DES ORGANES DU MOUVEMENT
Les fibres musculaires de l’échinorhynque sont bien plus distinctes que celles du lombric. Pendant la vie, elles sont blanchâtres, demi-transparentes, d’apparence gélatineuse; elles sont éminemment contractiles, comme je m’en suis convaincu en les soumettant
(1) Voyez les expériences que j’ai faites sur la nutrition <fè l’échinorhynque gigas, p. 89 de ce mémoire.
à Faction d’irritants physiques et chimiques; l’irritablité y persiste long-temps; je les ai vues se contracter encore, sous l’influence d’un courant galvanique , seize heures après la cessation de tout mouvement spontané. Lorsqu’on ouvre longitudinalement un échinorhynque vivant , elles se contractent toutes à la lois ; le corps se raccourcit , se rétrécit , devient épais , tout rugueux , et se renverse sur lui - même en se roulant en spirale.
Elles se comportent à peu près comme celles du lombric , avec les divers réactifs ; par l’action de l’alcool et de la dissolution de sublimé corrosif, elles deviennent opaques et d’un beau blanc nacré; elles ressemblent assez bien alors à des fibres tendineuses.
Comme dans le lombric, elles sont disposées sur deux plans : l’un extérieur, plus fort , offre des fibres transversales ou annulaires; l’autre intérieur, plus mince, présente des faisceaux longitudinaux.
Indépendamment de ces muscles, qu’on peut nommergénéraux, il y en a de spéciaux, qui servent à des usages particuliers ; nous les ferons connaître en traitant de la trompe et des organes de la génération du mâle.
i° Muscles extérieurs. On les rencontre immédiatement audessous de la peau , à laquelle ils sont unis par la substance spongieuse dont j’ai parlé, et qui paraît faire l’office de tissu cellulaire.
Ces muscles sont disposés en manière d’anneaux aplatis suivant leur diamètre, et font le tour entier du corps. Ils commencent au col , par des anneaux très petits qui vont en s’agrandissant jusqu’au cinquième antérieur du corps environ, et diminuent ensuite graduellement jusqu’à l’extrémité de la queue. Ils ne se touchent pas par leurs bords voisins, mais laissent entre eux un écartement
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assez considérable; par leur face interne, ils recouvrent les fibres longitudinales, auxquelles ils donnent attache en partie , mais dont il est cependant facile de les isoler.
2° Muscles intérieurs. Us sont longitudinaux et croisent à angle droit la direction des précédents au-dessous desquels ils se rencontrent ; à la première vue, on croirait qu’ils s’étendent directement depuis la tête jusqu’à la queue; mais en les détachant avec précaution , on constate que leurs fibres sont assez courtes , et s’insèrent de distance en distance à la peau, dans les intervalles des muscles annulaires, au moyen de la substance spongieuse sous-cutanée, et à ces muscles eux-mêmes. Aussi est-il de toute impossibilité d’enlever ces fibres depuis la tête jusqu’à la queue : à mesure qu’on les détache, beaucoup restent adhérentes aux fibres musculaires extérieures ou annulaires. Les faisceaux longitudinaux forment des bandelettes aplaties qui se réunissent assez souvent entre elles par leurs parties latérales, et représentent une sorte de réseau à longues mailles, lorsqu’on distend la peau dans le sens transversal. (PI. V, fig. 3, F, F.)
Les muscles longitudinaux se terminent en avant de la manière suivante : arrivés à la base du col, ils lui adhèrent intimement, puis se divisent en six ou huit petites languettes triangulaires, alongées, qui sont d’abord libres, et viennent se fixer ensuiteau sommet du col, près la rainure qui le sépare de la trompe (i). (PI. VII, fig. 5, i,i.)
(i) Ces petits faisceaux triangulaires ont été regardés comme des muscles de la trompe, à laquelle ils n’appartiennent réellement pas. Ils doivent avoir pour usage de rapprocher le sommet du col de sa base, et par conséquent de le renverser en dedans, lors de la rétraction de la trompe.
Du côté de la queue, les fibres charnues longitudinales se terminent, en convergeant les unes vers les autres, autour de l’oviducte chez la femelle, et, chez le mâle, sur les bords de l’ouverture qui laisse sortir les organes génitaux.
Les muscles longitudinaux forment sur les parties latérales du corps une couche moins épaisse que partout ailleurs (1); par leur face interne, ils sont en rapport avec les canaux latéraux dans les deux sexes, et de plus, avec la membrane des ovaires chez la femelle, et les testicules et leurs conduits chez le mâle.
La disposition des fibres musculaires, l’écartement assez considérable que laissent entre eux les anneaux charnus extérieurs, la force différente des faisceaux longitudinaux et transversaux, l’état de roideur de la peau, etc., m’ont paru très propres à expliquer les divers phénomènes que présente l’échinorhynque lorsqu’il se meut.
Les mouvements généraux de ce ver sont fort lents, onduleux , quelquefois à peine sensibles. A volonté, l’échinorhynque peut alonger ou raccourcir son corps, en tout ou en partie seulement; le rendre plat ou cylindrique, poli ou rugueux, sillonné en long ou en travers, ou dans ces deux sens à la fois; convexe d’un côté et concave d’un autre; déprimé dans une partie, et arrondi en même temps dans celle qui est voisine, etc. On conçoit aisément, d’après cet aperçu, comment doivent se combiner, d’une manière générale ou isolée, les contractions des divers faisceaux musculeux, pour exécuter des mouvements si variés.
Lorsque le corps s’alonge, il devient ordinairement cylindrique
(1) On voit par cette description que les fibres longitudinales de l’échinorhynque ne forment pas deux muscles distincts comme dans les lombrics, mais qu’elles se rencontrent sur tous les points de la circonférence du corps.
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et plus étroit, ses plis transversaux s’effacent, tandis que les longitudinaux se prononcent davantage ; des phénomènes opposés ont lieu lorsqu’il se raccourcit.
Les mouvements sont, comme dans les lombrics, plus prononcés vers la tête que vers la queue, et se font spécialement dans le sens vertical. Il y a quelques mouvements latéraux, lesquels se combinant avec les précédents, produisent la circumduction de l’extrémité antérieure du corps.
Lorsque l’échinorhynqueveut cheminer, il forme plusieurs courbes vers sonextrémité postérieure, pour prendre des points d’appui sur l’intestin; puis il étend très lentement son extrémité antérieure, la porte en avant, et la fixe, en enfonçant les crochets de l’un des côtés de sa trompe seulement, dans les parois de l’intestin; il raccourcit alors son corps peu à peu et se rapproche du point où il vient de s’accrocher, après quoi il détache sa tête, s’alonge de nouveau, et répète les mêmes mouvements*.
Il y a des mouvements particuliers qui appartiennent à la trompe, et d’autres qui sont départis aux organes génitaux du mâle ; nous les examinerons plus tard (i).