‹ Anatomie descriptive et comparative du chat, type des mammifères en général et des carnivores en particulier (volume 2)Chapitre 22 sur 30 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du Torse.

Le Torse se compose , comme nous la vous vu , de six parties cheE les Mammifères les plus complètement organisés, tels que les Feîis^ savoir: la Tête^ le Cou, le Thorax^ X Abdomen, le Bassin et la Queue ^ mais dont la première est bien distincte, par leffet de letroitesse de la seconde , de manière que les trois suivantes confondues en un môme tout, composent ce qu'on nomme le Tronc renfermant les viscères; et la dernière enfin n'étant que la continuation de la partie centrale de celles qui précèdent, ne forme qu'un prolongement appendiculaire plus ou moins allongé.

ARTICLE PREMIER

Des 0$ de la Tête.

En comparant la Tête desFelis, et en général de tous les Mammifères GàRNiyoREs, à celle de Y Homme , on y trouve^ comme d ailleurs dans toutes les parties du corps, une ressemblance frappante , qui décèle un même type, quoique les formes ne soient pas rigoureusement les mêmes. Toute la tête est plus allongée en avant ; d'où résulte que , non-seulement la face saille davantage , mais le crâne est aussi , proportionnellement au volume de la tête, plus étroit, plus bas, et par conséquent plus allongé dans le même sens. Cet allongement porte cependant moins sur les diverses parties du crâne que sur celles de la face, et moins encore chez ia plupart des autres Mammifères que chez les Felis^ dont le museau est fort court.

On sait que pour mesurer cette augmentation de la saillie du museau, (ùamper, et déjà avant lui Severinus , ont proposé d employer ce qu'ils ont appelé ï Angle facial^ angle compris entre deux lignes, dont lune passe sur la bosse nasale du front, et* le bord des incisives supérieures; et l'autre par le milieu de la ligne qui joint les orifices des conduits auditifs externes (PL XI, 9, /m), et le plan inférieur de la cavité nasale (i 2), coupant la première ligne près Tépine nasale. Cet angle devait donner en même temps la mesure du volume du cerveau, et par suite celle du degré d'intelligence des Animaux. Mais sous ces trois points de vue, la grandeur de cet angle est loin d'indiquer une mesure exacte, et même approximative ; vu que , d'une part , la bosse nasale du front peut être très-saillante par Teffet de la grandeur des sinus frontaux , sans que pour cela la face soit plus courte , et la cavité crânienne plus grande. D'autre part, le bord des incisives peut seul être très-saillant , sans (pie le reste de la face augmente. De même encore, chez tel animal, la cavité crânienne peut descendre postérieurement plus ou moins audessous du niveau des conduits auditifs; comme cela a précisément lieu

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chez Y Homme , ce qui augmente de beaucoup la capacité du crâne , sans faire varier l'angle facial. Enfin , cet angle peut rester le même , pendant que le volume du crâne varie beaucoup, en augmentant suivant ses trois principaux diamètres : il suflSit pour cela que le front ne fasse pas plus de saillie. Pour avoir une mesure assez exacte du volume proportionnel du cerveau, dans les différents Animaux, on ne peut la trouver que dans le poids de cet organe , comparé à celui du corps entier : encore ce rapport ne donnerait-il pas le rapport exact des volumes, et moins encore la mesure du degré d'intelligence, vu que, d'une part, les parties anatomiquement analogues n'ont pas la même pesanteur spécifique chez tous les Mammifères; et que de l'autre, une portion plus ou moins grande du cerveau peut présider aux fonctions non intellectuelles; ou bien, la qualité du cerveau peut, comme cela est certain , jouer un très-grand rôle dans Téminence des facultés de toutes espèces, dont le siège est dans cet organe, qualité qu'il est réellement impossible de mesurer ; ce qui renverse toutes les théories qu'on peut établir sur l'appréciation des facultés intellectuelles des Animaux , fondées sur le volume et la forme du cerveau , théories qui ne permettent d'indiquer que des à peu près à cet égard; quoiqu'au fond, il n'y ait pas de doute que le cerveau ne préside à toutes les fonctions, et que l'éminence de celles-ci ne dépendent dn développement en volume, mais aussi de h qualité, du cerveau ; et ce que je dis ici pour la masse entière de ce viscère , s'applique ensuite également à chacune de ses parties , et par suite au degré d'éminence de chaque fonction du corps; et quoiqu'il soit assez généralement vrai que les hommes à grand cerveau aient plus d'intelligence que ceux qui en ont un petit , ce qui est d'autant plus sensible que la différence est plus considérable , les exceptions sont cependant si nombreuses, que tout le monde connaîtra des individus qui en offrent des exemples frappants.

L'angle facial ne peut donc être considéré que comme une mesure bien peu exacte du degré d'intelligence des Animaux, et d'autant moins que les espèces qu'on compare sont plus éloignées les unes des autres ; et il ne peut réellement servir qu'à indiquer à peu près la forme de la tête.

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Dans Y Homme ^ cet angle est de 80*" Réaumur ou 90* centigrades > tandis que chez le Chat, il n'est que de 53% dimension due en partie à rabaissement du front qui rase presque le bord supérieur des orbites, et en partie à rallongement du museau. Mais la difficulté est de savoir au juste le point du front par lequel la ligne doit passer, lorsque sa courbure est si peu prononcée qu'elle se continue en ligne presque droite avec le contour de la face. Cette difficulté se présente entre autres chez le Chat , où j ai pris pour ce point celui qui répond à la partie la plus antérieure des sinus frontaux.

Pour indiquer un peu plus exactement les diflférences dans les proportions de la tète, j'admets pour toutes un plan horizontal (PI. XII, fig. S , a|3 ) par le bord alvéolaire (7) de l'os labral ; et la face inférieure du crâne répondant à la partie la plus déclive du milieu de la cavité ' crânienne, et c'est à ce plan que je rapporte toutes les mesures. Tirant ensuite une ligne (7^), du même bord alvéolaire à la faillie la plus antérieure de la cavité crânienne, cette ligne, tangente au cerveau et non aux saillies du front, fera, avec le plan («(3) dont je viens de parler, un An^U facial plus aigu que celui proposé par Gâmpsr. Il sera dans Y Homme de Si*^ à 85', et chez le Chat de 44' à 45^

En abaissant du bord antérieur (9) de la cavité crânienne une perpendiculaire (ÇÔY}) sur le plan horizontal , la partie de la tête qui se trouve aa devant de cette ligne sera la saillie de la Face , et la partie qui lui est postérieure celle du Crdne. Chez Y'Homme^la longueur de ces deux parties est entre elles à peu près comme i : 7 ; et dans le Chat comme I : 2 ; c est-à-dire que chez le premier, la saillie de la face est 4 de celle du crâne; et chez le second \. De la brièveté de la face de YHomme, il résulte que celle-ci est fortement aplatie , et forme avec l'arc médian de la région supérieure du crâne un angle assez distinct, nommé la saillie du front ; que les cadres des orbites sont très-peu inclinés de dedans en dehors et en arrière, ainsi que de haut en bas et en avant ; que la saillie da museau , au devant du bord inférieur de ces mêmes orbites, est fort peu considérable, comprenant toutefois les f à peu près de la proéminence de la face entière , et le 4 de la longueur de la tète. Chez le Chat,

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ao contraire, la face est loin d'être aplatie malgré la grande krgeur des orbites; et au lieu de former nn angle avec lare du crâne, elle est plus projetée en avant que ne le serait cette dernière courbe, continuée dans la même direction , formant avec elle assez bien la moitié d'un ovale, dont la petite extrémité est en avant.

Les cadres des orbites (PI. XI, 4' ^^> ^^ c; et PI. XII, tig. t, 2 de, 1 3 ad) sont de là plus fortement inclinés de dedans en dehors et en arrière , ainsi que de haut en bas et en avant que dans Y Homme, Enfin , la saillie du museau (8 df; PI. XI, i, i4 hm) sur le bord inférieur de ces mêmes orbites forme plus de la moitié de celle de la face entière ; et un peu moins du \ de la longueur de la tête.

Le crâne ^ beaucoup plus surbaissé que dans XHomm^^ a son plus grand diamètre vertical intérieur, comme chez ce dernier, entre les orifices des conduits auditifs; mais la partie postérieure de la cavité crâ* nienne ne descend qu a peine un peu plus bas que Taxe de ces mêmes orifices ; tandis que chez XHomm^\ la fosse cérébelleuse descend beaucoup au-dessous; d'où résulte que ce diamètre , comparé dans les deux espèces au diamètre longitudinal , offre des proportions très*différentes. Chez \ Homme , ils sont comme 1 1 : 1 3 , et chez le Chat , comme 3 : 5.

Vue d'en haut, la cavité crânienne est également plus allongée [woportionnellement à sa largeur que dans l'espèce humaine, et surtout beaucoup plus étroite en avant. Elle s'élargit subitement au-dessus et un peu au devant des conduits auditifs , au milieu des os squanuneux , où l'on remarque au contraire le plus souvent un aplatissement dans Y Homme ^ chez qui le plus grand diamètre est plus en arrière et plus haut. Dans ce dernier, cette plus grande largeur de la cavité crânienne est à sa longueur comme 4 • 3 , et dans le Chat comme 3 : 4-

Laxe des trous auditifs, placé chez YHomm^e, un peu en arrière du milieu de la longueur de la cavité crânienne se trouve dans le Chat beaucoup plus postérieur , c'est-à-dire aux \ , de manière que la portion du cerveau qui est en avant de cet axe est bien plus volumineuse que chez YHomjne, comparée à la postérieure.

Dans l'espèce humaine, le trou occipital est placé immédiatement en

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arrière de l'axe des conduits auditifs , mais beaucoup plus bas , à la partie la plus déclive du crâne , et dans un plan plongeaiît légèrement en arrière. Chez le 6%at, ainsi que chez tous les Mammifères quadrupèdes dont la tête est fort allongée, ce trou se trouve dans des conditions bien différentes. Il est beaucoup plus en arrière , à la partie inférieure de la face postérieure de la tête, et dirigé obliquement de haut en bas et en avant.

La face étant plus proéminente que dans Fespèce humaine, toutes les parties qui la composent sont, ainsi que je lai dit, plus tirées en longueur, et le front très-oblique en avant , au lieu d'être presque vertical; les os du nez, plus déprimés, continuent l'arc des coronaux; les siagonaux , les labraux , les malaires , les palatins et les arcades zygoma* tiques sont tous plus allongés, quoique, du reste , dans les mêmes rapports de connexions. Il en est de même de Tethmoïde , du vomer, du sphénoïde, du sphécoïde et du basilaire; de sorte que tous ces os sont moins ramassés que dans Y Homme; mais malgré cet allongement de toutes les parties osseuses de la tête , celle-ci présente néanmoins dans son ensemble^chezl'animal vivant, une très grande largeur, due, d'une part y à la forte saillie des arcades zygomatiques, saillie qui permet aux muscles crotaphytes d'être très-volumineux ; et de l'autre , au gros volume des muscles masseter, ce qui fait paraître le crâne beaucoup plus volumineux qu'il n'est réellement.

La mâchoire est moins haute et plus étroite en avant que chez Y Homme ^ ce qui contribue à rendre le museau pointu et saillant.

On divise généralement dans les ouvrages d'anthropotomie la tête en deux parties , le crâne et la face ; mais comme il est prouvé aujourd'hui qu'elle se compose de plusieurs vertèbres accompagnées de leurs appen* dices , je suivrai cette dernière division , ce qui revient à peu près au même, les vertèbres formant plus particulièrement le crâne, et leurs appendices la face.

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