CINQUIÈME MOIS
La moelle épinière et le cerveau étaient trèsbien développés dans un fœtus de dix-sept à dixhuit semaines , qui avait été conservé long-temps dans l’esprit de vin. Le crâne et la colonne vertébrale furent ouverts de la même manière que dans les sujets précédens. Les os du crâne ne formaient encore qu’une membrane cartilagineuse. La dure-mère était fort épaisse et parsemée de fibres d’un gris blanchâtre. Elle adhérait à la face interne du crâne par le moyen des vaisseaux; mais les adhérences étaient faciles à détruire. En se repliant sur elle-même, elle formait la grande faux , entre les hémisphères cérébraux , ainsi que la tente , entre le cerveau et le cervelet. Les sinus compris entre ses deux lames, et qui contenaient des caillots de sang, avaient une ampleur considérable. Elle-même s’enfoncait par le trou occipital dans le canal vertébral, et fournissait une enveloppe à la moelle épinière. Sa face externe était unie aux vertèbres par du tissu cellulaire. Je n’ai pas pu apercevoir bien distinctement l’arachnoïde, quoique je sois
1 Planche v , fig. 1 et 2; planche vi , fig. 1.
parvenu à soulever et à détacher, sur plusieurs points de la surface de la pie-mère , des lambeaux d’une membrane extrêmement mince. Quant à la pie-mère, elle était fort épaisse, tapissait toutes les parties extérieures du cerveau, et communiquait directement avec elles au moyen des vaisseaux qui sortaient de sa face interne pour pénétrer dans la substance cérébrale. L’adhérence entre elle et cette dernière était même si intime en plusieurs endroits que, quand on arrachait un lambeau de la pie-mère, des couches légères de matière cérébrale demeuraient adhérentes à sa face interne. Ces couches présentaient un aspect velouté, et dans les points d’où on les avait enlevées, la masse encéphalique, examinée au microscope, semblait être composée de globules. La pie-mère était encore tendue d’une manière égale et uniforme sur la face supérieure des hémisphères, c’est-à-dire quelle n’y offrait pas de plis, parce que cette surface n 'était point non plus parsemée de circonvolutions ni d’anfractuosités. Elle tapissait également la face interne des hémisphères, sur laquelle se dessinaient au contraire des sillons nombreux et profonds. S’insinuant entre la couche optique et la bandelette du pilier de la voûte courbé d’avant en arrière , elle pénétrait dans la vaste cavité du ven-
tricule latéral, où elle formait le plexus choroïde. Celui-ci était très-volumineux et très-plissé; il en sortait de petites ramifications vasculaires qui allaient gagner les parois du ventricule. La piemère revêtait également les masses des tubercules quadri-jumeaux et le cervelet. Elle s’enfonçait dans le petit nombre de sillons transversaux dont ce dernier était déjà garni. Dé plus, elle pénétrait, en arrière et sur les côtés, dans le quatrième ventricule, où elle formait un énorme plexus choroïde, qu’on ne rencontre pas moins constamment dans l’adulte que dans le fœtus. Enfin , elle tapissait toute la moelle épinière , et se glissait , par la scissure postérieure , dans le canal de ce cordon, aux parois duquel elle adhérait. Lorsqu’on l’arrachait de l’intérieur de ce canal, une masse molle et floconneuse demeurait adhérente à sa face interne.
La moelle épinière (pi. v, fig. 1) avait deux pouces et cinq lignes de long. L’endroit de sa plus grande largeur était celui où elle s’ouvrait pour former le quatrième ventricule ; là son diamètre transversal s’élevait à deux lignes et demie. Venait ensuite un rétrécissement, suivi bientôt d’un renflement progressif, et large d’une ligne et un tiers , d’où naissaient les nerfs qui constituent le plexus brachial. La portion cor-
respondante à la région pectorale était fort étroite, car sa largeur ne s’élevait pas à plus d’un quart de ligne. La moelle grossissait ensuite beaucoup dans les vertèbres lombaires, où elle avait une ligne et un tiers de large. Elle se terminait dans le sacrum par un fdament délié. Les nerfs spinaux naissaient de ses deux côtés, par des racines antérieures et postérieures. Sa face postérieure présentait, comme à l’ordinaire, une scissure longitudinale, dans laquelle s’enfoncait la piemère. A l’aide d’un petit tube introduit dans le calamus scriptorius , on parvenait à remplir d’air toute la largeur du canal . qui offrait des dilatations dans les points où j’ai dit que la moelle était renflée. Quant à la moelle elle-même, elle était composée de deux gros cordons , évidemment fibreux, dont un léger sillon longitudinal, parcouru par l’une des artères spinales, marquaitles limites sur la face antérieure. Des côtés de ces deux cordons s’élevaient les lamelles, renversées en arrière et en dedans, qui formaient les parois du canal, et dans l’épaisseur desquelles on parvenait assez aisément à détacher deux bandelettes fort minces de fibres longitudinales.
La moelle épinière , devenue plus large <à sa partie supérieure , s’ouvrait en arrière , c’est-càdire que ses bords s’écartaient l’un de l’autre .
formaient ainsi le bec du calamus scriptorius , et , en s’écartant davantage encore , produisaient le calamus scriptorius lui-même , ou le vaste quatrième ventricule , aux deux côtés et sur les bords duquel on apercevait un petit renflement ( pl. vi, fig. î ) , correspondant à la bandelette grise de MM. Wenzel. A sa lace antérieure, la moelle décrivait en haut une légère courbure , audevant de laquelle se trouvaient situées les pyramides. Chacune des deux masses dans lesquelles elle se partageait après avoir formé ce qu’on appelle la moelle alongée , se divisait en trois paires de faisceaux, les pyramidaux, les olivaires et les restiformes. Les fibres des deux faisceaux pyramidaux s’entre - croisaient manifestement avant de s’isoler ; elles se prolongeaient d’arrière en avant , et traversaient la protubérance annulaire , pour produire les pédoncules cérébraux. Les larges faisceaux olivaires , situés sur les côtés des précédens , étaient lisses et superficiels , parce que les éminences olivaires n’avaient pas encore paru à leur surface. Us se prolongeaient de même en devant , à travers la protubérance annulaire , pour s’appliquer sur les côtés des faisceaux pyramidaux , et former avec eux les pédoncules du cerveau. Quant aux corps restiformes , situés tout-à-fait en dehors , et dessinant les bords ren-
flés du quatrième ventricule , ils se dirigeaient de haut en bas , et d’avant en arrière , pour produire le cervelet.
Le cervelet, plus étendu dans le sens transversal que dans tout autre (pl. v, fig. 1; fig. 2, d,d), était un peu déprimé de haut en bas, et sensiblement plus étroit sur la ligne médiane que sur les parties latérales. Il avait sept lignes de diamètre en travers. A l’égard de son diamètre antéro-postérieur, il était de deux lignes au milieu , et de deux lignes et demie sur les côtés. Le fœtus que je décris était donc le premier qui offrit des traces sensibles de la division du cervelet en partie centrale , ou éminence vermiforme , et en parties latérales , ou hémisphères. L’échancrure antérieure , de forme semi-circulaire , embrassait la partie postérieure .des tubercules quadrijumeaux. La postérieure était encore très-peu prononcée. Sur la face externe et convexe de l’organe , j’aperçus quatre sillons transversaux, dont la profondeur était plus considérable à l’extérieur de l’éminence vermiforme que partout ailleurs , et qui s’effacaient insensiblement sur les hémisphères. Ces quatre sillons partageaient le cerveletencinqîobules. qu’on distinguaitparfaitement bien sur la coupe perpendiculaire .( pl. vi, fig. i,g). Lescinqbranches destinées auxcinqlobules
DU CERVEAU, correspondaient aux branches et lobes décrits et figurés par R.eil , c’est-à-dire que la première branche droite, la plus petite de toutes, . formait lelobule central , la seconde branche droite , le lobule supérieur, et les trois branches horizontales le lobule inférieur , le petit lobule et le lobule digastrique. Aucune de ces branches ne portait encore de rameaux ni de ramifications en sorte qu’on ne voyait pas non plus de feuilles à l’extérieur. La face inférieure du cervelet offrait une concavité dirigée du côté des branches , et couvrait le quatrième ventricule en manière de voûte ou de coupole. Ses parties latérales , ou ses hémisphères , dans lesquelles s’enfonçaient les corps restiformes , étaient notablement renflées , et contenaient chacune un corps ciliaire , ou un grand noyau médullaire , comme l’appelait Reil. On ne pouvait méconnaître les commissures du cervelet. Les fibres situées à côté des corps restiformes , et qui contournaient la moelle épinière , au-devant de laquelle elles s’unissaient , formaient une protubérance annulaire ayant deux lignes d’étendue dans son diamètre longitudinal. De la petite branche antérieure de cer-
’ Archiv fur die physiologie , tom. vin, p. 26 , tab, ni,
lig. h .
velet se détachait la lamelle que cet organe envoie aux tubercules quadri-jumeaux , et qui formait la grande valvule cérébrale , tendue sur le prolongement antérieur du quatrième ventricule. Les amygdales, les touffes et la valvule de Tarin n’existaient point encore. Les touffes et la valvule postérieure se forment, comme nous le verrons plus tard , aux dépens du bord postérieur du cervelet , renversé en dedans.
Les deux hémisphères du cerveau (pl.v, lig. 1) sont lisses; on ne voit ni circonvolutions ni anfractuosités à leur partie supérieure. Ils ont un pouce et trois lignes de long, sur un pouce de large. Quoiqu’ils se soient prolongés beaucoup en arrière , ils ne couvrent pas tout-à-fait la masse des tubercules quadri-jumeaux (pl. v, fig. 1, c, c ), qu’on aperçoit encore au-devant du cervelet , entre cet organe et la partie postérieure des hémisphères.
Quand on écarte les hémisphères l’un de l’autre, à la partie supérieure du cerveau pl.v, fig. ,2, f , f, f, f ) , on découvre sur leur face interne plusieurs sillons profonds et des commencemens de circonvolutions (f, i ). Puis on aperçoit les deux masses des tubercules quadri-jumeaux , séparées l’une de l’autre par un sillon longitudinal et superficiel ( e , e) : elles sont convexes et lisses, mais ne portent encore aucune trace des quatre
éminences qui doivent s’y développer plus tard. Elles ont quatre lignes de long et trois lignes de large. On voit en outre les deux couches optiques , lisses , convexes , et longues de trois lignes et demie (k, k) , d’où naissent, en devant et en dedans, les pédicules de la glande pinéale (/,/), qui se portent en arrière , et s’unissent avec un petit corps arrondi , constituant la glande ellemême (m). Au-dessous de celle-ci se trouve la commissure postérieure , qui unit les deux couches optiques l’une avec l’autre. Entre ces couches existe un espace désigné sous le nom de troisième ventricule , et à la partie antérieure duquel se trouve l’entrée de l’entonnoir. Il suffit d’écarter les hémisphères pour apercevoir toutes ces parties , car le corps calleux et la voûte ne lés recouvrent pas encore.
Les deux hémisphères du cerveau sont unis en devant par une commissure (q) , qui est évidemment le corps calleux. Au-dessous et en avant de ce corps , qui est encore fort étroit , s’élèvent les deux piliers antérieurs de la voûte ( p , p ) , nés des éminences mamillaires , et au-devant desquels on aperçoit la commissure qui unit les corps striés , vulgairement appelée commissure antérieure du cerveau (rj. Ces deux piliers produisent en devant et en haut deux très-minces lamelles,
qui vont gagner la face inférieure du corps calleux , et donner naissance à la cloison transparente; le troisième ventricule communique avec l’intervalle compris entre ces deux lamelles , et désigné sous le nom de ventricule de la cloison transparente , par un petit espace triangulaire situé en devant , entre les piliers antérieurs de la voûte , et au-dessus de la commissure antérieure. A l’égard des piliers eux-mêmes , ils s’unissent non-seulement ensemble , mais encore avec la partie postérieure et inférieure du corps calleux : immédiatement après ils s’écartent de nouveau l’un de l’autre , se dirigent d’avant en arrière , se contournent autour des couches optiques, et s’enfoncent dans la profondeur de la masse cérébrale. Ces dernières parties ( t, t)sont indubitablement les piliers postérieurs de la voûte , et leur bord inférieur , celui qui est mince et tourné du côté des couches optiques , constitue le corps frangé. L’intervalle qui existe entre ce corps et les couches optiques , permet à la pie-mère de pénétrer dans les ventricules latéraux , pour y former les plexus choroïdes. La paroi interne des hémisphères , celle qui est adossée aux piliers postérieurs de la voûte , se trouve creusée d’une fosse profonde (s), inclinée en arrière . dans la direction des piliers . et à laquelle correspond un pli ou un relief
dans l’intérieur de chaque ventricule latéral. Ce sont ces plis qui , de concert avec les piliers postérieurs , produisent les cornes d’Ammon. La pie-mère s’enfonce dans les deux fosses correspondantes aux plis.
Si l’on coupe circulairement la paroi interne des hémisphères membraniformes avec de petits ciseaux , et qu 'ensuite on l’enlève , la vaste cavité des ventricules latéraux se trouve mise à découvert'(g-) , et l’on aperçoit les corps striés , qui sont roulés autour des pédoncules cérébraux (Ä). Les parois des hémisphères sont encore trèsminces , ainsi qu’on peut s’en convaincre en examinant leur tranche. L’éminence analogue au corps strié se trouve situe'e en devant et de coté, près de la couche optique, avec laquelle elle n’est point encore unie à sa face supérieure par le mojen de la bandelette fibreuse ou cornée. Entre ces deux protubérances règne une scissure profonde , qui marque leurs limites respectives à la partie supérieure , et qui occupe la place où doit se trouver plus tard la bandelette. Le corps strié repose sur le pédoncule cérébral , qui-, sortant de la couche optique , étale ses fibres à la manière d’un éventail , en devant et sur les côtés ; il se roule autour de lui , et l’enveloppe. Sa partie antérieure , qui est la plus large , plonge dans la
corne antérieure du ventricule latéral ; la postérieure, au contraire, qui est la plus étroite, s’insinue dans la corne postérieure. Lorsqu’on soulève ce corps , on aperçoit les fibres rayonnantes du pédoncule cérébral. Elles se répandent en dehors et de côté dans la paroi de l’hémisphère , se courbent de dehors en dedans, ainsi que je l’ai déjà dit, et forment la voûte du ventricule latéral. En devant, les fibres des deux hémisphères s’unissent ensemble , ce qui produit le corps calleux. Il suffit d’ouvrir le ventricule pour apercevoir le rayonnement des fibres du pédoncule cérébral (pl. v,fig. 2, g) ; en effet, on y découvre de légères saillies et de légers enfoncemens , qui naissent à côté du corps strié , et qui se dirigent de bas en haut , en s’écartant les uns des autres. Le rayonnement devient encore bien plus apparent, lorsqu’au moyen d’un scalpel arrondi on enlève une couche très-mince de substance non fibreuse à la face interne de l’hémisplière. '
Tous les enfoncemens qui sont creusés à la partie interne de la face extérieure des hémisphères (pl. v, fig. 2 , i , i , s) forment autant de saillies dans l’intérieur des ventricules latéraux.
Une coupe perpendiculaire, pratiquée précisément à la partie moyenne du cerveau , permet d’examiner sans obstacle certaines portions de
cët organe : je vais décrire les objets qu’elle laisse apercevoir. La moelle épinière, devenue plus volumineuse à sa partie supérieure (pl. vi, fig. 1 , a), renferme un canal qui se continue avec le quatrième ventricule. Dans l’endroit où ses deux cordons principaux s’écartent l’un de l’autre pour se jeter de côté et produire les pédoncules du cerveau ( b ) , il existe en devant un petit corps ( c ) analogue à la bandelette grise de MM. Wenzel. La moelle épinière décrit une courbure d’arrière en avant ( d ) ; la pyramide fait une légère saillie , et traverse, en augmentant un peu de volume , la protubérance annulaire ( e ) , pour aller s’engager dans la couche optique (O, sous la forme de pédoncule cérébral ( f ). Le cervelet ( g ) , qui couvre le quatrième ventricule ( h ) d’arrière en avant , présente cinq branches , dont l’antérieure donne naissance à la grande valvule cérébrale , laquelle s’unit avec les tubercules quadri-jumeaux ( k). Le quatrième ventricule (h) se continue en devant avec la grande cavité de la masse des tubercules quadrijumeaux (i). Ceux-ci (è ) , qui reposent sur les pédoncules cérébraux (f) , forment, en effet, une masse creuse, à parois encore fort minces. Plus en devant , on remarque la couche optique ( /), qui est très-volumineuse. Le quatrième ven*'
tricule communique avec le troisième, qui pénétré en bas dans la glande pituitaire (p), et même un peu aussi dans les éminences mamillaires (</). Au-devant de la couche optique s’élève le pilier antérieur de la voûte ( u,r) , qui s’unit avec "la partie inférieure du corps calleux (m), et qui, prenant le nom de pilier postérieur ( s3 t), se porte, autour de la couche optique, en arrière , où il va former la corne d’ Ammon. En devant, le troisième ventricule s’insinue ( r ) au-dessous du corps calleux , et constitue ainsi le ventricule de la cloison transparente . qui est encore très-petit à cette époque. La commissure antérieure du cerveau ( 0 ) se trouve placée devant le pilier antérieur de la voûte. Audessus d’elle on aperçoit le corps calleux ( n , m ). qui unit les deux hémisphères ensemble à leur partie antérieure. La face interne de ceux-ci présente un grand nombre de sillons ou d’enfoncemens { v 3v 3 v , v 3v ) , auxquels correspondent autant de plis dans l’intérieur du ventricule latéral. De la partie inférieure et antérieure de l’hémisphère naît le nerf olfactif , qui est creux , et dont la cavité communique avec la corne antérieure du ventricule latéral (?r).
Les deux nerfs optiques naissent manifestement d’une substance non fibreuse qui fait par-
tie de la surface des tubercules quadri-jumeaux et des couches optiques. Les corps genouillés n’existent pas encore. Les deux nerfs visuels se dirigent de haut en bas , et se contournent autour des pédoncules cérébraux. Ils s’unissent en devant. Je ne puis encore rien dire de leur entrecroisement.
J’ai trouvé les choses absolument dans le même état , en disséquant le cerveau d’un fœtus un peu plus âgé.