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PHYSIOLOGIE DU NERF PNEUMO-GASTRIQUE

On a vulc nerf pneumo-gastrique inséré constamment au côté de la moitié postérieure du quatrième ventricule , sur les deux cordons de la moelle à la fois, ou à peu près sur la ligne de leur contiguïté, se distribuer suivant les espèces aux organes de la respiration, de la voix , de la digestion , du toucher même dans les serpents et probablement dans les lézards, du goût chez les cyprins , de l’électricité dans les torpilles , et à toute la longueur du corps dans la plupart des poissons osseux et cartilagineux. Les actions de ce nerf sont donc plus variées que celles d’aucun autre, et la partie postérieure du quatrième ventricule où il s’insère devient donc, suivant les espèces , le foyer d’où partent et où arrivent les excitations relatives à toutes ces modifications, soit des mouvements, soit de la sensibilité, soit de l’influence que les nerfs exercent sur les phénomènes chimiques de la respiration et de la digestion. En outre, il communique sur différents points de sa longueur avec le nerf facial chez les chiens , les ruminants, etc. , avec le glossopharyngien , l’hypoglosse , le premier ganglion cervical , Je nerf maxillaire inférieur des serpents. 11 est très-

probable que par ces anastomoses il influe également sur les actions des nerfs avec lesquels il communique.

La correspondance d’action du nerf pneumogastrique avec la partie postérieure du quatrième ventricule se démontre aisément sur le hérisson.

Tout l’encéphale étant retranché , y compris le cervelet, l’animal crie si l’on pince ses lèvres , ses narines , sa langue ; si on agit sur ces mêmes organes avec des alcalis , etc. Enfin , la partie antérieure du quatrième ventricule retranchée , il continue de respirer, ce qu’il fait même encore après la section du segment d’origine du pneumogastrique , mais par une circonstance particulière à quelques mammifères et reptiles, le nerf spinal, branche du pneumo-gastrique , s’insérant le long de la partie cervicale de la moelle.

L’excitation du pneumo-gastrique lui est donc imprimée par tous les points du système cérébrospinal compris entre l’insertion du dernier filet du spinal et celle du premier filet du pueumo- gastrique proprement dit.

Mais, dans les autres reptiles, les batraciens et les serpents, où il n’existe pas de nerf spinal, la mort est la suite nécessaire de la section faite derrière le quatrième ventricule. Ce résultat démontré par l’expérience pouvait déjà se conclure des connexions anatomiques. Il en est de tous les poissons comme des batraciens et des serpents.

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Les mêmes effets sur la respiration et la digestion résultent, soit delà section du tronc du pneumogastrique , soit de la lésion du point correspondant de son insertion , c’est-à-dire de la partie du quatrième ventricule où il aboutit. On a déjà vu cette réciprocité d’effets par suite de la section de la cinquième paire et de la partie antérieure du quatrième ventricule.

§ Ier. Influence de la huitième paire sur la digestion. Pour apprécier l’influence de la cessation de l’action de la huitième paire dans la digestion, il est bon de rappeler le résultat d’autres expériences faites pour estimer l’influence mécanique de la contraction musculaire de ce viscère sur le même phénomène.

a. Influen ce mécanique de V estomac dans la digestion. Iiéaumur et Spallanzani ont fait voir que des aliments renfermés dans des boules métalliques, inflexibles , percées de petits trous, étaient digérés comme s’ils étaient libres dans la cavité de l’estomac. 11 est évident qu’alors l’action mécanique des parois de cet organe n’a contribué en rien à la digestion. Or, la nature répète en grand et de toutes les manières celte expérience sur les poissons osseux. J’ai observé cent fois dans l’estomac , si membraneux et si peu contractile des maquereaux, des vives, des trigles, etc., des petits crustacés , des crabes, par exemple , des crevettes, des astéries, etc., à tous les degrés de ramollissement

et sans déformation , depuis la dureté naturelle de leur test jusqu’à la dissolution complète. Et celte action chimique, qui s’exerce au contact, dissout le test avant d’entamer les parties molles qu’il protège. Ce qui se passe naturellement dans les poissons, comme chez les mammifères soumis à l’expérience, exclut donc dans l’action de l’estomac tout effet mécanique de ses parois.

Cela posé, voici des expériences sur la section de la huitième paire chez des mammifères.

b. Effet de la section de la huitième paire sur la digestion. Après un jeûne assez long pour que leur estomac soit vidé, on fait manger à trois chiens une quantité à peu près égale de tripes cuites coupées en gros morceaux. On coupe aussitôt à l’un de ces chiens les deux nerfs pneumo-gastriques avec perte de substance, de manière que les deux bouts restent écartés; à l’autre , après l’ablation de la même longueur de nerf, on rétablit la communication des deux bouts, en les engageant dans des cylindres de fil de cuivre tourné en spirale, et on les y fixe en les traversant avec un fil de cuivre plus mince. On réunit les plaies. Le troisième chien reste intact. Au bout de douze heures, la viande, dans l’estomac du premier chien, offre presque le même aspect qu’avant d’avoir été mangée ; la surface de la masse , qui n’est presque pas diminuée, est ramollie et couverte d’une couche mince , de matière pulpeuse et grisâtre. Au centre,

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les morceaux assez secs ont encore leur couleur et leur forme naturelle. Les parois du viscère sont lisses et sans plis ; les vaisseaux chylifères sont vides. Dans l’estomac du chien intact, il n’y a plus qu’une petite quantité de viande très-ramollie et une grande quantité de chyme mêlée à de la bile ; les parois de l’organe sont ridées et contractées ; les vaisseaux chylifères dilatés et gorgés. Sur le second chien, il n’y a plus qu’un peu de viande altérée et ramollie , et beaucoup de chyme. Les parois de l’estomac sont ridées, et les vaisseaux lactés sont pleins de chyle.

Chez le premier chien , la digestion a donc été de beaucoup ralentie , et, chez le deuxième , elle a été presque aussi complète que chez le chien intact. Dans ce second cas , l’influence nerveuse s’étaitelle transmise par le conducteur métallique, ou bien ce métal agissait-il en développant de l’électricité, ou bien seulement en excitant mécaniquement l’extrémité inférieure du nerf? Or, en établissant la communication des deux bouts de la section par des corps non conducteur^, du verre, de la baleine, le résultat est toujours le même. L’influence n’est donc pas transmise à la manière de l’électricité. Le résultat est encore le même, si l’on fait une seconde ablation sur le bout supérieur du nerf vers le cerveau. 11 est évident qu ici il n’y a plus lieu à la transmission d’aucune influence. Le phénomène dépend donc de la seule irritation de

l’extrémité supérieure du bout inférieur du nerf. Et , en effet , si ce bout de nerf est excité , soit galvaniquemcnt, soit autrement, les résultats sont encore les mêmes.

MM. Breschet , etc., auteurs de ces expériences, en concluent que l’action des nerfs vagues se borne à faire contracter les libres musculaires de l'estomac , et que les mouvements ainsi produits achèvent la chymification, en renouvelant la surface du bol alimentaire.

Les expériences de Spallanzani et les faits que j’ai cités prouvent que la seule action chimique des sucs versés dans l’estomac, durant la digestion, suffit à tous ses phénomènes. Et ensuite il est douteux que durant l’expérience l’estomac , sous l’influence des irritations mécaniques auxquelles il est soumis, opère les contractions supposées. Car d’après les expériences réitérées de M. Magendie et de M. Herbert Mayo , si sur un animal vivant ou récemment tué , on pince le nerf vague laissé intact , ou si après une section transversale on pince , on irrite le bout inférieur, l’œsophage se contracte, mais l’estomac reste immobile. Et il en est de même par le galvanisme. Or, on sait d’ailleurs que les contractions de l’œsophage sont la seule force qui pousse , accumule et retienne les aliments dans l’estomac. Et l'on peut estimer l’énergie de cette force par la pression qu’éprouve le doigt introduit par l’esto-

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ïnac dans l’œsophage d’un animal vivant, ou par la résistance qu’on éprouve à refouler les aliments dans ce canal , en comprimant avec les deux mains l’estomac d’un chien vivant. Cette résistance est telle qu’on ne réussira pas à la vaincre dans l’instant de la contraction de l’œsophage qui est alternative. Mais la régurgitation s’opère presque d’elle-même dans l’instant du relâchement. Or, il est bien clair que la section du nerf pneumo-gastrique en paralysant l’œsophage, laissera au moindre effort regorger les aliments par pn. véritable vomissement. D’ailleurs, M. Breschet lonvieut luimême qu’un courant électrique à tra\\rs l’extrémité inférieure du nerf coupé n’a jamais causé de vomissements, c’est-à-dire de contraction de l’estomac, contraction qui, pourtant alors, n’aurait pas eu d’antagonisme à surmonter. Ce n’est donc que sur la sécrétion des sucs digestifs qu’influent les irritations exercées , dans ces expériences, sur le bout du nerf dirigé vers l’estomac.

On ne peut donc pas conclure de la contraction des fibres de 1 œsophage à celles de l’estomac. Celles-là sont aussi contractiles que les autres le sont peu. Aussi sont-elles paralysées après la section de la huitième paire. Or, les moindres pressions des muscles abdominaux suffisent alors pour faire rétrograder les aliments par ce canal dont les parois n’y opposent plus d’obstacle. Et déjà même, dans l’état ordinaire, si l’estomac est plein , un effort

assez peu considérable donne lieu à des régurgitations d’aliments.

Ces résultats des expériences coïncident avec l’effet des différents degrés de développement des branches stomacales du nerf pneumo-gastrique. Ces branches sont d’autant plus volumineuses que des sécrétions plus abondantes contribuent à la digestion, ou même sont l’unique agent de ce phénomène , et qu’en même temps des aliments plus durs doivent être digérés. Tels sont les poissons déjà cités; les squales, les raies. Le foie est énorme dans ces derniers. 11 est aussi à proportion trèsgros, et beaucoup plus que chez pas un mammifère, dans les poissons osseux que j’ai cités. Mais ces derniers ont encore une force chimique supplémentaire, dans les sucs si abondants que fournissent les cæcums de leur pilore , quelquefois au nombre de cent et plus. Cela explique comment le grain qui remplit le jabot de pigeons à qui l’on a coupé la huitième paire,, est resté sec et non ramolli.

Ces branches stomacales' sont, au contraire, d’autant plus petites que des phénomènes mécaniques contribuent davantage à la digestion ; par exemple, la mastication chez les mammifères, et le broiement , la trituration du gésier chez les gallinacés , les palmipèdes, les passereaux, etc. (1).

(i) Un seul poisson, le mugil-cephalus, m’a offert une tri turalion gastrique par un véritable gésier, tout semblable à

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Mais il est très-probable que ces altérations de la digestion dépendent aussi , d’une manière plus ou moins prochaine, des troubles simultanés qui arrivent dans la respiration. C’était pour que l’influence du trouble de la respiration ne compliquât point le phénomène que M. Magendie a fait la section des nerfs pneumo-gastriques immédiatement audessus du diaphragme. Ce n’est qu’après cette section qu’il fait manger à l’animal des substances dont la chymification est connue , des corps gras, par exemple. Aussi , après le temps convenable , les substances sont chymifiées, et elles fournissent ultérieurement un chyme abondant.

§ II. Influence de la huitième paire sur la respiration. Voici les phénomènes que la section des mêmes nerfs fait naître dans le poumon quand la glotte 11e se resserre pas au point que l’animal meurt immédiatement. Et alors il ne meurt qu’après trois ou quatre jours. La respiration est d’abord gênée; les mouvements d’inspiration sont plus étendus, plus rapprochés; la locomotion devient fatigante, souvent même l’animal reste immobile. D’abord la formation de sang artériel continue ; mais bientôt, le deuxième jour, par exemple, la respiration s’embarrasse davantage; l’inspiration devient plus difficile. Le sang artériel ne se fait plus aussi ver-

cclui des gallinacés. Il n’a pas un seul cæcum au pilore, et sa bouche est entièrement désarmée.

Ce Jait était déjà connu d’Aristolc.

meil; il est plus foncé; sa température baisse. Bientôt, pour respirer, tous les efforts respiratoires sont au maximum ; le sang artériel a presque la couleur du sang veineux, et sa quantité diminue dans les artères. L’animal se refroidit, et bientôt il meurt. On trouve alors les cellules bronchiques, les bronches, et la trachée elle-même, remplies d’un liquide écumeux , quelquefois sanguinolent. Le tissu du poumon est engorgé; les divisions et même le tronc de l’artère pulmonaire sont distendus par un sang presque noir. 11 s’est fait des épanchements considérables de sérosité, et même de sang dans le parenchyme du poumon.

En outre, avec le progrès de cette série de phénomènes, l’animal consomme de moins en moins d’oxigène , et forme de moins en moins d’acide carbonique.

11 est évident qu’alors la mort est l’effet de l’obstacle mécanique par lequel l’altération du poumon empêche l’air d’arriver aux cellules bronchiques, et le sang de passer de l’artère dans les veines pulmonaires , obstacle d’où suit la distension du système veineux, et la vacuité relative des artères avant la mort.

La section d’un seul nerf, ne produisant ces effets que sur un poumon, et l’autre suffisant seul à l’entretien de la vie, ne fait point périr l’animal.

11 n’est pas étonnant que les effets éloignés de

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ces phénomènes diminuent ou altèrent la sécrétion des sucs digestifs.

La section de ces nerfs cause , chez les poissons , des phénomènes particuliers dans le mécanisme de la respiration. L’opercule et l’appareil branchiostége deviennent immobiles, quoique tous leurs nerfs viennent de la cinquième paire, et l’animal meurt asphyxié par cette double immobilité si les deux nerfs sont coupés. Les mêmes phénomènes résultent de la destruction du segment d’insertion de l’un des nerfs vagues au quatrième ventricule, ou, ce qui est la même chose, du lobe correspondant quand il y en a de développé, comme dans les carpes, chez les cyprins, dans les murènes, etc. (1).

Cette action , cette influence du pneumo-gastrique sur la respiration et sur la digestion, est commune à tous les animaux vertébrés. Chez tous aussi existe la même corrélation entre cette paire et la cinquième et entre leurs appareils encéphaliques. Ces deux appareils, par leur constance et leur importance , sont les deux centres des deux mécanismes essentiels de la vie de l’animal , le centre

(1) On va voir tout-à-l’heure que les lobes particuliers à la carpe et à quelques cyprins, ne correspondent pas à un maximum d’influence sur la respiration, car le trouble du mouvement des opercules n’est pas plus grand, et l’asphyxie n’est pas plus prompte par la blessure ou la destruction de ces lobes, chez les cyprins que chez les poissons qui manquent de ces lobes ; par exemple la lote , le brochet, etc. Ces lobes correspondent à un ordre de nerfs sensitifs particuliers.

d’où part l’excitation des phénomènes de la nutrition, et celui où concourent les impressions des sens.

§111. Actions spéciales de la huitième paire. Mais selon que ces deux mécanismes se simplifient ou se compliquent davantage, chacun dans leurs éléments particuliers , le pneumo-gastrique , comme nous l’avons vu pour la cinquième paire, multiplie ses nerfs, et chacun de ces nerfs surnuméraires ou bien passe à des fonctions nouvelles et ailleurs inconnues, ou bien supplée à des nerfs spéciaux qui ne font plus partie du plan d’organi ation où il a été introduit.

i°. Et d’abord dans les cyprins , surtout dans la carpe, un ordre des rameaux de la huitième paire, si considérables, que leur somme surpasse celle de presque tous les nerfs dorsaux, se porte à la voûte du palais dans un appareil plus spongieux encore que la couche supérieure de la langue de l’homme. Les substances broyées par les meules pharyngiennes sont en contact avec cette surface palatine toujours humide, et dont les nerfs sont bien plus gros, bien plus à nu que ne sont dans pas un oiseau palmipède les deux branches supérieures de la cinquième paire, à plus forte raison les terminaisons du nerf lingual des mammifères.

Cet ordre de rameaux est donc l’organe du goût de ces animaux. Et comme , ainsi que nous en avons déjà eu tant d’exemples , les centres d’action

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des nerfs sensitifs sont infiniment plus développés que ceux de tous les autres nerfs, la carpe, pourvue des plus gros nerfs palatins dans une proportion au moins double de celle des autres cyprins, a les parois postérieures du quatrième ventricule développées en deux voûtes élargies, confluentes sur la ligne médiane , et sillonnées en-dessus. Cette double voûte mesure donc l’excès de matière nerveuse qui correspond à l’excès d’action des nerfs gustatifs de la carpe, comme on a vu dans les tri— gonocéphales et autres serpents à gros yeux, l’excès de leurs lobes optiques sur ceux de l’amphisbane mesurer cette quantité d’action qui se passe de moins dans les lobes optiques de ce reptile aveugle, où, par conséquent, les lobes optiques n’ont d’autre action que celle qui y réside partout ailleurs , en sus de la perception visuelle et des déterminations qui peuvent en résulter.

Cette disproportion des lobes gustatifs de la carpe aux lobes encore gustatifs , mais à un moindre degré des autres cyprins, prouve que la quantité de matière nerveuse nécessaire à exciter les actions respiratoires et digestives, toute supérieure qu’eUc soit à la quantité employée à l’excitation des muscles , est de beaucoup inférieure à celle qu’exige la perception d’une sensation.

Et, comme la partie postérieure du quatrième ventricule et le nerf pneurno- gastrique des poissons surpassent constamment de beaucoup les or-

’j48 LIVRE V.

ganes analogues des animaux aériens, on voit que chez les poissons la quantité d’action nerveuse nécessaire à la respiration (car c’est aux branchies que se distribuent ordinairement les plus gros nerfs de la huitième paire de ces animaux) , est infiniment plus grande que celle qu’exige la respiration des animaux aériens, quoique pourtant, ainsi que l’indique la différence de leur température, la quantité de respiration soit beaucoup moindre dans les poissons que dans les trois autres classes , et surtout que dans les mammifères et les oiseaux.

2*. Dans tous les mammifères et les oiseaux, les muscles de la glotte et du larynx sont animés par des rameaux du pneumo-gaslrique.

Dans les mammifères la section du nerf laryngé, inférieur ou récurrent, paralyse les muscles dilatateurs de la glotte, qui ne s’ouvre plus dans l’inspiration; tandis que les muscles constricteurs, animés par le nerf laryngé supérieur, conservent toute leur action et la ferment plus ou moins complètement. Ce dernier nerf se distribue aux muscles arythénoïdiens , crico - thyroïdiens , et à ceux de l’épiglotte. Ces muscles, en fermant la glotte, déterminent, par la durée et l’intensité de leur action, le degré de durée et d’énergie des efforts dont l’animal est susceptible.

Car un effort quelconque ne peut durer qu’autaut que les muscles qui l’exécutent trouvent en définitive un point d’appui de leurs leviers sur

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la poitrine fixée et immobile. Le nerf laryngé supérieur est donc réellement, chez les mammifères, l’agent principal de tous les efforts , soit d’impulsion , soit de résistance. En cessant d’agir il rompt à l’instant le concert des actions de tous les autres nerfs et des muscles qui leur sont soumis.

Les effets de la double expérience sur les nerfs laryngés induisent à croire que dans les lésions isolées de la voix et de la respiration chacune de ces branches peut être séparément lésée.

3°. Dans les serpents, il ne subsiste plus qu’une branche laryngienne et linguale qui offre une particularité fort remarquable. Après avoir animé les muscles du larynx et de la langue, elle participe aux fonctions tactiles de cet organe par les filets qu’elle fournit à l’anastanose avec le nerf maxillaire inférieur.

Dans tous les poissons osseux la langue forme l’axe et la quille d’appui de l’appareil branchiostége ; elle en partage le mouvement , qui est excité par la branche opère ulaire de la cinquième paire. Les filets antérieurs du premier nerf branchial y contribuent aussi.

Comme dans les mammifères, le nerf glossopharyngien par le lieu de son insertion à la moelle et par son adhérence avec le tronc du pneumo-gastrique dans le canal osseux de sortie, peut être considéré comme une branche de ce dernier nerf, on voit que, sous le rapport des actions sensitives

et motrices de la langue qu’il opère dans les serpents, il n’y a réellement rien de nouveau ni d’étranger à ce qui existe dans les mammifères.

Seulement , comme les insertions sont assez distantes chez les mammifères, on voit que des causes agissant isolément sur un point d’insertion cérébro-spinal, au lieu de produire dans les mammifères des effets de tout le nerf, comme dans les oiseaux et les reptiles , ne produiraient que des effets partiels. Ainsi , par exemple , de même que la paralysie de la pointe de la langiie n’est pas nécessairement accompagnée de la paralysie de la base, de même la langue peut rester mobile et sensible à sa base où se distribue le nerf glosso - pharyngien , quoiqu’une partie ou la totalité des branches du pneumo-gastrique soient atteintes de quelque trouble. C’est ce qui arrive, par exemple, très -probablement, dans les asthmes nerveux.

Dans les animaux essentiellement muets ou dépourvus de voix et d’organe vocal , non-seulement il n’existe plus d’appareil mécanique de la voix , mais aussi il n’est plus possible de retrouver aucune branche du nerf pneumo-gastrique, qui rappelle les nerfs laryngiens des mammifères et des oiseaux.

Néanmoins on ne peut pas conclure l’absence de la voix de l’absence de ces nerfs qu’on a appelés vocaux ou laryngiens. Car les batraciens n’ont à

riIYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATÉRAUX. 75 1 leur larynx que des nerfs de la cinquième paire , et cependant Lout le inonde sait que ce sont des animaux très-criards.

Le nerl pneumo-gastrique n’est donc pas exclusivement le nerf vocal chez tous les animaux.

Et dans les serpents et les lacer tiens à langue vibratile, une partie des filets du rameau laryngien devient organe du toucher.

4°. L’on a vu que dans les poissons les nerfs branchiaux avaient constamment un grand excès de développement sur les nerfs pulmonaires des mammifères et des oiseaux , quoique dans ces deux classes les nerfs pulmonaires soient fournis à la fois, et par le pneumo-gastrique, et par le grand sympathique. Cet excès est tel , que dans l’esturgeon , par exemple , le diamètre du tronc d’un seul nerf est au moins triple de celui de la moelle épinière. Or , néanmoins , la quantité de respiration des poissons, en d’autres termes le volume d’oxigène qu’ils consomment dans un temps donné est relativement fort petit, car une tanche en absorbe dans le même temps 5o,ooo fois moins qu’un homme.

L’excès de matière nerveuse sert-il seulement à l’excès d’action physique et chimique nécessitée par l’adhérence plus grande de l’oxigène à l’eau qu’à l’azote de l’athmosphère ; ou bien sert-il seulement à donner aux surfaces branchiales une sensibilité tactile , suffisante pour l’appréciation

dos qualités de l’eau où se trouve le poisson , et pour celle dos petits corpuscules queccttoeau aurait pu déposer sur les surfaces branchiales, dépôt dont résulterait la diminution de l’étendue des surfaces respirantes? Comme l’exemple des nerfs optiques et des rétines plissées des poissons, la grandeur de leurs yeux ; celle. des narines, chez les squales, les murènes, etc., montrent que Intimité plus grande exercée par l’eau sur tous les corps gazeux, ou même impondérables, qui la traversent , nécessite une plus grande action de la part de ces organes ; il nous semble trèsprobable que les deux phénomènes nerveux supposés , se passent à la fois dans les branchies des poissons. L’influence nerveuse, sur l'acte chimique de la respiration, doit donc y avoir beaucoup plus de force que dans les poumons, et en outre le nerf pneumo-gastrique y devient l’organe d’une sensibilité tactile, très-énergique, semblable à celle qui réside à la glotte des mammifères, des oiseaux et des reptiles. Ce qu’indique d’ailleurs la vive douleur que tout frottement contre les branchies des poissons semble causer à ces animaux.

On a vu que dans le barbeau le nerf collatéral antérieur de la première branchie, était une division de la cinquième paire. La cinquième paire peutelle donc exciter aussi l’action chimique de la respiration? ou bien donne-t-elle seulement à la bl anchie cette sensibilité tactile qu’on y observe, et le

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nerf collatéral postérieur, constamment le plus petit, sert-il seul aux fonctions respiratoires? ce qui porterait à penser que des deux nerfs collatéraux de chaque branchie, chacun aurait une action propre et distincte; que l’antérieur, toujours de beaucoup plus gros que le postérieur, serait le nerf de la sensibilité ; le postérieur, celui de l’action chimique.

On conçoit que l’expérience résultant de l’abolition de l’une de ces actions par la section préalable du nerf correspondant, pourrait seule démontrer cette induction. Mais elle se conclut de tant de faits concordants, qu’elle a un très-haut degré de probabilité. Ce serait donc principalement avec cette partie des nerfs branchiaux destinée à la sensibilité tactile des branchies que le développement de la partie postérieure du quatrième ventricule, correspondrait si constamment dans les poissons. Et cela expliquerait le petit volume de cet organe dans les mammifères , les oiseaux et les reptiles , où la sensibilité tactile , si faible sur toute l’étendue des surfaces pulmonaires, ne réside pour ainsi dire qu’à l’entrée seulement du canal qui y conduit, à la glotte.

Dans tous les cas , la correspondance d’action de la partie postérieure du quatrième ventricule avec la huitième paire reste démontrée. Cette détermination est fort importante. Car dans ces maladies de la respiration, connues sous le nom d’asthmes nerveux, soit périodiques, soit continus,

où il n’existe aucun signe d’état catarrhal ou inflammatoire, soit du perenchyme pulmonaire, soit des bronches; où le malade semble menacé d’une suffocation imminente, et où après la mort, les poumons n’offrent aucune trace d’altération ; il est très-vraisemblable qu’en examinant la partie correspondante du quatrième ventricule , on y trouverait des altérations d’où dépendirent les phénomènes morbides. On conçoit comment nous ne pouvons ici produire des faits à l’appui de cette induction, puisque l’on n’avait pas même soupçonné, jusqu’ici, la correspondance d’action qui existe entre la respiration et le lobe du quatrième ventricule.

Plusieurs faits bien remarquables auraient dû cependant faire soupçonner l’influence de cette partie du système cérébro-spinal sur les fonctions les plus indispensables de la vie , la respiration et la circulation. Car le nerf pneumo-gastrique, directement et par ses rapports avec le grand sympathique et les ganglions, est une des sources des nerfs cardiaques. Or, on avait l’expérience que la moindre blessure , la moindre déchirure de cette partie causait une mort instantanée , que c’est ainsi que l’on tue plusieurs animaux, les canards, les oies, les lapins, et que même les bêtes de boucherie sont tuées ainsi en Espagne, avant d’être saignées. L’on savait que chez l’homme la luxation de la première vertèbre sur la secende a les mêmes effets.

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etc. 11 est donc fort important de chercher désormais quel est l’état de cette partie cérébro-spinale, dans les maladies de la respiration , surtout dans celles où il n’y a pas d’altération de l’état physique du poumon.

Cette influence sur la respiration, du nerf pneumogastrique inséré sur le cordon supérieur de la moelle, éclaire sur les fonctions du nerf spinal. Ce nerf, comme on sait, s’insère au-dessus du ligament dentelé , bien plus près du bord supérieur que du bord inférieur de la moelle , et scs insertions se relèvent davantage à mesure qu’elles sont plus postérieures. Or, nous avons vu , et nous y reviendrons à l’article des nerfs spinaux , que les cordons supérieurs de la moelle ne sont pas excitateurs du mouvement , mais de la sensibilité ; et la distribution de la cinquième paire à toutes les glandes de la tète, savoir, aux lacrymales, parotides, maxillaires , etc. , nous a montré que l’action excitatrice des sécrétions s’alliait à celle de la sensibilité. 11 est donc très-probable que le nerf spinal, au lieu d’avoir uniquement pour fonction d’excitcr quelques muscles scapulaires , actifs dans la respiration, a aussi pour effet de transmettre, à tout le nerf pneumo-gastrique et par conséquent aux poumons et au cœur, l’influence de toute cette longueur de la moelle sur laquelle ses fdets d’origine prennent insertion. Cette extension à une plus

grande longueur du système cérébro-spinal de

l'influence qu’il exerce sur la respiration , est une autre raison de ne pas négliger , dans le cas des névroses de celte fonction, l’application des révulsifs à la partie correspondante de la colonne vertébrale.

5°. Dans les torpilles , les quatre premiers nerfs branchiaux se divisent chacun en deux rameaux inégaux dont le plus gros , d’au moins le double, va se distribuer immédiatement dans les disques et les tuyaux membraneux de l’appareil électrique. Je me suis assuré que les extrémités des filets n étaient pas flottantes dans la pulpe gélatiniformc qui remplit les cellules de l’appareil, ainsi que cela a lieu dans les appareils capsulaires des raies. N’ayant pu examiner que des animaux conservés depuis deux ou trois mois dans l’alkool , mes observations n’ont guère pu être poussées plus loin. Mais j’ai pu constater la proportion du volume de ces nerfs , et surtout leur correspondance et leur connexion avec deux lobes solides qui remplissent la partie postérieure du quatrième ventricule , et naissent de son fond. Comme il se rend en outre dans la batterie électrique un nerf de la cinquième paire correspondant à celui de la plus postérieure des trois capsules des raies ordinaires ; comme tout porte à croire que dans ces poissons ces capsules ne sont que des organes susceptibles de sentir à distance et hors du contact des corps ; et comme la cinquième paire est partout organe de

sensibilité, n est-il pas très-probable que dans la torpille la partie de la batterie animée par la cinquième paire, participe à cette propriété des raies ordinaires, et que l’action électrique par laquelle cette batterie se décharge à distance sur la proie ou sur l’ennemi de la torpille, est exercée uniquement par les branches du nerf pneumo-gastrique?

Quoi qu’il en soit de celte séparation ou de cette identité d’action entre les nerfs de la cinquième et delà huitième paire dans la batterie électrique de la torpille, le volume de ces nerfs et celui des lobes correspondants annonce assez que la quantité d’action est au moins égale à celle des actions sensitives les plus énergiques.

Mais comme dans les gymnotes et les silures, la batterie électrique reçoit des nerfs de toutes les paires spinales, on voit que la faculté électromotrice n’est exclusivement propre à aucune paire de nerfs en particulier.

6°. Quelles sont les propriétés et l’influence de ce nerf de la huitième paire qui règne le long de chaque flanc de presque tous les poissons, jusqu’à la queue? ic. Ce n’est pas certainement un nerf sensitif , car en a vu que le plus souvent il était situé dans l’épaisseur des muscles sur toute la longueur de son trajet ; et là où il règne à la superficie des muscles, comme dans les cyprins, par exemple , l’épaisseur des écailles exclut encore 1 idée d’une action de loucher. Scs fonctions seraient-

elles d’établir un concert entre les mouvements du tronc et ceux des branchies, comme on l’a dernièrement supposé? Mais les mouvements respiratoires des poissons n’ont besoin d’aucun point d’appui, et n’ont réellement aucun auxiliaire dans les muscles du tronc du poisson. D’ailleurs, ce nerf existe aussi-bien développé dans les squales et les raies où les branchies sont fixes et sans opercules, que dans les poissons osseux. Nous avons commencé sur ce nerf des expériences qui ne sont point encore assez multipliées pour que nous eu déduisions une expression générale.

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