DIXIEME LEÇON
Éléiueuts histologiques qui entrent dans la coustitutiou du système uei'veux.
{ Suite ).
Anastomoses entre cellules nerveuses et entre fibres nerveuses. Théories de Apathy, Held, Bethe et Nissl.
Nous avons vu^ dans la dernière leçon, qu'en se basant sur les résultats fournis par la méthode d'imprégnation de Golgi nous devons admettre que les éléments nerveux ou les neurones sont indépendants les uns des autres ; ils ne s'anastomosent, en effet, entre eux ni par leurs ramifications protoplasmatiques, ni par leurs ramifications cylindraxiles. Nous avons conclu de là que, dans les centres nerveux, il n'existe ni réseau de Gerlach, ni réseau de Golgi.
Cette indépendance anatomique des éléments nerveux n'est cependant pas généralement admise.
Un fait important, sur lequel l'accord est bien près de s'établir au moins pour le système nerveux central des vertébrés, c'est que les larges anastomoses entre prolongements protoplasmatiques, observées par tant d'auteurs il y a 3o à 40 ans, font généralement défaut chez l'animal adulte. On peut certes les observer dans quelques rares préparations, mais on doit les considérer comme des productions anormales, comme des choses exceptionnelles, des anomalies ou des monstruosités beaucoup moins fréquentes que quelques auteurs ne sont disposés à l'admettre, dont nous avons le droit et même le devoir de ne pas tenir compte quand il s'agit de nous former une idée générale des connexions anatomiques qui relient entre eux les éléments constituants du système nerveux central.
C'est à cette opinion, que nous avons soutenue depuis longtemps déjà (i), que Bethe s'est rallié tout récemment : « Tout homme au courant de la situation réelle doit reconnaître, dit-il (,2j, iiue ces larges anastomoses manquent généralement dans le système nerveux central des vertèbres, et l'on peut dire, sans crainte de se tioniper, que les quelques auteurs qui regaident ces anastomoses comme une disposition naïuielle et 13'pique ne le font qu'en se basant sur des préparations mai faites (qui ne sont pas difficiles à obtenir) et sur dei: observations incomplètes. On observe (iuelc]uefois dans la rétine et même dans la moelle de larges anastomoses entre deux cellules nerveuses ; mais ce sont la des cas excessivement rares qui ne correspondent sûrement pas à des productions normales »•
Ces larges anastomoses interceliulaires ont surtout été signalées par Dogiel (.3) dans la rétine des veitebres au moyen de la méthode au bleu de méthylène. Elles sont niées par Cajal Kallius (5j et Ketzrs (6) n'aamettent leur existence qu'entre les prolongements ascendants des cellules bipolaires. JBouin (7) ne les a observées qu'entre les prolonge-
ments des spongioblastes. En se servant de la méthode de coloration des nenrofibrilles que Bethe a fait connaître, Embden (8) et Vogt (g) on signalé l'existence d'anastomoses intercellulaires surtout entre les cellules horizontales de la couche intergranaleuse. Tout récemment Guido Sala (io), un élève de Golgi, en étudiant les cellules de la rétine par la méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal, déclare qu'il s'agit là sans doute d'erreurs d'observation parce que, dans ses préparations, les prolongements des cellules nerveuses restent indépendants sur tout leur parcours.
Mais si l'absence d'anastomoses entre gros troncs protoplasmatiques est généralement admise, beaucoup d'auteurs récents combattent cependant l'indépendance anatomique des éléments nerveux. Les faits mis en évidence par la méthode de Golgi n'auraient pas, à leurs yeux, la valeur démonstrative qu'on s'était plu à leur attribuer et cela parce que, d'après eux, l'imprégnation des éléments nerveux par le chromate d'argent n'est jamais complète. Cette imprégnation n'intéresserait que la gaine protoplasmatique qui enveloppe les fibrilles nerveuses. Les bouts libres, que l'on observe dans les préparations faites avec la méthode de Golgi, ne représentent pas les extrémités réelles des fibrilles ou partie conductrice des éléments nerveux, mais uniquement les extrémités des gaines périfibrillaires. L'indépendance observée dans les préparations osmio-bichromiques n'est donc qu'apparente : au-delà de ce qui se trouve imprégné existent les fibrilles qui échappent à cette imprégnation. Pour pouvoir juger des connexions réelles des éléments nerveux il faut donc recourir à des méthodes spéciales, permettant de colorer les fibrilles conductrices ellesmêmes et non la gaine protoplasmatique qui les enveloppe incomplètement.
Théorie de Apathy. — Apathy (ii) le premier est entré dans cette voie. Il a étudié, avec de nouvelles méthodes de coloration, surtout le système nerveux des hirudinées et les lombrics. Il est parvenu à mettre en évidence, avec une netteté remarquable, les fibrilles du cylindre-axe des fibres nerveuses. Nous avons vu que Apathy considère chacune de ces neurofibrilles comme une unité anatomique, indépendante des fibrilles voisines, et comme formée par la réunion d'un nombre plus ou moins considérable de fibrilles plus fines, les fibrilles élémentaires, impossibles à mettre en évidence avec nos moyens actuels d'investigation.
D'où viennent ces neurofibrilles 1 Apathy admet que, dans le système nerveux, il y a deux espèces de cellules nettement différentes : les cellules nerveuses et les cellules ganglionnaires. Les cellules nerveuses produisent ce qui conduit : les neurofibrilles ; les cellules ganglionnaires produisent ce qui doit être conduit : le tonus nerveux. La cellule nerveuse a une structure complètement analogue à celle de la cellule musculaire. Elle produit de la substance conductrice (les neurofibrilles) de la même manière que la cellule musculaire produit de la substance contractile (les myofibrilles).
Les neurofibrilles s'accroissent par leurs deux extrémités en parcourant des voies préexistantes : du côté du centre elles pénètrent dans les cellules ganglionnaires ; du côté de la périphérie, dans les cellules sensorielles, les cellules musculaires, etc.
Ces fibrilles peuvent être divisées en deux groupes : les fibrilles sensitives f. s., excessivement fines, généralement réunies en faisceaux plus ou moins compacts et les fibrilles motrices/, m., beaucoup plus épaisses, existant seules ou en très petit nombre dans une fibre nerveuse.
FiG. 146.
Représentation schématique du trajet et des connexions des neurofibrilles chez les hirudinées (d'après Apathy).
Les fibrilles motrices proviennent directement des cellules ganglionnaires.
Les faisceaux de fibrilles sensitives, arrivés dans les ganglions nerveux, s'y comportent de deux façons, fig. 146 :
1°) Quelquefois ces faisceaux pénètrent directement dans les cellules ganglionnaires. Dans ces cas, les fibrilles sensitives parcourent la zone périphérique du prolongement unique de la cellule et arrivent ainsi dans le corps cellulaire où ces fibrilles primitives se résolvent en fibi-illes élémentaires ; celles-ci vont s'anamostoser les unes avec les autres et donner naissance à un réseau nerveux intracellulaire pouvant occuper une zone plus ou moins grande du protoplasme de la cellule correspondante. Dans certaines cellules, ce réseau nerveux n'occupe que la couche périphérique du corps cellulaire ; le prolongement unique de ces cellules nerveuses n'est parcouru que par des fibrilles très fines. Ce sont les cellules sensitives. (fig. 146, c. gg. s.). Dans d'autres cellules les fibrilles sensitives forment également un réseau nerveux dans la zone périphérique ; mais de ce réseau sortent des fibrilles qui se rendent en rayonnant vers un réseau nerveux central formé de fibrilles plus grosses ; celles-ci à leur tour se réunissent en une fibrille primitive beaucoup plus épaisse qui parcourt le centre du prolongement unique et peut se poursuivre jusque dans une fibre motrice. Le prolongement unique de ces cellules nerveuses est donc parcouru à la fois par des fibrilles très fines périphériques cellulipètes et par une fibrille centrale plus grosse, cellulifuge. Ce sont les cellules motrices, fig. 146, c. gg. m.
2° Les fibrilles sensitives peuvent aussi, à leur entrée dans un ganglion, ne pas se rendre dans les cellules ganglionnaires inais se résoudre directement en faisceaux plus petits de fibrilles élémentaires. Celles-ci vont s'anastomoser fréquemment avec des fibrilles voisines et constituer ainsi un réseau nerveux extracellulaire occupant toute l'étendue du ganglion. Ce réseau nerveux diffus ou réseau élémentaire diffus de Apathy, r. n. ext,, représenterait le réseau dont Gerlach a admis l'existence d'une façon hypothétique. De ce réseau diffus ou extracellulaire sortent des fibrilles primitives très fines qui se réunissent en fibrilles plus grosses. Celles-ci se rendent dans les cellules ganglionnaires pour y prendre part à la constitution du réseau intracellulaire, r. n. int.. Apathy admet que les fibrilles minces, qui proviennent du réseau nerveux difius ou extracellulaire et qui constituent la partie périphérique du réseau nerveux intracellulaire, sont sensitives ou centripètes et que la fibrille centrale plus épaisse, qui provient de la partie centrale du réseau nerveux intracellulaire, est motrice ou centrifuge.
Les fibrilles sensitives des nerfs périphériques, /. s., entrent donc dans les ganglions nerveux pour se rendre dans les cellules ganglionnaires, soit directement, soit après avoir pris part à la constitution du réseau diffus. Ces fibrilles ne se terminent pas dans ces ganglions ; elles s'y continuent avec le réseau intracellulaire et, par celui-ci, avec les fibrilles motrices.
Les fibrilles motrices, /. m., ne commencent pas dans les cellules ganglionnaires ; elles ne sont que la continuation des fibrilles sensitives après interposition du réseau nerveux.
Les cellules ganglionnaires sont simplement intercalées sur le trajet des fibrilles conductrices absolument comme les piles d'une batterie électrique se trouvent intercalées dans le réseau des fils télégraphiques.
Examinons maintenant la manière dont, suivant Apathy, ces fibrilles sensitives et motrices se comportent dans les organes périphériques.
Les fibrilles sensitives se rendent dans les cellules sensorielles soit dii^ectement, soit après avoir traversé une ou plusieurs cellules ganglionnaires, c. gg.. Dans la cellule sensorielle elle-même, fig. 146, c. s., la fibrille sensitive se résout en fibrilles élémentaires formant réseau. De celui-ci sort une fibrille unique qui parcourt le prolongement périphérique de la cellule sensorielle jusque dans le voisinage immédiat de la cuticule ; là, une partie de ses fibrilles élémentaires quittent ce prolongement pour former des fibrilles primitives qui vont se ramifier entre les cellules épithéliaies.
Un certain nombre de fibrilles sensitives se rendent directement entre les cellules épithéliaies sans entrer en connexion avec une cellule sensorielle. Toutes ces fibrilles intraépithéliales s'anastomosent les unes avec les autres de manière à former réseau. Les fibrilles sensitives ne se terminent donc nulle part. A leur extrémité périphérique elles sont unies les unes aux autres par le réseau nerveux intraépithélial. A leur extrémité centrale elles se résolvent dans le réseau nerveux extra- et intracellulaire et, par là, se continuent avec les autres fibrilles sensitives et avec les fibrilles motrices.
Les fibrilles motrices se comportent d'une façon identique. A leur extrémité centrale elles se continuent avec les fibrilles sensitives par l'intermédiaire du réseau nerveux intracellulaire. A leur extrémité périphérique, elles ne se terminent pas au niveau de la plaque motrice, mais pénètrent dans les cellules musculaires, s'y divisent un certain nombre de fois, puis sortent de ces cellules pour s'anastomoser avec les fibrilles voisines et donner ainsi naissance à un réseau moteur intercellulaire. Apathy admet une innervation analogue pour les cellules à cils vibratiles. Une neurofibrille entrerait dans chacune de ces cellules, s'y diviserait en un cône de fibrilles élémentaires de nature nerveuse allant se terminer par des bouts épaissis dans la cuticule, entre la base des différents cils. Ces bouts épaissis sont unis les uns aux autres et forment réseau.
Les fibrilles nerveuses, qu'elles soient sensitives ou motrices, forment donc, d'après Apathy, des voies conductrices continues : « Chez l'adulte, dit-il, les voies nerveuses ne se terminent nulle part ; les fibrilles primitives et les fibrilles élémentaires se continuent les unes avec les autres aussi bien à la périphérie que dans les centres par l'interposition d'un réseau nerveux, absolument comme les voies sanguines artérielles se continuent avec les voies veineuses par l'intermédiaire d'un réseau capillaire ».
Cette même structure se retrouverait dans le système nerveux des vertébrés. Apathy a examiné à cet effet les cellules de la moelle épinière et de la moelle allongée d'un poisson (Lophius), d'un batracien (Triton) et d'un mammifère (Bos).
Il admet que les fibrilles sensitives arrivent dans le corps cellulaire par les prolongements protoplasmatiques, qu'elles s'y résolvent en fibrilles élémentaires qui, en s'anastomosant les unes avec les autres, forment un réseau de neurofibrilles occupant toute l'étendue du somatoplasme. Au sortir de ce réseau les fibrilles élémentaires se réunissent de nouveau en neurofibrilles qui vont devenir les fibrilles constitutives du prolongement cylindraxile de la cellule nerveuse.
Ces recherches de Apathy forment la base anatomique de la plus importante des objections qui ait été élevée, dans le cours de ces dernières années, contre la rectitude de la doctrine des neurones, en tant que l'on considère cette doctrine comme se résumant tout entière dans le fait de l'indépendance anatomique des éléments nerveux. Ces recherches tendent, en efïet, à prouver l'existence d'un élément nerveux, la neurofibrille, indépendant génétiquement des fibres nerveuses et des cellules nerveuses qu'il ne fait que traverser, et qui serait continu depuis la surface sensible où se produit l'impression jusque dans l'organe musculaire où se manifeste la réaction. A ceux qui se refusent à admettre l'existence de cette continuité réelle entre tous les éléments nerveux, plusieurs auteurs, parmi lesquels surtout Nissl (12) et Bethe (2), opposent la netteté, la valeur démonstrative indiscutable des préparations d'APATHY.
Il y a ici, de la part de ces auteurs, une certaine exagération qu'il convient de faire ressortir et qui a une importance capitale dans la question qui nous occupe.
Il est indéniable que les préparations d'ApATHY, pour autant qu'elles se rapportent aux neurofibrilles des fibres nerveuses et au réseau endocellulaire des cellules ganglionnaires, montrent, avec une clarté et une netteté incomparables, tout ce que Apathy a décrit. Ces préparations sont des coupes d'environ 10 microns d'épaisseur, dans lesquelles les neurofibrilles sont colorées soit par l'hématéine, soit par le chlorure d'or. Ce sont quelques-unes de ces préparations que nous avons eu nous même l'occasion de voir au Congrès de Tubinge en 1900.
Mais les préparations, qui doivent montrer l'existence, dans le neuropile, d'un réseau élémentaire où toutes les fibrilles des fibres centripètes viennent se perdre, ne doivent pas être si nettes, ni si démonstratives que les autres, puisqu'ici il ne s'agit plus de coupes de ganglions colorés par le chlorure d'or, mais bien de ganglions entiers colorés par le bleu de méthylène et aplatis sous le couvre-objets. Il est évident que dans de pareilles conditions, pour peu que le nombre des fibrilles colorées soit un peu considérable, l'observation devient très difficile et des erreurs peuvent facilement se commettre.
C'est, sans aucun doute, le premier groupe seul des préparations d'ÂPATHY que Bethe (2) a en vue lorsqu'il dit (p. r6) : «kein Normalsiclitiger wird sich dem ùberzeugenden Eindruck der Apathy 'schen Pràparate entziehen kônnen, vorausgesetzt, dass nicht sein Auge durch Neid oder gekrànkte Kitelkeit getriibt ist» (!).
Ce qui prouve d'ailleurs que cette distinction à faire entre les deux groupes de préparations d'APATHY a son importance, c'est que les neurofibrilles des fibres nerveuses et le réseau des cellules nerveuses ont été retrouvées par Bethe, Prentiss, Cajal et nous-même, avec des méthodes variées, et cela exactement comme Apathy les avait décrits. Il n'en est malheureusement pas de même du réseau élémentaire diffus.
Bethe (i3) a étudié les hirudinées et les mollusques, en colorant les neurofibrilles par la méthode de Ehrlich au bleu de méthylène. Il n'a pas retrouvé, chez Carcinus Moenas, la différence radicale signalée par Apathy entre les fibrilles primitives des fibres motrices et celles des fibres sensitives. Il a vu des fibres manifestement centripètes n'avoir qu'une seule grosse fibrille, de même que des
Van Gehuchten. Système Nerveux, 4* éd.
fibres centrifuges posséder un faisceau de fibrilles fines. Arrivées dans la substance centrale du ganglion, les fibrilles primitives perdent leur gaine périfibrillaire pour entrer dans le neuropile ; elles se divisent alors par simple écartement de leurs fibrilles élémentaires. Chez Carcinus il n'a jamais vu d'anastomoses entre les plus fines fibrilles de deux neurones. Chez la sangsue il croit cependant avoir pu se convaincre qu'une continuité réelle entre deux neurones s'établit par les fibrilles primitives et cela parce que, à certains endroits très limités, il a vu deux ou trois fibrilles se réunir en délimitant des mailles (2). Mais ces endroits ne sont pas fréquents, car il a étudié souvent un grand nombre de coupes sans rencontrer une seule anastomose.
Malgré cela, il se croit en droit d'admettre l'existence du réseau élémentaire de Apathy non seulement chez la sangsue, mais encore chez les mollusques et tous les autres animaux.
De la lecture attentive du travail de Bethe (12), il semble résulter que cet auteur admet l'existence d'un réseau élémentaire en se basant bien plus sur des considérations physiologiques que sur des observations anatomiques. En fait, il n'a pas vu d'anastomoses chez Carcinus Moenas, il admet cependant leur existence, uniquement pour expliquer le fait de la persistance de l'excitabilité réflexe de la deuxième antenne après isolement du ganglion nerveux correspondant et résection de toutes les cellules nerveuses de ce ganglion (expérience dont nous parlerons ultérieurement). Par là nous sommes obligés d'admettre, dit-il, que l'excitation, amenée par les éléments récepteurs jusque dans le neuropile, est transmise directement, sans intervention des cellules des éléments moteurs, aux fibres motrices périphériques. Le chemin parcouru est ininterrompu. Il admet donc que les fibrilles primitives de l'élément récepteur se résolvent, dans le neuropile, dans leurs fibrilles élémentaires et que celles-ci vont devenir les fibrilles primitives des éléments moteurs. Des réseaux doivent donc exister.
Mais ce réseau élémentaire, admis par Bethe, n'est pas un réseau diffus comme le pense Apathy. Pour le prouver Bethe s'appuie encore sur des considérations physiologiques : si le réseau était diffus, dit-il, toute explication des processus nerveux serait impossible et la conduction isolée, centripète et centrifuge, serait inutile puisque, dans l'organe central, tout serait mélangé d'une façon diffuse.
Il est curieux de faire ressortir ces tentatives faites par Bethe pour conclure de la valeur physiologique d'un organe à sa constitution anatomique, alors qu'il s'élève avec tant d'énergie contre ceux qui voudraient déduire la fonction d'un organe de sa constitution anatomique. Les deux procédés nous paraissent également défectueux ; mais, à tout prendre, le second nous parait cependant de loin supérieur au premier.
Prentiss (14) a étudié, sous la direction de Bethe, le neuropile chez la sangsue et chez l'écrevisse au moyen de la méthode au molybdate d'ammoniaque. Il a trouvé des réseaux, mais tous de peu d'étendue. Une connexion fibrillaire générale n'existait nulle part dans le neuropile. Les réseaux qu'il a vus étaient formés de quelques mailles unissant deux ou plusieurs fibrilles. Un réseau existerait donc dans le neuropile, mais loin d'être général et diftus, Prentiss a trouvé un grand nombre de petits réseaux plus ou moins indépendants, reliant les uns aux autres un nombre relativement petit de neurones.
Cajal (i5) a étudié les ganglions nerveux de la sangsue au moyen de sa nouvelle méthode au nitrate d'argent réduit. Il a trouvé les fibres nerveuses et les cellules nerveuses telles qu'APATHY les a décrites ; mais, dans le neuropile, il n'a nulle part trouvé la moindre trace d'anastomoses. Nous avons repris les mêmes recherches et
FiG. 147.
Cellules ganglionnaires de la sangsue(inéthode de Cajal).
nous sommes arrivé aux mêmes résultats. Pour ce qui concerne la beauté et la netteté des préparations faites avec la méthode de Cajal, nous pouvons affirmer avec ce savant qu'elles ne le cèdent en rien aux préparations d'APATHY faites avec le chlorure d'or. Dans les cellules nerveuses, fig. 147, il existe un réseau nerveux indiscutable, dont la disposition varie quelque peu d'une cellule à l'autre, mais dont les trabécules se continuent directement avec les neurofîbrilles du prolongement unique. Dans la masse centrale du ganglion, il n'y a que des fibrilles entrecroisées dans tous les sens, sans trace aucune d'anastomoses donnant naissance à un réseau extracellulaire.
De tout cela il résulte donc que l'existence d'anastomoses réelles entre les fibrilles nerveuses qui entrent dans la constitution du neuropile, dans les ganglions des hirudinées, est loin d'être établie sur des faits indiscutables.
Il ressort des vues émises par Apaïhy que les neurofibrilles, qui existent dans
les cellules ganglionnaires, ne sont pas le produit de la difîérentiation immédiate du protoplasme cellulaire, mais représentent plutôt des individualités anatomiques- provenant de la différentiation de ce qu'il appelle les cellules nerveuses. Ces fibrilles, dans le cours du développement, se sont allongées en parcourant des voies préexistantes et ont pénétré du dehors dans le corps de la cellule ganglionnaire. Cette idée, purement théorique, ne cadre en aucune façon avec les résultats fournis par la méthode de Cajal qui montre que, dans le cours du développement, les neurofibrilles des cellules de Purkinje du cervelet, par exemple, existent
Fig. 148.
A. Cellule de Purkinje d'un embryon de chat. B. Cellule de Purkinje d'un embryon de poulet de 17 jours déjà dans le corps cellulaire (d'après A. Michotve). aloi's que celui-ci est presque
complètement dépourvu de ramifications protoplasmatiques, fig. 148. Dès que ces
prolongements se forment, les neurofîbrilles y surgissent bien que ces prolongements soient, à ce moment donné, complètement indépendants. Les neurofibrilles sont donc bien un produit de la différentiation du protoplasme de la cellule même où on les trouve.
Théorie de Held. — Depuis que la méthode de Golgi a prouvé l'existence de nombreuses ramifications cylindraxiles autour du corps des cellules nerveuses ainsi que de leurs prolongements protoplasmatiques, les auteurs ont porté leur attention sur les rapports anatomiques qui doivent exister entre ces ramifications cylindraxiles d'une part et la partie protoplasmatique de la cellule nerveuse d'autre part. Il parait évident, en effet, à priori, que si des anastomoses doivent exister entre les différents éléments nerveux, c'est à l'endroit où ces éléments arrivent en contact qu'on aura le plus d'espoir de les rencontrer. La surface du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques a donc été explorée avec les méthodes les plus variées, permettant, non seulement de colorer les ramifications cylindraxiles amyéliniques, mais encore de mettre en relief leur structure histologique.
Held (i6) le premier a entrepris ces recherches. D'après cet auteur, le protoplasme des cellules nerveuses présente une partie organisée, plus ou moins réticulée : le cytospongium , plongeant dans une masse fondamentale ; celle-ci renferme de nombreuses granulations que, par certains procédés de coloration et de différentiation, on peut parvenir à colorer d'une façon exclusive. Held les désigne sous le nom de neurosomes. Ces deux parties du protoplasme des cellules nerveuses existent également dans le prolongement cylindraxile : le cytospongium forme ici les fibrilles longitudinales unies entre elles par des trabécules transversales, il prend le nom d'axospongium ; les granulations interposées gardent le nom de neurosomes.
Ces neurosomes sont surtout abondants dans les ramifications terminales du prolongement cylindraxile, contrairement aux ramifications terminales des prolongements protoplasmatiques qui n'en renferment guère. Ces circonstances permettraient, d'après Held, d'étudier la façon spéciale dont les dernières ramifications cylindraxiles se comportent par rapport au corps cellulaire et aux prolongements protoplasmatiques .
Held conclut de ses recherches, que la surface du corps de chaque cellule nerveuse et des prolongements protoplasmatiques qui en dépendent est enveloppée d'une masse ou d'une couche granuleuse, formée de neurosomes appartenant aux ramifications terminales d'un ou de plusieurs prolongements cylindraxiles. Cette masse granuleuse, avec les ramifications cylindraxiles auxquelles elle appartient, forme, autour de la cellule nerveuse, un véritable manteau nerveux qu'il désigne sous le nom de surface cylindraxile terminale (Axencylinderendflâche), enveloppant complètement le corps de la cellule nerveuse (manteau péricellulaire) et toute l'étendue des prolongements protoplasmatiques (manteau péridendritique). Ce manteau nerveux est, dans quelques rares cas, formé par les ramifications terminales d'un seul prolongement cylindraxile ; le plus souvent cependant, un grand nombre de ces prolongements prennent part à sa constitution. Ces ramifications cylindraxiles terminales ne s'entrelacent pas uniquement les unes dans les
autres de manière à former plexus ; elles s'anastomosent entre elles de manière à constituer un véritable réseau. Par ce réseau cylindraxile un grand nombre de cellules nerveuses se continuent directement les unes avec les autres.
Cette enveloppe granuleuse est formée d'amas granuleux de volume variable et de stries granuleuses. Les amas granuleux s'appliquent, par une partie élargie, sur la face externe du corps cellulaire ou des dendrites de façon à prendre une forme plus ou moins triangulaire ; à ces amas de neurosomes Held donne le nom de pieds tenniiiaiix CEndiusse) ou parties terminales des ramifications cylindraxiles. Ces pieds terminaux s'appliquent sur le corps cellulaire ou sur la surface des dendrites et s'y fusionnent, par concrescence, avec le protoplasme de ces derniers. Ces amas granuleux ne sont d'ailleurs que des parties épaissies d'un réseau nerveux terminal péricellulaire formé par les anastomoses des ramifications cylindraxiles d'un grand nombre de cellules nerveuses.
Dans l'esprit de Held, les connexions interneuroniques s'établiraient donc de deux façons : 1° par le réseau nerveux terminal péricellulaire unissant entre elles les ramifications cylindraxiles de plusieurs cellules distinctes ; 2° par les pieds terminaux reliant, par continuité de substance, le réseau péricellulaire au protoplasme de la cellule voisine.
Par cette double connexion l'ébranlement nerveux, amené par un prolongement cylindraxile, peut se transmettre ou bien au corps cellulaire enveloppé par ce réseau, ou bien aux autres prolongements cylindraxiles qui entrent dans sa constitution. Tout dépend, d'après Held, des conditions de transmission plus ou moins favorables que présentent, à un moment donné, le réseau péricellulaire et les cylindreaxes qui y aboutissent d'une part et le pi-otoplasme de la cellule nerveuse d'autre part. Held s'appuie sur ce fait pour combattre la théorie de la polarisation dynamique des éléments nerveux, et pour admettre la conduction dans les deux sens dans tous les prolongements qui dépendent d'une cellule nerveuse.
A la suite de la publication de ce travail de Held, Auerbach (17) a fait remarquer que, déjà en 1897, il a affirmé, en se basant sur un nouveau procédé de coloration, que, dans toutes les régions du névraxe, les cellules nerveuses ainsi que leurs dendrites sont entourées d'un lacis de fibrilles. A la suite du travail de Held, il incline à admettre l'existence d'un véritable réseau péricellulaire. Les points nodaux de ce réseau se présentent comme de petits épaississements coniques, qu'il désigne sous le nom de boutons terminaux (Endknôpfchen) et qui s'appliquent par leur base sur la surface du corps cellulaire et des dendrites qui en proviennent. Mais, contrairement à l'opinion de Held, ces boutons terminaux ne se continuent pas avec le protoplasme cellulaire ; il n'y a donc pas continuité de substance : la transmission des ébranlements nerveux se fait par contact.
Les réseaux vus par Auerbach ne sont cependant pas uniquement des réseaux péricellulaires. Dans certaines régions grises, les réseaux péricellulaires seraient unis les uns aux autres par un réseau diffus intercellulaire.
Par ces recherches de Held et de Auerbach deux faits semblent acquis : 1° l'existence à'anias granuleux, de pieds terminaux ou de boutons terminaux sur toute l'étendue de la face externe du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques.
2° L'existence d'un réseau péricellulaire enveloppant de ses mailles serrées toute l'étendue de la partie protoplasmatique de toute cellule nerveuse.
Les boutons terminaux et le réseau péricellulaire ne seraient, pour ces auteurs, que deux parties plus ou moins distinctes d'une même disposition anatomique.
La valeur de ces deux parties a été diversement interprêtée par les auteurs.
Réseau péricellulaire. Golgi (i8), le premier, a décrit un réseau autour des cellules motrices du trijumeau; il le considère comme étant probablement de nature neurokératinique et comme représentant un appareil d'isolement des éléments nerveux.
DoNAGGio (19) a également signalé l'existence d'un réseau à la surface du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques. Ce réseau ne serait rien d'autre que la partie périphérique du réseau endocellulaire. Cajal (20) partage la même opinion.
La Villa (21), avec la méthode de Golgi, et Semi Meyer (22), avec le bleu de méthylène, ont mis en évidence, autour de certaines cellules nerveuses, l'existence d'un entrelacement de fibrilles nerveuses sans trace d'anastomoses,
D'après Vinxenzi (22^'^), le revêtement de la cellule nerveuse décrit par Golgi serait continu ; les mailles du réseau de Golgi seraient occupées par une substance uniformément colorée de telle sorte que chaque polygone serait une petite plaquette ou squame. Ce revêtement péricellulaire serait, au moins dans quelques cas, en connexion avec des vaisseaux capillaires (!).
Le réseau péricellulaire a surtout attiré l'attention des auteurs depuis que Bethe (23) est parvenu à le mettre en relief avec une clarté et une netteté qui n'avaient pas encore été atteintes. Il le désigne sous le nom de réseau de Golgi.
Bethe (2) considère ce réseau comme étant de nature nerveuse et comme représentant l'élément nerveux servant d'intermédiaire entre les neurofîbrilles du corps cellulaire et les neurofibrilles des ramifications cylindraxiles. Pour Bethe, en effet, tous les éléments nerveux sont en continuité anatomique les uns avec les autres au moyen de l'élément conducteur par excellence, les neurofîbrilles. C'est dans les trabécules du réseau de Golgi que s'établit cette continuité entre les neurofîbrilles des différents éléments nerveux.
Held (24) est revenu tout récemment sur la signification du réseau péricellulaire. Il admet l'existence, non pas d'un seul, mais de deux réseaux différents l'un de l'autre par leur connexion anatomique et par leur fonction. Le réseau de Golgi est indépendant des ramifications cylindraxiles voisines. Il n'a rien à faire avec la fonction de conduction de l'influx nerveux. Il est de nature neuroglique et n'a d'autre fonction que d'isoler et de soutenir les cellules nerveuses. A côté de ce réseau de neuroglie, chaque cellule possède encore un réseau nerveux péricellulaire, réellement formé par des ramications cylindraxiles anastomosées.
En se servant d'une méthode spéciale d'imprégnation des neurofibrilles, Biel- SCHOWSKY (24'''^) est arrivé tout recéinent aux mêmes résultats. Pour lui, il existe autour de chaque cellule : 1° un réseau nerveux à trabécules fines et grêles de nature cylindraxile occupant la membrane cellulaire elle-même ; 2" un réseau plus lâche, correspondant au réseau de Golgi, décrit par Bethe. La question de la valeur réelle de ce dernier réseau est une des plus épineuse de l'histologie des centres nerveux, aussi Bielschowskl s'abtient- 11 de formuler un jugement.
Les mailles du réseau de Golgi ne sont pas vides.
Bethe (22) y a observé quelquefois une granulation irrégulière. Donaggio (25) y a
signalé, en igoi, l'existence de fibrilles très grêles se réunissant au centre, soit eu un point nodal plus ou moins volumineux, soit en un petit anneau fibrillaire. Ces fibrilles forment véritalement un réseau à mailles étroites dans les mailles plus grandes du réseau de GoLGi, dont il n'est qu'une dépendance.
Held trouve dans chacune d'elles une granulation plus ou moins étoilée, qu'il considère comme un amas de protoplasme. Ces amas ne sont rien d'autre que les pieds terminaux de Held ou les boutons terminaux d'AuERBACH. Mais tandis que, en 1897, il croyait que ces amas de neurosomes n'étaient que les points nodaux du réseau péricellulaire mis en évidence par la méthode de Golgi, il les considère maintenant comme indépendants de ce réseau. Ces amas de neurosomes sont unis les uns aux autres par de fines trabécules, qui croisent les trabécules plus grosses du réseau neuroglique (ou réseau de Golgi), de façon à former un véritable réseau nerveux reliant anatomiquement entre eux un nombre variable d'éléments nerveux. Ces amas de neurosomes sont, d'ailleurs, en connexion avec les fibrilles nerveuses de la substance grise. On pourrait donc les considérer comme des renflements terminaux ou les surfaces terminales de ces fibrilles.
Cajal (26) a soumis les observations de Bethe à une longue critique. Il conclut de ses recherches que les réseaux de Golgi sont des productions artificielles, résultant probablement de la coagulation de quelque substance albuminoïde dans les espaces péricellulaires et péridendritiques. Donaggio (27) s'est élevé contre cette manière de voir. Il estime que le réseau péricellulaire existe en réalité, mais que, conformément à l'opinion de Golgi, ce réseau n'est pas de nature nerveuse, que les fibrilles du tissu ambiant qui viennent s'y terminer, sont probablement de nature neuroglique. Quant aux boutons terminaux, qu'il a décrits lui-même en 1901, bien que son procédé de coloration des neurofibrilles colore les plus fines fibrilles nerveuses, il n'a jamais vu une neurofibrille se mettre en connexion avec ces boutons. D'ailleurs certaine de ses méthodes lui permet de colorer d'une façon constante le réseau péricellulaire sans jamais colorer les fibrilles nerveuses ; une autre méthode colore à la fois le réseau péricellulaire et les fibrilles nerveuses sans jamais montrer d'anastomoses des neurites terminales avec le réseau péricellulaire. De l'ensemble de ses recherches Donaggio conclut qu'il n'est nullement démontré que le réseau de Golgi soit de nature nerveuse. L'opinion la plus probable lui paraît être celle de considérer tout l'appareil périphérique des cellules nerveuses comme dépourvu de toute fonction de conduction.
Boutons terminaux. Les boutons terminaux n'ont guère, depuis 1897, attiré l'attention des auteurs. Bethe (2) estime que ce sont des produits de désagrégation des réseaux de Golgi sous l'influence de certains fixateurs. Nous avons vu que Held les a différenciés, en 1902, du réseau de Golgi, pour en faire les points nodaux d'un second réseau péricellulaire, réseau nerveux formé par les anastomoses des ramifications cylindraxiles.
Dans ces derniers temps, Cajal (i5) a fait connaître une méthode nouvelle permettant de mettre en évidence, avec une netteté surprenante, les neurofibrilles du corps cellulaire et de toutes les ramifications protoplasmatiques en même temps que les ramifications terminales péricellulaires des prolongements cylindraxileSé
Cette méthode consiste à soumettre le tissu nerveux (soit frais, soit après fixation de 24 heures dans l'alcool à 94° ou dans l'alcool additionné de quelques goutte d'ammoniaque, à l'action du nitrate d'argent (solution à i ou i,5 % à l'étuve 3o» à 35° pendant 3 à 5 jours). Après im lavage rapide à l'eau distillée, on fait séjourner les pièces, n'ayant que quelques millimètres d'épaisseur, dans un bain réducteur d'hydroquinone ou d'acide pyrogallique (i 0/0 de réducteur pour 100 parties de formol à 10 "/o).
Il n'a jamais vu, dans aucune de ses préparations, la moindre apparence d'un réseau péricellulaire. Nos observations personnelles nous ont conduit au même résultat. Nous devons en conclure, avec Donaggio, que si le réseau de Golgi existe, il n'est sûrement pas formé par des neurofibrilles et par conséquent il ne peut avoir la haute fonction que lui a attribuée Bethe, celle d'être l'intermédiaire entre les neurofibrilles des ramifications cylindraxiles et les neurofibrilles du corps protoplasmatique, c'est-à-dire le lieu où s'établit la continuité anatomique de l'élément conducteur des éléments nerveux. Il résulte naturellement de là que, si le réseau de Golgi n'est pas un réseau nerveux, il perd toute valeur comme argument à opposer à la doctrine des neurones : l'indépendance anatomique des éléments nerveux tels que nous les montrent la méthode de Golgi au chromate d'argent et la méthode de Ehrlich au bleu de méthylène.
Mais la méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal n'a pas seulement démontré l'absence du réseau péricellulaire, elle a encore mis en lumière un fait positif de la plus haute importance : elle montre l'existence, autour du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques, d'un grand nombre de cellules nei^veuses, des amas de neurosomes ou pieds terminaux de Held et des boutons terminaux de Auerbach. Ilrésulte de nos recherchespersonnelles(28), ainsi que de celles de CAjALÎaôj, que ces boutons terminaux se présentent généralement sous la forme de massues de forme variable, suspendues à de fins filaments légèrement ondulés. Ces massues tantôt sont granuleuses et pyriformes, tantôt se présentent sous la forme d'un petit anneau terminal quelque peu irrégulier, tantôt encore affectent la forme d'une petite plaque homogène ayant beaucoup de ressemblance avec les boutons terminaux au moyen desquels les fibres nerveuses se terminent sur les muscles lisses des invertébrés,
Quelle que soit la forme que puissent affecter ces masses ou plaquettes terminales, une chose est certaine : elles sont indépendantes les unes des autres en même temps qu'elles sont indépendantes du corps cellulaire et des dendrites avec lesquels elles arrivent en contact. Les filaments, auxquels ces plaques sont suspendues, proviennent du tissu ambiant formé par un entrelacement inextricable de fibrilles nerveuses représentant les dernières ramifications cylindraxiles de neurones plus ou moins éloignés.
Il résulte de ces observations positives que les boutons terminaux de Held et d'AuERBACH existent en réalité. Mais ces boutons ne sont pas reliés entre eux par des trabécules transversales, ils ne sont pas les points nodaux d'un réseau péricellulaire comme le pensent ces deux auteurs ; ou, tout au moins, si ce réseau péricellulaire existe, il ne peut être formé que par du protoplasme homogène complètement dépourvu de neurofibrilles. Il perd donc toute valeur au point de vue des connexions anatomiques et ne peut servir à établir une continuité absolue entre l'élément conducteur de tous les éléments nerveux.
Ces connexions interneuroniques par plaquettes terminales n'existent d'ailleurs pas autour du corps cellulaire de tous les éléments nerveux ; elles ne représentent pas une disposition générale se retrouvant dans toutes les l'égions grises du névraxe.
tti&feV'--- - - - — 1
Boutons terminaux autour des cellules nerveuses de la formation réticulaire
d'un bulbe de lapin.
Nous ne les avons observées, jusqu'à présent, qu'aux cellules volumineuses, du type moteur, éparpillées dans la formation réticulaire du bulbe et du pont de Varole, aux cellules du noyau de Deiters ainsi qu'aux cellules radiculaires des nerfs péri-
phériques. Cajal les a retrouvées encore au niveau des cellules de l'olive supérieure et Marinesco (29) autour des cellules du noyau ventral de l'acoustique. Elles nous paraissent faire défaut aux cellules mitrales du bulbe olfactif, aux cellules pyramidales de l'écorce cérébrale et surtout aux cellules de Purkinje du cervelet.
Leur absence autour des cellules pyramidales de récorce a son importance. Nous verrons, en effet, dans une leçon ultérieure, que les ramifications protoplasmatiques de ces cellules sont pourvues, sur toute leur longueur, de petites ramifications roUatérales que l'on désigne généralement sous le nom à'appc7idices filiformes (Van Gehuchten) ou pyriformes 'Stefanowska). Quel<iues auteurs ont voulu les considérer comme des productions artificielles. Held (24) pense qu'ils ne représentent rien d'autre ()ue les boutons terminaux imprégnés en même temps que la cellule sur laquelle ils s'appliquent. Le fait que la méthode de Cajal ne permet pas de les mettre en évidence au niveau des cellules pyramidales prouve qu'on ne peut leur attribuer cette signification. Il serait d'ailleurs étrange de voir la méthode de Cajal fournir des résultats négatifs, là précisément où ces appendices sont les plus nombreux et où la méthode de Golgi les imprègne avec la plus grande facilité, tandis qu'ils échapperaient à l'influence du chromate d'argent là où l'argent réduit les montre le plus développé.
Si les boutons terminaux font défaut autour des cellules de Purkinje, la méthode de Cajal montre cependant qu'il existe, autour de ces corps cellulaires, le riche plexus fibrillaire périsomatique si bien mis en évidence par la méthode de GoLGi. Les résultats fournis par cette nouvelle méthode de recherches, loin de contredire les conclusions tirées des observations faites avec la métliode de Golgi, les confirment au contraire dans tous leurs détails. Cela est d'autant plus important que la méthode de Cajal échappe complètement aux objections formulées contre la méthode de Golgi, notamment celle d'être une méthode anatomique et pas histologique (Nissl), de ne colorer que la gaîne périfibrillaire et de n'avoir aucune action sur l'élément conducteur par excellence, les neurofibrilles.
Tout récemment Auerbach (3o), a publié de nouvelles recherches sur le mode de connexion des boutons terminaux avec le corps protoplasmatique de la cellule nerveuse. Alors que, antérieurement, il avait défendu l'idée qu'il n'y a pas de continuité de substance au point d'application des boutons terminaux, il partage maintenant l'avis de Helu. Chaciue bouton renfermerait deux ou trois fibrilles très fines englobées dans une masse fondamentale. Celle-ci seule s'arrête a la surface du corps cellulaire tandis que les fibrilles pénétrent dans l'intérieur de la cellule, pour s'y fusionner avec les neurofibrilles du protoplasme.
Held (3i) n'admet pas les conclusions qui se dégagent des recherches faites avec la méthode de Cajal. En colorant les coupes traitées par cette dernière méthode, soit par l'asolhématoxyline, soit par le chlorure d'or, il a vu partir de la base des boutons terminaux tantôt un réseau plus fin allant se continuer avec les trabécules du réseau de la cellule nerveuse, tantôt des fibrilles plus fines pénétrant dans le corps cellulaire pour y devenir une neurofibnlle intracellulaire, de telle sorte qu'au point d'application des boutons terminaux il n'y a pas simplement contact, mais continuité réelle établie par les neurofibrilles. Les pieds terminaux seraient donc, non seulement des pieds de connexion ^Verbindungfùsse) entre cellules distinctes, mais encore les endroits de passage pour les fibrilles appartenant à des cellules différentes et établissant la continuité d'une voie nerveuse spécialement différenciée dans le sens d'APAXHY. Il est intéressant de faire remarquer que, dans ces dernières recherches, Held ne considère plus ces pieds terminaux comme les points nodaux d'un réseau nerveux absolument distinct du réseau neuroglique ou réseau de Golgi ; ou plutôt, pour être plus exact, il ne parle pas de ce réseau nerveux,
preuve sans aucun doute qu'il n'y a pas trouvé de fibrilles et que, par conséquent, si ce réseau existe il ne doit pas intervenir dans la fonction de conduction.
BiELScuowsKY (24'''^) admet également que le bouton terminal n'est pas la terminaison réelle de la ramification cylindraxile péricellulaire, mais que de la base de chacun de ces renflements partent des prolongements très grêles, qui pénètrent dans la membrane cellulaire sans qu'on puisse établir exactement leur sort ultérieur. Ce qui paraît le plus probable, c'est que ces fibrilles se continuent avec celles du corps protoplasmatique de telle sorte que les pla(iupttes de C.'^jal ne seraient pas des organes de contact de la fibrille péricellulaire, mais une station dans la voie nerveuse au niveau de laquelle la substance périfibrillaire disparait en même temps que le faisceau de fibrilles qu'elle enveloppait se disloque et que les fibrilles s'écartent les unes des autres.
Théorie de Bethc. — Bethe (2) fait ressortir que, chez beaucoup d'invertébrés (méduses, polypes, actinies, cténophores et peut-être échinodermes), le système nerveux est réparti d'une façon diffuse à travers tout le corps. Il ne renferme que des cellules nerveuses, bipolaires ou multipolaires, anastomosées par leurs branches protoplasmiques de façon à former un véritable réseau diÛus. Chez d'autres animaux (les vers, les arthropodes et même les vertébrés), les larges anastomoses enti'e prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses n'existent plus, d'une façon typique, qu'à certains endroits du système nerveux. Enfin, d'après les résultats fournis par la méthode de Golgi, les anastomoses intcrcellulaires feraient complètement défaut dans le système nerveux central de tous les vertébrés.
Si ces faits sont vrais, dit Beïhe, ils nous obligent à admettre l'une des deux hypothèses suivantes : 1° Ou bien il existe, dans l'échelle zoologique des êtres, deux formes nettement distinctes d'organisation nerveuse, l'une caractérisée par la continuité anatomique de tous les éléments nerveux, continuité qui se réalise par de larges anastomoses entre les prolongements des cellules nerveuses ; l'autre, par l'indépendance morphologique des éléments nerveux ou, au moins, par l'absence complète de connexion protoplasmatique.
2° Ou bien, nous devons en finir avec l'idée d'après laquelle la partie protoplasmatique du tissu nerveux est la partie essentielle et nous devons chercher des éléments structuraux nouveaux, qui nous permettent de combler l'immense lacune qui sépare le réseau nerveux des animaux inférieurs, où tout est continu, des éléments indépendants du système nerveux des vertébrés.
La première h3''pothèse a été admise pe^idant un certain temps par Bethe (32) et par HoLMGREN (33). Bethe a pensé que, chez les crustacés par exemple, les cellules nerveuses anastomosées pourraient bien appartenir à un système nerveux spécial, caractérisé par la continuité des éléments qui le constituent, en opposition anatomique et peut-être même fonctionnelle avec le système formé de neurones indépendants. 11 a abandonné cependant cette manière de voir (2), parce qu'il lui semblait qu'elle avait quelque chose de trop artificielle.
La seconde hypothèse ne serait pour lui qu'un pas en avant dans l'évolution des idées concernant l'élément conducteur de l'influx nerveux.
Au début de nos connaissances on considérait cet élément comme représenté par les gros nerfs. Avec les progrès de la technique microscopique, marchant de pair avec les progrès de nos connaissances histologiques, cet élément conducteur a été localisé d'abord dans la fibre nerveuse dans sa totalité, puis dans le cylindre-axe seul.
Cet élément a toujours été considéfé comme devant être quelque chose de continu. Cette idée de continuité a été abandonnée par les partisans de la doctrine des neurones, parce qu'ils ne pouvaient se convaincre d'une véritable continuité des parties protoplasmatiques dans les centres nerveux des vertébrés. Si l'on pouvait démontrer, dit Bethe, l'existence, dans les fibres et les cellules nerveuses, d'un élément qui répond mieux à la nécessité d'une continuité que les parties protoplasmiques elles-mêmes, tout désaccord disparaîtrait dans l'organisation nerveuse, puisqu'une continuité protoplasmatique ne doit pas plus exister qu'une continuité de la gaine myélinique. Si la continuité de cet élément hypothétique pouvait être démontrée partout où existe une organisation nerveuse, on aurait trouvé un principe morphologique unique et la distinction entre réseaux nerveux et fibres nerveuses serait, au fond, d'une nature tout aussi secondaire que celle qui existe entre fibres nerveuses myéliniques et amyéliniques. Or, cet élément nerveux unique n'est plus, depuis quelques années, un élément hypothétique ; il existe, en réalité, dans les fibrilles primitives ou les neurofibrilles. Ces fibrilles forment, en effet, d'après Bethe, l'élément conducteur par excellence de l'influx nerveux, par l'intermédiaire duquel la continuité anatomique s'établit entre tous les éléments nerveux.
A certains endroits de tout système nerveux, des neurofibrilles venant de régions différentes s'anastomosent entre elles et forment réseau. Le lieu où ces anastomoses s'établissent est variable d'un animal à l'autre. Quand on l'étudié dans la série des êtres, dit Bethe, on constate que le réseau endocellulaire existe seul chez les animaux inférieurs, que le réseau extracellulaire est la disposition typique chez les vertébrés, et qu'entre ces deux extrêmes on trouve un passage graduel qui montre que c'est le réseau endocellulaire qui se déplace, pour devenir neuropile chez les hirudinées et les crustacés, réseau péricellulaire chez tous les vertébrés.
Chez les animaux inférieurs (méduses, polypes, actinies, cténophores et peutêtre échinodermes), le système nerveux est réparti d'une façon diffuse à travers tout le corps. Il est formé de cellules nerveuses pourvues uniquement de ramifications protoplasmatiques. Celles-ci s'anastomosent les unes avec les autres de façon à
FiG. 150.
Schéma montrant le trajet des neurofibrilles dans le réseau'nerveuxdes animaux inférieurs
(d'après Bethe).
former un réseau diffus. Ce réseau représente phylogénétiquement la forme initiale du système nerveux. Dans les cellules nerveuses et dans les troncs protoplasma-
Schéma du trajet des fibrilles dans le système nerveux des vers (Hirudo) (d'après Bethe).
tiques qui les unissent existent des neurofibrilles. Ces neurofibrilles forment réseau dans les coips cellulaires ; elles sont indépendantes dans les branches anastomotiques, fig. 150.
Chez les vers, les cellules nerveuses ne sont plus distribuées irrégulièrement à travers tout le corps, elles se
sont réunies en une partie centrale : les ganglions de la chaîne ventrale unis les uns aux autres par des nerfs commissuraux.
Les ganglions sont formés d'une partie centrale, le neuropile, et d'une partie périphérique, les cellules nerveuses. Les cellules nerveuses ne sont plus anastomosées entre elles par des branches protoplasmiques ; le réseau primitif protoplasmalique n'existe donc plus.
Dans les cellules nerveuses on retrouve encore un réseau fibrillaire endocellulaire ; mais, à côté de lui, il existe un second réseau extracelliilaire, intercalé entre les cellules nerveuses et formant la partie principale du neuropile. Les fibrilles qui traversent ces réseaux extracellulaires relient entre
elles toutes les cellules
nerveuses, fig. I5l.
Bethe considère phylogénétiquement ce réseau extracellulaire comme représentant une partie du réseau endocellulaire des animaux inférieurs.
Ce déplacement du réseau en dehors des cellules nerveuses s'accentue de plus en plus, au fur et à mesure que l'on remonte dans l'échelle zoologique des êtres. Chez les crustacés, fig. 153, il est déjà plus avancé que chez les hirudinées. Chez ces dernières, toutes les neurofibrilles entrant dans la constitution du réseau extracellulaire sont en connexion directe ou indirecte avec le réseau endocellulaire. Les fibrilles centripètes se
Fig. 153.
Schéma du trajet des fibrilles dans le sj'stème nerveux des crustacés (d'après Bethe).
— igo —
perdent dans le neuropile, les fibrilles centrifuges proviennent du réseau endocellulaire des cellules nerveuses. Chez les crustacés il n'en est plus ainsi ; le réseau endocellulaire a perdu de son importance au profit du réseau extracellulaire puisqu'ici il existe, dans chaque neurone, un nombre considérable de neurofibrilles complètement indépendantes du réseau endocellulaire. D'ailleurs, les fibrilles motrices sortent presque toutes du neuropile et sont par conséquent indépendantes du réseau endocellulaire.
Chez les vertébrés, fig. 153, le déplacement du réseau endocellulaire a atteint
son apogée. A part quelques cellules nerveuses spéciales qui présentent encore un réseau endocellulaire, il n'existe plus de réseau dans le corps protoplasmatique ; il n'y a plus là que des fibrilles, indépendantes les unes des autres, qui traversent le corps cellulaire, comme elles parcourent les cylindre-axes des fibres nerveuses. Le réseau fibrillaire, utile au fonctionnement des centres nerveux, a partout quitté la cellule pour se localiser en dehors d'elle, soit comme réseau péricellulaire, soit comme réseau intercellulaire. La cellule nerveuse, pour autant qu'elle intervient dans la fonction de conduction, sert uniquement de voie de passage, tout comme les fibres nerveuses périphériques. D'ailleurs le plus grand nombre des neurofibrilles ne passent même plus par les cellules nerveuses, mais se rendent directement d'un prolongement protoplasmatique dans un autre. A un endroit quelconque de ce prolongement, la neurofibrille quitte la branche protoplasmatique pour entrer dans le réseau péricellulaire, où elle se continue avec les neurofibrilles amenées par les ramifications cylindraxiles. Le réseau nerveux fibrillaire forme donc, d'après BETHE,la partie la plus importante des centres nerveux. D'abord situé à l'intérieur même des cellules nerveuses, on voit ce réseau quitter ces dernières au fur et à mesure que l'on monte dans l'échelle des êtres ; quand ce déplacement a été effectué, les cellules nerveuses perdent en quelque sorte toute importance au point de vue du fonctionnement du système nerveux, il ne leur reste plus à exercer qu'une action trophique. Aussi Bethe arrive-t-il à cette conclusion étrange, c'est qu'il n'y a plus de centres nerveux. Tout le s}'stème nerveux central se réduit à un réseau élémentaire, dans lequel pénètrent de tous côtés des fibrilles centripètes et d'où sortent les fibrilles centrifuges, toutes ces fibrilles étant en continuité directe les unes avec les autres.
Fig. 153.
Schéma du trajet des fibrilles de la système nerveux des vertébrés (d'après Bethe).
— igi —
Encore convient-il d'ajouter que cette action trophique elle-même devient très discutable, puisque Bkthe (2) croit avoir démontré <]ue la dégénérescence du bout périphérique d'un nerf sectionné ne tient pas à la suspension de l'influence trophique que la cellule nerveuse exerce sur la fibre nerveuse, mais doit uniquement être attribuée à l'action traumatique exercée sur la fibre nerveuse. La cellule nerveuse n'exercerait pas sur la fibre nerveuse d'inflxience trophique, puisqu'un nerf peut se régénérer autogénétiquement, sans l'intervention d'une cellule nerveuse ; de plus, la section de ce nerf autorégénéré, sans connexion avec les centres médullaires, est cependant suivie de la nouvelle dégénérescence du bout périphérique. De telle sorte que, privée même de son action trophique, la cellule nerveuse, ou mieux le corps cellulaire du neurone, devient véritablement quelque chose de superflu dans le fonctionnement du système nerveux de l'adulte.
C'est là la conception générale que Bethe se fait de l'organisation nerveuse dans la série zoologique des êtres. Si l'on se demande pourtant sur quels faits anatomiques toute cette conception ingénieuse repose, on arrive bientôt à la conviction que ces faits font totalement défaut.
Bethe admet l'existence d'un réseau nerveux protoplasmatique chez les animaux inférieurs en se basant essentiellement sur les observations des frères HertwiG et de EiMER. Les recherches de FIavet (34) ont cependant montré que chez les actinies il n'y a que des cellules indépendantes.
Chez les hirudinées il admet l'existence d'un réseau fibrillaire dans le neuropile ; la méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal, appliquée par Cajal et par nous même à l'étude du neuropile dans les ganglions de la sangsue, n'a pas montré d'anastomoses interfibrillaires ainsi que nous l'avons déjà fait ressortir.
Chez les crustacés il admet que les neurofibrilles s'anastomosent essentiellement dans le réseau extra-cellulaire et que le réseau endocellulaire y a perdu beaucoup de son importance. Et cependant il déclare lui-même que cette opinion s'appuie bien plus sur des considérations théoriques que sur l'observation directe, (p. 45).
Chez les vertébrés il affirme que le réseau endocellulaire fait défaut dans la majorité des cellules nerveuses, qu'il est devenu péricellulaire et intercellulaire, que c'est dans le réseau péricellulaire ou réseau de Golgi que s'établit la continuité entre toutes les neurofibrilles des éléments nerveux, que ce réseau de Golgi, l'homologue du neuropile des invertébrés, est la partie importante dans toute l'organisation nerveuse. Or, il résulte des recherches faites tout récemment avec la nouvelle méthode de Cajal (Cajal, Van Gehuchten, Michotte, v. Lenhossek, Marixescoi, ainsi que des nombreuses recherches de Donaggio, de Rossi et d'autres, que le réseau endocellulaire existe dans toutes les cellules nerveuses et que le réseau de Golgi, s'il n'est pas une production artificielle, n'est en tout cas pas constitué par des neurofibrilles et ne peut, par conséquent, avoir aucune importance au point de vue du fonctionnement de notre système nerveux. D'ailleurs, après avoir décrit la façon particulière dont, dans le réseau péricellulaire, s'établirait la continuité anatomique entre les neurofibrilles des ramifications cylindraxiles et les neurofibrilles du corps cellulaire et des prolongements protoplasmatiques, Bethe a soin d'ajouter lui-même : que toute cette architecture des centres nerveux qu'il a édifiée est encore très hypothétique et que les observations qui lui servent de base sont susceptibles d'autres interprétations.
— ig2 —
Théorie de Nîssl. — NissL (35 et 12) affirme que le système nerveux ne peut plus être considéré comme une agglomération d'éléments nerveux indépendants, et, s'appuyant sur les observations de Apathy, Held et Bethe, il déclare la doctrine des neurones complètement fausse. Pour lui, le S5^stème nerveux est formé de cellules nerveuses, de fibres nerveuses et d'une substance nerveuse spécifique qui n'est pas le protoplasme même des cellules nerveuses, mais un protoplasme cellulaire modifié. Cette substance nerveuse existe, en partie, à l'intérieur même des cellules sous forme de fibrilles ; elle prend cependant son plus grand développement en dehors des cellules où elle forme la masse principale de la substance grise.
Ce qui caractérise, d'après Nissl, la substance grise et ce qui nous permet de la distinguer de la substance blanche, ce n'est pas la présence des cellules nerveuses comme on l'a toujours cru jusqu'ici, mais bien la présence d'une substance spéciale, diftuse, granuleuse ou finement moléculaire dans laquelle sont englobées les cellules nerveuses et les cellules de neuroglie. les fibres myéliniques et les ramifications cylindraxiles. Cette substance spéciale fait complètement défaut dans la substance blanche.
Pour l'étude de cette substance grise, Nissl rejette à priori la méthode de Golgi comme étant dépourvue à cet effet de toute valeur démonstrative. Comme cette méthode ne nous fournit aucun renseignement sur la structure interne des cellules nerveuses, qu'elle ne montre ces dernières que dans leurs formes extérieures, en véritables silhouettes, elle peut être une bonne méthode aiiatomique, mais est et reste toujours une mauvaise méthode histologique. Le problème qu'il s'agit de résoudre étant un problème histologique, doit donc être abordé exclusivement par des méthodes histologiques. Or, au dire de Nissl, celles dont nous disposons nous permettent uniquement, d'une part, de colorer les cellules nerveuses enveloppées par le réseau de Golgi ; d'autre part, de poursuivre les fibres nerveuses sur la partie de leur trajet où elles sont enveloppées d'une gaine de myéline. Dès que cette gaine s'arrête, le cylindre-axe échappe à notre observation de telle sorte qu'il nous est impossible de dire ce qui en advient. Or, dans toutes les régions grises du névraxe, les fibres nerveuses perdent rapidement leur gaine de myéline, il s'en suit que dans le voisinage immédiat des cellules nerveuses les méthodes employées par NissL ne montrent plus rien d'organisé, de structuré. Ce qui existe la, est, d'après Nissl, une substance nerveuse spéciale, le gris nerveux, la partie la plus importante de tout le système nerveux, puisque c'est dans ce gris nerveux que doivent s'établir, d'une façon quelconque, les connexions entre les différents éléments nerveux.
Pour appuyer cette manière de voir, Nissl examine une coupe de l'écorce cérébrale colorée par le bleu de méthylène et il se demande ce qui peut bien exister entre les corps des cellules nerveuses. Il écarte successivement les cellules de neuroglie, les fibrilles de neuroglie, les fibres myéliniques et amyéliniques comme étant incapables de constituer cette énorme masse de substance dans laquelle se trouvent éparpillées les cellules nerveuses et il arrive à conclure que, en dehors de ces divers éléments, il doit exister une substance spéciale que l'on doit considérer comme un élément histologique particulier du tissu nerveux.
— igS —
Il est bien vrai que, dans ce gris nerveux de NrssL, la méthode de Golgi démontre l'existence d'un nombre considérable de fines fibrilles nerveuses qui ne sont rien autre que les ramifications protoplasmatiques des cellules nerveuses et les ramifications collatérales et terminales de fibres nerveuses voisines; mais NissL n'a pas foi dans la méthode de Goi.gi, il en rejette ou, du moins, en conteste les résultats parce que c'est une méthode anatomique, incapable de résoudre des problèmes histologiques. Sa défiance à l'égard des résultats fournis par la méthode osmio-bichromique va si loin que, tout en ne niant pas l'existence des ramifications collatérales des fibres nerveuses ni des cellules, à cylindre-axe court, il émet cependant des doutes sur leur existence et cela pai'ce que les méthodes histologiques qu'il a employées ne les lui montrent pas. Il arrive même à conclure que les ramifications dendritiques des cellules pyramidales de l'écorce, mises en évidence par le chromate d'argent, ne peuvent pas exister ; qu'elles ne peuvent pas être considérées comme représentant des divisions et des subdivisions des prolongements protoplasmatiques. Pour lui, une partie au moins de ces dendrites sont des ramifications cylindraxiles qui naissent dans la substance grise (c'est-à-dire la substance granuleuse spécifique de Nissl), pour se rendre dans les cellules nerveuses elles-mêmes.
Le s}rstème nerveux central est donc formé, d'après Nissl, de deux éléments : les cellules nerveuses et les fibres nerveuses entre lesquelles se trouve interposée une substance nerveuse spécifique, (moitié gauche de la fig. 154, a).
Voilà tout ce que nous savons de science cei'taine. Mais, comme le fonctionnement du système nerveux central serait impossible si le gris nerveux n'existait pas, il en conclut que ce gris nerveux doit être constitué de telle façon qu'il puisse servir à la conduction et permettre une action réciproque des éléments nerveux. Cette organisation hypothétique ne peut pas être un véritable réseau, car alors toute conduction isolée ou localisée serait impossible. Cette connexion interneuronique pourrait s'établir, d'après Nissl, de la manière suivante, fig. i54 (moitié droite).
On peut supposer qu'il existe des connexions directes entre les neurofibrilles du corps cellulaire et les réseaux péricellulaires. Les neurofibrilles, arrivées à la surface du corps cellulaire ou des dendrites, modifieraient leur structure pour pénétrer dans le réseau de Golgi (D). On peut supposer aussi que le réseau de Golgi est solidement relié de toutes parts au gris nerveux, d'où l'on peut conclure que les éléments histologiques inconnus du gris nerveux sont en connexion anatomique avec le réseau péricellulaire. De toutes ces suppositions découle alors Yhypothèse, que les réseaux péricellulaires sont les endroits du système nerveux où les éléments constituants du gris nerveux s'arrangent de telle façon que, arrivés à la surface du corps cellulaire ou. des dendrites, ils y pénètrent comme neurofibrilles ; de même les neurofibrilles du corps cellulaire, au sortir de la cellule nerveuse, entreraient dans le réseau de Golgi, s'y décomposeraient dans leurs éléments constituants pour entrer en connexion avec les éléments du gris nerveux. Les éléments constituants du réseau péricellulaire peuvént donc donner naissance à des neurofibrilles du corps cellulaire ; ils pourraient tout aussi bien donner naissance à des neurofibrilles de fibres nerveuses, de telle sorte que les fibres nerveuses extracellulaires, dont Nissl
Van Gehuchtbk. Système Nerveux, 4' éd. l3
admet l'existence, pourraient provenir non seulement du gris nerveux, mais des éléments cachés dans les réseaux péricellulaires. Les réseaux de Golgi seraient donc, en fin de compte, une disposition accessoire du tissu nerveux qui permettrait aux éléments du gris nerveux de se transformer en neurofibrilles.
Toutes ces considérations, purement hypothétiques, de Nissl tombent devant ce fait, qui tend à s'accréditer de plus en plus, c'est que le réseau de Golgi, s'il existe véritablement, n'est pas formé par des neurofibrilles et ne peut donc, en aucune façon, intervenir comme élément conducteur dans le fonctionnement des centres nerveux. D'ailleurs, le gris nerveux de Nissl se laisse parfaitement analyser par la nouvelle méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal, qui nous montre qu'il est uniquement formé de fibrilles nerveuses entrelacées, sans anastomoses.
Comme on le voit, par l'exposé que nous venons de faire des observations et des idées de Apathy, Held, Auerbach, Bethe et Nissl, tous ces auteurs combattent l'indépendance anatomique des éléments nerveux ; ils admettent l'existence d'un véritable réseau nerveux constitué par des anastomoses multiples entre les ramifications cylindraxiles des cellules nerveuses. C'est un retour plus ou moins net vers le réseau nerveux de Golgi. Nous avons vu que, pour Golgi, le réseau cylindraxile est un véritable réseau diffus occupant, dans les régions grises, tout l'espace laissé libre entre les cellules nerveuses. Apathy admet l'existence d'un pareil réseau diffus dans le neuropile des ganglions des invertébrés. Pour Bethe et Prentiss, ce réseau ne serait pas diffus ; il ne serait pas constitué par les anastomoses de toutes les ramifications cjdindraxiles entrant dans le ganglion; ce réseau existerait par places dans chaque ganglion, chacun de ces réseaux localisés servant uniquement à mettre en connexion un petit nombre d'éléments nerveux.
Chez les vertébrés, Auerbach et jusqu'à un certain point aussi Bethe admettent l'existence du réseau diffus intercellulaire à côté de réseaux localisés péricellulaires, tous ces réseaux étant en continuité anatomique les uns avec les autres. Held ne se prononce pas sur l'existence du réseau diffus et Nissl admet à la fois les réseaux péricellulaires et le réseau diffus de son gris nerveux.
A côté de cette opinion, d'après laquelle la continuité anatomique des éléments nerveux s'établit par un réseau péricelluîaire et inter cellulaire constitué par les neurofibrilles renfermées dans les prolongements cylindraxiles àes cellules nerveuses, il en existe encore une autre, produite et défendue tout récemment par notre compatriote le Dr JoRis (36), qui semble être, jusqu'à un certain point du moins, un retour vers le réseau ijitercellulaire dont Gerlach admettait l'existence entre les dernières ramifications des prolongements protoplasmatiques. Joris croit avoir trouvé, dans l'or colloïdal, un colorant spécifique des neurofibrilles permettant de poursuivre ces dernières à l'intérieur et à l'extérieur des cellules nerveuses. Il conclut de ses recherches que les connexions interneuroniques ne se font pas entre lexorps cellulaire et les fibres environnantes (réseau ou nid péricelluîaire), mais que les neurofibrilles intracellulaires communiquent avec les neurofibrilles extracellulaires exclusivement à l'extrémité des prolongements protoplasmatiques. Dans les dernières ramifications protoplasmati-
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A. Schéma de XissL montrant dans sa moitié ganchcXes seuls' faits positifs acquis concernant les connexions des éléments nerveux ; la fibre nerveus; myélinique arrivée dans le gris 'nerveux a perd sa gaine et se réduit au c3'lindre-axe i que l'on ne peut plus poursuivre. La cell de nerveuse présente des ncurofibrilles qui s'arrêtent à la surface des dendrites. La moitié droite montre objectivement comment NissL se représente la structure du gris nerveux et le mode de connexion existant entre fibres nerveuses et cellules nerveuses. Les fibrilles du cylindre-axe s'écartent les unes des autres. Chaque neurofibrille (x schéma E ou i, 2, 3, 4 schéma C) se résout en fibrilles élémentaires allant prendre part à la constitution d'un réseau nerveux existant dans le gris nerveux, a. Ce réseau nerveux pénètre à l'intérieur des trabécules du réseau de GoLGi (schéma D) et là se continue avec les fibrilles élfmcntaires jicverant des neurofibrillos du corps cellulaire.
ques on ne trouve, d'après JoRis, qu'une ou deux neurofibrilles. A la limite de cette ramification, ces neurofibrilles ne s'arrêtent pas, mais elles sortent de la cellule, parcourent isolément un trajet plus ou moins long, puis se divisent rapidement pour former un fin réseau à mailles assez régulières. Ce réseau s'étend dans l'épaisseur de la substance grise, entourant parfois des cellules et leurs prolongements, mais sans contracter de rapports directs avec eux ; il est exclusivement formé par les neurofibrilles sorties des prolongements cellulaires et complètement indépendant des neurofibrilles renfermées dans les ramifications cylindraxiles. Au sortir du corps cellulaire, la neurofibrille peut aussi ne pas prendre part à la constitution du réseau intercellulaire pour entrer directement dans une autre cellule nerveuse.
Nous avons eu l'occasion de voir quelques unes des préparations du D"" Joris. Les neurofibrilles du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques étaient admirablement colorées. Nous n'avons pourtant pas pu nous convaincre des connexions interneuroniques telles que Joris les décrit. Une chose qui mérite d'être signalée, c'est que dans les préparations à l'or colloïdal, pas plus que dans celles au nitrate d'argent réduit, on ne parvient à voir le réseau péricellulaire de Bethe, ce qui semble bien démontrer que ce réseau n'est pas formé par de véritables neurofibrilles. Pour ce qui concerne le réseau intercellulaire reproduit par Joris, nous (37) avons émis l'opinion qu'il correspond peut-être au réseau intercellulaire auquel Bethe a donné le nom de « Fùllnetze « et qu'il considérait comme une production artificielle. Fragnito, dans un travail récent (38j, incline également vers cette opinion. D'après Held (3i), les figures que Joris donne des anastomoses intercellulaires ne sont pas démonstratives, les neurofibrilles que ce dernier représente comme appartenant à des dendrites pouvant très bien n'être autre chose que des fibrilles extracellulaires.
Dans un rapport présenté au récent congrès que la société psychiatrique italienne a tenu à Gênes, Fragnito (38) déclare que l'existence d'un réseau anastomotique neurofibrillaire intercellulaire n'est pas prouvée, que le réseau péricellulaire n'est pas de nature nerveuse et que, par conséquent, il ne peut résoudre le problème du mode de connexion des éléments nerveux dans les organes centraux des vertébrés.
Vous voyez, par l'examen de ces différentes théories, que la doctrine de l'indépendance anatomique des neurones reste debout malgré l'assaut qu'elle a eu à subir de divers côtés et malgré les tentatives nombreuses, mais infructueuses, laites par un certain nombre d'auteurs, pour arriver à établir l'existence réelle d'une continuité anatomique entre tous les éléments entrant dans la constitution de la substance grise des centres nerveux.
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