DU PANCRÉAS
Préparation. On peut l'apercevoir sans préparation à travers i'épiploon gastro-hépatique, en portant en bas reslomac.
Pour le mettre à découvert, renverser l'estomac de bas en haut^ api'ès avoir divisé les deux feuillets du péritoine qui partent de sa grande courbure pour aller constituer le grand épiploon.
On peut encore le découvrir en renversant en haut l'arc du colon, et en divisant le feuillet inférieur du mésocolon transverse.
Le conduit excréteur occupe l'épaisseur de l'organe. Pour le préparer, il faut enlever avec beaucoup de précaution, vers le milieu et vers l'extrémité droite de la glande, les granulations qui le recouvrent. On pourrait l'injecter par le canal cholédoque, après avoir préalablement cerné entre deux ligatures la partie verticale du duodénum. Lorsque le duodénum est rempli de la matière à injection, le conduit pancréatique se remplit à son tour. On peut encore l'injecter par le canal cholédoque, en liant l'espèce de mamelon ou ampoule commun aux deux conduits.
he pancréas [vrco/Kpictf^ tout chair) est un organe glanduleux annexe du duodénum, avec lequel il affecte des rap- Situation. ports immédiats , situé transversalement et profondément derrière l'estomac, au-devant de la colonne lombaire.
Forme et volume. Sous le rapport de sa forme, le pancréas ne ressemble à aucune autre glande : il est oblong transversalement, aplati d'avant en arrière; volumineux à son extrémité droite , où il présente une espèce de renflement anguleux, à la manière d'un marteau, s'effilant par degré à mesure qu'on approche de son extrémité gauche; d'où la di-
fonne..
592 SPLANCHNOLOGIE.
vision sGolastique du pancréas en tête^ en corps et en
queue. Son grand diamètre, ou diamètre transverse, est me-
Yolume. 5^.^ par l'intervalle qui sépare la concavité duodénale de la
Pouls. j.atg^ Du reste, le volume et le poids du pancréas présentent
beaucoup de variétés. Son poids, qui est pour l'ordinaire de
deux onces à deux onces et demie , peut s'élever jusqu'à six
onces. Il n'est pas rare de voir le pancréas atrophié , et dans
un cas de ce genre, son poids n'excédait pas une once.
Rapports, Sa face antérieure , convexe , recouverte par
Rapports le péritoine, répond à l'estomac qui glisse librement sur elle.
avec l'estomac, -r. ^ . 1 1 j- n ' ■> r ^ \-
Dans certains cas de maladie, une adhérence s établit entre Consé uenccs ^*^ pancréas et l'estomac : si bien que dans l'ulcère chronique de ce dernier organe, on voit le pancréas remplacer de trèsgrandes portions d'estomac détruites. Lorsque l'estomac est placé plus bas que de coutume, le pancréas répond, soit au vec es pa- j'^jg g^jj ^ \^ paroi abdominale antérieure, dont il est séparé
rois ftbdomi- . ' r
nales. seulement par l'épiploon gastro-hépatique j en sorte qu'on
peut l'explorer avec la plus grande facilité à travers les parois de l'abdomen (i). Il n'est pas rare de voir des praticiens , d'ailleurs expérimentés, diagnostiquer dans ce cas un
Conséquences, squirrhe au pylore. Le pancréas répond encore en avant à la première portion du duodénum et à l'angle de réunion du colon transverse avec le colon ascendant. Rapports en Sdi face postérieure ^ concave, répond à la colonne vertébrale , au niveau de la première vertèbre lombaire ; elle en est séparée par la veine splénique, la veine mésentérique supérieure et le commencement de la veine - porte : ces deux dernières veines sont logées dans une gouttière profonde, ou plutôt dans un canal presque complet, que forme
(i) On peut reconnaître à priori cette disposition : c'est lorsque la colonne vertébrale peut être sentie immédiatement derrière les parois de l'abdomen. Je ne l'ai jamais rencontrée que chez les personnes amaigries, lorsqu'une grande partie de l'intestin grêle occupait l'excavation du bassin. Il est probable que c'est la traction exercée par l'intestin grêle contenu dans le bassin qui détermine l'abaissement de l'estomac.
arrière.
ORGANES DE^LA DIGESTIOW. ANNEXES. PANCfiiAS. SgS
le pancréas, à ces veines, à l'artère mésentérique et au plexus nerveux qui environne cette artère. Un grand nom- Rapports dn bre de vaisseaux et de ganglions lymphatiques, les piliers du pancréas en diaphragme, la veine-cave à droite, l'aorte à gauche, la séparent encore de la colonne vertébrale. A gauche de cette colonne, le pancréas répond à la capsule surrénale, aux vaisseaux rénaux et au rein gauche. Le rapport du pancréas avec l'aorte est important : c'est donc à travers le pancréas . qu'on sent les battemens de l'aorte à l'épigastre , chez les personnes amaigries , et que l'on comprime ce vaisseau.
Son horcl supérieur^ épais, est creusé en gouttière pour lo-
,, , w • • ^ ..11''- Rapports da
ger 1 artère splemque, qui souvent parcourt, dans 1 épaisseur hordsupérienr de cette glapde , une espèce de chemin creux qui a toute sa longueur. Ce bord répond encore à la première portion du duodénum, au Jobule de Spigel et au tronc cœliaque. L'épaisseur de ce bord avait fait dire à quelques anatomistes que le pancréas était prismatique et triangulaire.
Son bord inférieur^ beaucoup moins épais que le supérieur, Bord inféest longé par la troisième portion du duodénum, dont il est ^'^"'■' séparé à gauche par les vaisseaux mésentériques supérieurs.
Son extrémité droite j ou duodénale, ou grosse extrémité , Delà grosse répond au duodénum et au canal cholédoque. Cette ex* ^^*'"«'"'*^trémité duodénale présente une disposition fort remarquable : elle se recourbe sur elle-même de haut en bas, comme le duodénum, par la concavité duquel elle est cir^ consente , devient transversale lorsqu'elle a atteint la troisième portion , se porte de droite à gauche derrière les vais-
, , . - -, . , . 1 S^ réflexioa
seaux mesenteriques et lorme la paroi postérieure du canal et sa disposiqui protège ces vaisseaux. Cette portion réfléchie , disposée ^'°° ^° volnte. en volute, se détache quelquefois du reste de la glande, ce qui lui a valu le nom de petit pancréas. Par sa grosse extrémité , le pancréas est comme attaché au duodénum , qu'il créas! ' ^^" déborde en avant et surtout en arrière, et qu'il suit dans tous ses déplacemens , en sorte que loi'sque le duodénum est situé plus bas que de coutume j ce qui arrive dans tous les a. 38
^94 SI'LANCHNOLOGIÊ.
dëplacemens en bas de l'estomac , la tête du pancréas est dé- . placée dans le même sens. -
Rapports de ^^^ extrémité gauche j ou splénique^ ou petite extrémité
l'extrémité est élroile, et vient s'appliquer contre la rate, sur laquelle
elle s aplatit et s emousse en présentant quelquefois un léger
renflement. ^
On voit que, sous le point de vue des rapports, il existe Traits «i'a- une grande analogie entre le pancréas et les glandes salivaires.
îialoeie entre 4-'i • i- •• , \ ■ •
les rapports Ainsi, des vaisscaux volunimeux avoisinent et pénètrent cet du pancréas et organe; il leur forme en quelque sorte ua chemin couvert,
ceux des glan- ^ • ' ^ t i- i i i i '
des salivaires. ^^' agite par Icurs mouvcmens. Le diaphragme, le duodénum et l'estomac sont encore pour le pancréas une source de succussion et de pression.
Stracture.
Des analogies non moins multipliées existent sous lerapport Analogiesde de la Structure, entre le pancréas et les glandes salivaires, et btructure. justifient pleinement la dénomination de^/anc^^ia/iVairertèi/ominale^qui lui a été donnée par Siébold : même couleur blan ■ châtre; même densité (i); même disposition en lobules susceptibles de se diviser en granulations. L'identité est telle qu'il serait impossible de distinguer une portion de pancréas d'une portion de glande salivaire. Soumis l'un et l'autre à la coction, ils présentent le même aspect et la même saveur. Point de capsule fibreuse proprement dite, mais lamelles fibreuses qui séparent les lobules et les granulations; tissu cellulaire séreux assez abondant. 11 n'est pas rare de rencontrer une certaine quantité de graisse, soit à la surface,
(i) Le pancréas a quelquefois une densité extrême, qui a beaucoup d'analogie avec celle du squirre. Dans ce cas , il est nécessaire de s'assurer, par des coupes , de l'intégrité parfaite du tissu glan- ^ dideux. Celle dureté, conune pierreuse, coïncide le plus souvent avec l'atrophie de l'organe.
ORGANES DE lA DIGESTION. ANNEXES. PANCREAS. 5gS
soit dans l'épaisseur du pancréas; j'ai même vu des cas d'atrophie de cet organe dans lesquels la graisse semblait avoir pris la place des grains glanduleux.
Le problème de la structure du pancréas, comme d'ailleurs la détermination de la structure de toutes les glandes, se réduit à ces deux propositions : i*^ Déterminer la texture d'un grain glanduleux; 2° déterminer la disposition des vaisseaux et des nerfs dans l'épaisseur de la glande.
Pour la première question , je renvoie à ce que j'ai dit pour les glandes salivaires. Quant à la disposition des vaisseaux, elle est parfaitement connue.
Artères. De même qu'aux glandes salivaires, les artères arrivent au pancréas par un grand nombre de points. Elles sont très-nombreuses et très-considérables, eu égard à la petitesse de l'organe ; elles viennent de l'hépatique , de la splénique et de la mésentérique supérieure. La principale porte le nom de pancréatico-duotiénale.
Les "veines vont se jeter dans les veines mésaraïque supérieure et splénique.
Les vaisseaux lymphatiques ne sont pas bien connus, il est probable qu'ils se rendent dans les ganglions nombreux qui l'avoisinent.
Les nerfs du pancréas vîeiîîlent du plexus solaire.
Conduit excréteur^ nommé aussi canal de VFirsung^ du'nom du jeune anatomiste , trop tôt enlevé à la science , qui l'a découvert. Par une disposition unique dans l'économie , ce conduit excréteur est contenu tout entier dans l'épaisseur, on peut même dire au centre de la glande, en sorte que, pour le mettre à découvert , il faut diviser avec précaution les couches les plus superficielles de cet organe.
Ordinairement unique, le canal excréteur est quelquefois double , et alors il y a un canal principal qui appartient au corps même du pancréas, et un petit canal qui appartient à la portion réfléchie, ou petit pancréas.
Le canal pancréatique mesure toute la longuetir de la
Graisse pen»
créatiqne.
Artères.
Veines,
Vaisseanx lympliatiqaes.
Nerfs.
Conduit excréteur , OQ canal dt? TVirsnug.
11 est qnelquefais double
SgÔ âîLANCHNOtOGIE.
^. , , glande : étroit à l'extrémité splénique qu'on peut considérer
Direction du " ... l i t l
conduit pan- comme son origine, il augmente progressivement à mesure
creatique. ^^'^1 s'approche de l'extrémité duodénale; là, il s'infléchit en
bas, pour atteindre le canal cholédoque, à gauche duquel il
est placé, s'accoUe à ce conduit, le perfore obliquement ,
Le canal <i^ s'iauvre de la manière que j'ai indiquée, à l'occasion du
pancréatique fQjg ^ dans l'ampoule olivaire qui précède immédiatement
s'ouvre ton-
jours par un 1 orificc duodénal du Canal cholédoque : il suit de là que le oririce qui lui canal cliolédoque et le canal pancréatique s'ouvrent chez
est commun .p ^ ,. . .
avec le canal 1 homnie par un orihce commun. Cette disposition est conscbolédoque. tante , et lorsqu'il arrive de rencontrer un canal pancréatique qui perfore isolément le duodénum, on peut être assuré qu'il existe un autre canal pancréatique qui présente la disposition accoutumée : du moins cette règle ne m'a jamais trompé. Quant au siège précis de l'ouverture isolée du canal pancréatique surnuméraire, il a lieu devant, derrière, au-dessous , ou au-dessus de l'insertion du canal cholédoque. Tiedemann, qui a recueilli tous les cas connus de canal pancréatique double et toutes les variétés d'insertion qui ont été rencontrées dans l'homme est parvenu à ce résultat curieux , que ces variétés ont leurs analogues dans les diver- ' ses espèces d'animaux.
Le mode d'insertion des divisions du canal pancréatique
sur le tronc principal mérite d'être noté. Les radicules pancréa-
Mode d'in- t'^ues ne se réunissent pas en effet en ramuscules, rameaux et
sertioQ des di- brauchcs à la manière des veines; mais les ramuscules provisions du ca- 11 111 iT • nai pancréati- Venant de cliaque lobule se rendent directement et successi-
qne sur le yemeut BU conduit général, disposition qui donne à l*ap-
trunc princi» ., , , ' ■>■> i •
p,,i pareil excréteur des pancréas, l aspect de ces insectes aux-
quels on a donné le nom de mille-pattes.
Quant à la structure du conduit pancréatique , ses parois
sont très-minces : il est affaissé sur lui-même , d'un blanc
du canal pan- ^^ ^^^* ^"'^ tranche sur la couleur blanc-grisâtre du tissu
creatique. propre du pancréas. Sa surface interne est extrêmement
lisse^ à la manière d'une membrane séreusej sa ténuit|é rend
OaGAHES DE lA DIGESTION. ANNEXES. PANCREAS. ^97
la détermination de sa texture très-difficile ; il est très-extensible.
. Développement.
Le développement du pancréas ne présente d'autres particularités que celles relatives à son volume qui est propor- Développstionnellement plus considérable chez le fœtus et l'enfant nouveau-né que chez l'adulte. Les maladies du pancréas pendant la vie intra-utérine ne sont pas sans exemple. J'ai trouvé le pancréas squirreux sur un enfant à terme.
Usages.
Le pancréas est l'organe sécréteur d'un liquide particulier y ^
connu sous le nom de suc pancréatique, dont les caractères physiques et chimiques n'ont été bien connus que dans ces derniers temps. J'ai eu occasion de rencontrer deux cas de rétenûon du suc pancréatique. Le canal dilaté représentait une sorte de kyste séreux transparent j le liquide contenu était extrêmement visqueux, transparent, mais d'un œil blanchâtre , à la manière d'une solution de gomme arabique; je le goûtai , il était légèrement salé : les canaux collatéraux étaient extrêmement dilatés. Il y avait des points blancs comme du plâtre au centre d'une multitude de grains glanduleux. Cette matière , plus abondante dans quelques granulations, put être enlevée et présentait l'aspect d'un petit Analyse du morceau de plâtre ou de craie. Ce suc pancréatique soumis à suc pancréaù l'analyse chimique par M. Barruel a donné pour résultat un mucus extrêmement pur. C'est même, m'a dit M. Barruel, le mucus le plus pur qu'il ait eu occasion d'examiner. Il jouit au plus haut degré de la propriété de rendre l'eau visqueuse , soit en s'y dissolvant , soit en la solidifiant. Ce mucus contient de la soude libre , une trace de chlorure de sodium et une trace très-minime de phosphate de chaux.
Il y a donc analogie entre le suc pancréatique et le suc salivaire , conséquence à laquelle l'étude anatomique de ces glandes avait déjà conduit.
Sgo SPLANCHNOLOGIE.