PROPRIÉTÉS ET INFLUENCES DES NERFS SPINAUX
Tous les phénomènes nerveux possibles se passent dans les nerfs encéphaliques. Les uns sont conducteurs spéciaux d’une action sensitive particulière;, de la vue, de l’odorat, etc.; un autre, la cinquième paire, est auxiliaire indispensable de toutes les actions sensitives, et de plus, excite encore des sécrétions et des contractions musculaires, et influe sur la nutrition de l’œil. D’autres, enfin, sont exclusivement excitateurs du mouvement ; d’autres sont électromoteurs.
Les nerfs spinaux n’offrent pas la même diversité dans leurs phénomènes ; chacun d’eux est également destiné à conduire le mouvement et la sensibilité. Mais chacun de ces phénomènes y réside dans des filets séparés.
Commençons par exposer ce que l’on avait admis sur les fonctions de ces nerfs.
§ I. Hy pothescs sur i es fonctions des nerfs spinaux. Frappé de l’excès de volume des origines postérieures ou dorsales sur les origines inférieures ou abdominales, Galî écrivait, il y a 17 ans (op. cil., in-fol., p. 48) : « On a besoin de plus de force » pour se dresser et pour résister à un fardeau que «pour se pencher et se baisser; et l’extension du » corps qui a lieu après la mort , semble même in- » diquer celte prépondérance des nerfs postérieurs.» Quant au ganglion qui se trouve sur le passage des filets provenant de ces racines dorsales, comme on supposait qu'il interrompait la continuité des nerfs, on supposait aussi qu’il avait pour effet de ralentir, de diminuer l’action nerveuse.
En 1820 M. Bcllingeri [de meduilà spinaii in ad. reg. scient, acad. taurin, volurn. 27) a établf(chap. de l’antagonisme des nerfs) que les filets provenant des cordons autéricurs et postérieurs de la moelle, servaient au mouvement volontaire (1). Admettant l’antagonisme de la sixiè-
(1) M. Bellingeri (op. oit.) admet dans la moelle six cordons, trois de chaque côté; un latéral plus gros, un antérieur, et un postérieur.
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me paire avec, la quatrième pour les mouvements de l’œil , se fondant en outre sur ce que dans l’homme, suivant lexprcssion de Gall, l’excès de volume des nerfs postérieurs coïnciderait avec la contraction plus permanente et plus énergique des muscles extenseurs, il conclut que les racines supérieures servent à l’extension et les racines inférieures à la flexion. Or, la quatrième paire est [dus de moitié plus petite que la sixième, et de plus dans tous les poissons osseux la quatrième paire s’insère uniquement à la face inférieure ou abdominale du système cérébro-spinal. Ensuite , les nerfs qui dans l’homme excitent les muscles extenseurs de la colonne vertébrale et qui proviennent des paires dorsales, n’offrent pas réellement plus de volume dans leurs racines postérieures , que dans les antérieures. Ce n’est que pour les nerfs du plexus brachial que cet excès s’observe : or, ces nerfs ne servent nullement à exciter les muscles extenseurs du tronc. Ils sont tous destinés aux membres antérieurs, où certes les mouvements les plus énergiques se font dans le sens de la flexion. Enfin, la plus grande quantité de ces nerfs du bras ne se rend pas dans les muscles mêmes, mais à la i ïcau, soit de la longueur du membre, soit des doigts : puis, au col, les nerfs qui viennent des cordons postérieurs sc rendent aussi principalement à la peau. Cela est surtout bien remarquable pour le nerf sous-occipital, le plus considérable de tous,
qui donne la sensibilité à la partie postérieure de la tête et de l’oreille, et qui grandit, à cause de cela, comme l’oreille elle -même, dans les chiens, les lapins , etc. Enfin, pour les nerfs de la région lombaire et sacrée de l’homme, ce sont justement les racines antérieures qui forment la plus grande masse, quoique les filets en soient pourtant plus petits individuellement. Mais le nombre y supplée au volume.
Ces seules considérations anatomiques suffisent pour réfuter l’opinion de l’auteur italien qui n’a fait que reproduire celle de Gall. D’ailleurs il ne parle pas de l’influence spéciale du ganglion inter- vertébral. Car s’il admet que ceux des filets d’origine supérieure qu’il dérive delà matière grise, et qui passeraient seuls par les ganglions, sont conducteurs de la sensibilité, cela tient, selon lui, à leur connexion ou même à leur continuité avec la matière grise de la moelle. Et comme celte influence de la matière grise devrait aussi s’exercer sur ceux des filets inférieurs qui , selon lui, en dérivent aussi, il élude la contradiction, en disant qu'il n’en parlera pas , vu que les anatomistes ne sont pas tous d’accord sur cette dérivation.
Quant à un troisième ordre de filets également propre à chaque rang de racine et qui dérive du cordon latéral de la moelle, il lui attribue une action sur les fonctions organiques et sur l’instinct. En quoi il n’a pas, selon moi, rencontré plus juste. Car, en
admettant les trois ordres de fdets en question dans chaque rang de racines chez l’homme et les deux ou trois espèces de ruminants qu’il a examinés , comme il est bien certain que dans les oiseaux et les reptiles, et surtout dans les poissons, où les racines sont uniques à chaque origine, il n’v a qu’une seule ligne d’insertion pour les racines; comme ensuite chez les ophidiens il n’y a qu’un seul ordre abdominal de racines , uniques pour chaque nerf; comme, enfin , dans ces deux dernières classes il n’y a pas de matière grise dans la moelle, il est bien évident d’une part que les fonctions organiques et 1 instinct sont indépendants d’un cordon particulier de la moelle et d’un ordre de racines qui y correspondraient, d’autre part que la sensibilité ne dépend pas non plus de la matière grise de l’intérieur de la moelle, puisqu’à ce litre cette faculté ne devrait pas exister dans les deux dernières classes. Enfin il suppose que les filets des racines antérieures provenant des mêmes cordons latéraux, formeraient en partie le grand sympathique, et en partie encore iraient directement agir sur les phénomènes de la circulation, delà nutrition, de l’absorption, des sécrétions et de la température. De ces deux dernières suppositions, la première est détruite par l’alignement, sur une seule direction, des racines inférieures dans les poissons et les reptiles; et la seconde, par l’expérience qui montre l’absorption et la circulation
PHYSIOL. DES SYSTÈMES NERVEUX LATÉRAUX. 'J'jS
maintenues dans une portion de membre ou d’intestin qui ne communique plus avec le tronc que par des vaisseaux parfaitement isolés. Cette supposition est enfin démentie par la nature elle-même, dans le canal intestinal des poissons cartilagineux en général , et surtout des esturgeons et des lamproies, où les trois quarts postérieurs de l’intestin ne reçoivent pas de nerfs, étant absolument isolés et flottants dans l’abdomen. Or, la digestion, l’absorption et toutes les autres fonctions organiques ne s’y excécutent pas moins.
Tel était donc en i8a5 l’état (les connaissances physiologiques sur les fonctions des nerfs spinaux. Et, comme l’on voit, ces connaissances, déduites seulement de faits d’anatomie observés sur un trop petit nombre d’animaux, étaient loin d’être exactes.
§ II. Lois suivant lesquelles les 'propriétés et les phénomènes du mouvement et du seutiment sont distribués dans les nerfs . Pour partir de faits et de rapports un peu certains, voyons ce qui se passe dans l'homme.
Les racines dorsales des nerfs correspondant au plexus brachial, ont à la fois, et sur leurs congénères abdominales, et sur toutes les racines des autres nerfs spinaux , un excès de volume et de surface au moins quintuple , et pour chaque filet individuellement , et pour le faisceau qui en résulte. Les seules racines supérieures des nerfs lombaires
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