‹ Anatomie des systèmes nerveux des animaux a vertèbres [electronic resource]Chapitre 76 sur 83 · DE LA FACE ET DU TRONC · texte numérisé non relu

DE LA FACE ET DU TRONC

Que l’on observe les pénibles efforts de la respiration sur un phthysique, ou sur un malade affecté d’hydropisie dans une ou dans plusieurs des cavités de la poitrine; que l’on considère le parfait accord pour le résultat, et la parfaite simultanéité pour les temps et les degrés de la contraction, entre les muscles de la face, du tronc et même des membres, sur un homme ou sur un animal essoufflé par une course accélérée, cl l’on sera

PHYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATÉRAUX. 'jSg

frappé de l’harmonie d’un mécanisme si compliqué. Observez ces mêmes malades endormis, ou bien, encore, réveillez une personne en sursaut , et vous verrez toujours enchaînés dans le même ordre ces mouvements respiratoires. Ils ne sont donc pas soumis à la volonté. Dans ce même réveil en sursaut, observez d’autres mouvements, qui se répètent aussi lors d’une impression brusque et violente, dans une peur subite, et vous serez encore frappé de la simultanéité, du concert, de ces autres mouvements, caractéristiques de l’état de l’âme, et qu’à cause de cela on nomme physionomiques.

Ce système particulier de mouvement dérive, non pas d’un ordre particulier de muscles, mais d’un ordre spécial de nerfs qui animent des muscles, communs d’ailleurs à un grand nombre d’autres mouvements.

Ces nerfs sont : i° le facial, ou portion dure delà septième paire; 2° le respirateur supérieur extéterne; 5° le respirateur inférieur externe; et 4° le respirateur interne ou diaphragmatique.

i°. Mouvemens respiratoires et physionorniques de la face. Le nerf facial, ou portion dure de la septième paire, est, à la face* l’excitateur de mouvements entièrement relatifs les uns à la respiration , les autres à l’expression physionomique de ranimai. Ces deux ordres de phénomènes , qui sont inséparables, et partant les nerfs dont ils dé-

pendent , manquent ou existent nécessairement ensemble. Ils manquent invariablement à tous les poissons et à la plupart des reptiles.

On a vu que chez tous les animaux de ces deux classes , il ne se distribue à la face et au côté de la tête, que des nerfs de la cinquième paire. Toute la face y est complètement immobile, et le plus souvent cuirassée d’écailles ou de plaques osseuses. Aussi les narines et les lèvres y sont-elles étrangères à la respiration. Ce qu’on a nommé nerf facial, dans ces animaux, et qui est une dépendance de la huitième paire, se distribue à la première branchie chez les poissons, à la langue chez les lézards et les serpents , au cou et à la gorge chez les oiseaux. Ce n’est que dans les tortues qu’il existe une vraie portion dure de la septième paire, et elle se distribue toute entière au muscle digastrique. Elle 11’a donc aucun rapport , soit à la respiration, soit à l’expression.

Et comme, là où la face n’est pas mobile, la sensibilité peut y avoir des organes spéciaux, tels que les barbillons des poissons , la fosse préoculaire des serpents à sonnettes , etc. , organes constamment animés par la cinquième paire, 011 en pouvait conclure qu’à la face des mammifères et de l’homme, la cinquième paire est l’organe du loucher , et le nerf facial celui du mouvement. Mais tous les mouvements de la face, volontaires et

FHYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATÉRAUX. 76 l

involontaires, dépendent -ils de la septième paire? Yoilà ce que l'expérience seule pouvait résoudre.

Or , l’interruption pathologique , ou la section du tronc du nerf facial, détruit complètement tous les mouvements physionomiques et respiratoires de la face sur tous les animaux. Dèslors la narine est immobile dans tous les mammifères, sans exception; si c’est un chien, ses lèvres ne peuvent prendre l’expression de caresse ou de menace, etc. Si l’on tue l’animal par hémorragie, après la section du nerf facial d’un seul coté, ces convulsions, ces spasmes si violents de la bouche , des narines, des paupières et de toute la face , qui arrivent alors , 11e se passent plus que du côté sain. Ce même contraste entre ces agitations effrayantes . d’un côté de la face, et cette immobilité absolue de l’autre, les deux yeux, au contraire, étant également agités , a été observé sur une femme morte à la suite d’une destruction du tronc du nerf facial. Réciproquement j’ai arrêté sur des .lapins ces bâillements convulsifs de l’agonie, par la section de la septième paire , les mouvements convulsifs de la poitrine continuant.

Les mouvements de la face et des lèvres, relatifs à la mastication, à la préhension des aliments, ne sont pas, au contraire, également altérés alors chez tous les mammifères. La jeune Rebecca Tarkins , observée par M. Shaw, a tous les

muscles delà face paralysés à droite, pour la respiration et l’expression; elle ne peut fermer l’œil droit quand on feint d’y toucher, et cependant les mouvements de la mastication et de la préhension des aliments subsistent de ce même coté; elle a même l’habitude d’y manger par préférence.

Un âne à qui la septième paire est coupée, n’en ramasse pas moins bien ses aliments avec ses lèvres, ce qu’il ne fait plus au contraire après la section de la cinquième paire. Alors il est obligé de ramasser le grain avec la langue, et il ne peut plus élever ni projeter les lèvres. Sur un chien, ou tout autre carnivore, l’action de prendre les aliments n’est plus aussi bien conservée que chez les herbivores. L’action du facial est donc plus étendue , plus dominante chez les carnassiers. Cette action est aussi plus dominante dans l’homme que chez les herbivores.

La section du facial sur un chien, sur un singe, outre les effets déjà décrits, paralyse la paupière et le sourcil. L’œil reste ouvert quand on en approche brusquement la main, seulement la prunelle se relève alors pour se cacher sous l’orbite. 11 en est de même sur l'homme par la destruction maladive. Alors aussi est perdue la faculté de silïler. Sur un chat, cette espèce de jurement par laquelle l’animal menace , le feulement ne se fait plus du coté lésé, et l’oreille du même côté qui, alors,

devrait comme l’autre se renverser, reste immobile.

Dans les animaux où l’oreille est mobile, toute la part que prend cet organe à la physionomie est donc ainsi supprimée par la section du nerf facial.

Comme on le verra pour les autres nerfs respirateurs, le facial est un des derniers à agir. Et quand plusieurs de ceux-ci n’agissent plus, par exemple, le spinal et le respirateur supérieur externe, dans l’épuisement des longues phthysies, il redouble d’action. C’est à cela que tient alors ce jeu si actif des ailes du nez. La vivacité de ce jeu est un sûr indice de la gravité de plusieurs lésions du poumon.

Toutes les branches du nerf facial qui se répandent sur le cou , et principalement dans le muscle peaussier , servent à l’expression physionomiquc. Leur nombre et leur volume sont en proportion de cette expression. Aussi sont -ils bien plus gros et plus nombreux chez les carnivores , dont le cou contribue si énergiquement à la physionomie, que dans les herbivores. C’est à ces branches cervicales que tient le hérissement de la tête et du cou dans les chiens , le chat , le lion.

Dans les oiseaux il n’y a plus de mobilité des narines, ni de la face , ni de la bouche, soit pour

l’expression , soit pour la respiration. Tous les mouvements respirateurs se passent dans la glotte; aussi n’y a-t-il pas de nerf facial. Les mouvements phvsionomiques sont bornés aux côtés du cou et à la gorge. Mais dans ces animaux le nerf qui excite ces mouvements est une division de la huitième paire.

Le nerf facial est plus ou moins insensible, suivant les animaux, aux piqûres, aux pincements, à la section, etc.; mais chez tous, en le comparant à la cinquième paire, la sensibilité y est infiniment moindre.

Quand les narines sont très-prolongées , par exemple, chez le chameau, le cheval; quand elles forment un boutoir, chez le cochon, le coati ; une trompe, chez l’éléphant et le desman, les branches du nerf facial qui s’y distribuent , prennent un accroissement proportionné à ce prolongement. Tout le monde connaît la mobilité des narines du cochon et du cheval; on a vu aussi l’expression des lèvres du cheval et du chameau , dans les besoins de la faim, de la soif et de l’amour, dans la colère et dans la peur. C’est dans l’éléphant que la branche labiale supérieure de ce nerf a le plus de volume, à cause de la grande quantité de muscles qu’elle doit animer (1). Et, en effet, toute l’expression physionomique de l’éléphant est dans

(1) Ce nerf a été découvert par MM. Shavv et Mayo.

riIYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 'jQS sa trompe. Ce nerf y est gros comme le sciatique de l’homme. Udiffère du rameau de la cinquième paire par ses ramifications pour chaque musclele long de la trompe , tandis que ce dernier nerfnedonne point de filets sur son trajet, et, comme les nerfs des doigts de l’homme, 11e s’épanouit qu’à l’extrémité de la trompe. Or, la trompe de l’éléphant lui sert à pousser l’air , comme nous le faisons en sifflant, action que l’on a vu dépendre, chez l’homme, de la septième paire. C’est en souillant dans sa trompe que l’éléphant verse dans sa bouche l’eau qu’il aaspirée.

20. Mouvements respiratoires du tronc. Dans les mouvements spéciaux de la respiration, tels que les soupirs, qui consistent en inspirations prolongées et entrecoupées; dans l’éternuement, l’essoufflement, etc. , il y a un concert admirable de mouvements partiels et involontaires dans les narines, les épaules , la poitrine, le ventre, etc. Ces mouvements sont entre eux dans une telle réciprocité , que nous ne pouvons pas dilater les narines en haletant sans en meme temps dilater la poitrine par une action très-bien sentie du muscle grand dentelé. Ces mouvements s’observent dans toute leur intensité sur un cheval qui vient de fournir une course forcée. L’action des muscles les plus éloignés correspond parfaitement a celle des muscles dilatateurs des narines. Or, dans les actions soumises à la volonté ces muscles sont séparément mobiles.

M. Bell a résolu le problème de cet accord simultané dans le premier cas, et de cet isolement dans le second. Voici la solution : les mêmes muscles ne sont pas excités par les mêmes nerfs dans chacun de ces cas. On a vu comment il l’a prouvé pour les muscles de la face. En voici la démonstration pour les mouvements respiratoires du tronc.

Si l’on veut faire soulever les épaules à un homme hémiplégique, malgré tous ses efforts, il ne peut élever que celle du côté sain. Dans le vomissement, dans l’éternuement, au contraire, les deux épaules s’élèvent avec la même force et la même vitesse.

Les mouvements volontaires de la poitrine, dans le côté malade, sont également abolis. Et cependant, si l’on fait respirer fortement un hémiplégique, on sent la poitrine se dilater autant d’un côté que de l’autre.

i°. L’épaule est élevée, dans ce cas, par les muscles trapèze et sterno- mastoïdien , que l’on voit se contracter chez les paralytiques. Ces muscles reçoivent tous les filets du spinal. Or, la section du nerf spinal, en laissant ces muscles mobiles pour les mouvements ^ olontaires de la tête et de l’épaule, les paralyse pour ceux de la respiration. Aussi , M. Bell appelle-t-il ce nerf, respirateur externe supérieur. On conçoit maintenant comment ces muscles, qui reçoivent beaucoup de filets nerveux

rilYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 767

du plexus cervical, sont soumis par ces derniers à la volonté.

Or, ce nerf manque dans tous les animaux où, les côtes pour s’élever ne prennent pas un point d’appui sur la tête; ce qu’elles font dans presque j tous les mammifères Et, en effet, le chameau, où les i sinuosités du cou rendaient ce point d’appui impossible, n’a pas de nerf spinal proprement dit , d’après M. Shavv. Il 11e subsiste de ses filets que ceux qui se réunissent aux nerfs hypo-glosse et glosso-pharyngien.

20. Le nerf respirateur externe inférieur, qui naît des quatrième et cinquième paires cervicales, et est souvent uni au nerf diaphragmatique ou respirateur interne, s’en éloigne en arrière, passe au-dessus des côtes, et se rend tout entier au muscle grand dentelé , qui reçoit d’ailleurs un grand nombre de filets des nerfs dorsaux correspondants.

La belle pi. 2 de M. Bell (an exposition oflfie natur. syst. ofthe nerv.) montre quecenerf elle diaphragmatique s’anastomosent avec la branche cervicale du nerf facial.

3°. Les expériences et la pathologie chirurgicale ont assez prouvé que le jeu du diaphragme dé- # pend du nerf diaphragmatique ou respirateur interne. Or, on sait assez que tous ces mouvements respiratoires s’exercent aussi bien dans le sommeil que dans la veille. On vient de voir qu’ils

échappent aux paralysies; ce sont aussi les derniers cjui continuent d’agir aux approches de la mort, dans la syncope , etc.

Enfin, ces mêmes nerfs expirateurs du tronc donnent aussi aux muscles qu’ils animent une part dans la physionomie et le jeu des passions. Dans une peur subite, les épaules sont soulevées, la poitrine brusquement dilatée. Le corps est secoué sur les membres inférieurs qui tressaillent, etc.

Aucune circonstance anatomique ne peut rendre raison des propriétés particulières de ces nerfs.

M. Bel la mis le nerf hypoglosse dans la classe des nerfs qu-il appelle surajoutes à l a forme 'primitive du corps , et qu’il compose des nerfs des sens et des nerfs respirateurs; ce n’est que pour n’en pas faire un chapitre distinct que nous les plaçons ici.

Influences et propriétés de la neuvième et de la dixième paires.

r. Si sur un chien on pince le rameau lingual de la cinquième paire, l’animal souffre et crie, mais la langue reste immobile. Si on excite galva- • niquement ce nerf sur l’animal mort, la langue ne s agite pas; si l’on pince l’hypoglosse sur un animal qu’on vient de tuer, la langue se contracte. 11 eu est de meme sur 1 animal vivant, à un plus fort degré. Enfin la section de 1 hypoglosse, sur l’animal vivant, paralyse les mouvements que rien ne peut

PIIYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATERAUX. 769

plus exciter. S’il n’est coupé que d’un côté sur un chien, l’animal peut encore laper ; mais après la 6eclion des deux côtés , il ne peut, malgré tous ses efforts , débarrasser son nez enduit de moutarde. Ce nerf hypoglosse est donc l’excitateur des mouvements de la langue.

M. Shaw dit avoir vu, après la section de ces deux nerfs, l’animal pouvoir encore aboyer, laper l’eau, remplir sa bouche d’aliments , mais ne pouvoir avaler.

On se rappelle la disposition des racines de ce nerf relativement aux artères cérébelleuses. Est-ce à la compression de ces racines que lient l’engourdissement , la diminution de la mobilité de la langue à l’aproche des apoplexies, dans l’ivresse, etc.?

Ce nerf n’existe, hors des mammifères, que dans les tortues. On verra plus loin que la langue de tous les autres animaux est mise en mouvement par un autre nerf.

20. Sur un âne qui vient de mourir, on excite, en pinçant le giosso-pharingyen, des contractions qui paraissent bornées aux muscles stylo-pharyngiens et aux fibres musculaires de la partie supérieure du pharynx. Un homme de trente - six ans avait tout le nerf gauche de la cinquième paire paralysé. Par conséquent , la vue , l’odorat , le goût et la sensibilité tactile de la langue n’existaient plus de ce côté depuis la pointe jusqu’à la base, quoique cependant on y excitât une

légère sensation en pinçant. Mais cette sensation pouvait être transmise par l'hypoglosse même; car, ce nerf, pincé sur un chien ou un chat vivant, excite de la douleur. Le docteur Macmichael observa sur cet homme que le côté gauche de la base de la langue était sensible au toucher et aux saveurs fortes. Du poivre de Cayenne, par exemple, y produisait, après un certain temps, une forte sensation de chaleur, sans perception distincte de saveur particulière; mais du sucre placé au même endroit n’était pas senti.

Ce nerf paraît donc principalement excitateur des muscles où il se distribue, et il est peut-être aussi organe accessoire du goût.

Page 1