïde, et ne la sépare pas de la rétine, comme on l’a dit récemment encore.
L’efTet du plexus choroïdien, s’il est susceptible de turgescence comme les corps caverneux, seraitil de déplacer la rétine, suivant les variations du
foyer de l’œil? Car il serait possible que dans les milieux tranparents de l’œil de ecs animaux, les aberrations de foyer ne lussent pas corrigées de la • même manière que dans celui des mammifères. Au moins ce plexus pourrait alors être l’agent de ce déplacement.
4°. Le seul effet apparent de Y écran optique des oiseaux , est d'intercepter tous les rayons projetés sur son plan , et par conséquent de les rendre inutiles à la vision. Et comme il se dirige, dans un plan à peu près vertical, de l’insertion du nerf optique au côté externe du cristallin, les rayons qui, nonobstant la position latérale de l’œil, pourraient parvenir à la fois aux deux organes, des objets fort éloignés, sont nécessairement interceptés. Il en résulte donc pour l’oiseau i" l’impossibilité de regarder des deux yeux à la fois le même objet s’il est contenu dans un cône dont les côtés seraient compris dans l’angle que forment les plans des deux écrans, et y.0 la nécessité de voir et de regarder à la fois deux horizons opposés, et les objets situés sur ces horizons. Quant à la difficulté, pour ces animaux, de voir ces objets à la fois, tirée de ee que cela ne nous est pas possible dans l’état ordinaire de notre vue, outre que dans le strabisme et dans la diplopie on voit réellement les objets doubles, l’objection me paraît bien légère. Car, pourquoi, dans le mécanisme des yeux latéraux qui ne peuvent voir ensemble le même objet, et qui, au contraire, en regar-
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dent forcément deux, serait-il plus impossible, de voir deux images à la fois, qu’il ne l’est pour nous de sentir deux odeurs, de goûter deux saveurs, de toucher en les distinguant deux corps inégalement chauds, ou durs? D’ailleurs l’objection tombe devant le fait. Les caméléons regardent à la fois des points situés aux deux extrémités latérales de leur horizon; et en faisant décrire aux axes de leurs yeux des cercles en sens opposés, ils leur impriment des mouvements contraires, suivant la mobilité differente de ce qu’ils regardent. Et il faut que leur œil soit bien juste et bien prompt; car, ne vivant principalement que de mouches pas plus grosses que celles de notre climat, ils ne doivent presque jamais manquer leur coup en les attrapant, puisque j’ai trouvé dans un seul caméléon plus d’un millier de ces insectes.
5°. La grandeur de la ^pupille qui mesure la quantité de lumière employée à la vision, tient é la mobilité de l’iris. Les mouvements de celte membrane donnent lieu à des phénomènes purement physiques , qui ont été étudiés plus haut.
La cause de ces mouvements étant un phénomène nerveux, nous en parlerons dans le deuxième paragraphe.
6°. Causes de la presbytie et de la myopie. Ces deux états de la vue tiennent uniquement à des différences de sphéricités des yeux . en-decà ou
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au-dcîà d’une forme moyenne. Ces différences sont presque toujours semblables dans les deux yeux ; de sorte que la convexité de la cornée de l’œil droit est égale à celle de l’œil gauche, etc. Et c’est parce que la forme de l’œil change que les myopes deviennent presbytes dans la vieillesse. M. Fodcra a observé, à la suite d’une inflmamation, une myopie accidentelle de l’œil droit sur un homme de soixante ans qui avait toujours été presbyte des deux yeux, et se servait de verres convexes. Le changement de sphéricité a pu dépendre de l’augmentation des humeurs de l’œil , qui l’auront rendu plus convexe, ou de l’épaississement des membranes transparentes, rendues aussi par-là plus convexes encore, ou de cés deux causes ensemble.
70. Causes de cécité naturelle. Tous les animaux nocturnes ou vivants dans l’obscurité, ne sont pas nécessairement nyctalopes.
Car la taupe et les rongeurs dont j’ai parlé n’ont pas meme de nerf optique, et chez le zemni le muscle peaucicr double la peau au-devant du vestige d’œil, auquel ainsi la lumière ne peut pas même parvenir. M. Magendie a ôté à des taupes ces vestiges d’yeux, et comme dans les expériences de Spallanzani sur les chauve-souris , les allures de ces animaux n’en étaient point changées. Tout ce que l’on a dit dernièrement pour prouver l’existence de la vue chez les taupes, n’esl pas même spécieux. Le nerf ophtalmiqi%c con-
serve chez ces animaux sa fonction relative au toucher.
La plupart des vraies chauve-souris, surtout les rhinolophes, etc., ont l’œil le plus rudimentaire, après les insectivores et les rongeurs souterrains. Cet œil est si peu utile chez plusieurs espèces, que Spallanzani l’a détruit, sans qu’elles fussent moins adroites à se diriger dans les détours de galeries sinueuses.
Enfin dans les effraies, chez les oiseaux de nuit , l’appareil nerveux de la vision est au minimum du développement que je lui ai trouvé sur le reste des oiseaux. Chez les aigles les lobes optiques représentent au moins le tiers de la masse encéphalique ; dans l’effraie ( strix Flammea) ces mêmes lobes ne représentent pas le vingtième de f encéphale. Les yeux et les nerfs optiques n’ont guère des proportions plus avantageuses. Mais de tous les oiseaux, ils ont l’organe de l’ouïe le plus merveilleusement construit.
§ ii. Phénomènes nerveux de la vision.
Ces phénomènes consistent dans l’action de la rétine, du nerf et du lobe optique. Une autre action a été récemment découverte, c’est l’influence de la cinquième paire.
i°. Action de la rétine. On n’avait admis jusqu’ici #qu’ une action purement vitale dans la ré-
tine; et le mécanisme en était complètement inconnu.
Or, le plissement de cette membrane donne lieu à un phénomène purement physique; c’est une multiplication des contacts de la lumière transmise à travers la transparence des plis, contacts dont le nombre dépend de celui des plis.
Voici d’abord quelques faits observés dans les animaux à rétines plissées, et qui leur sont propres exclusivement.
De hauteurs athmosphériques où iis sont prcsqu’in visibles pour nous, l’aigle, le faucon, le milan reconnaissent d’un regard, sur des horizons de plusieurs lieues, le lièvre, la perdrix, ou le reptile, que leur couleur, confondue avec celle du sol, quand ils sont immobiles , dérobe pourtant a notre vue à demi-portée de fusil. La justesse de la vue de ces oiseaux est démontrée par cette chute foudroyante qui, du plus haut des airs, les précipite sur la plus petite proie. Aussi err fauconnerie cette chute s’appelle foudre , et voir vite, juste et de loin, c’est, dit-on en proverbe, avoir un œil d’aigle. Nul autre oiseau n’offre rien de comparable. Car les points de vue des aigles, des faucons, etc., sont pris sur des objets d’une telle petitesse que leur immense distance ne laisse pas concevoir comment leur image peut, de si loin, se former distincte. Quelque chose doit donc suppléer à la petitesse de cette image. Il ne faut pas