PAIRE
On a vu la cinquième paire fournir des nerfs à tous les organes des sens , et , chez les poissons , en distribuer même aux cinq extrémités du corps, savoir, aux deux paires de nageoires et à la queue.
Il y a une première remarque à faire sur tous ces nerfs, d’une structure au moins en apparence identique avec celle des nerfs ordinaires, c’est que la presque totalité de leurs rameaux et de leurs filets s’épanouit dans des organes dépourvus de fi-
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bres musculaires , et tous incapables de se contracter, excepté l’iris. Or ce n’est que dans uu petit nombre d’animaux parmi lesquels se trouve l’homme, que l’iris reçoit immédiatement des fdets de la cinquième paire. Chez les oiseaux de nuit et de proie diurne, chez les poissons , chez les lapins, et même chez les chiens, non-seulement il n’existe pas de nerfs ciliaires directement émanés de la cinquième paire , mais même le ganglion ophtalmique des chiens ne reçoit aucun nerf de cette paire, et ne communique qu’avec la troisième paire. Excepté donc les muscles des mâchoires , et quelquefois ceux des paupières, par exemple , celui de la paupière supérieure dans le lapin, ceux du larynx et de la glotte dans les batraciens , tous les aboutissants externes de la cinquième paire ne sont point organes de mouvement. Par la seule considération de la nature des organes d’épanouissement, l’on est conduit à reconnaître que la cinquième paire est principalement un nerf sensitif.
Quelles sont ces actions sensitives de la cinquième paire? Se rapportent-elles à un ou plusieurs . sens? Est-elle agent nécessaire ou principal de chaque fonction sensitive dans tous les cas? Ou bien y a-t-il des cas où , pour le même sens , elle est tantôt agent principal, tantôt accessoire, et où parfois même elle est suppléée par un autre nerf? On va voir que toutes ces conditions sont également réalisées. /
. Montrons d’abord que là oû la cinquième paire n’est pas organe du mouvement, puisqu’elle ne s’épanouit pas dans les muscles, elle est l’organe du sentiment , et toujours à un haut degré.
Les barbillons , des carpes et des barbeaux , etc. , reçoivent de très-gros nerfs de la seconde et de la troisième branche de cette paire, et il ne s’v rend pas le moindre filet nerveux d’une autre paire. Or, pour peu que l’on comprime mécaniquement ou que l’on touche avec quelque réactif chimique ces barbillons , on excite dans l’animal les plus vives agitations pour échapper à la douleur.
11 était par-là très-probable que là où la cinquième paire s’épanouit en même temps que d’autres nerfs dans des surfaces où des muscles viennent s'implanter, comme, par exemple, à la face et aux lèvres des mammifères, où les filets du nerf facial croisent dans tous les sens ceux du sous-orbitaire, du frontal et du maxillaire inférieur; les nerfs de la cinquième paire étaient seuls les organes de la sensibilité. En effet, là où il n’y a pas de mobilité à la face, comme chez les poissons, les oiseaux et les reptiles, là il n’y a pas de nerf facial , et le nombre , et le volume des filets de ce nerf croît justement en proportion de cette mobilité. Voilà pourquoi la face humaine est plus mobile que celle d aucun autre animal. Mais, quoique l’on vît ainsi la mobilité de la face et le nerf facial manquer avec une simultanéité constante, dansles animaux où les
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volumineux de la cinquième paire faisaient des diverses régions de la face , le siège de sens si délicats, cependant il était possible de concevoir que ces fonctions ne fussent pas ainsi réparties entre ces deux nerfs , là où ils existent simultanément.
L’expérience était donc nécessaire pour constater cette séparation. Or, M. Charles Bell en Angleterre, etM. Magendie en France, en coupant le nerf facial sur des singes, des ânes, des chiens, des chevaux, etc. , ont paralysé les mouvements respiratoires et physionomiques de tout le côté de la face correspondant aux nerfs coupés , et la sensibilité n’y était pas altérée. Le nerf coupé n’était donc pas le conducteur de la sensibilité, mais seulement de la contractilité des muscles où il se distribue.
Mais les muscles qui reçoivent à la fois des filets du nerf facial et de la cinquième paire n’étaient paralysés que dans leur action relative à la respiration et à l’expression de la physionomie. A plus forte raison , les muscles qui ne reçoivent que des nerfs de la cinquième paire , tels que l’élévateur de la paupière, le temporal et le masseter, avaient-ils conservé leur mouvement.
Cette expérience prouve donc que les muscles paralysés ne sont pas soumis dans tous leurs mouvements à l’influence du même nerf. Ainsi, par exemple, si le nerf facial est paralysé, son tronc
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coupé ou détruit par maladie sur un homme, les muscles buccinateur et orbiculaire des lèvres restent immobiles dans les mouvements d’expiration et d’inspiration, pour sifller, éternuer, etc., et dans ceux de l’expression physionomique, pour rire et pleurer, par exemple; de plus, chacun de ces muscles pourra être séparément inerte dans ces actions, si la branche qu’il reçoit du nerf facial a seule été coupée. Un cocher à qui M. Charles Bell, en extirpant une tumeur devant l’oreille , avait divisé la branche qui se rend à l’angle des lèvres, ne pouvait plus sifller ses chevaux Ces mêmes muscles au contraire continuent d’agir pour manger, parler, etc. La jeune Rebecca Tarkins, dont M. J. Shavv a donné l’histoire , a tout le côté droit de la face sans aucun mouvement respiratoire ou physionomique , et c’est du même côté qu’elle mange de préférence. Réciproquement , si la cinquième paire est paralysée, ces muscles, le massetcr et le temporal restent flasques en mangeant ; la langue conservant , au contraire, toute sa mobilité, quoiqu’elle ne touche plus, ne goûte plus du côté lésé, au-devant de sa base , et quoique la mobilité respiratoire et physionomique de ce côté subsiste dans toute son intégrité. Mais l’on pouvait supposer que la cinquième paire n’était pas conducteur unique de la sensibilité de la face, et que le nerf facial y contribuait aussi; de sorte qu’étant étrangère à la plupart des mouvements de la face, elle aurait eu
le nerf facial pouf accessoire dans la production des phénomènes de la sensibilité.
Or, la section du tronc de la cinquième paire , faite dans le crâne, le nerf facial et tous les autres nerfs de la tête restant intacts, a prouvé que non -seulement la cinquième paire était l’organe de la sensibilité tactile à la face , mais qu elle était l’organe unique de cette sensibilité et de toutes les autres encore. Car aucune espèce d’impression mécanique ou chimique n’affecle un animal du côté de la tête où la cinquième paire a été complètement coupée.
Le réciproque de cette expérience serait donné par l’anatomie comparée , si elle démontrait une combinaison de nerfs , où la face ne recevrait pas de nerfs de la cinquième paire, mais s(fhlement le nerf facial ou un nerf analogue par ses effets. Or, on ne connaît pas de combinaison semblable. Elle paraît même nécessairement exclue de l’organisation, puisque chez les animaux la face est la partie du corps où résident le plus grand nombre de sens , et que pas un seul de ses sens 11e s’exerce sans la coopération de la cinquième paire. Néanmoins, au défaut deeettccom binaison , qui résulterait de l’absence totale de la cinquième paire, coïncidant avec la mobilité de la face, plusieurs espèces de poissons nous ont offert l’absence presque complète de sensibilité tactile à la face ; tels les trigles , les vives , etc., où les
quatre premières branches de celte paire sont réduites à un état presque capillaire, et 11e s’épanouissent plus à la surface de la tête, toute entière revêtue de cuirasses. Elles n’y servent plus qu’au mouvement des mâchoires et de l’hyoïde.
De cette disparition complète des rameaux ou des branches superficiels et cutanés de la cinquième paire, dans les animaux où la surface de la tête n’est plus qu’une cuirasse, et au contraire du développement énorme de ces mêmes branches lorsque la peau de la face, plus molle, plus muqueuse, plus pénétrée de sang, devient le siège de couches considérables de tissu érectile sous différentes formes, tel qu’aux lèvres de l’homme et des singes, au mulïle des carnassiers et des ruminants, au boutoir de plusieurs pachydermes et insectivores : l’on pouvait donc conclure avec une certitude suffisante, que la cinquième paire est l’organe de tous les degrés du toucher qui peuvent résider à la face ; qu’elle 11’y détermine que les seuls mouvements pour prendre et broyer les aliments ; et que tous les mouvements physionorniques et respiratoires n’en dépendent pas, puisque ces mouvements et le nerf facial manquent à la fois dans tous les reptiles, serpents et oiseaux, sauf cependant les seuls strix pourvus de conques extérieures à l’oreille, et chez qui le nerf facial se distribue seulement aux muscles de celte partie.
L’anatomie comparative et pathologique , de
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concert avec l’expérience physiologique , détermine donc les usages tactiles de la cinquième paire. Mais des rameaux de la cinquième paire , en conservant des proportions de volume souvent autant, quelquefois même plus grandes que dans les parties de la peau où d’autres rameaux de la même paire servent au toucher , se distribuent à des organes où ils ne peuvent évidemment servir d’instruments à des impressions de ce genre. Tels sont, par exemple , les gros nerfs qui se rendent aux appareils gélatineux si profondément situés des raies ; ceux qui se rendent aux fosses préoculaires des serpents à sonnettes et des trigonocéphales , où leurs surfaces d’épanouissement ne peuvent être mises en contact avec des corps solides, etc. Comme on a vu, dans les organes des sens, la délicatesse et l’énergie de la sensation croître constamment avec le volume , l’étendue en surface et le nombre des nerfs, qu’il en est de même dans le nerf optique , la rétine, et le lobe optique, etc. , il était donc probable que dans toutes ces distributions à des organes, soit dépourvus de communication au dehors, soit profondément situés, mais communiquant encore à l’extérieur, la cinquième paire était l’agent de quelque sensibilité spéciale. Et, comme la situation profonde des surfaces d’épanouissement, à et plus forte raison la solidité des organes où se terminaient ses nerfs, excluaient la possibilité de tout contact mécanique d’un corps solide ou li-
quide, il était évident que les sens qui pouvaient là exister étaient différents du toucher, de la vue et du goût.
i °. La possibilité que la cinquième paire fût l’organe d’un autre sens que le toucher est directement prouvée chez les raies par l’épanouissement d’une branche de la quatrième paire dans les ampoules des canaux demi-circulaires et dans le vestibule, où il ne rend pas un seul autre nerf, ha cinquième paire peut donc être l’organe actif de l’ouïe; et nous avons vu que dans les chiens , les lapins , etc. , le nerf auditif près de son entrée dans la ceinture de la moelle allongée s’embranche avec le tronc de la cinquième paire.
La cinquième paire n’est donc pas seulement susceptible d’être l’organe du toucher; elle peut aussi être l’organe du sens de l’ouïe.
2°. Dans les oiseaux , chez les palmipèdes cl tes scolopax surtout, les nerfs ophtalmique et maxillaire supérieur tout entiers, pourvus d’un volume proportionnellement supérieur à celui qu’ils ont dans les organes du toucher le plus délicat, c’est-àdire au mufle et au boutoir des mammifères, aux barbillons des poissons, et détournés de leur distribution ordinaire à l’extérieur et à la convexité delà tête, sont déviés vers le plafond de la bouche et s’épanouissent le long du palais , en même temps que le nerf lingual de la même paire est très-développé sur la langue, qui vient battre et presser contre
ce palais. L’expérience montre que ces animaux sont très-susceptibles de préférence pour les saveurs. Ces nerfs deviennent donc, chez ces animaux, les organes du goût. D’autres nerfs de la cinquième paire que celui qui ordinairement en est l’organe chez les mammifères, peuvent donc être conducteurs des impressions sapides chez les oiseaux.
Des nerfs de la cinquième paire , organes ordinaires du toucher dans les mammifères elles pois sons, deviennent donc organes du goût chez les oiseaux en question. Or, dans l’expérience déjà citée de M. Magendie la langue, tout en conservant sa mobilité, perd non-seulement le goût, mais le loucher; et l’animal n’a même plus la conscience des déchirements des pressions qu’on y opère.
Voilà donc trois sens ou trois modes d’exercice de la sensibilité qui résident en différents nerfs de la cinquième paire.
3°. Dans les trigono-céphales et les serpents à sonnettes , les fosses préoculaircs aussi bien fermées que les narines, et sans communication avec ces cavités, sont tapissées par une membrane mince et très-fine, entretenue humide par des sécrétions muqueuses d’un appareil voisin , et oû s’épanouissent plus de nerfs de la cinquième paire que dans les narines d’aucun mammifère oû il s’en répand le plus. Or, par leur situation et leur disposition mécanique, ces fosses préoculaires, presque
aussi vastes que les narines, ne sont accessibles comme elles qu’à l’air et aux vapeurs ou odeurs dont il peut être le véhicule. Elles ne peuvent donc servir ni au toucher, ni au goût* ni à la vue, un œil très-développé est dans leur voisinage; ni à la l’ouïe, une oreille aussi parfaite que dans aucun autre reptile étant à sa place ordinaire. Servirait-elle à l’odorat? Mais les narines et le nerf olfactif, organes présumés de l’odorat, sont aussi à leur place. A quoi servait-elle donc? C’est ce que les inductions tirées des données de l’anatomie comparée ne pourraient seules déterminer. Car ces inductions n’ont pour motif et pour point de départ que des connaissances positives sur lesquelles nous raisonnons, et ici le raisonnement décide en faveur des narine* pour être le siège de l’odorat.
Or, par la section de la cinquième paire toutes les sensibilités résidant à la face sont anéanties , et par conséquent l’odorat. Ici, il faut bien se résigner à la conséquence des faits. Le nerf olfactif existe, la cinquième paire seule est coupée. Par conséquent ceux de ses filets qui se distribuent aux narines étaient seuls conducteurs de l’odorat; ou bien ce nerf olfactif ne peut agir sans leur coopération, puisque ce nerf n’a pas été blessé, et qu’il ne transmet plus l’impression d’aucune odeur.
L’on sent que l’expérience inverse était nécessaire pour donner ici du phénomène une démon-
stration réciproque , comme on l’avait déjà fait par rapport au nerf facial.
Or, la destruction du lobe olfactif, par expérience ou par maladie, conïncidente avec- l’intégrité de la cinquième paire , laisse subsister l’odorat.
Le nerf olfactif n’est donc pas l’organe au moins exclusif de l’odorat. Les branches nasales de la cinquième paire sont donc cet organe. Cette conclusion est irrécusable.
Cela posé, nous voyons maintenant l’usage de la fosse préoculaire des trigonocéphales et des serpents à sonnettes. Elle sert exclusivement à l’odorat, puisque les nerfs qui ailleurs servent à cette action dans les narines sont ici exclusivement épanouies dans les cavités particulières. Les narines sont donc ici isolément le siège d’une action qui , dans les mammifères , y est exercée en même temps que le sens de l’odorat. Mais quelle est cette action? C’est ce que l’on ne saurait dire , ne pouvant avoir de notions physiques que d’après la conscience que le sentiment nous donne des objets extérieurs.
11 résulte donc de cette séparation et des cavités différentes chez les reptiles, du nerf dit olfactif d’une part, et des branches odorifères de la cinquième paire d’autre part, la vérification toute faite par la. nature du résultat si extraordinaire donné par l’expérience.
4°. Chez les poissons , la narine ne reçoit plus
que le nerf olfactif seul; aucun filet de la cinquième paire u’v pénètre. Est-ce que chez ces animaux le nerf olfactif suffit à produire l’odorat; ou serait-cc que l’odorat n’v existerait pas, et que cet organe y exercerait ces propriétés , que nous avons supposées dans les nerfs et les lobes olfactifs des mammifères? Ce qui rend la première supposition plus probable , c’est que la proportion de développement des narines et de tout l’appareil olfactil des squales, des raies, etc., coïncide avec l’appétit de la chair, et que ces animaux se nourrissent de cadavres, principalement les squales.
S’il en est ainsi, les nerfs olfactifs, et par conséquent leurs segments cérébro-spinaux, ne conservent donc pas les mêmes propriétés, les mêmes influences dans tous les cas de leur existence : ils suffisent ici à une fonction , dont ils ne sont ailleurs que de simples accessoires.
La cinquième paire, par ses branches nasales dans les mammifères et par ses branches propres à la cavité préoculaire des trigonocéphalcs et des serpents cà sonnettes, est donc l’organe de l’odorat.
5°. La section du tronc de la cinquième paire, dans les lapins, les cochons d’Inde, les chiens et les chats, le nerf optique et celui de la troisième paire restant parfaitement intacts, produit immédiatement i°. la cécité; 2°. l’immobilité de l’iris, dilaté chez les deux derniers , resserré chez les deux premiers de ces animaux ; celle du globe de
l’œil ; 5°. l’insensibilité de la surface de l’oeil ; 4°- la cessation de la sécrétion des larmes; 5°. celle du clignement, quoique les muscles n’en soient pas paralysés , car l’introduction subite de la lumière du soleil dans l’œil détermine le clignement. La lumière de la plus forte lampe, même concentrée par une lentille, ne produit pas cet effet, et c’est bien l’action delà lumière qui cause l’impression, car un charbon ardent laisse l’œil immobile ; et comme, ce mouvement dépend du nerf facial, la cinquième paire exerce donc sur ce nerf une inlluence analogue à celle qu’elle a sur les nerfs spéciaux des sens.
6°. L’extinction de la susceptibilité de s’enflammer par l’action des irritants mécaniques et chimiques. De l’ammoniaque n’y détermine même aucune injection , tandis qu’il enflamme immédiatement l’œil sain. Les paupières restent mobiles.
Au bout de huit jours, chez les lapins, les humeurs de l’œil ont perdu leur transparence. Elles prennent une opacité blanchâtre et caséeuse : au neuvième jour, la cornée, déjà auparavant exfoliée et ulcerée, tombe hors du cadre circulaire de la sclérotique. Les humeurs de l’œil, transformées en une matière d’apparence de fromage , sont expulsées du globe, qui se rétrécit en un petit moignon. Jusqu’au neuvième jour, chez les chats, il n’y a que cette partie centrale de la cornée, correspondante à l’aire de la dilatation habituelle de l’iris,
qui devienne opaque et se sépare. Le cercle extérieur de la cornée perd seulement de sa transparence , mais ne se sépare pas de la sclérotique. De la matière blanche s’est épanchée dans la cham bre antérieure de l’œil seulement ; mais ni le corps vitré ni le cristallin n’ont pris d’opacité. Leur transparence est seulement diminuée.
Voici le progrès des altérations physiques de 1 œil par les changements que la section delà cinquième paire apporte dans sa nutrition.
Après vingt-quatre heures , la cornée devient opaque ; au troisième jour, la transparence est perdue entièrement; au cinquième jour, cette membrane est blanche comme l’albâtre.
Dès le deuxième jour, la conjonctive que l’ammoniaque n’irritait pas auparavant, rougit, et secrète une matière laiteuse fort abondante ; les paupières sontimmobiles, ou bien largement ouvertes, ou bien fermées et leurs bords adhérents. Et alors la matière laiteuse s’écoule en abondance. Cette occlusion des paupières prouve que les altérations ultérieures ne dépendent pas de l’impression de l’air, ou de l’irritation des corpuscules qu’il pourrait apporter.
A la même époque , les vaisseaux de l iris se développent , il s’enflamme ; de fausses membranes , ayant aussi une ouverture centrale , se forment à sa surface antérieure. Leur superposition finit par remplir la chambre antérieure.
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11 y a donc à la fois inflammation et insensibilité.
Or, dans les lapins , il n’y a pas un seul fdet de la cinquième paire qui pénètre dans le globe de l’œil. Tous les nerfs ciliaires viennent uniquement de la troisième paire. Et il n’y a pas même de ganglion ophtalmique sur leur trajet.
Dans les chats, au contraire, où les altérations de nutrition sont beaucoup moindres , les nerfs ciliaires émanent d’un ganglion ophtalmique au moins trois fois plus volumineux que dans les chiens, ou la troisième paire seule le forme, et ce ganglion ophtalmique des chats est formé comme dans l’homme par des filets et de la cinquième et de la troisième paire.
Quelles sont les causes de ces phénomènes? i° 11 est démontré que les altérations de nutrition oc sont pas l’effet de l’inflammation que développerait le clignement moins fréquent de l’œil; car, ni l’ablation des paupières , en laissant l’œil à nu , ni l’ouverture permanente de l’œil par la section du nerf facial, excitateur du clignement involontaire dans le muscle orbiculaire et dans l’élévateur de la paupière, ne produisent ces phénomènes. 2°. Ils ne dépendent pas non plus de la simple suppression des larmes que l’on aurait pu croire indispensable à la transparence de la cornée ; car huit jours après l’extraction complète de la glande lacrymale, l’œil n’a rien perdu de sa transparence.
Ils dépendent donc d’une influence purement nerveuse , et en voici la preuve.
Ces altérations de la nutrition de l’œil sont d’autant moins complètes, d’autant moins rapides, qu’011 s’éloigne davantage du point d’embranchement des nerfs de la cinquième paire, et que l’on coupe, dans le crâne, son faisceau d’origine plus près de l’insertion ; enfin la section du bord du quatrième ventricule 11e produit plus aucune altération. Ces phénomènes tiennent donc à une force propre au nerf, force qui 11’a point sa source dans le système cérébro-spinal, et qui est même d’autant plus énergique , que l’on s’éloigne de ce système jusqu’à une certaine distance.
Ce n’est donc pas par une action locale que la cinquième paire infiue ici sur la nutrition et sur la sensibilité optique de l’œil ; c’est donc par une action à distance. L’intégrité de la cinquième paire est donc une condition nécessaire de l’action du nerf optique. Mais comment concourt-elle à la vision? Puisqu’il 11c se rend aucun de scs filets dans l’œil ni dans la structure du nerf optique , il paraît donc que c’est par l’influence mutuelle de son centre d’action, c’est-à-dire du quatrième ventricule, et des lobes optiques où aboutissent les nerfs visuels.
D’autres phénomènes résultent encore de la seclion de la cinquième paire. On a vu dans le chapitre Ier quels changements survenaient dans l’or-
ganc de l’odorat. Le goût et le tact de la langue sont aussitôt détruits : en même temps les muscles qui reçoivent leurs nerfs de la cinquième paire, et surtout le buccinateur, sont paralysés. Non-seulement 1 animal ne goûte plus les aliments qui sont dans le côté paralysé de sa bouche , mais il n’v sent plus leur présence et leur séjour. Une partie des aliments broyés séjourne de ce côté entre les dents et la joue; et leur contact finit par ulcérer la membrane buccale. Cette ulcération arrive au bout de quatre ou cinq jours chez les lapins. Elle était déjà ancienne chez le malade où tous les sens de la face étaient paralysés du côté où le ganglion de la cinquième paire était altéré (i).
Si le nerf lingual seul est coupé , il n’y a que le goût et le toucher de la langue de perdu , Insensibilité tactile subsistant du même côté dans les parois de la bouche, ainsi que tous les mouvements ordinaires de la mastication. Quand les deux nerfs de la cinquième paire sont coupés, tous les sens étant paralysés, les effets de ces paralysies s’ajoutent
(1) Chez ce même malade l’iris épaissi par une inflammation erhonique, avait contracté adhérence avec la cornée, au moyen de ces mêmes fausses membranes qui se superposent aussi alors dans la chambre antérieure de l’œil, chez les lapins. Le cristallin aussi y était opaque, et la surface de la cornée légèrement ulcérée. Celte ulcération de la cornée avait déjà été observée dans le même cas, par le docteur Macmiehaël (voy. un mém. de M. Herbert Mayo, in Journal de Physiof. Exp., t. 5. )
u vue v.
à ceux de la simple cécité. Ne sentant plus les obstacles, l’animal s’obstine, contre durant des heures entières , de manière à s’écorcher bientôt le museau et la face. La langue est alors pendante, quoiqu’il puisse la faire rentrer ; la mâchoire reste aussi abaissée dans les chats et les chiens. Les saveurs continuent d’agir sur le centre et la base de la langue.
70. Dans les raies, les trois plus gros nerfs de la cinquième paire vont se terminer chacun dans la profondeur d’un organe gélatineux situé au-dessous de la peau et enveloppé de l’espèce de tissu glaireux propre à ces poissons et sans communication avec l’extérieur. Ces nerfs , à proportion du volume de l’animal, sont incomparablement plus gros que les nerfs du boutoir des mammifères où ils sont le plus développés. 11 est évident qu’ils ne servent à aucun mouvement. On sait d’ailleurs que ces raies n’exercent aucune action à distance, à la manière des torpilles , sur les animaux ni sur l’homme qui les touche. Cette action ne peut donc être que sensitive. Et , comme il ne peut y avoir de contact entre col organe et aucun corps, aucune émanation fluide ou gazeuse extérieure , cctlc action sensitive s’exerce donc à distance. Quelle est la nature de cette action ? La réponse est tout aussi impossible, et par la même raison que pour l’action du nerf olfactif.
8®. On a vu dans la torpille le dernier nerf de la
cinquième paire , correspondant au plus postérieur de ceux dont il vient d’être question chez les raies , se rendre à la partie antérieure de la batterie électrique avec un volume proportionnel qui ne surpasse pas celui de son analogue dans la raie. Ce nerf est-il électro-moteur à la manière des branches congénères du nerf pneumo-gastriquè? Ou bien , à la manière de ses analogues dans les raies , est-il, pour les torpilles, l’organe d’un sens à distance? Cette dernière supposition est assez probable, d’autant mieux que partout on voit la cinquième paire affectée presque exclusivement, si l’on excepte quelques mouvements peu nombreux, à des actions sensitives.
90. De tous les animaux , ceux où la cinquième paire exerce les actions musculaires les plus importantes, après celle de la mastication et de la préhension des aliments, sont les batraciens. Ses branches , outre le mouvement propre des mâchoires, excitent les muscles de la glotte. Ils sont donc inspirateurs , et la respiration s’exerce sous leur influence. Aussi la section de la cinquième paire sur ces animaux, cause- 1- elle une mor.t prompte par asphyxie. Tout le monde sait que dans les mammifères (et l’on verra plus loin qu’il n’en est pas autrement dans les oiseaux et les reptiles sauriens, ophidiens et chéloniens), cette fonction dépend, quant au mécanisme de l’introduction de l’air , de la huitième paire , et dans cette paire de
ceux de ses rameaux distribués aux muscles du larynx et de la glotte.
io°. Enfin, dans deux genres de poissons seule ment , la cinquième paire distribue le long du dos, et jusqu’aux extrémités de chaque paire de nageoire, la sensibilité que partout ailleurs elle n’exerce que dans la tète. Dans tous les poissons à branches libres, sans exception, elle devient autrement que dans les batraciens un des nerfs de la respiration. La cinquième branche ou operculaire , en se distribuant à la membrane branchiale de l’opercule et des rayons branehiostéges, y procure cette meme sensibilité tactile relativement au tîuidc qui la baigne, que les filets du pneumo-gastrique et du plexus pulmonaire exercent relativement à l’air, dans les branchies des animaux aériens.
Constamment, dans tous les animaux, le développement de la cinquième paire est lié pour le degré à celui de la partie antérieure du quatrième ventricule, de l’arcade qui recouvre cette partie dans beaucoup de poissons osseux, et enfin du cervelet médian dans tous les animaux. Cette connexion des développements proportionnels annonçait déjà une correspondance, une dépendance d action. M. Magendie en a donné la preuve, en produisant par la section du bord du quatrième ventricule , dans les lapins , les mêmes altérations de sensibilité et de mouvement qui résulteraient de la section du nerf correspondant. Ces trois parties
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cérébrales sont donc l’aboutissant des actions de la cinquième paire. Or, comme la cinquième paire opère principalement ou accessoirement dans toutes les actions sensitives , on voit , en suivant la série des vertèbres, que ce quatrième ventricule , au moins dans la partie antérieure tout à l’heure déterminée, est le siège de la perception de toutes les sensations, excepté celle de la vue. Cardes chats a des lapins, des cochons d’Inde et surtout des hérissons , témoignent par leurs mouvements pour s’y soustraire , qu’ils ressentent les impressions un peu fortes portées sur les narines , la langue , les oreilles, la face et le boutoir, lorsqu’il ne leur reste plus que le lobe du quatrième ventricule coupé au. devant de l’insertion de la cinquième paire.
Or, dans les mammifères cités, et même dans les hérissons , le quatrième ventricule est loin d’avoir la proportion de volume qu’il offre dans beaucoup de poissons, et surtout dans les esturgeons, les squales et les raies , où développé en raison de ia cinquième paire, il représente, depuis le quar^ jusqu’à la moitié de tout l’encéphale. On conçoit maintenant que, puisque dans les mammifères, où le cerveau a une proportion de masse si avantageuse, cet organe n’est point le siège des sensations (excepté peut-être la vue pour laquelle il n’est même probablement que l’accessoire des lobes optiques) , à plus forte raison ne peut-il l'être daus
les poissons osseux où il ne représente plus que le huitième ou le dixième de l’encéphale, et surtout dans les poissons cartilagineux cités, où il n’existc plus du tout. Or, comme l’annonce la proportion de leur cinquième paire , ces animaux doivent être le mieux partagés pour l’action des organes sensitifs et la conscience des impressions qu’ils en reçoivent.
Le degré de développement de la partie antérieure du quatrième ventricule peut donc servir de mesure à celui de la cinquième paire, et réciproquement. Tous deux mesurent aussi le degré d’énergie des sens plus ou moins nombreux., dont la cinquième paire est le conducteur.
La liaison intime des sensations avec la conservation de la vie, et la dépendance où est cette con servation de la respiration et de la digestion, explique le voisinage, et pour ainsi dire la réunion du centre d’action de la cinquième paire avec le centre d’action du nerf pneumo-gastrique.
Le nerf de la cinquième paire est donc l’organe immédiat de tous les sens moins la vue, dans la série des vertèbres. Parmi ces sens il en est au moins un surnuméraire à ceux dont l’expérience nous donne l’idée, celui des organes particuliers aux raies et aux squales. Enfin, ce nerf est dans les mammifères au moins organe accessoire de la vision, puisque la section de ce nerf y abolit immé-
d ia terne nt cette action. De plus, dans les différents animaux les branches ou rameaux de ce nerf peuvent se suppléer mutuellement dans leurs fonctions, ou se réunir pour une fonction commune. Tel est, par exemple, le sens du goût des palmipèdes exercé par le nerf gustatif ordinaire , c’està-dire par le lingual, et par le maxillaire supérieur et l’ophtalmique.
Par son importance , on conçoit la raison de l’existence constante de ce nerf. Il existe partout, et souvent d’autant plus développé qu’un ou plusieurs autres nerfs sensitifs le sont moins. Ainsi, par exemple, il est très-gros dans la lamproie; il l’est encore davantage dans le protée aveugle , et , en général, il l’est beaucoup dans les poissons, tous privés de goût, excepté les cyprins.