V : Ecorce cérébrale visuelle
la couche optique du côté opposé par une longue voie nerveuse, bulbo-thalamique, complètement indépendante de la voie sensitive d'origine médullaire ou voie méduUothalamique.
Cette même conclusion se dégage des observations anatomo-pathologiques de HôSEL et de Wallenberg. Ces observations démontrent que, dans le névraxe de l'homme, il existe également un faisceau de fibres ascendantes, complètement indépendant des fibres du lemniscus médian, et qui relie le'noyau terminal du trijumeau d'un côté à la couche optique du côté opposé, faisceau ascendant qui traverse, de bas en haut et de dedans en dehors, la partie dorsale de la formation réticulaire du bulbe, du pont de Varole et du mésencéphale, pour se terminer dans le noyau ventral de la couche optique.
Va>- (jEHUtiiiEN. Système Nerveux, 4, éd.
Il reste maintenant à rechercher si une connexion semblable existe pour la partie inférieure ou médullaire du noyau terminal et la partie supérieure ou proiubérantielle.
Dans quelques-unes de ses recherches expérimentales (3), Wallenberg a détruit le noyau terminal du trijumeau dans sa partie médullaire, au niveau du premier segment cervical. Il a obtenu en dégénérescence secondaire exclusivement des fibres nerveuses se rendant dans le lemniscus médian ou couche interolivaire du côté opposé, et se laissant poursuivre jusque dans la couche optique. Il conclut de ses recherches que les fibres centrales du trijumeau peuvent gagner la couche optique par deux voies distinctes : une voie centrale faisant partie du lemniscus médian et provenant de partie médullaire du noyau terminal, et une voie dorsale, beaucoup plus importante, provenant de la partie bulbaire du même noyau.
Plus récemment (8) encore il est parvenu à léser, chez le lapin, là partie supérieure ou partie protubérantielle du noyau terminal du trijumeau. Il a obtenu en dégénérescence un double faisceau de fibres nerveuses, un faisceau dorsal et un faisceau ventral. Les fibres du faisceau dorsal se dirigent transversalement en dedans dans la partie postérieure de la formation réticulaire. Les unes, directes, se terminent dans le noyau masticateur, la formation réticulaire et entre les cellules du noyau accessoire du nerf de la cinquième paire, ou bien deviennent fibres ascendantes dans la partie latérale du faisceau longitudinal postérieur, pour se terminer soit dans le noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun, soit dans la couche optique.
Les autres passent le raphé, et deviennent ascendantes dans la partie dorsolatérale de la formation réticulaire. Elles se laissent poursuivre jusqu'à la partie frontale du mésencéphale, quelques-unes même jusque dans la couche optique.
Wali-enberg considère ce faisceau dorsal comme formé essentiellement de fibres courtes.
Le faisceau ventral, formé de fibres fines, sort de la partie la plus proximale du noyau terminal, s'incline horizontalement en avant, croise le raphé pour se recourber en haut et constituer la partie interne du lemniscus médian, avec lequel ce faisceau se laisse poursuivre jusque dans la couche optique.
Ces recherches de Wallenberg n'ont pas encore^été soumises au contrôle. Si les résultats obtenus par ce savant devaient se confirmer par de nouvelles recherches, le noyau terminal du trijumeau aurait des connexions thalamiques différentes pour sa partie protubérantielle, sa partie bulbaire et sa partie médullaire.
Les fibres, en connexion avec les deux extrémités de la colonne grise, gagneraient^^la couche optique par la voie du', lemniscus médian, tandis que les fibres nées de la partie moyenne du noyau terminal constitueraient une voie indépendante, passant par la partie dorso-latérale de la formation réticulaire.
Il y a cependant lieu de faire ressortir que, dans le tronc cérébral d'une femme étudié par Hosel, la partie interne du lemniscus médian était intacte malgré l'atrophie complète du noyau sensitif du trijumeau du côté opposé.
Quoiqu'il en soit de ces connexions encore quelque peu incertaines, un fait nous paraît établi, c'est l'existence d'un voie croisée bulbo-thalamique reliant le noyau terminal des fibres centripètes du nerf trijumeau d'un côté à la couche optique du côté opposé.
Les impressions de sensibilité recueillies par les fibres périphériques du nerf de la cinquième paire arrivent jusque dans le domaine de la conscience. Nous devons donc en conclure qu'au chainon bulbo-thalamique doit faire suite un chainon thalamo cortical, amenant les impressions de sensibilité jusque dans l'écorce grise de la sphère tactile du télencéphale.
Les trois groupes de neurones superposés :
1° neurones périphériques, ou neurones directs'reliant les organes périphériques à la masse grise bulbo-protubérantielle,
2° neurones bulbo-thalamiqucs, ou neurones croisés reliant le noyau terminal avoisinant la racine bulbo-spinale à la couche optique, et
3° neurones thalamo-corticaux , ou neurones directs reliant la couche optique à la sphère tactile,
constituent par leur ensemble une longue voie ascendante qui forme une partie au moins des voies centrales du nerf de la cinquième paire.
Nos connaissances concernant les connexions corticales du nerf trijumeau doivent cependant être incomplètes. Le nerf trijumeau est, en efïet, pour la face ce que les nerfs spinaux sont pour le cou, le tronc et les membres.
Or nous avons vu que les fibres afférentes, amenées par les racines postérieures des nerfs spinaux, sont ou des fibres servant à la sensibilité profonde, ou des fibres servant à la sensibilité superficielle.
Les fibres de la sensibilité profonde, ou fibres du sens musculaire et articulaire, devenues les fibres longues des cordons postérieurs, se terminent dans les noyaux des cordons postérieurs. A ces fibres périphériques fait suite une voie méduUo-thalamo-corticale.
Les fibres de la sensibilité superficielle, ou fibres de la sensibilité cutanée, devenues les fibres courtes des cordons postérieurs, se terminent dans la substance grise des cornes postérieures de la moelle. A ces fibres périphériques fait suite une voie médullo-cérébello-thalamo-corticale.
Le nerf trijumeau, par ses fibres centripètes, amène également vers les centres nerveux des impressions de sensibilité profonde et des impressions de sensibilité superficielle. Si, dans l'organisation interne du système nerveux central, les voies homologues sont construites d'après un même plan, nous devons admettre qu'entre le noyau terminal du nerf trijumeau et l'écorce cérébrale doit exister une double voie nerveuse : l'une, servant à la sensibilité profonde, serait constituée d'un neurone bulbo-thalamique et d'un neurone thalamo-cortical ; l'autre, servant à la sensibilité superficielle, aurait une constitution plus complexe et résulterait de la superposition d'un neurone bulbo-cérébelleux, cérébello-olivaire, olivo-thalamique et thalamocortical.
La première de ces voies nerveuses existe ; c'est celle qui a été mise en évidence par les recherches de Wallenberg et les nôtres. Il reste cependant encore à établir si, véritablement, cette voie nerveuse — l'homologue de la voie médullo-thalamique en connexion avec les nerfs spinaux — transmet uniquement, comme cette dernière, vers les centres nerveux supérieurs les impressions de sensibilité profonde.
La deuxième voie nerveuse n'est pas encore connue. Nous avons vu que, pour les nerfs spinaux, cette voie ascendante se laisse subdiviser en une voie de sensibilité tactile (faisceau de Flechsig) et une voie de sensibilité thermo-algésique (faisceau de GowERs). L'existence d'une voie distincte pour la sensibilité douloureuse et thermique dans la moelle a surtout été établie par des faits cliniques et des observations anatomo-pathologiques. Celles-ci ont démontré que, dans certaines lésions, soit de la substance grise, soit de la substance blanche de la moelle, la sensibilité musculaire et tactile peut être conservée alors que la sensibilité douloureuse et thermique est complètement abolie.
Dans le domaine du trijumeau la même dissociation de la sensibilité peut s'observer. C'est ainsi que nous avons pu examiner tout récemment un malade présentant l'abolition complète de la sensibilité douloureuse et thermique, avec conservation de la sensibilité tactile et de la sensibilité musculaire, dans toute la moitié droite du corps, à l'exception du domaine cutané innervé par le nerf trijumeau. Chez ce même malade la sensibilité était normale dans la moitié gauche du corps, à l'exception de la région cutanée innervée par le nerf de la cinquième paire, où il y avait conservation de la sensibilité tactile et perte de la sensibilité douloureuse et thermique.
En présence de ce fait nous devons donc admettre pour le trijumeau, comme pour les nerfs spinaux, une voie distincte pour les impressions du tact et une voie distincte pour les impressions de douleur et de température.
Pour les nerfs spinaux cette double voie nerveuse passe par le cervelet. Nous ne voyons pas pourquoi il n'en serait pas de même pour la partie centripète du nerf trijumeau.
Cette double voie cérébelleuse, en connexion avec le noyau terminal du nerf de la cinquième paire, n'est pas encore connue. Nous croyons cependant devoir faire ici la même remarque que pour les voies centrales en connexion avec le nerf pneumogastrique, à savoir que les fibres réticulo-cérébelleuses directes et croisées, que nous avons obtenues en dégénérescence à la suite de lésions limitées de la formation réticulaire du bulbe et du pont de Varole, pourraient fort bien représenter, pour le nerf trijumeau comme pour le nerf pneumo-gastrique, la voie centrale de la sensibilité tactile (fibres directes) et la voie centrale de la sensibilité douloureuse et thermique (fibres croisées), d'autant plus que ces fibres cérébelleuses, de même que celles des faisceaux médullo-ccrébelleux, vont se terminer dans l'écorce grise de la partie supérieure du lobe médian du cervelet.
Si cette hypothèse se confirme, la voie bulbo-thalamique, que les recherches de Wallenberg et les nôtres ont fait connaître, serait donc réellement la voie de transmission de la sensibilité profonde. Dans ces conditions le nerf trijumeau deviendrait, de tous les nerfs crâniens, le seul qui par sa structure et par ses connexions serait entièrement comparable aux nerfs périphériques dépendant de la moelle épinière.
Voies ascendantes d'origine diencêphalique.
Les voies optiques.
Le diencéphale est en connexion avec un seul nerf périphérique ; le nerf optique.
L'ensemble des voies nerveuses qui relient les terminaisons périphériques du nerf optique à l'écorce grise de la sphère visuelle du télencéphale porte le nom de voies optiques. Celles-ci sont formées d'une partie périphérique et d'une partie centrale.