CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ORGANISATION
même entourée ensuite dune tunique musculeuse, et enfin d'une pé^ ritonéale.
Le cuir ou derme est composé chimiquement des mêmes éléments que le tissu cellulaire et les membranes séreuses, c'est-à-dire suivant John(i), de gélatine et d'un peu de fibrine, ou d'un corps qui lui ressemble, et contient en outre quelques sels.
Le derme renferme, outre sa membrane propre dont je viens de parler, encore divers autres organes qui lui sont surajoutés, auxquels il sert de réceptacle. Tels sont les cryptes ou glandes sécrétoires simples qui produisent diverses substances qu'elles versent à la surface de la peau ; les glandes chromatogènes produisant le tissu de Malpighi ; les bulbes des poils et des autres prolongements cornés; les papilles nerveuses^ organes immédiats du tact.
Dans la muqueuse, au contraire, on ne trouve guère que des cryptes sécrétoires du mucus qui lubrifie ces cavités, et quelquefois encore d'autres qui produisent des matières différentes, telles que le cérumen des oreilles , le suc gastrique , etc.
Le tissu filamenteux fait de même partie de l'appareil génital , soit comme tissu cellulaire, soit comme formant des membranes séreuses ou des ligaments.
Il entre également dans la composition des vaisseaux, où il forme les séreuses qui les tapissent, ou bien les gaines qui les enveloppent.
Il constitue, à ce qu'il paraît, aussi le névrilème et la pie-mère , membranes propres du système nerveux.
Ce même tissu entre ensuite encore dans la composition des muscles , où il sert de lien entre leurs faisceaux , et constitue avec les aponévroses terminales et les tendons des parties appartenant proprement au système ligamentaire, qu'il forme peut-être exclusivement.
Il entre enfin également dans la composition des os , et principale^ ment de ceux des Mammifères , dont la base est formée de tissu fibreux
(1) Tahl. chim., p, 26.
0ES ANIMAUX VERTEBRES. 61
gélatineux qui y existe d abord seu] , sous forme de cartilage, avant que les matières terreuses s y déposent. Mais déjà dans les autres classes de Vertébrés , et même chez les Oiseaux , là partie cartilagineuse des os , et peut-être aussi les autres organes gélatineux ne sont plus entièrement composés de gélatine , contenant une substance qui ne se dissout pas dans leau bouillante, et que M. Barros considère comme étant de \di fibrine. Cette substance , ou une autre différente de la gélatine, forme également en partie la base des os des Reptiles et des Poissons, ainsi que d'autres or-* ganes des Animaux invertébrés, dont les analogues chez les Mammifères sont composés de gélatine, tandis qu'ils ne contiennent que fort peu de cette dernière substance: telle est la chitine^ qui la remplace dans les téguments des Insectes , mais y remplit du reste les mêmes conditions ; ce qui montre encore que dans ces substances aussi , il existe une gradation par laquelle elles changent peu à peu de nature pour se remplacer. Il est même probable que tous les autres tissus , et entre autres le cellulaire, sont dans ce cas ; mais comme on n en a pas encore fait l'analyse, ou du moins pas d'analyse correcte, on ne peut avancer que des conjectures à ce sujet.
Je reviendrai, avec quelques détails de plus, sur la composition des os, des ligaments et des muscles , en traitant spécialement de ces trois systèmes d'organes.
Quant au tissu élastique^ il diffère essentiellement de tous les autres par son élasticité et sa composition chimique , qui , quoique encore inconnue , paraît cependant s'éloigner beaucoup de celle des ligaments ordinaires. J'en parlerai également avec quelques détails, en traitant des ligaments en général.
Le tissu adipeux^ dans lequel se sécrète et se dépose la graisse, et qu'on a , jusque dans ces derniers temps, confondu avec le tissu cellulaire auquel il ressemble beaucoup par sa forme , doit plus particulièrement être classé parmi les organes sécrétoires; et comme la nature de ses cellules n'est point connue, il serait impossible de dire si c'est réelle-^ ment, comme on le pense, une modification du tissu cellulaire.
Le tissu corné constitue un assez grand nombre d'organes, tous ex-^
62 CONSIDÉRATIONS GENERALES SOB l'ORG AN ISATION
térieurs, ou tapissant du moins des cavités ouvertes au dehors. Il forme ainsi chez les Vertébrés Tépiderme, l'epithelium, prolongement intérieur de ce dernier; les productions pileuses, les piquants cutanés, les plumes, les mandibules du bec des Oiseaux et des Chéloniens, ainsi que les fanons des Balœna; lenveloppe des cornes, à lexception de celles des CamelopardaUs ^ et des bois desCe/vw5, les ongles, les griffes, les sabots et les écailles, à l'exception de celles des Poissons. Dans les autres embranchements, il paraît également constituer lepiderme et ses prolongements intérieurs, ainsi que les iilaments pileux; mais nous ne possédons encore aucune analyse chimique qui le prouve d'une manière certaine.
Ce tissu présente une structure lamelleuse lorsqu'il se développe en feuillets, et perpendiculairement à leurs grandes faces; tandis qu'il est fibreux lorsque le développement a lieu suivant la direction de la longueur des organes. Dans l'épiderme , qui se trouve dans le premier cas, on assure qu'il est formé originairement d'une infinité de petites écailles produites par des bulbes générateurs excessivement petits, placés dans le derme , et que ces écailles se confondant ensuite les unes avec les autres y forment des feuillets successifs qui constituent la membrane. Mais cette structure n'est pas encore bien connue.
Dans les parties fibreuses, au contraire, les lamelles transversales ne sont point distinctes, et ces organes sont tous produits sur des bulbes où ils s'organisent par un véritable développement intérieur ; et à mesure qu'ils se forment à leur base , leur partie terminale ou la plus ancienne cesse de vivre et se dessèche en quelque sorte ; ce qui a fait considérer les prolongements cornés comme formés simplement d'une matière sécrétée non organisée; se rapprochant en effet de cette classe de substances par. leur mode de production sur des bulbes, organes qui, au premier aperçu, ont beaucoup de ressemblance avec les cryptes ou glandes sécrétoires simples.
Il est fort difficile de reconnaître la structure intime des productions pileuses proprement dites, ces corps étant généralement d'un diamètre si faible , que ce n'est que sous des microscopes très-forts qu'on peut les
D£S ANIMAUX TERTJÎBRléSr 63
examiner, où ils paraissent toutefois formés encore de filaments longitudinaux, et renfermer au centre un canal, d'ordinaire si étroit, qu'il n'est pas toujours distinct. Les cornes, les ongles, les sabots, les becs et les fanons , sont distinctement composés de fibres plus ou moins grosses, paraissant analogues à des poils qui se trouveraient réunis et agglutinés par milliers; et leur structure intime n'est de là pas plus facile à déterminer que dans les productions pileuses simples. Mais cela est plus aisé dans les piquants des Mammifères, tels que ceux des Histrix , qui ne sont au fond que des poils simples extrêmement gros. Là on reconnaît facilement une lame extérieure à tissu serré et dur, fibreux longitudinalement comme les poils , souvent teint comme ces derniers de couleurs diverses , et intérieurement est un tissu spongieux , blanc , fort léger, à mailles extrêmement petites , ressemblant à du tissu cellulaire. Cette même structure se retrouve aussi dans la tige des plumes, organes qui ne sont, dans le principe, que des poils composés , ramifiés.
Nous n'avons pas encore d'analyse chimique bien faite des productions cornées; voici ce qu'on trouve dans le Traité de chimie de M. Berzélius, éd. française , t. VII , p. 3o5 : L'épiderme est peu putréfiable ; si on Téchauffe au bord de la flamme d'une chandelle , il fond , sans se plier ou se boursoufler , prend feu et brûle avec une flamme claire ; il s'imbibe facilement d'eau, s'y distend et devient cassant; lorsqu'on le fait bouillir, il ne se raccornit ni ne se dissout. La corne se ramollit à une température d'un peu plus de i oo"" sans se décomposer , et Ton peut alors la souder.
La corne doit contenir^ outre du carbone , de l'hydrogène , du nitrogène et de l'oxygène , encore une certaine quantité de soufre.
D'après Vauquelin (i) , à qui nous devons les premières analyses un peu détaillées des organes cornés , les cheveux noirs sont composés : 1* d'une matière animale (le mucus) qui en fait la plus grande partie;
(1) Afin, de ckim,, 1806, t. LVIII, p. 41.
6/i gonsidiSeations générales sur l'organisation
2* dune huile blanche concrétée en petite quantité; 3* dune huile gris verdâtreplus abondante ; 4* de fer dans un état incertain; 5* de quelques atomes d'oxyde de manganèse ; 6* de phosphate de chaux ; f de carbonate de chaux en très-petite quantité; 8"" de silice en quantité notable; 9* d'une quantité considérable de soufre.
Les cheveux roux diffèrent des noirs en ce qu'ils contiennent une huile rouge au lieu d'une noir verdâtre. Les blancs diffèrent des deux premières espèces en ce que l'huile n'est presque pas colorée, et qu'ils contiennent du phosphate de magnésie, qu'on ne trouve pas dans les autres. D'après cet auteur, les cheveux noirs seraient colorés par une huile noire et comme bitumineuse (qu'il appelle plus haut gris verdâtre) et peut-être par la combinaison du soufre avec le fer. Les roux et les blonds seraient colorés par une huile rouge ou jaune, dont l'intensité , diminuée par une petite quantité d'huile brune, donne le roux (i). La couleur blanche serait due à l'absence de l'huile noire et du fer sulfuré. 11 pense que dans les cheveux roux et les blonds, ainsi que dans les blancs, il y a toujours un excès de soufre combiné à l'hydrogène. C'est , d'après Vau- QUELiN, à l'huile que les cheveux doivent leur souplesse, l'élasticité et l'inaltérabilité.
M. John (2) a trouvé de plus dans les cheveux un peu de gélatine; le fer, sous forme d'oxyde, peut-être combiné à l'acide phosphorique, et beaucoup de sel ammoniacal.
Les autres organes cornés, tels que les poils, les cornes proprement dites, les ongles , les sabots, etc., ne paraissent pas différer notablement des cheveux.
Les substances cornées sont les plus mauvais conducteurs connus du calorique. C'est la propriété la plus éminente de tous les organes qu'elles constituent , devant servir à protéger les Animaux contre le froid de l'élément ambiant ; et il est évident que c'est dans ce but que la nature
cl) Il parait qu'il y a ici uoe erreur daas la rédaction , et que Tauteur a voulu dire : ioni Vxniemtité , diminuée par une petite quantité d*huile noire , donne le brun. t2) ra6/. cAim. , p. 8.
DES ANIMAUX VERTlBBRéS. 65
les a employées pour en faire leur vêtement , et non-seulement la substance cornée est très-mauvais conducteur du calorique, mais il paraît qu a leur surface les poils ont la propriété de le retenir par une espèce de capillarité , d'où résulte que les intervalles de ces derniers et des plumes forment sur le corps des Animaux, comme un réseau rempli d air chaud qui ne s en échappe que difficilement, et prévient ainsi la trop prompte déperdition de la chaleur intérieure du corps; et cette capillarité paraît être d autant plus forte que les intervalles sont plus petits ; d'où résulte que les poils fins et plus touffus sont plus chauds que les gros et plus espacés.
Pour ce qui concerne le tissu de Malpighi^ nommé aussi tissu muqueux ^ il paraît que ce n est point un véritable organe membraniforme , comme il en a lapparence , mais que ce n'est qu une simple matière muqueuse diversement colorée , sécrétée par des cryptes placés dans le derme , ainsi que Tout fait voir MM. Roussel et Brbschet, doù j ai cru devoir le nommer plutôt matière colorante. En effet , ce n'est point un corps solide, mais simplement une substance glaireuse , dans laquelle rampent une foule de petits vaisseaux sanguins superficiels qui y forment un réseau fort compliqué et très-fin , ce qui l'a encore fait appeler tissu réticulaire. Cette matière forme si peu un organe, que dans un grand nombre de cas, elle est superficielle, comme un vernis sec chez les Insectes, ou contenue soit dans leur épiderme, soit dans le derme quelle colore, ou bien entre ces deux couches, et d'autres fois à la face intérieure du derme, et dans ce cas, elle est muqueuse , sans offrir aucune organisation.
Le tissu fibreux contractile ou mMCulaire^ diffère de tous par la propriété qu'il a de se contracter et de se relâcher par l'effet de la volonté ou d'un stimulus. J'en parlerai également plus loin au sujet de la myologie.
Le parenchyme des glandes n'est pas partout le même, et diflfere nécessairement dans chaque espèce de ces organes ; mais nous ne possédons pas encore d'ouvrage spécial où l'on ait traité ce sujet à fond. Tout ce qu'on a pu faire est d'avoir reconnu la forme et la disposition des glandes
66 CONSIDÉRATIONS GÉNlSRAtES SUR L*0R6ANISATi0N
simples ou cryptes élémentaires qui entrent dans la composition des glandes composées ou conglomérées. On n'y aperçoit qu'un parenchyme en apparence spongieux , quelquefois granuleux ou tubuleux y donnant par l'analyse chimique des produits fort différents , dont la nature n'est pas encore déterminée.
Plusieurs espèces de glandes ont été analysées par les chimistes , et entre autres le foie de ï Homme par Frommhertz et Gubert (i)^ et celui du BœufpdLV Braconnot; mais l'examen qu'ils ont pu en faire est loin d'être satisfaisant, vu qu'il est impossible d'avoir le parenchyme de ces organes entièrement purgé de la matière sécrétée.
Quant au tissu nen^eux , il constitue le système d'organes du même nom, et se trouve ainsi répandu avec ce dernier dans toutes les parties du corps. Il compose d'une part l'encéphale et la moelle épinière , prolongement de ce dernier, ainsi que leurs nombreuses ramifications ou nerfs, et d'autre part, les nerfs sympathiques, répandus principalement dans les cavités viscérales. Ce tissu présente deux substances bien distinctes , surtout dans l'encéphale , où l'une , nommée la matière médullaire , occupe spécialement la partie centrale du cerveau , mais quelquefois aussi la surface des masses nerveuses , telles que le cervelet; c'est une substance légèrement molle et d'un blanc de lait, élastique, dans laquelle on reconnaît manifestement des fibres qui se portent dans certaines directions déterminées soit parallèlement entre elles, soit en divergeant , et qui se laissent souvent séparer avec assez de facilité , mais présentent , dans le sens de leur longueur, une ténacité quelquefois assez grande. Ces fibres , qu'on peut souvent diviser presque à l'infini , paraissent prendre partout leur origine dans la matière grise , seconde substance du système nerveux. Celle-ci , d'ordinaire d'un gris brunâtre , quelquefois jaunâtre ou noirâtre dans quelques-uns des amas qu'elle forme , est aussi nommée substance corticale , comme occupant d'ordinaire la surface des renflements formés par la matière médullaire , qu'elle enveloppe alors comme une espèce decorce, en tranchant assez
(1) Berzélivs. Traité de chimie , 1839, t. III , p. 598.