‹ Anatomie du cerveau :Chapitre 22 sur 45 · DES CORPS CANNELÉS · texte numérisé non relu

DES CORPS CANNELÉS

En examinant le cerveau d’un fœtns de deux mois, on aperçoit, devant et à côté des renflcmens des pédoncules cérébraux ou couches optiques , deux petites protubérances étroites , et longues seulement d’une lign e , qui sont situées entièrement à découvert, et dans lesquelles on ne saurait méconnaître ies rudimens des corps cannelés. Au commencement du troisième mois,

1 Loc. cit. , p. 1 5 1 .

2 Vom Hirn iuid Rückenmark. Mayence, 1788, in-8 , p. 93.

3 Encefalotomiadi alcuni quadrupedi. Mantoue , 1795, in-4', p. 3i.

k Loc. cit. , p. 222.

ces protubérances sont devenues un peu 'plus volumineuses, et elles sont en partie couvertes par les hémisphères membraniformes du cerveau, qui s’infléchissent en dedans, à commencer de leur bord externe. Vers la fin du même mois , chacune d’elles a deux lignes et demie de long, sur une de large. Elle couronne le pédoncule cérébral, ou, pour mieux dire, elle en constitue un véritable renflement. Le pédoncule du cerveau commence le long de son bord externe à s’étaler dans la membrane de l’hémisphère, qui se réfléchit de dehors en dedans , au-dessus de la protubérance , et forme ainsi le ventricule latéral , compris entre son sommet et la face interne de l’hémisphère. Sa face supérieure, qui représente le plancher de ce même ventricule, est lisse et convexe. Un enfoncement la sépare de la couche optique. Dans le courant des mois qui suivent , les corps cannelés , recourbés autour des pédoncules cérébraux , au . moment où leurs fibres se répandent en rayonnant dans les hémisphères , augmentent peu à peu de volume , et croissent dans la même proportion que ces derniers acquièrent eux-mêmes plus d’épaisseur et de développement. Leur partie antérieure , qui est la plus large , s’enfonce dans la corne antérieure du ventricule latéral, et

la postérieure, qui est la plus étroite, se plonge aussi dans la eorne descendante de ce ventricule A six mois , chacun d’eux a sept lignes de long, sur une largeur de trois lignes et demie en avant,, et d’une ligne et demie en arrière. Entre ces corps et les couches optiques , se trouve un enfoncement qui loge un vaisseau sanguin. Les bandelettes cornées n’existent par conséquent point encore. Si l’on vient à pratiquer une incision à la partie postérieure des corps striés , qu’on les détache des pédoncules cérébraux , sur lesquels ils reposent, et qu’on les renverse en dedans , on distingue parfaitement le rayonnement des fibres des pédoncules, qui, à leur sortie des couches optiques, s’étalent dans les hémisphères. Plusieurs de ccs fibres se portent, de bas en haut, dans les corps striés, et sont couvertes, à leur partie supérieure, d’une substance molle et fibreuse, qui s’enfonce aussi entre elles. De nombreux vaisseaux sanguins pénètrent dans les corps cannelés; ils proviennent tant delà face supérieure et des plexus choroïdes, que de la partie inférieure et externe, de la scissure de Sylvius, et.de l’artère logée dans ce sillon. A sept mois , ces corps , qui sont alors volumineux , lisses et convexes en dessus , ont neuf lignes de long. Enfin, au neuvième mois, leur

longueur est de quinze lignes ; à cette époque , ils ne forment plus une éminence aussi exactement limitée , et paraissent enfoncés davantage dans la paroi externe des hémisphères, devenue ellemême plus épaisse. Entre ceux-ci et lès couches optiques, on aperçoit une masse molle et parsemée de vaisseaux sanguins , qui remplit le vide existant autrefois en cet endroit. Cette masse repose sur un rameau vasculaire, et représente la bandelette cornée. Lorsqu’on examine un cerveau frais, pris chez un sujet de cet âge, on reconnaît que la différence entre la substance blanche et la substance grise des corps striés n’est pas aussi nettement tranchée que dans l’encéphale de l’homme adulte , et que ces corps sont formés par une masse uniforme et rougeâtre, dans laquelle - se répandent beaucoup de vaisseaux ». Le nom de corps striés ne leur convient donc pas dans le fœtus.

1 Les observations de MM. Wenzel s’accordent ici avec les miennes. ( Loc. cit. , p. 5o6. ) Superius, ubi de cerebri substantiœ colore in Universum sermo erat, jamjam adnotavimus , cerebri corticem colorie eo pallidiorem esse , eoque minus à medullâ distingui posse, quo tenerioris cetatis subjecta sunt. Univers alis hœc adnotatio confirmalur speciatim per corpora striata colliculosque nervorum opticorum — Corporum striatorum in puero neonato dis-

Si nous passons maintenant à la considération des parties qui leur correspondent dans le cerveau des animaux, nous retrouvons, du moins quant aux points essentiels, la même formation successive que dans le fœtus de l’homme. Il n’v a pas de corps striés, proprement dits chez les poissons, ainsi que Haller l’avait déjà fort bien reconnu. Pour les admettre chez ces animaux, il faudrait supposer que les masses d’où naissent les nerfs olfactifs, et qu’on considère comme les analogues des hémisphères, représentent à la fois ces derniers et les corps cannelés. La suite de mon travail fera voir s’il existe des motifs suffisans pour adopter une hypothèse semblable.

Les corps striés existent indubitablement dans les reptiles; lorsqu’on pratique une incision longitudinale aux petites poches qui constituent les hémisphères de leur cerveau , et qu’on rejette de côté la paroi mince du ventricule ainsi ouvert , on aperçoit latéralement, sur le plancher du ventricule, une protubérance oblongue et lisse en dessus, qui est couverte en partie par le plexus choroïde. Cette protubérance se trouve au-devant et à côté du renflement du pédoncule cérébral analogue à la couche optique des mammifères, dont elle

sectio milium prorsus in illis cinereœ et albœ substantice discrimen manifestum monstrabat.

est séparée par un enfoncement ou sillon, comme dans le cerveau des plus jeunes fœtus. Elle est composée d’une substance non fibreuse, et d’un blanc rougeâtre * dans laquelle se plongent , de haut en bas , des vaisseaux sanguins qui partent des plexus choroïdes. Cette' substance repose sur les fibres du pédoncule cérébral, à leur. sortie du renflement, c’est-à-dire a l’endroit où elles commencent à se redresser et à se renverser de dedans en dehors, pour constituer la paroi mince et membraneuse de l’hémisphère. On ne peut donc pas douter que la protubérance ne soit l’analogue du corps cannelé des fœtus de trois et tjuatre mois. Son volume varie suivant les espèces; il est toujours proportionnel à l’étendue et à la grandeur des hémisphères. Dans la gre- . nouille, le crapaud et la salamandre terrestre, qui sont, parmi les reptiles, ceux chez, lesquels on trouve les plus petits hémisphères , les corps cannelés sont fort minces. Ils se montrent plus .développés dans la couleuvre à collier et le lézard gris , dont les hémisphères sont plus amples que ceux des reptiles préeédens. C’est dans la tortue grecque , le caret , un jeune crocodile du Nil et l’igouane bleue , que je les ai vus le plus ‘ volumineux; aussi ces animaux ont-ils déjà de très-grands hémisphères.

Les protubérances analogues aux corps striés sont très-saillantes dans les oiseaux , ainsi que Vicq-d’Azyr, M. Cuvier et divers autres anatomistes en ont déjà tait la remarque. Elles forment deux grosses masses , qui constituent la plus grande partie* des hémisphères du cerveau Leur face convexe et lisse, qu’on aperçoit dans le ventricule latéral , est. couverte par le plexus choroïde , dont il se détache des vaisseaux qui s’enfoncent dans leur substance. Elles sont séparées , par un léger enfoncement, des petits ren- (lemens des pédoncules cérébraux , ou des couches optiques, en sorte qu’il n’existe pas plus de bandelette demi-circulaire chez les oiseaux que chez les reptiles et dans les premiers temps de la , vie du fœtus de l’homme. Les corps striés sont composés en dessus d’une substance d’un grisrougeâtre, qui reçoit beaucoup de vaisseaux sanguins ; mais on aperçoit à leur base un mélange de substance grise et de substance médullaire. Les pédoncules cérébraux , après avoir formé les renflemens dont j’ai parlé dans le chapitre précédent, s’introduisent dans les corps cannelés, et s’étalent ensuite dans les mem- • branes minces des hémisphères, qui se recourbent de bas en haut , de dehors en dedans , et

d’avant en arrière, pour produire les ventricules latéraux et couvrir ces cavités.

On rencontré également les corps striés dans le cerveau des mammifères. Willis les a trouvés dans celui- de la brebis, Collins dans celui du chat , et Stukeley dans celui de l’éléphant. Ces trois écrivains en ont donné la description et la figure. Dans le. -lièvre, le lapin, le castor, l’écureuil et le hérisson , ils forment , comme dans les oiseaux, la plus grande partie des hémisphères du cerveau , et sont séparés des couches optiques par un sillon Superficiel.* Ces animaux ont une bandelette demi-circulaire très-étroite. Les corps striés sont petits, en proportion du cerveau, dans le chien, le renard, le chat, le bœuf, la brebis, la biche et le cheval ; mais ce défaut apparent de rapport dépend manifestement dé ce que les hémisphères ont beaucoup augmenté de volume, par l’addition des couches encéphaliques supérieures dans lesquelles sont creusées les circonvolutions , tandis que chez les rongeurs et chez le hérisson ces couches n’existent pas , non plus que les circonvolutions. Dans les carnassiers, les ruminans et les solipèdes , les corps striés représentent des protubérances oblongues , lisses et convexes en dessus, qui naissent du plan-

cher du ventricule latéral, et qui sont unies aux couches optiques par les bandelettes demicirculaires. Leur partie supérieure est formée par une substance grise et non fibreuse, dans laquelle s’enfoncent des ramifications vasculaires, nées des plexus choroïdes. La couche moyenne est composée d’un mélange de substance grise et de substance médullaire. Il n’ejitre enfin que de la substance médullaire dans la composition de l’inférieure. Les fibres des pédoncules cérébraux , après avoir traversé les couches optiques, pénètrent dans les corps striés, et se répandent ensuite, de dehors en dedans et de bas en haut, dans les hémisphères.

Ces détails prouvent que chez les reptiles . les oiseaux et les mammifères , les pédoncules du cerveau , après avoir quitté les couches optiques, pénètrent dans les corps cannelés, où leur masse se trouve considérablement accrue par un mélange de substance grise. On ne peut donc pas douter que les nombreuses artères dont cette substance est parsemee , n’impriment une activité plus énergique aux phénomènes de nutrition dont ils sont- le théâtre, car il est de toute évidence que les faisceaux fibreux qui se répandent en rayons dans la paroi externe des hémisphères, sont plus volumineux au sortir

des corps striés qu’avant d’y entrer. C’est ce que Reil et M. Gall ont reconnu : aussi le premier donnait-il aux corps cannelés le nom de grands ganglions cérébraux supérieurs , et l’autre les appelle-t-il encore grands ganglions ou ganglions cérébraux antérieurs.

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