‹ Anatomie des systèmes nerveux des animaux a vertèbres [electronic resource]Chapitre 74 sur 83 · J 28 L1V1UI T · texte numérisé non relu

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tambour et de la trompe, causait une surdité absolue qui cessa complètement aussitôt après la perforation du tympan.

3°. Usage des osselets. L’adhérence du marteau, dans les mammifères, et dans les oiseaux et les reptiles, celle de l’extrémité de l’osselet rigide, avec la membrane du tympan , nécessitent évidemment une influence de ces petits leviers sur la tensic n de la membrane, par 1’effet des muscles ou des brides élasliques qui les mettent en mouvement. La simple flexibilité de l’osselet des oiseaux doit restreindre chez eux celte influence. Or, d’après l’expérience déjà citée, il n’est pas douteux que par le moyen de ces muscles et de ces petits leviers l’animal ne proportionne la tension et par conséquent l’amplitude des excursions vibratoires de cette membrane , à la nature et à l’intensité des sons qui l’affectent; qu’il la relâche pour les sons faibles ou agréables; qu’il la tend pour ceux qui ont trop d’intensité ou d’acuité. Et en effet, l’on s’aperçoit d’un effort dans cet organe , lors de l’impression désagréable que causent des sons trop aigus ou trop voisins.

L’autre extrémité du levier osseux qui traverse le tambour , appuyant sur la membrane qui ferme le vestibule , les mêmes phénomènes doivent résulter de sa tension. Mais comme celte membrane est immédiatement en contact avec le milieu dont les vibrations meuvent le nerf acoustique lui-

même, on conçoit que les degrés de tension et de relâchement devaient être ici restreints aux plus petites amplitudes. Et , en effet , n’est-ce que décomposé à travers quatre articulations, que l’effort du mouvement musculaire y est transmis. Et ce qui prouve qu’en effet c’est là l’utilité principale de ce levier, c’est que dans la plupart des sauriens et chez tous les serpents, où il n’y a plus de tympan, l’osselet rigide engagé dans les muscles cervicaux continue de mouvoir son extrémité appliquée sur la membrane du vestibule. Enfin il y a une preuve péremptoire que c’est dans les vibrations imprimées à la membrane du vestibule par l’extrémité correspondante du levier osseux, que réside sa principale utilité. C’est que la perte des osselets, si l’étrier reste en place, ne cause pas la surdité. Car alors cet osselet conserve son influence qu’il doit exclusivement à son muscle propre, ou à ce corps élastique qui remplace le muscle chez la plupart des mammifères. Aussi la surdité suit-elle nécessairement la perte de l’étrier (1).

4°. Le tambour , abstraction faite du tympan et des osselets, agit comme simple réservoir d’air. Cet

(1) M. Magendie ( Journal de physiol. , t. I) a découvert que l’homme est le seul mammifère qui ait deux muscles pour le marteau ; que les singes n’ont que l’analogue du muscle interne; que dans tous les autres mammifères, le muscle de l’étrier et celui du marteau sont remplacés par des corps irrégulièrement sphériques, dont l’un plus volumineux, appartient

air, plus rare par sa température, diminue nécessairement les vibrations qu’il transmet. L’une des utilités de la trompe est même, probablement pour accroître cet effet, de le raréfier encore davantage en en faisant sortir une partie, quand des sons trop violents frappent le tympan. Et en effet la rupture du tympan rend-elle douloureux, dans les premiers temps, des sons qui ne l’étaient pas auparavant.

Enfin, la caisse transmet aussi les vibrations par ses parois. On en a la preuve quand une éponge imbibée d’eau est mise en contact avec toutes leurs surfaces. M. Dcleau observe actuellement un homme qui, n’ayant plus de tympan ni d’osselet, est presque sourd; mais au moyen d’une éponge imbibée d’eau, et portée dans la caisse, il entend la parole sans cornet acoustique. Un autre sourd, avec la même utilité , porte au fond de la caisse des germes frais

au marteau, et l’autre à l’étrier. Ces corps sont tendineux par leur côté mobile; leur côté fixe n’offre aucune trace de fibre, il est plutôt globuleux et très-élastique. Ils ne reçoivent aucun filet du nerf facial qui en donne de si distincts aux muscles des osselets chez l’homme. Us sont recouverts par la membrane qui tapisse le tambour.

La bride élastique du marteau tient tendue la membrane du tympan qui se relâche et se plisse par la section du tendon de la bride.

Celle de l’étrier est dans une tension continuelle. Elle tire en arrière le col de cet osselet et tend par conséquent la membrane du vestibule. Elle ramène aussi à sa position naturelle la chaîne des osselets déplacés par une légère pression.

d’éclialottes. Une éponge sèche, du coton sec, ne transmettent pas le son, et ils conduisent d’autant moins bien qu’ils deviennent moins humides.

Cette transmission sera donc d’autant plus efficace que les surfaces seront plus étendues, et que les lames osseuses, qui les constituent, seront plus minces et plus susceptibles de vibrer. Ce fait conduit à reconnaître l’usage des cellules mastoïdiennes des mammifères, et de celles si innombrables qui circonscrivent le crâne des oiseaux de nuit. On conçoit combien le renforcement du son se multiplie par l’addition de tant de vibrations simultanées. On en a un exemple par l’accroissement de l’intensité du bruit d’une montre, que l’on serre entre ses dents.

Si, au contraire, une matière compacte, soit dure, soit molle, remplit la caisse et les cellules afïluentes, il n’y a plus de vibration. Aussi la surdité est-elle l’effet nécessaire de l’obstruction du tambour, des cellules et de la trompe, par des mucosités gélatineuses. Cette obstruction peut dater de la naissance , et alors l’enfant est sourdmuet , quoiqu’il possède tous les organes nécessaires à entendre. C’est à un pareil sourdmuet que M. Deleau a donné l’ouïe en évacuant la matière de l’obstruction par des injections poussées dans la trompe. Déjà il en avait guéri deux autres en nettoyant le tambour par des injections poussées par le tympan perforé. L’ouïe subsiste

malgré l’obstruction de la trompe, si le tambour reste libre. Mais le seul épaississement inflammatoire de la membrane qui le tapisse, suffit pour reproduire la surdité, car alors les vibrations sont encore interceptées, et ne parviennent pas aux parois osseuses.

Nous venons de constater à la fois et cet obstacle qu’oppose l’obstruction muqueuse du tambour et de la trompe à la propagation du son, et un phénomène sensitif bien singulier. Un enfant de six ans n’entendait pas à la voix ordinaire. Pris de rage six semaines après avoir été mordu par un chien , l’excitation nerveuse lui avait rendu toute la finesse de l’ouïe. Au fort de ses épouvantables souffrances que l’injection de l’eau n’avait pas encore calmées, il entendait à voix basse; ce qu’il continua de faire quand l’injection de l’eau dans les veines l’eut apaisé. Nous lui avons trouvé les deux caisses tout-àfait obstruées par une matière gélatineuse. L’excès de la sensibilité du nerf suppléait évidemment ici à la faiblesse des vibrations.

5°. Usages de U oreille interne. On ne sait absolument rien d’exact et de démontré sur l’utilité spéciale des canaux demi-circulaires et du limaçon. Nous avons déjà opposé le défaut d’accord entre les conjectures qu’on a faites sur leur usage chez l’homme, et le degré de perfection ou même d’existence de ces mêmes parties chez les animaux. Ce limaçon si compliqué des chauve-souris n’est cer-

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tainement pas un organe musical ; et rien ne fait même soupçonner dans quelle partie de l’oreille de l’homme et des oiseaux se modulent les tons des sons harmoniques.

6°. Quant aux propriétés du nerf acoustique, il oflre le même contraste que celui de l’odorat et que celui de la vue. 11 éprouve les moindres ondulations du son , et il est insensible au contact , aux piqûres , à l’écrasement. Enfin , comme les deux autres nerfs , son action est subordonnée à celle de la cinquième paire.

L’influence de la cinquième paire sur l’action du nerf acoustique coïncide, ici, avec l’unité du foyer où aboutissent les actions de ces deux nerfs. On a vu dans le chapitre précédent qu’un animal , un lapin , un hérisson , continue d’entendre quand il ne conserve plus, de tout l’encéphale, que le lobe du quatrième ventricule. Ce résultat était indiqué d’avance par l’anatomie , puisque le nerf acoustique existe au maximum chez des animaux qui n’ont plus qu’un vestige de cerveau ou de cervelet , ou qui meme manquent de l’un de ces organes ; tels sont, par exemple, les raies et les squales.

Comme les nerfs des autres sens, sa proportion est d’autant plus grande qu’il doit réagir sur des impressions plus faibles, ou que le milieu d’existence de l’animal est moins favorable à la production et à la propagation du son. Voilà pourquoi

le nerf acoustique est vingt fois plus développé , relativement à la taille de l’animal, chez un poisson que chez un mammifère ou un oiseau. ( Vov. Coroi. 20 de mon premier Mèm. sur le syst. nerveux des poissons ; Journal de Yhysiol., t. Il, pag. 1 35. 1822.)

INous ne parlerons pas ici de l’activité de ce sens pour estimer la distance, la direction des bruits, encore moins parlerons-nous de la justesse, de la délicatesse de cette action. Tout porte à croire que ce dernier résultat dépend d’une faculté intellectuelle,et n’est pas un effet de l’impression immédiate sur l’organe sensitif. Car les musiciens qui ont les oreilles de force inégale n’en apprécient pas moins la valeur des tons. Enfin il est évident que la musique ne dérive pas de l’ouïe. Car des compositeurs ont continué de composer après être devenus sourds , et chez les oiseaux chanteurs les femelles sont muettes , les mâles eux-mêmes 11e chantant que durant l’amour. 11 y a plus, un oiseau chanteur, qui aura été couvé et élevé par un oiseau muet, ne chantera pas moins bien ni autrement que ceux de son espèce qu’il n’a jamais entendus.

Mous avons déjà parlé, au chapitre Y du livre précédent, de l’association et du concert de ce sens, avec les opérations de l’intelligence.

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