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ORDRE Y

Variétés des dents.

Les variétés des dents sont fort nombreuses, et comme celles de presque tous les organes , elles peuvent être rapportées à l'âge, aux races et aux individus. Le sexe y est entièrement étranger.

article Ier.

Variété des dents suivant les âges.

Après les détails dans lesquels je suis entre, en décrivant la première et la seconde dentition , après ce qui a été dit plus haut du développement progressif des dents, j'ai réellement fort peu de choses à ajouter ici.

La racine des dents est toujours développée en raison inverse delà couronne. Chez l'enfant très jeune, cette racine est nulle, tandis que la couronne est déjà pour le volume ce qu'elle devra rester par la suite. Chez l'enfant plus avancé en âge,

la racine n'a pas encore atteint toute sa longueur, et pourtant la couronne commence déjààs'useràson extrémité. Chez l'adulte, déjà certaines dents sont rasées , comme on le dit , c'est-à-dire ont perdu tous leurs cuspides, et depuis long-temps leurs racines ont fini leur accroissement. Enfin, chez le vieillard, la couronne est quelquefois complètement détruite, alors que la racine conserve à peu près son état normal. Cette opposition, sous le rapport de la racine et de la couronne des dents, est, comme on le voit, un effet composé, d'une part, de la formation de ces ostéides qui alieu de la couronne vers la racine et d'autre, pirt, de l'usure par les frottemens.

L'usure des dents commence par le sommet de la couronne, et, comme il est facile de le supposer a priori, par les cuspides. Les incisives s'usent les premières, parce que développées les premières elles servent avant les autres.

On comprend par ce qui précède pourquoi la nature a revêtu d'une couche vitrée très-dure la surface des dents, pourquoi elle a rendu cette couche plus épaisse sur le sommet de la couronne et sur les cuspides surtout, qu'en tous les autres points.

Au bout d'un temps qui varie, suivant le genre de vie , suivant l'état des dents après leur formation, etc., les cuspides ont disparu, et l'émail qui revêtait l'extrémité de la couronne a été enlevé; on dit alors que la dent est rasée : à cet état , s m extrémité offre une

apparence remarquable : son centre présente une teinte jaunâtre, et sa circonférence est entourée d'une ligne d'un blanc matic'est l'ivoire et l'émail de la couronne dont on peut bien étudier ladisposition relative. Lorsque l'usure est un peu moins avancée, si l'on examine une dent multicuspidée, on observe quelque chose d'un peu plus compliqué : l'émail n'a pas encore été détruit dans le fond des dépressions du sommet de la couronne, et l'on observe un certain nombre de points blancs d'émail sur ce fond jaunâtre qui représente l'ivoire.

L'usure des dents fait des progrès continuels avec l'âge; quelquefois chez les vieillards elle affecte la couronne tout entière; et cependant, chose assez remarquable, mais que l'on comprendra bien d'après ce qui a été dit précédemment du développement des dents, il ne survient aucun phénomène d'irritation de la pulpe; la cavité dentaire ne se trouve même pas ouverte^

Il suit nécessairement de ce qui précède que le degré d'usure àes dents devrait fournir des données assez bonnes pour la détermination des âges. Gela est parfaitement exact pour les animaux qui ont une nourriture et un genre de vie uniformes; mais il n'en est pas tout à fait de même chez l'homme, dont la nourriture est variée comme les goûts, dont les habitudes et les maladies impriment souvent aux dents des altérations qui en modifient la composition, et en rendent l'usure plus prompte. Toutefois en tenant

compte de ces circonstances, on peut, encore quelquefois, comme M. Marcel de Serres, obtenir des résultats approximatifs d'une assez haute importance. Ce savant avait, en effet,à déterminer l'âged'individus auxquels avaient appartenu des ossemens découverts dans la caverne de Durfart, dans le département du Gard; après les avoir soigneusement étudiés, il dit : « Les principaux ossemens quçgjtai » eu à examiner sont, i<> un grand nombre de crânes » plus] ou moins entiers, plus ou moins incrustés » de tuf calcaire; 20 un os maxillaire supérieur, » avec l'os ]de la pommette droite, ayant une partie » des arcades orbitaires; un assez grand nombre de » dents, soit incisives, soit canines, soit molaires, )) de la plus parfaite conservation. Ces dents ont leur » émail aussi brillantet aussi net que si elles avaient » été enterrées d'hier : seulement les racines qui se » sont trouvées à l'extérieur (les parties osseuses » qui les recouvrent ayant été tout-à-fait décom- » posées ) sonl recouvertes par une poussière jaunâ- » tre très fine, qui fait fortement effervescence avec » les acides minéraux, et qui n'est que du carbonate n de chaux. Lorsque les dents manquent tout-à- » fait, la place qu'elles occupaient a été remplacée » par une chaux çarbonatée, terreuse et ferrugi- » neuse.Cesdents é ! ant généralement très peu usées, » on doit en conclure que l'individu auquel cette » mâchoire supérieure avait appartenu avait au plus » trente ans; et quoiqu'on ne puisse pas mesurer » avec précision son angle facial, on reconnaît ce-

» pendant qu'il s'éloignait peu de quatre-vingts de- » grés. Ce fragment aurait donc appartenu àun jeu- » nehomme de le race blanche ou caucasique. »

article II.

Variétés des dents suivant les races.

Les races n'impriment aux dents que d'insignifiantes variétés : les nègres les ont seulement un peu plus larges^ un peu plus longues, et plus obliquement dirigées que nous.

BufFon dit que les Galmoucks ont les dents remarquables par leur longueur et par les espaces qui les séparent, mais des observations postérieures de Blumenbach ont démenti cette assertion.

Du reste, il faut prendre garde de considérer comme des variétés de race des modifications produites simplement par l'âge et par le genre de vie des sujets que l'on examine. On rapporte qu'on était tombé dans cette erreur, en examinant les dents de certaines momies égyptiennes, mais que des observations ultérieures ont rectifié les idées sous ce rapport. Il faut éviter également de regarder comme caractérisant les dents de certaines races, des états qui ont été seulement le résultat des habitudes de certains peuples, comme de les teindre de diverses couleurs, ou de leur imprimer une forme particulière en usant leur couronne.

ARTICLE III

Variétés des dents suivant les individus.

Les variétés des dents , suivant les individus , sont fort nombreuses; on peut les rapporter à cinq chefs principaux : au nombre , à la forme, à ia direction, à la position et à la structure.

i° Variétés de nombre. Tantôt on trouve moins de dents que de coutume, et tantôt on en trouve un plus grand nombre. Il y en a moins que de coutume, lorsque quelques-unes d'entre elles ne se sont pas développées primitivement ou renouvelées plus tard, 'et lorsque plusieurs se trouvent réunies ensemble. L'absence de développement des dents va rarement jusqu'à laisser les mâchoires tout-à-fait dégarnies; cette circonstance a pourtant été observée : Baumes dit avoir connu un homme adulte, nommé Vaison, qui n'avait jamais eu de dents; Borelli a vu une femme de soixante ans qui était dans le même cas. Dans d'autres circonstances, on* a vu seulement quelques dents apparaître; Schmitt, Fauchard, en rapportent des exemples. On lit, dans les Ephémérides des Curieux de la nature, qu'un magistrat de Frédérikstadt n'avait jamais eu que des molaires 0 point de canines ni d'incisives. Plus souvent , enfin, on voit manquer une ou deux dents seulement, vice de conformation qui paraît même rester héréditaire dans quelques familles : tantôt c'est une

canine, et tantôt c'est une incisive ou une molaire qui n'ont pas paru.

Le diminution du nombre des dents , parce que deux d'entre elles ou davantage sont réunies, est une anomalie plus rare que le manque absolu de quelques dents; ce qui est rare surtout, c'est la réuunion de toutes les dents d'une même mâclioire. Si l'on en croit Plutarque , Pyrrhus était dans ce cas ; Pline rapporte une observation du même genre , concernant le fils de Prusias, roi de Bithynie. D'autres auteurs, d'après Diemerbroeck, racontent qu'Eriphoeus de Cyrène, que le poète Pherecrate etSicinius furent distingués des autres hommes par une pareille disposition. Bartholin, dans la trentecinquième histoire delà première centurie de ses observations, dit en avoir vu une semblable ; enfin Melanthon avance avoir vu dans la cour du prince Ernest, à Lunebourg, une fille qui, ainsi que Pyrrhus, n'avait qu'une seule dent à l'une de ses mâchoires.

Mais ces observations sont-elles bien authentiques? Je n'oserais le soutenir quoiqu'il soit possible à la rigueur, de concevoir ce vice de conformation, puisque d'autres du même genre ont été observés même de nos jours, quoique cependant su f une échelle moins étendue. Les incisives et les canines offrent plus souvent des exemples de réunion, par la couronne, que par les autres points de leur contour. Les molaires, au contraire, adhèrent plus souvent par leurs raci-

i77 nés , ainsi que M. Oudet le fait très-justemeut remarquer. M. Toirac a eu l'obligeance .de me montrer tcut récemment deux cas de réunion dune incisive latérale avec la canine voisine. On dit que les dents de lait présentent plus souvent que les au-* très cette réunion anormale.

Quoi qu'il en soit, la réunion des dents me paraît offrir deux variétés, si j'en juge au moins d'après les pièces d'anatornie que j'ai récemment examinées ; tantôt il y a fusion intime de deux dents, les substances éburnées étant communes à Tune et à l'autre , et tantôt il y a seulement accotement par l'intermédiaire du périoste alvéolo-dentaire ossifié. La première variété appartient à la couronne , et la seconde à la racine. Dans le premier cas ^ la fusion des deux dents est arrivée, lorsque la dent était encore à l'état embryonnaire, si l'on peut ainsi dire; deux germes se sont trouvés très-voisins l'un de l'autre, la cloison inter-alvéolaire ne s'est pas placée entre eux ou ne s'est pas formée du tout , les deux germes sont demeurés dans le même alvéole, leurs deux cavités, leurs deux papilles se sont confondues ensemble, et dès lors le germe n'a guère présenté d'autres caractères que ceux des grosses molaires. Les couches calcaires , après s'être étendues à tout le pourtour de cette double papille, se sont séparées en deux parties pour former les deux racines des dents confondues.

L'accolement de la seconde espèce, bien différent du premier, date au contraire d'une époque postérieure à celle de la naissance; c'est une simple ankylose formée par la réunion des racines des deux dents avec la cloison inter-alvéolaire, à la suite d'une inflammation du périoste alvéolo-dentaire.

L'union de la canine et de l'incisive latérale me paraît plus fréquente que celle des autres dents , et on conçoit bien, en effet, qu'il en soit ainsi, car ces dents sont très- voisines l'une de l'autre; et, d'un autre côté, au moment de sa formation, la canine, mise hors de rang par l'incisive latérale, est fortement pressée par elle.

L'excès en nombre des dents dépend le plus souvent, comme je l'ai fait remarquer précédemment, de la persistance des dents de lait; aussi les -dents surnuméraires, soit qu'elles paraissent isolément, soit qu'elles forment une série complète , se montrent-elles presque toujours en arrière des autres ; néanmoins il n'en est pas toujours ainsi; car,d'uncôté,Z?owrc/e£a vu doubler les deux dernières molaires supérieures, et, de]Tautre, Plouquety Camper 'et Sœmmering ont observé cinq molaires bien rangées a la mâchoire inférieure, le premier sur lui-même, le second sur un habitant de Java, le troisième sur un Européen.

20 Variétés déforme. — Les variétés non morbides qui se rattachent à cette catégorie sont plus rares que les précédentes: elles affectent ou la couronne

ou la racine des dents. Elles dépendent souvent de

la persistance des dents de la première dentition : un de mes amis a gardé jusqu'à l'âge de trente ans sa seconde petite molaire de la première dentition du côté droit, et jusque-là l'arcade dentaire inférieure offrit chez lui sept grosses molaires et seulement trois petites.

Variétés de direction. — Ces anomalies sont assez rares : tantôt elles consistent dans une simple obliquité des dents ; tantôt elles sont caractérisées par la position horizontale , et plus rarement par l'inversion complète de ces ostéides. L'obliquité de la direction des dents est quelquefois telle, suivant Sœmmering, que l'on dirait l'existence d'une double série de dents.

Sœmmering a vu une dent incisive couchée horizontalement, la couronne en avant ; Albinus en a vu une autre dont la couronne regardait en arrière.

Albinus et Sandifort rapportent des cas d'inversion complète , le premier d'une incisive supérieure, le second d'une deuxième molaire.

Dans ces derniers cas , la dent resta renfermée dans l'os maxillaire supérieur; mais on conçoit qu'elle eût pu se faire jour dans la narine ou dans le sinus maxillaire, comme je l'ai observé une fois.

4° Variétés de position. — A la faveur de l'une des directions vicieuses que j'ai signalées , les dents de la mâchoire supérieure surtout , peuvent abandonner le bord alvéolaire, en quelque sorte, et se

i8o porter, soit du côté du palais, soit vers le sinus maxillaire, soit vers tout autre point. Ces migrations, ces changemens de position des dents sont fort intéressans à connaître pour le chirurgien ; il doit les prendre en considération toutes les fois qu'il doit porter un diagnostic sur une tumeur développée dans le voisinage des arcades dentaires. M. le professeurMarjolinetM. Duval ont emporté une tumeur de cette espèce qui s'était développée sur l'os maxillaire inférieur, tout à fait en dehors du bord alvéolaire ; et moi-même j'ai opéré à l'hôpital Beaujon une femme qui portait une tumeur dentaire dans la région palatine.

Obs. — Une paysanne , âgée de quarante-trois ans , entra à l'hôpital Beaujon , il y a plusieurs années ; elle avait à la face , sur le nez et sur la joue droite, deux ulcérations fongueuses, à bords durs et renversés en dehors , qui lui faisaient endurer des douleurs lancinantes très incommodes. Cette malade venait réclamer les secours de l'art contre cette affection dont l'ancienneté commençait à l'inquiéter (elle datait de dix-huit mois). En examinant cette femme avec attention , je remarquai une modification de sa voix (elle parlait comme si elle avait eu une pièce de monnaie sur la langue) qui attira mon attention du coté de la bouche. Il me fut alors facile d'apercevoir une tuteur de la forme et du volume de la moitié d'une très grosse noix, placée sur le côté gauche de la voûte du palais, limitéeen

i8i dehors par Parcade alvéolaire, dépassant la ligne médiane par sa partie interne , étendue d'avant en arrière, depuis un point placé à la hauteur de la dent canine correspondante, presque jusqu'au voile du palais. Cette tumeur était très médiocrement dure, indolente, et gênait la malade pour parler; la muqueuse était saine à son niveau. Je ne remarquai pas d'abord que la malade n'avait au coté gauche de la mâchoire supérieure , ni les petites molaires, ni la première des grosses. J'appris seulement plus tard que l'une des molaires avait été arrachée et que les autres n'avaient pas paru ; au moins y c'est ce qui parut résulter des renseignemens assez peu précis que la malade nous donna.

La nature carcinomateuse des ulcérations d'ailleurs peu étendues du nez et de la joue, rne fit porter un diagnostic fâcheux sur cette tumeur: je crus qu'elle était de mauvaise nature. M. le professeur Marjolin partagea également cette opinion , et il fut décidé que le traitement de cette malade devait avoir à la fois pour but l'ablation de la tumeur palatine et la cautérisation des ulcérations de la face. Je fis part à la malade de cette décision ; elle ne fit aucune observation , et le jour fut pris pour l'opérer.

Ne connaissant pas d'une manière précise les limites supérieures de la tumeur , je formai le projet de l'attaquer d'avant en arrière avec la gouge et le maillet , me réservant d'ailleurs d'emporter toute l'épaisseur du palais , si pendant l'opération même la nécessité m'en paraissait démontrée. Des

bistouris, des scies en crêtes de coq, (je n'avais pas alors à ma disposition l 'excellente scie à Vilbrequin et à mouvement indépendant de mon ami M. Martin), des cautères furent préparés.

La malade fut couchée sur un lit un 7peu bas , la tête un peu renversée en arrière ; la bouche fut maintenue béante au moyen d'un coin de liège placé entre les dernières dents du côté droit. Je fis une incision cruciale sur la tumeur ; je disséquai le plus promptement possible les lambeaux que je venais de former ; et j'allais prendre la gouge pour attaquer les parties osseuses que je supposais altérées , lorsqu'en épongeant je vis au centre de la tumeur un corps d'un blanc un peu brillant. Je portai le doigt sur lui : il était mobile. Je le saisis avec une pince et l'amenai au dehors , non sans quelques difficultés ; c'était une dent molaire à trois racines fort courtes, mais dont la tête avait la forme et le volume de la première grosse molaire. Je reportai le doigt dans la plaie, et je reconnus une nouvelle dent que j'enlevai de la même manière. Celle-ci était moins grosse que l'autre, mais elle était multicuspidée comme elle et comme les molaires de la première dentition. Grande fut ma surprise et celle des assistans. J'interrogeai la malade, et c'est alors qu'elle me donna sur l'absence de ses dents les renseigne* mens dont j'ai parlé, et à travers l'obscurité desquels je crus reconnaître que la seconde molaire et la canine [ne s'étaient jamais montrées au dehors. Au reste ; ii était peu nécessaire de tourmenter cette

i83 malade de questions. Les dents que je venais d'extraire parlaient un langage plus clair que celui qu'elle eût pu me tenir : ces dents avaient tous les caractères , l'une de la seconde molaire de la première dentition ? l'autre de la dent de cinq ans. Il était dès lors incontestable que ma malade n'avait jamais eu ces deux dents ; que , dirigées obliquement en dedans, elles avaient percé la partie interne du rebord alvéolaire, et qu'elles étaient venues se placer entre la membrane muqueuse et les os, dans le lieu occupé par la tumeur à laquelle elles avaient donné naissance.

Lorsque l'opération fut terminée, je cautérisai le fond de la plaie, à la fois pour étancher le sang qui coulait dans la bouche avec abondance , et pour réprimer des fongosités dont je redoutais le caractère, à cause du cancer que la malade portait bien évidemment à la face, et la malade fut ensuite reconduite à son lit.

Au bout de peu de temps , la plaie du palais était complètement guérie ; plusieurs cautérisations avec le nitrate acide de mercure eurent promptement raison des deux ulcérations des joues , et la malade sortit de l'hôpital parfaitement guérie P deux mois après son entrée. <

Des 5dents ont été trouvées quelque fois dans des parties du corps très éloignées de la bouche, dans les ovaires ou dans d'autres parties voisines des organes génitaux. Blumenbach, Ruisch, Mochsen , citent des faits de ce genre. J'ai moi-même eu l'occa

i84 sion d'en observer un. Presque toujours ces dents ont été trouvées réunies avec des poils et de la matière graisseuse dans des kystes fibreux ou fibrocartilagineux; d'autre fois, on les a vu implantées sur des portions d'os , dans de véritables avéoles. Tel était l'état des choses dans le cas que j'ai observé; tel est aussi celui de l'observation extrêmement curieuse que je transcris ici.

Une femme âgée de vingt-huit ans, scrophuleuse dans son enfance, plus tard bien portante et bien réglée, mariée à dix-huit ans,fut affectée, après son quatrièmeaccouchement, de fleurs blanchesdontl'abondance variait. Les remèdes généraux et locaux étant restés sans effet cont recette affection, on examina les parties génitales ; on trouva dans le vagin une tumeur qui se rompit par la pression et laissa écouler un liquide puriforme; de la douleur et des accidens spasmodiques s'étant joints à la leucorrhée, on examina de nouveau le vagin, et l'on sentit à sa partie supérieure gauche un corps dur qui, pendant le coït, causait des douleurs au mari. Néanmoins la femme accoucha d'un cinquième enfant qui portait à la joue gauche une excoriation récente. La malade s'étant fait transporter à Varsovie pour se faire guérir, un examen plus attentif, fit voir à M. Jasinski et à plusieurs autres médecins que le corps dur qu'on sentait dans le vagin était situé entre le rectum et le vagin, et qu'il ne faisait saillie dans ce dernier que depuis la déchirure de ses parois; qu'en outre, les parties molles formaient comme une ca-

i85 lepus autour de ce corps. Les accidens causés par le contact du bord aigu de ce corps avec la matrice engagèrent M. Jasinski à en faire l'extraction : il le saisit d'abord avec des pinces à polypes ordinaires; mais l'instrument glissait toujours. Cinq jours après il se servit de pinces plus fortes avec lesquelles il parvint à arracher une dent molaire bien formée qui avait trois racines, et dont la couronne était légèrement carrée. Trois autres dents incisives et molaires furent encore extraites sans qu'il coulât beaucoup de sang, ni que la malade se plaignit de fortes douleurs. Ces dents paraissaient avoir été implantées dans un os qu'on sentait avec le doigt; mais qui était fixé trop solidement, et qui n'étant pas en contact avec le vagin ou l'utérus fut laissé en place.

( Graefe und TValters journal. )

Il est évident que dans tous ces cas il s'agit de débrisdefœtusextra-utérins;maisil estcurieuxde voir l'accroissement de dents continuer encore après la mort et l'atrophie du fœtws ,et les matériaux qui servent à cet accroissement venir de la mère à laquelle le kyste est attaché.

Enfin, d'autres variétés de position des dents consistent essentiellement en une transposition de ces organes, et en une véritable erreur de lieu. M. ledocteur Oudet a vu plusieurs fois la canine prendre la place de l'incisive latérale et réciproquement; il a également observé une semblable transposition entre la première petite molaire et la canine.

Enfin, des dents ont été quelquefois vues im-

i86 plantées tout-à-fait à la surface du bord alvéolaire, et dans l'épaisseur de la membrane muqueuse aulieu d'être reçues dans une alvéole. Hunter a rapporté un cas de cette variété.

ce J'ai vu, dit-il, sur un jeune sujet, deux dents incisives antérieures de la mâchoire supérieure qui ne pénétraient point la gencive de part en part, et qui n'avaient la racine longue qu'autant qu'il était nécessaire pour qu'elle pût être embrassée et affermie dans la gencive par la partie supérieure. En examinant la mâchoire , je n'y trouvai ni apophyse alvéolaire, ni alvéole. Il ne me serait pas facile de me rendre raison de ce phénomène ; peut-être ces dents s'étaient-elles formées, non dans la mâchoire, mais dans les gencives; peut-être les racines qui devaient être dans la mâchoire, étaient-elles détruites? La qualité de ces dents favorise la première hypothèse : elles n'étaient point , en effet, de la nature de celles dont les racines tombent chez les enfans , lorsque le temps du changement approche , car , puisqu'elles ne pénétraient point au-delà de la gencive, il est croyable qu'elles n'avaient jamais eu de racine. Les extrémités même où devaient être les racines n'étaient que de petites éminences rondes et unies, ayant chacune un petit trou ou canal étroit de communication avec le corps de la dent qui était assez bien formée. »

Miel rapporte aussi plusieurs exemples du même genre. «Il y a quelques années, dit-il, je retirai à la mâchoire supérieure du côté droit, entre la dent

de sagesse et celle qui la précède; au lieu où la gencive se prolonge en pointe, un petit corps dentaire qui n'affectait point les formes régulières d'une dent façonnée sur un moule de l'espèce ordinaire. Son peu de longueur et de grosseur ne lui permettait point d'atteindre les os de la mâchoire ; cette dent n'était contenue que dans l'épaisseur du tissu des gencives, où elle s'était formée hors du système alvéolaire. De répaisseur de la membrane , cette dent gengivale s'était fait issue au dehors , en présentant vers ce point son extrémité renflée, pendant que sa partie la plus effilée pénétrant dans la membrane même et y adhérait; ce qulrendait la présence dej ce corps incommode à la personne à qui je l'ôtai. »

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