DES COUCHES OPTIQUES
A deux mois, on aperçoit, immédiatement audevant des tubercules quadri-jumeaux, deux protubérances lisses et situées tout-à-fait à découvert , qui ont deux tiers de ligne de long, et qui ne sont autre chose que des renflemens des pédoncules cérébraux. Vers le commencement du troisième mois, leur longueur est d’une ligne et demie , et leur largeur d’une ligne trois quarts ; les hémisphères du cerveau ne les recouvrent point encore. A la fin de ce mois , elles ont acquis deux lignes et demie de long, et les hémisphères membraniformes s’étendent jusque sur elles. Ces protubérances, dont l’intérieur est plein et solide, sont alors unies l’une à l’autre par une petite bandelette transversale, qui représente la com-
missure postérieure. A quatre mois, chacune d’elles a trois lignes de long , sur une ligne et deux tiers de large; à cinq mois, leur longueur est de trois lignes et demie, et leur largeur de deux et demie. Ce sont évidemment des renflemens des pédoncules cérébraux, car lorsqu’on racle la couche de substance molle et non fibreuse qui couvre leur partie supérieure et externe, et qui adhère immédiatement à la pie-mère étendue sur elles , on aperçoit les fibres de ces pédoncules , qui sont elles-mêmes la continuation de celles des faisceaux pyramidaux à travers la protubérance annulaire , et auxquelles s’unissent les fibres extérieures des faisceaux olivaires qui ne s’engagent point dans les tubercules quadri-jumeaux. La substance non -fibreuse qui les couvre est parsemée d’un grand nombre de petits vaisseaux sanguins provenant de la face interne de la pie-mère. Les fibres elles-mêmes passent ensuite au-dessous et au travers des corps striés , pour se rendre dans les hémisphères du cerveau. De la substance molle répandue à leur surface naissent quelques petites racines des nerfs optiques, qui s’unissent aux racines plus volumineuses provenant des tubercules quadri-jumeaux , et forment ainsi les nerfs. Les pédicules de la glande pinéale tirent également leur ori-
gine de cette substance. Enfin , de chaque couche optique naît un petit cordon qui descend dans les éminences mamillaires, se réfléchit de bas en haut dans leur intérieur, et forme le commencement du pilier antérieur de la voûte, sur lequel je reviendrai plus tard. La masse et le volume des couches optiques augmentent , pendant le cours des mois suivans , en proportion du développement progressif des hémisphères. Chacune d’elles a trois lignes et deux tiers de long , sur trois de large , à six mois; six lignes et demie de long et quatre de large, à huit; neuf de long et cinq et demie de large, à neuf. A mesure quelles grossissent, le volume des pédoncules du cerveau qui les traversent devient plus considérable , la couche extérieure de substance non fibreuse s’accroît , et le nombre des vaisseaux sanguins augmente, ainsi que leur calibre. La commissure postérieure, qui commence à devenir visible vers la fm du troisième mois , se développe également: des fibres transversales se montrent bien évidentes dans son tissu , et elle devient ainsi un véritable moyen d’union entre les deux couches. C’est au neuvième mois seulement que j’ai commencé à apercevoir la commissure molle1, qui unissait les couches opti- ' MM. Wenzel disent avoir rencontré cette commissure
ques Tune à l’autre par leur face interne, et qui était tendue, en manière de pont, au-dessus du troisième ventricule.
Laplupart des anatomistes ont commis la faute de considérer les éminences dont je viens de décrire la formation successive, comme les origines des nerfs optiques , ce qui leur a même valu le nom sous lequel on les désigne. La comparaison
une fois à cinq mois , et une autre fois à sept : De penitiori structurâ cerebri , p. 128. Inter humanos embryones quorum cerebrum examitmvimus reperiebamus duos , alterum quinque , alterum septern mensium , in quibus colliculi nervorum opticorum cuui inlerioribus suis faciebus
cohœrebant Quod in reliquis embryonibus collicido-
rum istorum nexum non observavimus , credibile est euenisse, partim ex mollitia cerebri generali , quce eô major est qub juniores sunt fœtus , et ex destructione nexus , quce inde sequi facile polest , partim etiarn ex eo , qubd nexus igte divcrsis in embryonibus re ipsâ locum non habeat. Au reste, la commissure molle manque très - souvent aussi dans le cerveau de l’homme adulte, ce qui explique pourquoi elle a été passée sous silence par la plupart des encéphalotomistes, et même par quelques-uns des plus remarquables. MM. Wenzel disent {loc. cit. ) : In sexaginta sex cei'ebris à nativitate usquè ad centesimum vitœ annum , eo specialiter fuie à nobis examinatis , reperiebamus quinquaginta sex , in quibus interiores faciès colliculorum nervorum opticorum cohœrebant ; decem contrit , in quibus nexus nullus adparebat.
qu’on a établie entre elles et les parties d’où les nerfs visuels naissent chez les oiseaux, n’a pas contribué peu à accréditer cette erreur. En effet, Willis , Collins , Haller et la plupart des successeurs de ce dernier, sans même excepter M. Franke, croyaient les protubérances creuses des oiseaux analogues aux couches optiques de l’homme. J’ai déjà fait valoir les motifs qui obligent à repousser une pareille comparaison , et à voir dans les parties dont il s’agit les organes correspondans aux tubercules quadri -jumeaux. Le plus important se tire de ce qu’au-devant des masses qui produisent les nerfs optiques , on en trouve encore, dans le cerveau des oiseaux, deux autres très-petites , qui constituent de véritables renflemens des pédoncules cérébraux. Les fibres des bras de la moelle alongée traversent ces secondes masses, pour aller se jeter dans les hémisphères, et sont couvertes en dessus d’une couche de substance grise et non fibreuse, dans laquelle pénètrent d’innombrables ramifications vasculaires. Ces deux protubérances sont unies par une commissure très-délicate , et le troisième ventricule se trouve compris entre elles. Elles se comportent donc en tout de la même manière absolument que les couches optiques du cerveau de l’homme. La structure de l’encéphale des reptiles
milite aussi en faveur de cette manière de voir. J’ai trouvé dans celui des grenouilles et des crapauds, au devant des protubérances creuses et analogues aux tubercules quadri-jumeaux d’où naissent les nerfs optiques, deux autres petites masses pleines , qui ne sont même pas couvertes par les hémisphères du cerveau , à l’instar de ce qu’on observe dans le fœtus humain. Ces masses constituent deux renflemens de la partie antérieure des pédoncules cérébraux, et sont unies ensemble par une commissure. J’en ai aperçu deux pareilles, également petites et massives, dans le cerveau de la couleuvre à collier et du lézard gris, au devant des protubérances creuses qui donnent naissance aux nerfs optiques; chez ces animaux , elles étaient de même unies par une commissure, et la partie postérieure des hémisphères ne les recouvrait pas. Il m’a été possible aussi de les voir dans le cerveau de la tortue grecque et du caret ; mais , chez ces deux reptiles , elles étaient couvertes par les hémisphères. Les poissons ne m’ont rien offert jusqu’à ce jour qui pùt leur être comparé.
M. Gall ', qui fait avec raison provenir les nerfs visuels destubercules quadri-jumeaux, con-
’ Anatomie du cerveau , p. 198.
sidère les couches optiques comme des organes de renforcement des pédoncules du cerveau, et leur donne le nom de grands ganglions cérébraux , pour les distinguer des corps cannelés , qu’il appelle petits ganglions. Suivant lui , elles ont pour usage d’augmenter le volume des faisceaux pyramidaux qui les traversent, en leur fournissant de la substance corticale et de nouvelles fibres médullaires. Reil ' disait qu’elles constituent une sorte de bouton accollé au côté interne du pédoncule cérébral, et quelles servent à concentrer les fibres de celui-ci en un seul foyer, d’où elles se répandent ensuite en un cercle immense, formé par leur épanouissement dans le cerveau toutentier.il concluait de là qu’on a eu toit de les appeler couches optiques, et quelles font partie de ce qu’il nommait le système des pédoncules cérébraux. Elles étaient à ses yeux les organes chargés de faire que les fibres de ces cordons, qui sont dirigées d’arrière en avant, se répandissent en rayons dans les lobes postérieurs , c’est-à-dire qu’il leur assignait pour usage d’opérer le rayonnement rétrograde, qu’il voyait en elles le foyer de l’organisation des pédoncules cérébraux , le point de départ de l’irradiation en
1 Archiv für die Physiologie , t. ix, p. i 5q.
tous sens, et qu’il pensait qu’en naissant de leur substance, les nerfs optiques avaient seulement l’avantage de se trouver en rapport immédiat avec le centre principal du cerveau.
On ne peut pas refuser son assentiment aux idées de Reil , quand on se rappelle que les pédoncules cérébraux , produits en grande partie par les faisceaux pyramidaux de la moelle épinière, acquièrent réellement un volume plus considérable en traversant les couches optiques, au sortir desquelles ils répandent dans les hémisphères du cerveau, des libres beaucoup plus nombreuses que celles qui les composaient avant qu’ils n’y entrassent. L’accroissement de ces deux cordons est l’effet des nombreux vaisseaux sanguins que reçoivent les couches optiques, et le résultat d’un grand dépôt de substance cérébrale , d’où se forment de nouvelles fibres médullaires. La multiplicité des vaisseaux sanguins dans les couches optiques est prouvée par l’abondance de la substance corticale qu’on y trouve, et qui, au témoignage de tous les anatomistes , a une texture beaucoup plus vasculaire que la substance médullaire. Ce grand afflux de sang n’a d’autre but que de permettre un accroissement plus considérable de la masse des éminences, et de leur communiquer davan-
DU CERVEAU. • 2l5
tage d’activité , en fournissant plus abondamment à leur nutrition. Quoique les racines antérieures des nerfs visuels naissent des couches optiques dans l’homme , les mammifères , les oiseaux et les reptiles , cette circonstance ne suffit pas pour autoriser à croire quelles en sont la seule et unique origine , d’autant plus que nous pouvons nous convaincre, par l’anatomie des animaux , que leur volume n’est pas en raison directe de celui des nerfs optiques, mais qu elles sont d’autant plus grosses que les hémisphères du cérveau ont acquis plus de développement. En effet , chez les amphibies , qui ont de très-petits hémisphères , elles sont ellesmêmes si peu prononcées que la plupart des anatomistes n’en ont point parlé; mais elles sont plus grosses dans les rongeurs ainsi que dans le
hérisson et la chauve-souris, et plus saillantes
encore proportionnellement dans les carnassiers et les ruminans; enfin, c’est dans le cerveau de l’homme qu’elles présentent les dimensions les plus considérables. Nous avons vu de même que, dans le fœtus, leur volume augmente dans la même proportion que celui des hémisphères. Toutes ces circonstances se réunissent pour prouver que les couches optiques sont des renilemens des pédoncules cérébraux, destinés à
imprimer plus d'énergie à leur nutrition et à la formation de la masse qui les constitue, en sorte qu’on doit les considérer eommele foyerprincipal de la vitalité des pédoncules et des hémisphères du cerveau.
DE LA. GLAJNDE PINEALE.
Je n’ai pas encore pu apercevoir la glande pinéale dans le cerveau des fœtus de deux et trois mois ; je n’ai commencé à l’entrevoir qu’au quatrième mois., sous la forme d’un petit corps rond et aplati, dont les pédicules, extrêmement minces, naissaient du bord interne de la face supérieure des couches optiques ’. Ce corps augmente peu à peu de volume durant le cours des mois suivans, mais il continue toujours d’êtrerond et plat. D’ailleurs, son tissu est si mou. qu’on n’en peut étudier la Structure. Il adhère constamment à la pie-mère, par l’intermède de quelques vaisseaux sanguins. MM. Wenzel n’ont jamais trouvé de concrétions dans son in-’
1 MM. Wenzel l’ont vue pour la première fois dans le foetus de cinq mois ( Loc . cit. , p. 3i3. ). Conarium embryonis quinque mensium reperiebamus acûs capituli minons magnitudinem adaequans ; rotundum prælereù erat multümque pallidum.
DU CERVEAU. ai 7
térieur et je n’aî pas été plus heureux qu’eux.
Les poissons n’ont pas de glande pinéale , ou du moins je ne l’ai rencontrée dans aucune des espèces dont j’ai disséqué les cerveaux. Haller1 2, ne l’a trouvée ni dans le brochet, ni dans la truite; mais il prétend l’avoir aperçue dans la carpe et dans la tanche. Camper ne l’a observée ni dans le cabliau , ni dans l’aigrefin , ni dans le brochet ; Vicq-d’Azyr , M. Cuvier et M. Arsaky n’en parlent pas du tout : elle paraît ne point exister chez les poissons , non plus que dans les premiers mois de la vie du fœtus humain. Mais les reptiles en ont une ; du moins l’ai-je aperçue dans le caret, le dragon, le lézard des murailles et la couleuvre à collier. Elle est située immédiatement derrière les hémisphères du cerveau , où elle se moptre sous la forme d’un petit corps arrondi et mollasse : ses pédicules, qui sont très - déliés , naissent manifestement , comme dans le cerveau de l’homme , de la face supérieure des renflemens des pédoncules cérébraux situés au devant des tubercules quadri-jumeaux. Ces deux pédicules s’unissent en arrière, et for-
1 Loc. cit. , p. 5i3. Ante partum, in ernbryonurn et fœtuum cerebris , nunquäni neque iri conario , neque in medullo s â commis surà, ullurnacervulâ simile reperiebamus,
? Opera minora , t. ni, p. 216.
ment une petite masse, qui est la glande pinéale. Celle-ci se rencontre pareillement dans les oiseaux , auxquels Haller a eu tort de la refuser, quoique Borrich et Harder l’eussent déjà trouvée ■dans l’aigle , et Perrault dans l’autruche; Vicqd’Azyr, Malacarne et M. Cuvier l’ont aussi observée dans les oiseaux. Elle est placée derrière les hémisphères du cerveau, immédiatement audessous de la pie-mère, à laquelle l’unissent quelques liens vasculaires , et elle a la forme d’un petit corps alongé ou pyramidal , dont les pédicules proviennent de la face supérieure et du bord interne des renflemens des pédoncules cérébraux. Comme on la trouve toujours, dans les reptiles et les oiseaux, au-devant de ces renflemens , et non au-devant des tubercules quadri-jumeaux, c’est une nouvelle preuve de l’erreur dans laquelle sont tombés les anatomistes qui ont regardé comme les analogues des couches optiques de l’homme , les protubérances creuses d’où naissent les nerfs optiques chez ces animaux. Je n’ai pas plus rencontré de concrétions dans la glande pinéale des reptiles et des poissons , que dans celle du fœtus.
On trouve la glande pinéale dans le cerveau des mammifères; mais elle varie beaucoup à l’égard de son volume, de sa figure et de sa struc-
ture. Elle est très-petite et de forme arrondie dans les carnassiers, tels que le chien, le renard, le chat, la martre, etc. ; volumineuse, oblongue et presque conique dans quelques rongeurs , par exemple dans le castor et la marmotte; petite et arrondie dans d’autres rongeurs, tels que le lièvre et le lapin. Son volume est beaucoup plus considérable, proportionnellement à celui du cerveau, dans les ruminaus que dans l’homme; mais elle diffère, quant à la forme, suivant les espèces ; presque ronde dans la brebis , elle est alongée , cylindrique, dans le bœuf, et à peu près cordiforme dans le cerf et la biche. Dans le cheval , elle est très-grosse , oblongue et fort dure. Elle est de même très-volumineuse dans le cochon , alongée , et un peu plus épaisse au centre qu’aux deux extrémités. Dans tous les mammifères , ses pédicules médullaires naissent de la face supérieure des couches optiques , et en même temps un peu des nates ; ils sont unis ensemble par la masse, d’un gris rougeâtre, qui constitue le corps de la glande. Celle-ci est creuse dans le cerf, la biche et la brebis Je n’ai jamais trouvé de concrétions dans celle d’aucun
1 Ainsi que Vicq-d’Azyr en a déjà fait la remarque. ( Loc. cit. , p. 484- )
mammifère, et MM. Wenzel 1 2 n’y ont pas réussi davantage. Cependant M. Soemmerringen a rencontré dans le daim % et Malacarne 3 dans la chèvre. M. Gall 4 regarde la glande pinéale comme un ganglion d’où naissent des cordons nerveux ou médullaires. Je serais plus disposé à voir en elle une commissure des deux couches optiques , fortifiée ou accrue par un dépôt de substance grise , dans laquelle se répandent des vaisseaux sanguins nombreux.