SECOND MOIS
Dansla cinquième et la sixième semaine après la conception, les embryons ont acquis une longueur de quatre à cinq lignes. La tête est volumineuse et fortement inclinée en avant. Assez ordinairement on peut distinguer à cette époque une fente représentant la bouche , et deux petits
plémentaire du Dictionnaire des sciences médicales , cahier de février 1823.
- De mulierum organis : dans les Opera omnia. Leyde, 1768, p. 218.
a Opera minora, t. ni, p. 444*
3 Flanche 1, fig. i-5.
yeux dégarnis de paupières. Les membres tkorachiques et pelviens se sont développés à la surface du tronc, sous la forme de petits tubercules. Le siège fait une saillie considérable. Au dessus de l’insertion des vaisseaux ombilicaux dans l’abdomen , on aperçoit le canal du cœur rempli de sang. Ruysch ’ , Albinus 1 2 et Sœmmerring 3 ont figuré des embryons de cet âge. Si l’on en examine un peu de temps après sa sortie de l’œuf, on reconnaît que la tête et la carène sont presque transparentes. En ayant eu trois à ma disposition, j’ai ouvert avec précaution les tégumens de la tête et de la carène de l’un d’entre eux, avec une aiguille acérée, et j’ai trouvé immédiatement au dessous un canal ou tube, qui, dans la tête, se renflait de manière à produire une poche arrondie. Le canal de cette poche, dont les parois étaient fort dures , contenait un fluide blanchâtre et presque diaphane. Dans deux embryons, la poche présentait de légères dépressions en travers et en long, ce qui la faisait paraître composée de plusieurs petites vésicules agglomérées.
1 Thés, anatom., vi, tab. n, fig. 4, 5.
2 Annotation, academ., lib. i, tab. v, fig. l\, 5.
3 Loc. cit., fig. 3, 3.
Le cerveau et la moelle épinière se comportent absolument de la même manière dans les embryons des oiseaux , c’est-à-dire que l’encéphale offre plusieurs saillies vésiculeuses, et que la moelle forme un canal enveloppé par la carène. Dans l’embryon du poulet, le troisième jour, c’est-à-dire après la formation du canal dû cœur et de ses dilatations vésiculeuses, on aperçoit déjà des vésicules à la tête. La partie antérieure de celle-ci se compose d’abord de deux pochettes remplies d’un fluide limpide et transparent; mais il n’y en a qu’une seule pour l’occiput. Vers la fin de ce jour, ou au commencement du suivant, on voit paraître d’autres vésicules, c’est-à-dire qu’entre les deux antérieures et la postérieure il s’en montre encore une troisième , qui ne tarde pas à se partager en deux dans le sens de sa longueur. Ces bosselures ont été appelées vésicules cérébrales par C oiter 1 , Harvey 2 ,
’ De o vor uni gallinaceorum generationis primo exordio progressuque et pulli gallinacei creationis ordine : dans Schwift, Extemarum et intemarum principalium humani corporis partium tabulas. Nuremberg, 1573, in-fol., p. 32. C oiter a vu les vésicules le sixième jour.
2 Exercitationes de generatione animalium. Amsterdam, i65i, in- 12. Harvey a observé les vésicules le cinquième jour. P. 82 : In vesiculis cerebri et cerebelli, præteraquam limpidissimam , nihil reperias.
i6 ANATOMIE
Stade Langly % Stenon 1 2 3, Malpighi 4 et Haller5.
Les deux vésicules antérieures représentent les deux hémisphères du cerveau-; les deux moyennes , les couches optiques ; et la postérieure, le cervelet. Tous ceux qui ont étudié la formation du poulet dans l’œuf s’accordent à dire que le fluide contenu dans les vésicules cérébrales est limpide , transparent , séreux , et que c’est lui qui donne naissance au cerveau. La moelle épinière, renfermée dans la colonne vertébrale ou la carène , représente un long canal qui communique avec les vésicules cérébrales . et qui contient un liquide semblable. Du reste , je dois encore faire remarquer que le canal de la
1 Observationes in ovis institutœ. Amsterdam, 1668, in- 12. Stade a vu les vésicules au bout de six jours.
2 Ovi fœcundi singulis ab incubatione diebus factœ inspeciiones. Amsterdam, 1674, in-» 2. Langly a vu les vésicules le quatrième jour.
3 Obseivationes in ovo et pullo : dans les Act. Hafn., vol. 11, p. 81. Stenon a vu les vésicules le cinquième jour.
4 Disse/'tatio epistolica de formatione pulli in ovo. Londres, 1675. Malpighi prétend avoir déjà observé les vésicules au bout de vingt-quatre heures.
5 Deux mémoires sur la formation du cœur dans le poulet. Lausanne, 1758, in- 12, et dans les Opera minora, t. n, p. 54. Haller aperçut les vésicules au bout de trois jours , mais il en indique le nombre bien différemment.
moelle épinière et les vésicules cérébrales communiquent tous ensemble ; ces dernières ne sont en réalité que des bosselures d’une seule grande poche; elles proviennent de ce que la membrane de cette poche , qui est la pie-mère , s’enfonce sur plusieurs points , et marque ainsi les limites des parties principales dont le cerveau doit être composé plus tard. Ce qui démontre que les parois, des vésicules cérébrales et du canal de la moelle épinière sont formées par la pie-mère, c’est que les premières traces de sang et les premiers vaisseaux paraissent toujours dans leur épaisseur , comme l’ont dit entre autres Malpighi et Haller.
Le cerveau des mammifères a également une forme vésiculeuse dans le principe. Harvey a constaté ce fait sur des embryons de daim et on peut aisément se convaincre de son exactitude, en examinant ceux du lapin. Les vésicules sont toujours remplies d’un fluide limpide et diaphane.
Dans les embryons de la septième et de la huitième semaine, tels que ceux qui ont été fi-
1 Loc. cit. p. 317. Caput ex tribus vesiculis sive globulis parvis imperfecte compositum cernitur. Dans un autre embryon de daim de la grosseur d’un haricot; p. 320. Cerebruin albumine.
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gurés parRuysch’, Albinus 1 et Sœmmerring3, la longueur totale du corps est de six à huit lignes. Indépendamment des yeux et de la bouche , on aperçoit les ouvertures nasales et auriculaires. Les membres , devenus plus grands, sont terminés par une partie aplatie, sur le bord arrondi de laquelle doivent naître plus tard les doigts et les orteils. La tête , qui est toujours fort grosse, et la carène ont perdu leur transparence. M’étant procuré plusieurs embryons de cet âge , au moment ou on les avait tirés de l’œuf , je leur ouvris avec circonspection l’épine du dos et la tête , au moyen d’une aiguille acérée , opération qui s’exécute alors très-facilement, attendu que la colonne vertébrale, les os du crâne , et les muscles , tant du dos que du col , ne sont pas encore formés. Après avoir divisé ces parties , j’aperçus d’abord une membrane blanchâtre , qui adhérait à la face interne du crâne , et qui était évidemment la dure-mère. Au-dessous d’elle j’en découvris une autre trèsmince , dans le tissu de laquelle un verre propre à grossir les objets me lit voir des vaisseaux sanguins d’une grande ténuité. Cette seconde
' Loc. cit. Thés., tab. 5, fig. 2.
2 Lie.' cit. lab. i. fig. 12; tab. v, fig. 4-
3 Loc. cit. tab. 1, fig. 5.
membrane , dans laquelle on ne saurait méconnaître la pie-mère , renfermait le cerveau et la moelle rachidienne. En l’ouvrant je vis aussitôt s’écouler la substance blanchâtre et pultacée du cerveau, qui avait la consistance du blanc d’œuf. Comme l’extrême mollesse de cette substance s’opposait à ce que j’approfondisse la structure de l’encéphale et de la moelle , j’essayai de lui faire acquérir plus de solidité par l’immersion du corps entier de l’embryon dans l’alcool. L’expérience m’ayant réussi plusieurs fois , je vais exposer le résultat des observations qu’elle m’a mis à portée de faire.
Dans un embryon qui, tout courbé qu’il était, avait sept lignes de long ( planche irc, fig. 1 ) , et dont la configuration semblait annoncer qu’il provenait d’une femme enceinte depuis sept semaines environ , j’ai pu, à ma grande surprise , distinguer parfaitement la structure et la disposition du cerveau et de la moelle épinière. La cavité destinée à recevoir cette dernière se trouvait située immédiatement au-dessous des tégumens communs , parce que les muscles dorsaux et les arcs des vertèbres n’étaient point encore formés. Ayant pratiqué une incision longitudinale, pour mettre cette cavité à découvert, je la prolongeai, avec de petits ciseaux , jusqu’au front , en sui-
vant le milieu de l’occiput et du sommet de la tête ; ensuite j’ouvris complètement la cavité crânienne , au moyen d’une incision cruciale ; j’aperçus alors une membrane qui tapissait la face interne du crâne et du canal vertébral , et qui enveloppait par conséquent le cerveau, aussi bien que la moelle épinière. Cette membrane , qui était la dure-mère , partageait presque la cavité crânienne en deux portions égales , auxquelles la tente du cervelet servait de limites. Au-dessous d’elle se trouvaient le cerveau et la moelle epinière , enveloppés par la pie-mère. Cette dernière membrane adhérait , de la manière la plus intime, à la substance des deux organes,
dont il était difficile de la détacher sans détruire
en partie la pulpe qu’elie couvrait. La moelle épinière, courbée de même que la colonne vertébrale ou la carène (planche ir? , fig. 2) , étgit fort grosse et fort épaisse , comparativement au volume de l’embryon, et en particulier à celui de son cerveau. Elle s’étendait presque jusqu’à l’extrémité inférieure du tronc , où elle se terminait en pointe. Du reste, son épaisseur était à peu près la même dans toute son étendue, et elle avait une demi-ligne de largeur. Sur le milieu de sa face postérieure régnait une scissure longitudinale ( planche ire , fig. 3 , b ) , dans la-
DU CERVEAU. ai.,
quelle s’enfonçait la pie-mère. Les bords de cette scissure étaient fort minces ; en faisant glisser entre éux l’extrémité d’une aiguille plate, on par- .venait aisément à les écarter l’un de l’autre , et à les renverser de côté , ce qui mettait à découvert le canal intérieur. Ce canal se prolongeait inférieurement jusqu’à l’extrémité de la moelle épinière , et se continuait en haut avec le quatrième ventricule. On le trouve constamment dans la moelle épinière des embryons. Je le désigne sous le nom de canal de la moelle épinière. Quant à la face extérieure de cette dernière , elle se composait de deux cordons , dont la démarcation était indiquée par un léger sillon longitudinal , mais dans lesquels on ne pouvait em core distinguer aucune trace de structure fibreuse , même avec le secours d’une forte loupe.
A sa partie supérieure , dans l’endroit où elle se continuait avec le cerveau , la moelle épinière formait de chaque côté un renflement considérable ( fig. 2, é, fig. 3„ c) , et avait près d’une ligne de largeur. C’était, à n’en pas douter, ce renflement qui produisait le tubercule qu’on apercevait à la nuque du foetus ( fig. 1 , a). Au-dessous de lui, la moelle décrivait un coude, pour se porter en avant et se continuer avec le cerveau contenu dans le crâne. Son canal se dila-
tait au devant de ce même renflement, endroit où il donnait naissance âu quatrième ventricule. Sur chacun des côtés de celui-ci , s’élevait, de la moelle épinière, une lamelle mince et étroite, un faisceau aplati, qui s’inclinait de dehors en dedans , et s’appliquait contre celui du côté opposé , mais sans se réunir et se confondre en une seule masse avec lui. Ces deux cordons ( fig. 3 , d , d) constituaient le cervelet , et formaient une sorte de pont au-dessus du quatrième ventricule. Je me suis nombre de fois assuré, soit sur ce cerveau, soit sur d’autres tirés d’embryons du même âge , qu’ils ne sont pas encore réunis sur la ligne médiane, car j’ai toujours réussi à les écarter un peu l’un de l’autre , en me servant de deux aiguilles fines. Le cervelet avait une ligne et deux tiers de large. Après avoir fourni les lamelles qui le constituaient , la moelle épinière se relevait un peu , produisait les pédoncules du cerveau , et finissait par se recourber d’avant en arrière et de bas en haut. C’est dans cette courbure ( fig. 2 , g ) que se trouvait embrassé le rudiment de la tente du cervelet dont j’ai parlé plus haut.
En avant du cervelet (fig. 2 , c; fig. 5, d, d), on apercevait deux autres productions membraniformes , également recourbées de dehors en
dedans, et séparées l’une de l’autre par uue fente longitudinale ( fig. 2, d; fig. 3, e, e). Ces productions sont évidemment les masses qui devaient donner naissance aux tubercules quadrijumeaux. Prises ensemble, elles avaient une ligne de largeur et autant de longueur. Après les avoir écartées en dehors , aussi bien que les deux faisceaux du cervelet , je reconnus que le quatrième ventricule se prolongeait dans l’intervalle compris entre elles , et formait ainsi l’aqueduc de Sylvius , encore fort large à cette époque. Au fond de cet aqueduc j’aperçus très-distinctement les deux pédoncules cérébraux , formant deux cordons alongés , du sommet desquels s’élevaient les deux demi-voûtes membraneuses correspondantes aux tubercules quadri-jumeaux.
Plus en devant se trouvaient deux protubérances arrondies ( fig. 2 , e ) , longues de deux tiers de ligne , et séparées l’une de l’autre par l’aqueduc de Sylvius, à leur partie supérieure, mais unies ensemble dans leur fond. Ces protubérances, appuyées sur les pédoncules du cerveau , ou formées par eux , étaient certainement les couches optiques , et l’intervalle existant entre elles répondait au troisième ventricule.
En avant de ces éminences en existaient deux autres (fig. 2, g) appliquées contre elles. Celles-
ci avaient une ligne de long , et paraissaient être les extrémités arrondies de la partie antérieure des pédoncules cérébraux. C’étaient, à n’en pas douter , les corps striés.
Enfin, de cette seconde paire d’éminences, naissaient deux productions membraneuses, recourbées de dehors en dedans et d’avant en arrière ( fig. 2, f), qui formaient le commencement des hémisphères du cerveau.
Je n’ai pu trouver aucune trace des autres parties de l’encéphale, notamment de la protubérance annulaire, des commissures, du corps calleux, de la voûte et de ses dépendances. J’aurai soin , dans la suite , d’indiquer quand et comment se forment ces divers organes.
Les parties qui existent dans les fœtus semblables à celui dont je viens de tracer l’histoire, ont pour base la moelle épinière et ses deux prolongemens antérieurs, les pédoncules cérébraux, qui les unissent toutes ensemble, soit d’avant en arrière, soit de bas en haut. La face postérieure de la moelle est ouverte, aussi bien que la face supérieure du cerveau , dans toute l’étendue de laquelle se prolonge le canal de la première. Le quatrième ventricule, l’aqueduc de Sylvius et le troisième ventricule ne sont que des renüemens de la portion supérieure et antérieure de ce canal.
Le cervelet et les tubercules quadri-jumeaux sont encore de simples lamelles membraneuses , qui naissent de la moelle épinière et des pédoncules cérébraux , se dirigent de haut en bas , et s’inclinent l’une vers l’autre à leur sommet.
Je n’ai vu aucun nerf provenir soit de la moelle épinière , soit Ru cerveau. Je ne prétends pas pour cela qu’il n’en existe point, mais je crois que leur ténuité empêche de les apercevoir. La substance de l’encéphale et de la moelle , examinée au moyen d’un verre propre à grossir les objets , ne m’a pas paru avoir encore une texture fibreuse ; elle semblait être composée de globules extrêmement petits.