Partie périphérique
La partie périphérique est représentée par l'ensemble des fibres nerveuses qui entrent dans la constitution de toutes les racines postérieures de la moelle épinière. Nous avons vu que toutes ces fibres ont leurs cellules d'origine dans les ganglions spinaux.
Chez tous les mammifères adultes, ces ganglions sont formés de cellules nerveuses unipolaires, fig. 687, dont le prolongement unique, à une distance variable de la cellule d'origine, se divise en un prolongement externe et un prolongement interne.
Le prolongement externe est généralement le plus gros, fig. 688. Il devient le
Fig. 688.
Deux cellules de ganglion plexiforme d'un chat nouveau-né.
pr. p. : Prolongement protoplasmatique.
pr. c. : Prolongement cylindraxile.
Fig. 689.
Entrée des fibres des racines postérieures dans le cordon postérieur.
cylindre-axe d'une fibre nerveuse périphérique. Arrivé dans la profondeur des
organes ou dans les épithéliums périphériques, il se divise et se subdivise pour s'y
terminer par des ramifications libres.
Le prolongement interne est généralement plus grêle que le prolongement périphérique. Devenu le cylindre-axe d'une fibre des racines postérieures des nerfs spinaux, il pénètre avec celles-ci jusque dans le cordon postérieur de la moelle. Là, il se bifurque en une branche ascendante et une branche descendante qui deviennent des fibres constitutives de la substance blanche du cordon postérieur, FiG. 689. Ces fibres émettent sur leur trajet de nombreuses collatérales, qui pénètrent dans la substance grise où elles finissent par des ramifications libres ; elles se terminent elles-mêmes soit dans la substance grise de la moelle, soit dans les masses grises qui apparaissent dans les cordons postérieurs, vers la partie inférieure de la moelle allongée, et qui sont connues sous le nom de noyaux des faisceaux de Goll et de Burdach.
Une question intéressante à résoudre concerne le nombre approximatif de fibres nerveuses amenées ainsi, dans chaque cordon postérieur de la moelle, par les racines postérieures des 3i nerfs spinaux.
Ce calcul a été fait une première fois par Stilling (2), en iSSg. Ce savant a pris les racines postérieures de la moelle d'un cadavre de femme âgée de 26 ans. Ces racines, durcies dans l'acide chromique, ont été sectionnées au rasoir à leur entrée dans la duremère, puis la surface de chacune de ces sections a été calculée en millimètres carrés. La somme de toutes ces surfaces, pour toutes les racines postérieures d'un côté du corps, a été de 57 mm^gS. Stilling a établi ensuite qu'il existe en moyenne, sur une surface de I millimètre carré, 4537 fibres nerveuses. En multipliant ce nombre par 57,95 il a obtenu un chiffre total de 262919 fibres nerveuses, soit en tout un peu plus de un demi-milUon (exactement 525838) de fibres afférentes médullaires.
Ces recherches ont été reprises tout récemment par Ingbert (3) d'une manière beaucoup plus précise, en comptant directement, sous le microscope, les fibres nerveuses renfermées dans la section transversale de chacune des 3i racines postérieures de la moelle.
D'après ce calcul, le nombre des fibres radiculaires postérieures est beaucoup plus considérable. Il atteint, en effet, pour la moelle d'un homme adulte, le chiffre de 653627 fibres nerveuses pour chaque moitié du corps, soit un total de 1307254 fibres médullaires afférentes.
Dans ce chiffre global, chaque membre supérieur fCV à DI) serait représenté par 193095 fibres nerveuses ; chaque membre inférieur (LI à Coc), par 2585o2 fibres; chaque moitié du tronc (DII à DXII), par 1x7626 fibres et chaque moitié du cou (CI à CIV) par 84404 fibres.
Ces fibres afférentes se répartiraient de la façon suivante entre les 3i racines postérieures.
Nerjs cervicaux
Nerfs dorsaux
Nerfs lombaires
N. sacrés-
VI 858o
N. cocc. 761
10621 II 403 1412s
Toutes ces fibres centripètes vont devenir des fibres constituantes des cordons postérieurs de la moelle. Elle vont se terminer, soit dans toute la partie dorsale de la substance grise médullaire depuis le cône terminal jusqu'au niveau du premier nerf cervical, soit dans les noyaux des faisceaux de Goll et de Burdack ou noyaux des cordons postérieurs apparaissant à la partie inférieure du bulbe.
Il résulte de toutes les recherches faites sur la constitution des cordons postérieurs de la moelle et sur les connexions qui existent, d'une part entre les nerfs centripètes périphériques et la substance grise médullaire dans laquelle ils se terminent, d'autre part entre cette substance grise médullaire et l'écorce cérébrale, que ces deux masses grises (corne postérieure de la moelle et noyaux des cordons postérieurs) diffèrent entre elles par la nature des fibres qui viennent s'y terminer et par les connexions qui les relient aux centres nerveux supérieurs.
Pour ce qui concerne la nature des fibres radiculaires, nous savons que, anatomiquement, les fibres des cordons postérieurs se laissent subdiviser en fibres courtes et en fibres longues. Les fibres courtes sont niyélopètes (Munzer), elles se terminent dans la substance grise des différentes cornes de la moelle ; les fibres longues sont bulbopètes et trouvent leur terminaison dans les noyaux des cordons postérieurs. Nous avons vu antérieurement que, au point de Yue physiologique, on doit également établir une distinction entre ces fibres courtes et ces fibres longues. Les fibres courtes se terminant dans la moelle servent, plus que probablement, à la transmission de la sensibilité superficielle ou cutanée (sensibilité tactile, douloureuse et thermique) ; tandis que les fibres longues, qui se laissent poursuivre jusque dans le noyaux des faisceaux de GoLL et de Burdach, transmettent seules, vers les centres nerveux supérieurs, les impressions de la sensibilité (sensibilité des muscles, des tendons, des articulations) généralement considérée comme sensibilité musculaire.