OESOPHAGE
Définition. Vœsophage^ de «;», je porte; <t>liyM^ je mange : portemanger^ est un coudait musculo-membraneux, organe de déglutition, destiné à porter les alimens du pharynx dans l'estomac.
Situation. ^ occupe la partie inférieure de la région cervicale , toute
la région thoracique, et traverse le diaphragme, pour s'ouvrir dans l'estomac.
Direction. Direction. Situé sur la ligne médiane, appuyé contre la colonne vertébrale, recliligne, car l'œsophage n'est qu'un lieu de passage, il subit quelques légères inflexions: médian à son orip^ine, il s'incline un peu à gauche, au col; un peu à droite, dans la partie supérieure du thorax, pour se replacer sur la ligne médiane, et s'incliner à gauche, à la partie inférieure de cette cavité , où il traverse le diaphragme.
La direction rectiligne de l'œsophage permet l'introduc-
(i) Noiis ne saurions expliquer potu'quoi le virus vénérien affecte une si fâcheuse prédilection pour la muqueuse du pharynx.
ORGANES DE LA DIGESTION. OESOPHAGE. 44g
tion de sondes droites jusque dans l'estomac. L'inflexion • qu'il subit en pénétrant dans le thorax explique pourquoi les sondes œsophagiennes s'arrêtent quelquefois au niveau de la première côte.
Dimensions- La longueur de l'œsophage est mesurée par Longueur, l'intervalle qui sépare le pharynx de l'estomac, c'est-à-dire par l'intervalle qui sépare la cinquième vertèbre cervicale de la dixième dorsale.
Sous le rapport de son calibre ou de ses diamètres. î'œso- ^. ,
^ "^ Diamètres.
phage est la partie la plus rétrécie du canal alimentaire, et en rapport avec le pylore et la valvule iléo-cœcale. Ce calibre
■4- \ 1-1 ' 1 T ^°^ calibre
n est pas uniforme dans tous les pomts de son étendue. La n'est pas uniportion la plus étroite est certainement la portion cervicale. ^°^°^^- Aussi , est-ce presque toujours au cou que s'arrêtent les corps étrangers trop volumineux pour traverser les voies alimentaires.
La portion la plus large de l'œsophage est sans contredit son extrémité inférieure.
Du reste , l'œsophage est susceptible d'une certaine dilatation , ainsi que l'attestent les corps étrangers volumineux qui se sont quelquefois engagés assez loin dans ce conduit (i) , et qui sont même arrivés jusque dans l'estomac.
Toutefois son extensibilité est très-limitée, ainsi que l'at- Soncxtensitestent et la douleur causée par le passage d'un bol alimentaire trop volumineux , et l'arrêt des corps étrangers dans l'œsophage. Cependant, dans quelques cas de compression extérieure ou de rétrécissement considérable dans un point de l'œsophage, ce conduit se dilate beaucoup au dessus de l'obstacle , et forme une espèce d'ampoule ou de dilatation analogue au jabot des gallinacés. Dans un cas, j'ai trouvé à l'œsophage une espèce de poche ou diverticule assez considérable formé par la muqueuse , faisant hernie à travers les
(i) Mém. d'Hévin , Acad. roy. de Chirurgie.
terieurc
45o SPLAIfCHNOI.OQIE.
fibres musculeuses écartées, et représentant au premier abord le jabot des gallinacés. On cite un exemple d'accidens très-graves de suffocation occasionés par la présence des matières alimentaires dans une cavité de cette espèce.
Figure. Figure. L'œsophage est cylindroïde, et diffère du reste
du canal alimentaire , en ce qu'il est vide d'air et contracté sur lui-même. Un peu aplati et comme affaissé à sa partie supérieure, il présente toujours inférieurement l'aspect de cylindre plein, de cordon dur, résistant, qu'il offre dans toute son étendue chez certains animaux , le cheval par exemple.
Comme à tous les organes creux, nous distinguerons à l'œsophage une surface extérieure et une surface intérieure.
Suifaoe ex- Surface extérieure. Dans le trajet fort étendu qu'il parcoin^t, l'œsophage a des rapports nombreux, et qui sont presque tous d'une grande importance. Nous les étudierons au cou, au thorax, à l'abdomen.
l'oition cer- A. Dnns sa portioii cerçicale^ l'œsophage répond :
i". En avant ^ à la portion membraneuse de la trachée,
aiTO"^ *• qy'j[ déborde un peu à gauche. Le tissu cellulaire qui l'unit 1°. Eaaviiut; , in i i » i> • i '
a ce canal est d autant plus dense qu on 1 examine plus supérieurement.
Dans toute la portion qui déborde la trachée, il répond au muscle sterno-thyroïdien gauche, au corps thyroïde, au nerf récurrent gauche, aux vaisseaux thyroïdiens inférieurs, qui le coupent perpendiculairement.
ces de"cet*"ap- ^^ rapport de l'œsophage avec la trachée explique comports ment un corps étranger engagé dans l'œsophage peut, en
comprimant la trachée, gêner et même intercepter la respiration.
La déviation de l'œsophage à gauche explique pourquoi c'est de ce côté qu'il convient de pratiquer l'opération de l'œsophagotomie.
a'.Hnarneie. ^o^ p^^ arrière^ il répond à la colonne vertébrale, à la-
ORGANKS de La DiGî'.STîOX. 0>-S()PH.*CF.. 45i
quelle il est unî par un tissu cellujftirç lAcbe , et sur laquelle il peut exécuter les mouveniens nécessaires à l'accomplissement de ses fonctions.
3°. Sur les cotes ^ i! répond au corps thyroïde, aux artères sur les côtéH. Carotides primitives, uux veines jugulaires internes; mais ces rapports sont un peu modifiés à droite et à gauche par la déviation de l'œsophage. Ainsi les rapports de l'œsophage avec l'artère carotide primitive gauche sont plus immédiats que ceux avec la carotide primitive droite. Le nerf récurrent gauche se trouve en avant de l'œsophage, et le droit un peu en arrière.
Poitionlho-
B. Dans sa portion tkoracique ^ placé dans l'épaisseur du rac/que. médiastin postérieur, il répond ; Rapports-
1°. j&« ap<7«ifet de haut enbas, à la trachée, puis à sa bi- i°. En avant; furcationet un peu à la bronche gauche, qui le coupe obliquement, et à laquelle il peut transmettre la compression qui résulte de la présence d'un corps étranger, ainsi qu'Habicot en a rapporté un exemple : il répond enfin à l'origine de la crosse aortique, à la base et à la face postérieure du cœur, dont il est séparé par le péricarde.
2°. En arrière y il répond à la colonne vertébrale, sur la- '^''^"*f'^'^'^» quelle il n'est pas aussi immédiatement appliqué qu'au cou , dont il ne suit nullement la courbure dorsale , et dont il est séparé par un espace rempli de tissu cellulaire, par des ganglions lymphatiques , par la veine azygos, parle canal thoracique, lequel , placé en bas, à droite de ce conduit, lui devient postérieur à la partie supérieure du thorax , pour se porter ensuite à sa gauche.
En bas, au moment où il est dévié à gauche, pour gaguer l'orifice du diaphragme , l'œsophage répond en arrière à l'artère aorte.
I 3^. Sur les côtés, il soulève la lame correspondante du , . ,
I ' i- 3». Sur les
naédiastin , et répond médiatement au poumon; il proémine cAus, beaucoup plus à droite qu'à gauche.
45a SPLANCHNOLOGIE.
A gauche. jl gauche , il répond en outre , dans toute sa longueur , à l'aorte thoracique , qui est située sur un plan un peu postérieur. En haut, il affecte des rapports immédiats avec la crosse de l'aorte, au moment où elle se porte d'avant en arrière et de droite à gauche , pour gagner le côté gauche de la colonne vertébrale. C'est surtout dans ce point qu'on voit les anévrismes de l'aorte s'ouvrir dans l'œsophage.
Dans toute cette région , l'œsophage est enveloppé par un ti§su cellulaire séreux, extrêmement lâche et très-abondanf: il est environné par un grand nombre de ganglions lynv phatiques qu'on a appelés improprement glandes œsophagiennes. Ces ganglions, engorgés, compriment quelquefois l'œsophage au point de rendre la déglutition impossible, j^^ Enfin , l'œsophage est îongé de chaque côté par les deux
avec les nerfs ncrfs pneumo-gastriques, lesquels se placent inférieureraent, triqur^'^^* le gauche en avant, le droit en arrière de ce conduit, et communiquent entre eux dans toute leur longueur par des anses ou arcades qui expliquent peut-être la douleur que Portion ab- cause la distension de l'œsophage pendant la déglutition d'un doniinaie. corps trop volumineux.
C. Dans sa portion abdominale (si toutefois on doit ad- Rappoils. . , , .IN,, T
mettre une portion abdominale ), 1 œsophage est en rapport
avec l'ouverture œsophagienne du diaphragme, au-dessous de laquelle ce conduit est enveloppé par le péritoine dans toute sa circonférence. A droite et en avant, il est embrassé par l'extrémité gauche "du foie; en arrière, par le lobe de Surface in- Spigel. Chez quelques sujets, la portion abdominale de l'œsophage avait un pouce d'étendue; mais cette disposition m'a paru supposer un abaissement de l'estomac.
Surface interne. Remarquable i° par sa couleur blanche ,1 qui contraste avec la couleur rosée de l'estomac et celle dej la partie supérieure du pharynx, 2° par le froncement de sesl parois, dont les divers points se touchent, 3° par les phs lon-T gitudinaux qui sont en rapport avec le bi?soin d'une dilaJ
tation instantanée, l'œsophage n'étant qu'un lieu de passage.
Structure. Structure.
/ L'oesophage est essentielliement constitué par deux membranes cyhndiiques j dont l'une interne, muqueuse, est contenue dans l'autre, externe, qui est musculeuse.
i". i}fe/;2Z»rfl;ze7»«.ycM/eï«e, remarquable par son épaisseur
T , 1 ^ . ,1 MemLrane
qui surpasse de beaucoup la tunique musculeuse des autres musculeuse. parties du canal alimentaire. Il fallait en effet que le bol alimentaire fût rapidement et énergiquemenî porté du pharj'nx Son épaisdans l'estomac. ^^^^'
Elle est susceptible d'hyper irophie, comme on l'observe chez les individus qui ont un rétrécissement de la partie inférieure de l'œsophage. Je l'ai vue présenter, dans ces cas, cinq à six lignes d'épaisseur. Chez les herbivores, dont l'œsophage travaille en quelque sorte incessamment, et chez lesquels le bol alimentaire remonte contre son propre poids, dans l'acte de la déglutition, chez le cheval, chez les ruminans, la tunique musculeuse est encore bien plus développée que chez l'homme-.
Sa couleur, rouge immédiatement au-dessous du pharynx, Couleur de est rosée dans tout le reste de sa longueur, mais moins pâle membrane
^ ' ^ musculeuse.
que dans la partie du canal alimentaire qui lui fait suite. Cette couleur est d'un rouge vif chez les herbivores.
La membrane musculeuse présente deux plans de fibres Ses deux bien distinctes : l'un, extérieur, est formé de fibres longilu- ^ """^ * * "^^ dinales réeulièrement disposées tout autour de l'oesophage: i''ibres lon-
. ' . r ' 1 ri • , . ^ I. ,1 gitudinales.
i autre, intérieur, forme de fibres circulaires ou l on cherche vainement la ^disposition en spirale admise par quelques jaire,. matomistes chez les animaux et chez l'homme. Les fibres lorigitudiriales sembleiii; na^.^e, au moins en pprtie, de la î'ace postérieure in i;arti!age ericrjde, svr la- ligne médiane, între les deux muscles crico-arythénoïdiens postérieurs. Elles se continuent bien manifestement avec les fibres
454 Sf-LASCIINOLOUIE.
Premier iiii- musciilaîres longitudinales de l'estoniac. Le premier anneau
laire de l'œso- "^^sc"'''^'ï"C (10 j œsopliagc semble naître du cartilage cri-
phage. coïde j on la designé sous le nom de muscle crico-œso-
phagien. On cherche vainement le sphincter, admis par
quelques anatomistes, autour de l'extrémité inférieure de
l'œsophage.
Membrane ^°' Membrane muqueuse. D'après la remarque de Bichat,
muqueuse. ]rj niuqueuse œsophagienne est peut-être après la buccale ,
la portion la plus épaisse de la muqueuse alimentaire. Par
Son épais- y jjg exception remarquable que nous rencontrerons encore au
rectum, sa surface externe est unie a la membrane subjacente
par un tissu cellulaire fort lâche; en sorte qu'on peut retirer Laxité de son i i • ■ • ■ i > > i <<
adliérenceavec '^ cyUndre muqueux tout entier de 1 espèce de gaine muscu-
la membrane leuse dans laquelle il est contenu. On dit même avoir vu la
mnscnleuse. , , ^ . ,
membrane musculeuse pousser dans sa contraction la muqueuse en bas, et l'exprimer en quelque sorte à la manière d'un bourrelet à travers l'orifice supérieur dfe 1 estomac , à peu près comme la muqueuse du rectum dans la maladie
Pourquoi des connue SOUS le nom de chute du rectum. Les plis îongitudi-
plis loDgitndi- naux de la muqueuse ne sont pas dus à la contraction ou à l'élasticité des fibres circulaires de la tunique musculeuse, mais ils tiennent à l'organisation. Dans la première hypothèse, pourquoi la muqueuse ne présenterait-elle pas de plis transversaux en rapport avec les fibres musculaires longitudinales .^' la fixité des extrémités de l'œsophage, la tension de ce conduit membraneux ne sont pas telles que le raccourcissement ne dût s'effectuer sous l'influence de ces fibres longitudinales.
Il y a dans l'œsophage , indépendamment des plis longi - Rides «so- ^"^^^"^"^J ^^^ '''^^* analogues à celles de la peau, et par
phagiennes. conséquent irrégullères, qui me paraissent dues à l'élasticité des fibres musculaires.
Épidermt La muqueuse œsophagienne est pourvue d'un épidémie
œsophagien, ^p^is, facile à démontrer par la macération , l'action des acides et même sans préparation , et qui se termine à l'orifice
Aspect réti-
OKGAKf-S DE LA D16ESTI0N. 0E50PHA.GF,. /, j5
cardiaque de l'estomac par un bord très-irrégulièrement frangé ou festonné.
En examinant à l'aide d'une forte loupe la surface libre de la muqueuse, on voit qu'elle présente de petites saillies linéaires verticalement dirigées, unies entre elles par d'au- culé ^de la très saillies obliques, ce qui donne à la surface interne de *'^'^'*'^* ^*^'^''' l'œsophage un aspect réticulé. Ces saillies sont formées par les papilles ou villosités dontBleuland a parfaitement figuré les vaisseaux artériels et veineux.
La muqueuse est soulevée çà et là par de petites glandu- ciandiiles les oblongues, déprimées , disséminées le long de l'œsopha- œsophagicnge. Ces petites glandules, décrites par Sténon, doivent être bien distinguées des ganglions lymphatiques œsophagiens ; ganglions extérieurs à l'œsophage qui chez certains animaux sont fréquemment remplis de petits entozoaires, et qu'on avait supposés s'ouvrir dans l'œsophage , pour y verser en même temps qu'unliquide des animalcules qui auraient été, d'après quelques physiologistes, l'agent principal delà digestion ; mais la communication de ces ganglions avec la cavité œsophagienne est tout-à-fait accidentelle. Les glandules œsophagiennes sont très-multipliées.
La membrane jibreu&e que nous verrons constituer la char- Membrane pente du canal alimentaire, n'est ici qu'à l'état de vestige ; '^^'***'' elle adhère à la membrane musculeuse, et par conséquent elle est lâchement unie à la membrane muqueuse.
Point de feuillet séreux à l'extérieur : une membrane se- p^.^^ ^^ reuse ne se serait pas prêtée à la dilatation instantanée de membrane s». l'œsophage. On peut considérer comme un rudiment de ''^'^**'séreuse les deux lames du médiastin que nous avons dites répondre aux côtés de cet organe.
3°. Vaisseaux et nerfs. Les artères œsophagiennes sont nombreuses et viennent de plusieurs sources. On peut les distinguer en cervicales , qui viennent de l'artère thyroïdienne inférieure; en thoraciques^ qui viennent, i° directement de l'aorte; a" des artères bronchiques; 3° des inter-
456 SPLANCHNOLOGÏE.
Artères. costales ; 4'* quelquefois de la mammaire interne ; en abdominales , qui viennent cîe l'artère coronaire stomachique et de l'artère diaphragmatique infe'rieure.
Veine». Les 'veiues se rendent dans les thyroïdiennes inférieures,
la veine-cave supérieure, Fazygos, les mammaires internes, les bronchiques , les diaphragmatiques et les coronaires stomachiques.
Vaisseaux £gg ^aisseaux lymphatiques vont se rendre aux ganglions
lymphatiques, • \ .V X.
nombreux qui entourent 1 œsophage.
jjgj,f. Les nerfs très-nombreux proviennent des pneumo-gasfri-
ques, qui enlacent l'œsophage dans une série d'anses successives j à ces nerfs viennent se joindre quelques branches provenant des ganglions thoraciques.
Développement. Rien qui mérite d'être noté. Usages. L'œsophage a pour usage de porter rapidement les alimens du pharynx dans l'estomac. Il y concourt , i^ par ses fibres longitudinales qui le raccourcissent; 2° par ses fibres annulaires qui se contractent successivement de haut en, bas dans la déglutition, et de bas en haut dans le vomisse ment ou dans la régurgitation.