QUARANTE-HUITIEME LEÇON
Le système nerveux sympathique ou système nerveux de la vie végétative comprend une partie centrale et une partie périphérique.
La partie centrale est formée par une série de ganglions située de chaque côté de la colonne vertébrale, depuis la base du crâne jusqu'à l'extrémité inférieure de la région sacrée. Ces ganglions sont reliés les uns aux autres par des faisceaux de fibres nerveuses connus sous le nom de cordons intermédiaires. Il en résulte, de chaque côté de la colonne vertébrale, une chaîne continue appelée chaîne sympathique, fig. 841.
La partie périphérique est représentée par les fibres nerveuses qui partent de la chaîne sympathique pour se terminer dans les viscères (nerfs viscéraux), dans la paroi des vaisseaux (nerfs vasculaires ), ou dans la profondeur des glandes.
La chaîne sympathique, avec les nerfs périphériques qui en dépendent, ne constitue cependant pas un système indépendant.
Elle est reliée au système nerveux cérébrospinal par un nombre considéra ule de faisceaux de fibres nerveuses qui partent des nerfs cérébro-spinaux pour se rendre dans les ganglions sympathiques. Ces faisceaux de fibres sont connus scus le nom de rameaux communicants.
Le système nerveux sympathique comprend donc trois parties :
1° Les ganglions sympathiques avec les cordons intermédiaires.
2° Les nerfs périphériques viscéraux, vasculaires et glandulaires.
3° Les rameaux communicants.
Portion thoracique de la chaîne ganglionnaire du sympathique Gr. nat. 1/2.
ggs : Ganglions thoraciques.
ci : Cordons intermédiaires.
ni : Nerfs intercostaux.
rc ; Rameaux communicants.
g-s : Nerf grand splanchnique.
// : DeiKième côte.
JCIj : Douzième côte.
Ganglions sympathiques. Les ganglions sympathiques existent en nombre variable sur les faces latérales de la colonne vertébrale. Théoriquement, on devrait y rencontrer autant de ganglions qu'il y a de nerfs périphériques dépendant de la moelle épinière, puisque chaque nert spinal s'anastomose par un rameau communicant avec le ganglion voisin du sympathique. Cette disposition s'est maintenue le long de la région dorsale, où l'on rencontre communément douze ganglions sympathiques. Ailleurs, elle s'est modifiée en ce sens que deux ou plusieurs ganglions voisins se sont fusionnés en un seul ganglion plus volumineux. C'est ainsi que le long de la colonne cervicale on ne compte généralement que trois (quelquefois
FlG- 84».
Quelques cellules nerveuses du ganglion cervical supérieur d'un chat nouveau-né.
deux) ganglions sympathiques en connexion avec les huit nerfs cervicaux. Cette fusion de plusieurs ganglions en un seul est moins fréquente dans la partie inférieure de la chaîne sympathique, où l'on compte communément quatre ganglions lombaires, quatre ganglions sacrés et un seul ganglion coccygien.
Outre ces ganglions de la chaîne sympathique, on trouve encore de nombreux ganglions éparpillés dans les plexus nerveux périphériques ainsi que les quatre ganglions qui sont en connexion avec les branches du nerf trijumeau : le ganglion ciliaire, le ganglion sphéno-palatin, le ganglion otique et le ganglion sous-maxillaire.
Les ganglions sympathiques, éminemment variables de forme et de volume,
présentent tous la même structure interne : ils sont formés de cellules nerveuses et de fibres nerveuses.
A. Cellules nerveuses. Les cellules nerveuses qui entrent dans la constitution des ganglions du sympathique appartiennent au type multipolaire, fig. 843 ; les prolongements protoplasmatiques se terminent librement dans le voisinage de la cellule d'origine, le prolongement cylindraxile, toujours unique, devient le cylindre-axe d'une fibre nerveuse du cordon intermédiaire, du rameau communicant ou du nerf périphérique.
Ces cellules nerveuses ont été tout récemment l'objet de recherches intéressantes de la part de Cajal (i), au moyen de sa méthode au nitrate d'argent réduit. Ces recherches ont montré que, dans les ganglions sympathiques de l'homme, les cellules nerveuses peuvent présenter trois formes particulières de ramifications protoplasmatiques. Les unes sont pourvues de dendrites courtes, se terminant dans le voisinage immédiat de la cellule en donnant naissance à une espèce de couronne dendritique périsomatique ou endocapsulaire.
Les autres sont pourvues de dendrites longues se ramifiant et se terminant dans l'épaisseur du ganglion à une distance généralement assez grande de la cellule d'origine. C'est le type cellulaire qui a été généralement décrit par les auteurs au moyen de la méthode de Golgi, fig. 84». Ces ramifications protoplasmatiques
Fig. 843.
Quelques types de glomcrules du ganglion cervical supérieur de l'homme (d'apès Cajal).
A. : Cellule donnant naissance à un gros tronc protoplasmatique d'où partent des ramifications dendritiques longues don
quelques unes vont se ramifier dans des glomérules protoplasmatiques C.
B, : Cellule avec glomérule endocapsulaire dans lequel se termine une dendrite venue d'une autre cellule. a : axone.
peuvent se terminer librement, ou bien se rencontrer avec des ramifications protoplasmatiques venues d'autres cellules nerveuses pour constituer de véritables glomé-
Vah Gehuchten. Système Nerveux, 4, éd. 6I
rules protoplasmatiques, fig. 843. Entre ces deux formes extrêmes on peut rencontrer des formes intermédiaires : des cellules pourvues de ramifications grêles et fines constituant une espèce de couronne dendritique, en même temps qu'elles donnent naissance à des ramifications protoplasmatiques plus épaisses, se ramifiant dans le voisinage immédiat du corps cellulaire en donnant naissance à un glomérule protoplasmatique endocapsulaire, fig. 843. Lorsque ces dendrites glomérulaires proviennent de deux ou de trois cellules nerveuses voisines, elles peuvent donner naissance à des gloraérules protoplasmatiques d'une extrême complexité.
B. Fibres nerveuses. Tout ganglion du système nerveux sympathique est traversé par des fibres nerveuses se rendant dans un cordon intermédiaire, un rameau communicant ou un nerf périphérique.
Les fibres nerveuses longitudinales, passant d'un ganglion dans les cordons
intermédiaires, ne sont probablement que les prolongements cylindraxiles de cellules nerveuses situées dans ce ganglion ou dans un ganglion voisin. Elles représenteraient des fibres commissurales longitudinales ayant pour fonction de relier l'un à l'autre les différents ganglions superposés, FIG. 845.
Les fibres nerveuses qui pénètrent d'un ganglion dans le rameau communicant ou dans le nerf périphérique voisin représentent les prolongements cylindraxiles des cellules nerveuses du ganglion lui-même.
Quelques-unes d'entre elles cependant sont des fibres du système cérébro-spinal amenées par le rameau communicant et qui traversent le ganglion de la chaîne sympathique pour se rendre dans l'un ou l'autre ganglion périphérique.
En traversant le ganglion sympathique, toutes ces fibres nerveuses abandonnent des branches collatérales qui s'y terminent, par des ramifications libres, soit dans l'intérieur même des glomérules protoplasmatiques, soit autour du corps des matique et d'un glomérule endocapsulaire cellules nerveuses et des ramifications du ganglion cervical supérieur protoplasmatiques qui en proviennent de
manière à donner naissance à des plexus ovalaires. fibrillaires de structure excessivement
B : Prolongements glomérulaires.
a : Axone.
b : Fibres nerveuses afi'érentes formant plexus intraglomé
ruiaire. j? • •
c : Arborisationsnervuesesdelacouronneprotoplasmatique. Ont IcUl'S CellulcS d OriginC daUS Ic gaU
Fig. 844.
Cellule pourvue d'une couronne protoplas-
fd'après Caj.^l)
A : Prolongements courts terminés par des épaississements
complexe, fig. 844.
En dehors des fibres nerveuses qui
glion lui-même et en dehors des fibres qui ne font que traverser le ganglion pour se rendre dans un cordon intermédiaire, le rameau communicant ou un nerf périphérique, on trouve encore, dans tout ganglion de la chaîne sympathique, un groupe de fibres nerveuses qui viennent s'y terminer : ce sont ou des fibres commissurales longitudinales appartenant à la chaîne sympathique, ou des fibres périphériques provenant de cellules nerveuses situées dans les ganglions périphériques, ou des fibres cérébro-spinales amenées par le rameau communicant, fig. 845.
Toutes ces ramifications latérales et terminales produisent, dans l'épaisseur de chaque ganglion, un entrelacement inextricable de fibrilles nerveuses enveloppant de toutes parts les prolongements protoplasmatiques et le corps des cellules constitutives de même que les glomérules protoplasmatiques du ganglion.
D'après les recherches expérimentales de Langley (2), toutes les fibres motrices cérébro-spinales, qui entrent dans la constitution du système nerveux sympathique, se termineraient dans l'un ou l'autre ganglion sympathique pour s'y mettre en connexion avec les cellules constitutives de ces ganglions. Les prolongements cylindraxiles de ces fibres sympathiques centrifuges iraient alors se terminer soit dans la paroi musculaire des vaisseaux ou des viscères, soit dans les glandes. Pour formuler cette conclusion, Langley se base sur les faits expérimentaux suivants :
L'injection d'une faible dose de nicotine paralyse les cellules nerveuses ; dans ces conditions, l'excitation des rameaux communicants renfermant les fibres motrices cérébro-spinales n'amène aucune contraction dans les muscles lisses ; au contraire, cette contraction surgit dès qu'on excite les fibres sympathiques périphériques.
Le fait a été établi par Langley et Anderson pour l'innervation des muscles redresseurs des poils chez le chat et par Langley, Anderson et Langendorff (3) pour l'innervation des muscles intrinsèques du globe oculaire : le muscle ciliaire ou muscle tenseur de la choroïde et le muscle constricteur de l'iris. Nous avons d'ailleurs déjà vu que, pour les fibres motrices des nerfs ciliaires, la conclusion des recherches expérimentales de Langley, Anderson et Langendorff a été confirmée par les recheiches anatomiques de Apolant (4) : la section du nerf oculo-moteur commun faite chez de jeunes chats, entre le point d'émergence au cerveau moyen et son entrée dans la cavité orbitaire, est suivie de la dégénérescenee des fibres du bout périphérique, mais ces fibres ne dégénèrent pas audelà du ganglion ciliaire. D'autre part, la section des nerfs ciliaires en un point quelconque de leur trajet entraîne le phénomène de chromolyse dans les cellules du ganglion ciliaire tandis que les cellules d'origine du nerf oculo-moteur commun restent no-males.
Il semble donc établi, dans l'état actuel de la science, que l'axe cérébro-spinal se trouve relié aux organes périphériques, innervés par le sympathique, par deux neurones moteurs superposés :
1° Un neurone moteur cérébro-spinal ou fibre pré-ganglionnaire de Langley. passant par le rameau communicant et allant se terminer dans l'un ou l'autie ganglion sympathique.
2° Un neurone moteur sympathique ou fibre post-ganglionnaire de Langley, ayant sa cellule d'origine dans un des ganglions du sympathique et allant se terminer dans les muscles de la paroi des vaisseaux et des viscères ou dans les glandes.
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