‹ Anatomie du systeme nerveux de l'hommeChapitre 52 sur 176 · IO · texte numérisé non relu

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l'appui de l'hypothèse émise par Cajal, à savoir que le corps de la cellule nerveuse n'intervient pas nécessairement dans la fonction de conduction, mais que l'ébranlement nerveux, amené par les fibres centripètes, peut se transmettre aux prolongements protoplasmatiques d'un neurone moteur et de là directement au prolongement cylindraxile.

Mais si le corps de la cellule nerveuse des animaux inférieurs, c'est-à-dire le noyau avec la petite masse de protoplasme qui l'enveloppe, n'est pas indispensable pour que le neurone puisse exercer sa fonction de conduction, l'expérience de Bethe prouve cependant, à toute évidence, que le fonctionnement durable du système nerveux n'est pas possible sans la partie nucléifère des cellules ganglionnaires, et cela parce que cette partie exercerait sur tout le neurone une action, trophique ou autre, indispensable au maintien de sa vie.

La possibilité de la conduction axipète des prolongements protoplasmatiques, admise par Cajal en se basant uniquement sur des considérations morphologiques, trouve donc dans l'expérience de Bethe une démonstration éclatante.

Onabeaucoup discuté, dans ces derniers temps, sur la valeur réelle de cette expérience ingénieuse de Bethe. Le fait physiologique n'est mis en doute par personne, car les conditions spéciales dans lesquelles Bethe a opéré nous obligent à exclure à priori toute possibilité d'erreur. Mais, chose curieuse, Bethe et surtout Nissl sesont appuyés sur ce fait physiologique pour en déduire des conclusions concernant la structure anatomique des éléments nerveux et pour battre en brèche la doctrine des neurones. D'après Bethe l'expérience prouve que le neurone n'existe pas, ni comme unité physiologique, ni comme unité anatomique. Nissl soutient que l'expérience de Bethe démontre que, en dehors des cellules nerveuses et des fibres nerveuses, il existe quelque chose d'autre dans les ganglions nerveux, quelque chose d'absolument incompatible avec la doctrine des neurones.

Voyons d'abord les faits allégués par Bethe.

D'après ce savant (14), toutes les cellules des ganglions nerveux de Carcinus Mœnas sont unipolaires. Le corps cellulaire se trouve à la surface du ganglion ; le prolongement unique pénètre dans ce dernier, abandonne deux grosses branches collatérales ou dendrites [qui s'y ramifient, puis devient une fibre nerveuse périphérique allant se terminer dans le muscle.

Cet élément nerveux de Carcinus Mœnas renferme un nombre considérable de ueurofibrilles (i). Celles-ci sont peu abondantes dans le corps cellulaire et dans le prolongement unique qui en dépend ; elles deviennent plus nombreuses dans la partie périphérique du neurone où l'on voit de FiG. 166.

nombreuses neurofibrilles Schéma du trajet des fibrilles dans le système nerveux des provenir des ramifications crustacés (d'après Bethe).

collatérales et pénétrer soit

dans les ramifications voisines, soit dans la fibre nerveuse périphérique, sans se mettre

— 2ir —

en connexion avec le réseau endocellulaire existant dans le véritable corps cellulaire, FiG. ïGG. Bethe admet que toutes ces neurofibrilles sont des unités anatomiques indépendantes les unes des autres. Il ignore leur origine, mais il pense que les neurofibrilles motrices qui, à la base d'une ramification dendritique, ont pénétré dans le nerf périphérique, doivent provenir directement du neuropile. Ce que l'on appelle communément neurone serait donc quelque chose de très compliqué, un assemblage de neurofibrilles indépendantes provenant, les unes du corps cellulaire, les autres du neuropile, et traversant en tous sens les parties constituantes du neurone, sans que l'ensemble de ces neurofibrilles puissent constituer une unité anatomique, ni au point de vue génétique, ni au point de vue histologique, ni même au point de vue trophique et fonctionnel. Ces idées admises, il en déduit tout naturellement que la résection de la cellule nerveuse ne peut entraîner que la mise hors de fonction des seules neurofibrilles du nerf périphérique directement intéressées par la lésion, tandis que les neurofibrilles indépendantes du corps cellulaire continueront à fonctionner et à compléter l'arc réflexe constitué en partie par la fibre centripète et le muscle périphérique.

Ces neurofibrilles indépendantes de la partie nucléifère du protoplasme — que certains auteurs ont appelées fibrilles acellulaires (zellenlose Fibrillen) — ne sont donc pas soumises à l'influence trophique de la cellule nerveuse. Elles peuvent fonctionner même quand cette cellule a été enlevée ; le neurone n'est donc pas une unité physiolo,^{que. Bethe admet encore que les fibrilles primitives des fibres centripètes, arrivées dans le neuropile, s'y résolvent en fibrilles élémentaires et que ces dernières se continuent directement avec les fibrilles primitives des éléments moteurs. Par là il doit se former, dit-il, de véritables réseaux de telle sorte que, en réalité, tous les éléments du système nerveux sont en connexion continue. Ainsi tombe inévitablement le neurone comme tdàté nerveuse, nettement délimitée vis-à-vis de tous les autres éléments nerveux.

Ces considérations anatomiques de Bethe ne sont cependant que de pures hypothèses construites par l'auteur pour interpréter anatomiquement une expérience physiologique. Elles ne peuvent avoir d'autre valeur. Car Bethe n'a jamais vu, chez Carcinus Mœnas, la continuité directe entre les plus fines fibrilles de deux neurones. Ces fibrilles sont trop délicates, dit-il lui-même, pour être poursuivies sur une certaine longueur. Il admet cependant cette continuité uniquement parce qu'il croit que, chez les Hirudinées, il a pu se convaincre de son existence. Nous estimons que, aussi longtemps que Bethe n'aura pas vu la continuité réelle des neurofibrilles dans le neuropile, il n'aura fourni aucune preuve anatomique contre l'existence du neurone comme unité nerveuse.

Nous avons vu que Bethe combat Ytmité physiologique du neurone en se basant sur l'existence de neurofibrilles acellulaires pouvant encore fonctionner après la résection du corps cellulaire. Mais ces neurofibrilles acellulaires existent-elles en réalité ? Nous verrons plus tard que, chez les mammifères, Bethe a également admis l'existence de ces neurofibrilles indépendantes allant d'un prolongement protoplasmatique dans un autre, sans passer par le corps cellulaire. Or, il résulte des recherches récentes, faites avec la méthode de Cajal, que ces neurofibrilles indépendantes n'existent pas : à la base du prolongement protoplasmatique dont elles pro nennent, elles sont reliées aux neurofibrilles voisines par des Irabécules transversales qui ont échappé à la coloration dans les préparations de Bethe, de telle sorte que nous sommes en droit de nous demander si la méthode de Bethe colore bien toute la partie organisée du neurone, si ce n'est pas une méthode se fixant de préférence sur les grosses neurofibrilles en laissant le plus souvent incolores les fines trabécules unissantes. Ce qui semblerait le prouver, c'est que Bethe (3i) dit lui-même que, chez la sangsue, il a vu deux fois les neurofibrilles du prolongement unique former un véritable réseau au point de bifurcation de ce prolongement. Il existait donc là des trabécules unissantes faisant perdre aux neurofibrilles leur indépendance anatomique. Nous basant sur ce fait, nous sommes en droit de supposer que les mêmes trabécules unissantes pourraient bien exister dans toutes les cellules de la sangsue et du crabe, d'autant plus que ces trabécules existent incontestablement dans les cellules des mammifères où la méthode de Bethe est impuissante à les mettre en évidence.

D'ailleurs, en supposant même que les neurofibrilles acellulaires de Bethe existent, on peut se demander, avec MIInzer (i5), si ces neurofibrilles proviennent génétiquement du neurone dans lequel on les trouve et sont soumises pendant toute leur vie à l'influence trophique du corps cellulaire ; ou bien si ce sont des éléments indépendants génétiquement

et fonctionnellement du neurone. Dans le premier cas, la notion du neurone persiste ; dans le second cas, on ne comprend pas pourquoi, après la section de la cellule nerveuse, ces neurofibrilles ne continuent pas à fonctionner indéfiniment et pourquoi le tonus musculaire et les mouvements réflexes disparaissent complètement au bout de deux ou trois jours.

Pour interpréter anatomiquement l'expérience physiologique de Bethe, Nissl (2) admet que, dans le ganglion nerveux qui commande la deuxième antenne chez Carcinus Mœnas, il existe : 1° les ramifications terminales des fibres centripètes, 2° les cellules nerveuses unipolaires dont le prolongement unique abandonne des ramifications dans le ganglion, avant de devenir une fibre motrice périphérique, 3° des fibrilles nerveuses qui naissent du neuropile et qui se rendent dans les muscles périphériques, véritables fibres nerveuses extracellulaires, dont il admet également l'existence dans le système nerveux des mammifères en se basant sur des considérations purement théoriques.

L'existence de ces fibres extracelliilaires, si nous avons bien compris Nissl, découlerait des considérations suivantes. Après la section des cellules nerveuses faite par Bethe, le tonus musculaire et les mouvements réflexes persistent. Il faut donc qu'entre l'excitation périphérique amenée par la fibre centripète et le muscle périphérique, il persiste une continuité anatomique passant par le ganglion nerveux, continuité anatomique qui doit prendre un chemin autre que celui constitué par le nerf centripète, les dendrites et les fibres motrices, puisque cette voie nerveuse a été interrompue expérimentalement.

Nous avons pensé, ainsi que Edinger, v. Lenhossek, Hoche, Munzer et Verworn, que l'expérience de Bethe n'enlève que la partie nucléifère du neurone et laisse intactes les ramifications dendritiques et les fibres motrices, par lesquelles l'arc réflexe pourrait continuer à exister au moins pendant quelque temps : nous en avons conchi que l'expérience de Bethe venait à l'appui de la conduction axipète des prolongements protoplasmatiques admise par Cajal. Nissl s'élève contre cette manière de voir. Pour lui, la résection du corps cellulaire met instantanément hors de fonction, non seulement la partie réséquée, c'est-à-dire la masse de protoplasme englobant le noyau, mais encore toutes les ramifications protoplasmatiques ainsi que la fibre motrice périphérique dépendant directement de la cellule lésée. I) est impossible d'admettre, dit-il (p. 106), que, dans l'expérience de Bethk, la partie des cellules motrices dépourvue de noyau puisse intervenir dans la conduction, parce que, du moment que le tronc principal a été sectionné, ces restes cellulaires sont malades, c'est-à-dire qu'ils se trouvent en état de métamorphose régressive (p. 94). C'est d'ailleurs une loi que partout où la continuité entre l'axone et la cellule nerveuse est complètement interrompue, la cellule nerveuse présente une métamorphose régressive. Le début de ces modifications régressives a lieu régulièrement et instantanément (gesetzmàssig und sofort). S'il n'en était pas ainsi, on devrait admettre que, après section de l'axone, non seulement la substance protoplasmatique des dendrites peut remplir les fonctions d'une cellule nerveuse, mais encore que les modifications régressives du protoplasme après section de l'axone n'ont aucune influence sur ses fonctions (p. 48J.

Les cellules nerveuses et toutes les parties qui en dépendent sont donc instantanément mises hors de fonction et cependant les mouvements réflexes persistent. Il faut donc bien admettie que ceux-ci ne peuvent se produire que grâce à l'existence de fibrilles centrifuges qui naissent directement du neuropile (p. 96).

Mais ce raisonnement de Nissl ne nous paraît pas exact.

La loi qu'il invoque, concernant les modifications régressives qui surviennent dans la partie protoplasmatique d'une cellule nerveuse dont l'axone a été sectionné, n'a été établie que par des recherches expérimentales faites chez les vertébrés. Elle ne peut donc, en toute rigueur, avoir de valeur que pour ces derniers. Avant de l'appliquer au système nerveux d'un crustacé, Nissl aurait dû commencer par en vérifier la rectitude, d'autant plus (lue nous savons, par les recherches de Merzbacher (i6\ que les modifications dégénératives, qui surviennent dans les fibres nerveuses séparées de leurs cellules d'origine, ont une évolution et une durée qui varient considérablement suivant qu'on les étudie chez des animaux à sang chaud et des animaux à sang froid ; elles varient même, dans la même espèce animale, suivant que cette étude se fait en été ou en hiver. Nous sommes donc en droit de supposer, au moins jusqu'à preuve du contraire, que les modifications cellulaires régressives, consécutives à la section de l'axone, doivent ou peuvent avoir une évolution autre chez un crabe et chez un lapin.

D'ailleurs, à supposer même que cette loi s'applique intégralement aux éléments nerveux des crustacés, Nissl ne peut pas encore en conclure que la section de l'axone met instantanément le protoplasme cellulaire hors de fonction. Nous savons, en effet, que chez les mammifères la section du prolongement cylindraxile entraîne l'état chromolytique de la cellule nerveuse. Cet état devient manifeste au microscope tout au plus tôt 24 à 48 heures après la lésion et rien ne prouve que cet état soit incompatible avec le fonctionnement de la cellule. Nous avons tout lieu de penser que, tant que cet état chromolytique n'est pas très avancé, la cellule peut encore fonctionner. L'état chromolytique des cellules nerveuses motrices a d'ailleurs été signalé dans des cas d'infection grave chez l'homme (Dejerine, Van Gehuchten), et dans des intoxications expérimentales par l'arsenic chez les animaux (Soukhanoff), sans que du vivant des uns et des autres on pùt observer le moindre état de parésie dans les muscles périphériques.

Rien ne prouve non plus que la section du trojic de la cellule nerveuse met instantanément la. Jibre motrice hors de fonction. Les recherches expérimentales faites chez les mammifères, montrant qu'un nerf reste excitable encore 3 et 4 jours après sa section, nous autorisent tout au moins à penser le contraire. Cette absence de modifications régressives suffisantes pour mettre le corps cellulaire et les ramifications protoplasmatiques hors de fonction 2 et 3 jours après la lésion expérimentale, la persistance de la conductibilité nerveuse dans la fibre motrice 3 jours après sa séparation de sa cellule nerveuse concordent très bien avec les faits signalés par Bethe : la conservation du tonus musculaire et des mouvements réflexes dans la deuxième antenne jusque trois et quatre jours après la résection de toutes les cellules nerveuses.

Mais supposons même que le raisonnement de Nissl soit vrai ; admettons que, immédiatement après la résection des cellules nerveuses, tout ce qui dépend de ces cellules soit mis hors de fonction ; nous sommes donc obligés d'admettre l'existence des fibres motrices extracellulaires ; mais dans cette hypothèse pourquoi le tonus musculaire et les mouvements réflexes disparaissent-ils définitivement deux ou trois jours après la lésion expérimentale ? Ce fait est incompréhensible, puisque la voie nerveuse établie par les fibres centripètes, le neuropile et les fibres centrifuges extracellulaires persiste ; cette voie est indépendante de toute cellule nerveuse puisque toutes les cellules ont été réséquées et que leurs prolongements sont en état de métamorphose régressive et cependant elle cesse de fonctionner deux jours après la résection de ces dernières.

Les motifs que Nissl fait valoir pour admettre ime structure anatomique en se basant xmiquement sur des recherches expérimentales ne nous paraissent donc pas sérieux. Ces fibrilles motrices extracellulaires ne doivent être admises que lorsque le microscope nous aura démontré leur existence. C'est ici le moment de répéter ces paroles si justes de Nissl : Nous ne devons admettre comme structures anatomiques que celles que tout le monde peut voir du moment que l'attention a été attirée sur elles. (« Ich stehe auf dem Standpunkt, dass nur solche anatomische Structuren fùr uns existiren, die Jedermann sehen kann, vorausgesetzt, dass man ihn darauf aufmerksam macht» (p. 191). L'attention des auteurs a certes été attirée assez vivement par Nissl sur l'existence des fibrilles extracellulaires et cependant personne, pas même Nissl lui-même, n'est parvenu à les mettre en évidence. Ce fait pouve suffisamment que ces fibres extracellulaires sont purement hypothétiques. On ne saurait donc s'appuyer sur elles pour combattre la doctrine des neurones. Il est donc tout au moins prématuré de conclure, avec Nissl, que l'expérience de BeTHE prouve « dass im Neuropil irgend welche nervos functionirende Gebilde enthalten sein miissen, die nicht Nervenzellen, sondern irgend welche anders geformte nichtzellige Gewebsbestandtheite sind. Dièse Folgerung ist aber mit dem Neuroneubegriff absolut unvereinbar » (p. -zSo).

Les difficultés, que nous avons signalées dans rapplication de la théorie de la polarisation dynamique, proviennent uniquement de ce fait, sur lequel nous avons déjà insisté antérieurement, c'est que nous n'avons pas une idée nette et précise de ce qu'il convient de désigner sous le nom de corps cellulaire. Nous avons dit que, pour les cellules unipolaires des animaux inférieurs, ce nom de corps cellulaire ne peut pas uniquement s'appliquer à la petite masse de proto-

plasme qui englobe le noyau, mais qu'il doit comprendre au moins toute la partie du tronc protoplasmatique comprise entre cette masse et l'origine du prolongement cylindraxile. Si l'on examine, en effet, la façon dont se comportent l'un par rapport à l'autre, dans le développement ontogénique et le développement phylogénique de la cellule nerveuse, ce que l'on appelle communément corps cellulaire et ramification protoplasmatique, on arrive à la conclusion que les dendrites ne sont qu'une expansion du corps cellulaire, un véritable étalement en surface de sa masse protoplasmique de telle sorte que le neurone se réduit à une masse plus ou moins étalée de protoplasme d'où part l'axone. C'est cette masse de protoplasme plus ou moins étalée qui forme véritablement le corps cellulaire ou l'organe de réception de l'élément nerveux, tandis que l'axone seul, quelque soit l'endroit où il naît de cette masse protoplasmatique, représente l'appareil d'application.

Ainsi entendu, le coi"ps cellulaire intervient inévitablement dans la fonction nerveuse. On peut comprendre aisément que la résection d'une partie quelconque de cette masse protoplasmique ne doit pas inévitablement mettre sur le champ hors de fonction toute la partie restante. On admet généralement que cette mutilation du corps protoplasmique est sans effet sur le fonctionnement de l'élément nerveux, si elle reste limitée à l'une ou l'autre dendrite. Nous savons maintenant, grâce aux recherches expérimentales de Bethe, que cette mutilation est beaucoup plus grave lorsqu'elle intéresse la masse de protoplasme qui englobe le noyau, non pas que cette partie de la masse protoplasmique ait une importance fonctionnelle plus grande que les parties voisines ; mais uniquement parce que le noyau de la cellule est indispensable pour la continuation de la vie cellulaire. Si le noyau a été enlevé, le reste du corps protoplasmatique même et l'axone sur toute sa longueur dégénèrent et disparaissent ; non pas brusquement et immédiament après la mutilation comme le pense Nissl, mais lentement et progressivetement, la disparition de la fonction de conduction de l'élément nerveux marchant de pair avec son altération anatomique.

Cette façon de considérer le corps cellulaire rendrait donc, jusqu'à un certain point, supei-fiue la modification proposée par Cajal, puisque toute la masse protoplasmatique, ramifiée ou non, sert d'organe de réception ainsi que cela se réalise dans tous les neurones réellement unipolaires, c'est-à-dire complètement dépourvus de ramifications protoplasmatiques. Mais, pour les neurones à corps cellulaire richement étalé, nous sentons le besoin de pouvoir exprimer, par un terme précis, le fait que l'axone conduit l'ébranlement loin de la masse protoplasmique, tandis que les dendrites le conduisent en sens contraire. En considérant le neurone comme un tout indivis, on pourrait dire que la conduction est centripète et centrifuge, désignant par le mot centre l'endroit inconnu du neurone où l'ébranlement passe de la ramification protoplasmatique dans la ramification cylindraxile. Mais ces expressions centripète et centrifuge sont déjà utilisées en neurologie et indiquent le sens de la conduction, non dans les différentes parties d'un neurone, mais dans les nerfs par rapport aux masses grises dans leur ensemble.

Il ne reste plus alors qu'à conserver les expressions de cellulipète et cellulifuge qui

ont reçu droit de cité, en faisant sous-entendre que sous le nom de cellule on n'indique pas la seule partie du corps protoplasmatique qui entoure le noyau, mais l'endroit inconnu de ce corps protoplasmatique où l'ébranlement, amené par les neurofibrilles des ramifications protoplasmatiques, puisse se réfléchir, grâce à des trabécules unissantes, sur les neurofibrilles du prolongement cylindraxile.

La modification proposée présente d'ailleurs elle-même certaines difficultés, En la formulant, Cajal ne s'est basé que sur la forme extérieure des" cellules

nerveuses telle que nous la montre la méthode de GoLGi. En ne considérant comme corps cellulaire que la masse de protoplasme enfermant le noyau et en considérant cette masse comme le centre fonctionnel du neurone, Cajal avait été frappé de ce fait que, dans un grand nombre de cellules nerveuses, l'ébranlement nerveux amené par les ramifications protoplasmatiques devait faire un grand détour par le corps cellulaire avant d'arriver au prolongement cylindraxile. Il estimait qu'une telle interprétation des faits serait contraire à la loi de l'économie du protoplasme conducteur et à la loi de l'économie du temps de conduction réalisées partout dans la nature.

Mais depuis que Cajal a fait valoir ces considérations théoriques, nous avons appris à connaître l'existence des neurofibrilles et l'idée s'est accréditée de plus en plus, et avec raison, que ce sont elles seules, à l'exclusion de la substance plasmatique qui les enveloppe, qui représentent l'élément conducteur. Si la conduction axipète des prolongements protoplasmatiques devrait être prise à la lettre, on devrait s'attendre à voir les neurofibrilles des ramifications protoplasmatiques converger uniquement vers le cône d'origine de l'axone. Or cela n'est pas. Si l'on étudie avec la méihodede Cajal les cellules des toits optiques des oiseaux par exemple, fig. 167, on voit que les neurofibrilles du prolongement protoplasmatique périphérique ne se réfléchissent pas dans le cône d'origine de l'axone, mais descendent dans le tronc protoplasmique situé plus bas, d'où sortent également les neurofibrilles du prolongement cylindraxile. 11 est difficile de dire si, en réalité, il existe des trabécules transversales entre les neurofibrilles qui entrent dans l'axone et celles amenées par la ramification basant sur ce qui s'observe dans d'autres cellules nerveuses, nous devons en admettre l'existence. S'il en est ainsi, les neurofibrilles des ramifications protoplasmatiques seraient dorxC, dans le tronc protoplasmique

Fig. le*.

Quelques cellules duloitoptique d'un embryon de poulet de dixsept jours (d'après Cajal).

protoplasmatique. En nous

interposé entre la partie nucléifère du noyau et le cône d'origine, en continuité anatomique avec les fibrilles qui entrent dans ce dernier et l'ébranlement nerveux pourrait se transmettre directement de la ramification protoplasmique à l'axone, sans passer inévitablement par la partie nucléifère du neurone.

Cajal a d'ailleurs voulu appliquer la théorie de la conduction axipète des prolongements protoplasmatiques à toutes les cellules nerveuses du névraxe des mammifères, même à la cellule unipolaire des ganglions cérébro-spinaux où son application rencontre des difficultés anatomiques insurmontables.

Nous avons déjà vu que, primitivement, toutes les cellules constitutives de ces ganglions sont nettement bipolaires. Leur prolongement périphérique, l'homologue d'un prolongement protoplasmatique, est cellulipète ; tandis que leur prolongement central ou cylindraxile est cellulifuge. Dans ce stade embryonnaire, les ébranlements nerveux doivent donc passer nécessairement par le corps de la cellule nerveuse. Pendant le cours du développement ces cellules deviennent unipolaires. Leur prolongement unique, plus ou moins long, se bifurque en un prolongement périphérique et un prolongement central. Dans ce stade adulte, Cajal n'admet plus l'intervention du corps cellulaire dans la fonction de conduction, au moins pour les excitations amenées par le prolongement périphérique. Il pense que l'ébranlement nerveux, arrivé au point de bifurcation du prolongement cellulaire, passe directement du prolongement périphérique dans le prolongement central sans passer par le corps de la cellule nerveuse ; il en conclut que la transformation de la cellule primitivement bipolaire en une cellulaire unipolaire n'a eu d'autre but que de permettre d'abréger considérablement le temps de conduction de l'excitation sensitive, puisque cette transformation rend rectiligne un trajet primitivement flexueux.

Nous ne pouvons nullement admettre cette opinion étrange du savant espagnol. Nous croyons, avec Lugaro {17), que le prolongement unique des cellules des ganglions cérébro-spinaux renferme à la fois les fibrilles cylindraxiles du prolongement périphérique et celles du prolongement central et que, par conséquent, l'ébranlement nerveux parcourt dans les deux sens, mais dans des fibrilles différentes, le prolongement unique de ces cellules spéciales. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que l'épaisseur du cylindre-axe de ce prolongement unique équivaut, à peu de chose près, à l'épaisseur des cylindre-axes réunis des deux prolongements qui en proviennent. Lugaro a d'ailleurs montré que, dans des ganglions spinaux provenant d'un chien intoxiqué par l'arsenic, durcis dans le sublimé et colorés par l'hématoxyline, il n'est pas parvenu à voir, au niveau de la bifurcation, les fibrilles de la branche périphérique se continuer directement avec celles de la branche centrale comme cela devrait être si l'ébranlement nerveux devait passer directement de l'un à l'autre. Au niveau de cette bifurcation, il a toujours vu les fibrilles des deux prolongements s'incliner dans le prolongement unique, fig. 168.

Des recherches récentes, faites dans notre laboratoire au moyen de la méthode au nitrate d'argent réduit de Cajal, ont conduit Michotte (18) à la même conclusion, fig. 109.

Il est bien vrai que Cajal (19) met en doute l'exactitude du fait signalé par LuGARO. L'intervention réelle du corps cellulaire, dans la transmission d'un ébranlement nerveux amené par le prolongement périphérique, ne découle, d'après lui, d'aucune expérience positive. Aussi arrive-t-il à se demander sur quoi Luga- RO se base pour attribuer la fonction de conduction aux fibrilles du cylindre-axe plutôt qu'à la substance interfibrillaire. Cette objection de Cajal ne nous paraît pas fondée, surtout en présence des recherches récentes sur la structure fibrillaire des cylindres-axes et des prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses.

Le problème de l'intervention obligée de la cellule des ganglions spinaux, dans la transmission de l'ébranlement nerveux amené par le prolongement FiG. 168. périphérique, est donc loin d'être résolu.

Disposition des fibrilles au niveau de la bifurca- Et cependant, c'est là un problème de tien du prolongement unique vies cellules des la plus haute importance au point de ganglions spinaux (d'après Lugaro). 1^ physiologie et de la pathologie

nerveuses. S'il était, en effet, démontré que les cellules des ganglions cérébrospinaux des mammifères n'exercent, dans le fonctionnement normal, d'autre rôle que celui d'un centre trophique, absolument comme la partie nucléifère des cellules motrices des ganglions d'un crustacé ; on en viendrait bientôt à conclure, avec Bethe, que les cellules nerveuses n'ont qu'une importance tout-à-fait secondaire et que la partie essentielle des éléments nerveux est uniquement représentée par les fibres nerveuses et par le neuropile.

Il n'en est pas ainsi. L'expérience positivée réclamée par Cajal, qui démontre que le corps de la cellule nerveuse des ganglions spinaux est nécessaire à la transmission des excitations recueillies par le prolongement périphérique, a été réalisée par nous, il y a quelques années, dans notre laboratoire.

Les nombreuses recherches expérimentales de Langley (20) ont prouvé que

pr. pir.

FiG. 109.

Bifurcation dans un ganglion rachidien de chien. Gross. : 1000 D. (d'après A. Michotte).

ir. c. : Tronc cellulaire.

pr. c. : Prolongement central.

pr. pér. : Prolongement périphérique.

la nicotine exerce une action paralysante sur les cellules nerveuses tout en respectant la conductibilité des fibres nerveuses. Nous basant sur ce fait, nous avons mis à nu une des racines postérieures de la moelle sacrée d'un chien sur une longueur suffisante pour pouvoir l'exciter alternativement en dedans et en dehors du ganglion. Un courant induit faible, appliqué sur n'importe quel point du nerf, chez l'animal normal légèrement endormi par le chloroforme, amène des mouvements réflexes dans tout le corps en même temps qu'il provoque les gémissements de l'animal. Si on glisse alors sous le ganglion un petit tampon d'ouate et qu'on laisse tomber goutte à goutte un peu de nicotine sur ce ganglion, on constate, au bout de 2 à 3 minutes, que l'excitation portée en dedans du ganglion amène toujours des mouvements réflexes étendus et des cris, tandis que l'excitation du nerf en dehors du ganglion, même avec un courant beaucoup plus fort, n'amène d'autre réaction que des secousses musculaires dans la patte correspondante. Et ce qui démontre que l'action de la nicotine s'exerce bien sur les cellules nerveuses et pas sur les fibres nerveuses, c'est que son application pendant dix minutes sur une racine postérieure reste sans effet aucun sur la conductibilité des fibres correspondantes. Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs fois, prouve donc, croyons-nous, que l'excitation amenée par le nerf périphérique n'arrive à la moelle qu'après avoir passé par les cellules des ganglions spinaux.

Les résultats de ces recherches expérimentales concordent d'ailleurs avec ceux des recherches analogues exécutées il y a longtemps déjà, mais dans un autre but, par un de nos compatriotes, Pregaldino izi), sous la direction de notre savant collègue de Liège M. Nuel.

Partant du fait bien connu que les cellules nerveuses centrales opposent aux troubles circulatoires une résistance beaucoup moindre que les fibres nerveuses, Pregaldino a voulu rechercher s'il en était de même pour les cellules des ganglions spinaux. A cet effet il a mis à nu, sur des grenouilles et des chiens, un ganglion spinal en l'isolant soigneusement de toutes les parties voisines, «afin de le priver de tout afflux sanguin autre que celui amené par le nerf périphérique et les faisceaiix radiculaires postérieurs ». Il a alors excité, à des époques variables, le nerf en dedans et en dehors du ganglion et il a constaté ce fait important, c'est que, si un nerf privé de tout afHux sanguin reste excitable pendant quatre à cinq jours et même plus, l'excitation faite en dehors du ganglion mis à nu, pour arriver à la moelle, exige au début un courant électrique de plus en plus fort. De plus, cette excitation n'est plus suivie d'effet, environ soixante heures après l'opération chez la grenouille et 16 à 20 heures après l'opération chez le chien.

Pregaldino conclut de ses recherches que chaque fibre centripète du nerf périphérique est interrompue dans le ganglion par une cellule nerveuse. Nous croyons pouvoir en dégager une conclusion beaucoup plus importante encore : c'est que, conformément à ce que nous avons démontré plus haut, le courant nerveux amené par le prolongement périphérique des cellules des ganglions spinaux ne passe pas directement dans le prolongement central, comme le pense Cajal, mais doit nécessairement traverser la cellule nerveuse. Ce courant doit donc parcourir le prolongement unique de cette dernière à la fois dans le sens cellulipète et dans le sens cellulifuge.

Pregaldino a encore exécuté une autre expérience non moins ingénieuse. Ayant constaté, chez la grenouille, que le ganglion spinal est souvent situé sur un des côtés du nerf, il a coupé ce ganglion parallèlement à l'axe du nerf sans blesser la continuité de ce dernier avec la racine postérieure. Après l'opération, l'excitation de la racine postérieure seule amène des mouvements réflexes, tandis que des courants, même très forts, appliqués sur le nerf en dehors de l'endroit où se trouvait le ganglion, restent sans effet. L'auteur a répété cette expérience trois fois et toujours avec les mêmes

— 2ig —

résultats. Il en conclut encore une fois que toutes les fibres nerveuses sont interrompues par une cellule ganglionnaire.

Pregaldino affirme que, examinés à la loupe, le nerf et la racine postérieure ne présentaient pas la moindre solution de continuité et que l'examen microscopique de ces mêmes pièces, fixées dans le liquide de Muller, a montré qu'il ne persistait que trois ou quatre cellules ganglionnaires, blessées par la section. Si ces observations sont exactes et si réellement la section du ganglion a respecté toutes les fibres nerveuses, cette expérience de Pregaldino vient encore à l'appui de la conclusion que nous avons formulée à la suite de nos recherches expérimentales avec la nicotine, recherches que nous considérons cependant comme plus démonstratives que celles de Pregaldino puisqu'elles laissent intacts tous les éléments nerveux.

Ces conclusions des recherches expérimentales de Pregaldino et de nous sont en désaccord avec des recherches que Steinach (22) a faites sur les ganglions spinaux de la grenouille, et qui ont amené l'auteur à conclure que les cellules de ces ganglions ne sont pas indispensables dans la transmission de l'excitation centripète. A l'exemple de Pregaldino, Steinach isole les ganglions spinaux afin de les anémier par défaut de circulation. Il excite alors tous les jours les racines des deux côtés du ganglion. Il a trouvé que, au bout de 10 à 14 jours, l'excitation du nerf en dehors du ganglion amène encore des mouvements réflexes alors que l'examen histologique du ganglion démontre que les cellules en sont déjà profondément modifiées. Steinach pense que, dans cet état, ces cellules sont incapables de fonctionner et que par conséquent le passage de l'onde nerveuse a dù se faire directement du nerf périphérique à la racine postérieure. Mais cette conclusion nous parait tout au moins hasardée, puisque, un critérium, nous permettant de reconnaître, de par les caractères histologiques, la mise hors de fonction d'une cellule nerveuse, nous fait totalement défaut.

Nous nous croyons donc en droit d'admettre, contrairement à l'opinion de Cajal, que la cellule nerveuse des ganglions cérébro-spinaux intervient réellement dans la fonction de transmission des ébranlements recueillis par le prolongement périphérique. Cette transmission ne peut passer du prolongement cellulipète au prolongement cellulifuge qu'en passant par le prolongement unique et par le corps de la cellule nerveuse.

S'il est donc établi, par les recherches expérimentales de Iîethe, que, chez les animaux inférieurs, la transmission de l'influx nerveux peut se faire directement des prolongements protoplasmatiques au prolongement cylindraxile sans passer par la partie nucléifère de la cellule nerveuse ; il n'en est pas moins bien établi, croyons-nous, par nos recherches expérimentales et par celles de Pregaldino, qu'il ne saurait en être ainsi pour les cellules nerveuses des vertébrés et surtout pour la cellule unipolaire des ganglions cérébro-spinaux.

Nous avons vu, dans l'avant-dernière leçon, les caractères distinctifs que présentent les prolongements protoplasmatiques et le prolongement cylindraxile quand on étudie les éléments nerveux sur des préparations obtenues avec la méthode de Golgi. Vous en avez conclu peut-être que la distinction morphologique qui sépare ces prolongements les uns des autres était nettement tranchée. En réalité elle est telle que, dans l'immense majorité des cas, il est de la plus grande facilité de distinguer le prolongement cylindi'axile des autres. Il y a cependant des éléments nerveux dont les prolongements protoplasmatiques perdent leurs caractères distinctifs, pour en prendre d'autres qui les rapprochent des prolongements cylindraxiles. Ainsi, dans les lobes optiques des oiseaux il existe une zone profonde de cellules volumineuses pourvues d'un prolongement

interne, qui est le prolongement cylindraxile, et de plusieurs prolongements externes, qui sont de nature protoplasmatique. Ces derniers sont excessivement longs, ils traversent toute l'épaisseur du toit optique pour venir se terminer par de nombreuses ramifications dans les couches les plus superficielles du lobe. Ces prolongements protoplasmatiques prennent les contours lisses et réguliers d'un prolongement cylindraxile ; aussi P. Ramon (23) appelle-t-il ces éléments des cellules à prolongements protoplasmatiques fins axoniformes. Un exemple plus frappant encore se trouve dans les cellules des ganglions cérébro-spinaux. Nous avons déjà vu que, chez la plupart des vertébrés, les cellules de ces ganglions, examinées chez l'adulte, sont pourvues d'un seul prolongeaient ; celui-ci à une distance variable de la cellule d'origine, se bifurque, comme Ranvier l'a observé le premier, et donne naissance à un prolongement central et à un prolongement périphérique.

Ces cellules, avons-nous dit, ne sont unipolaires qu'en apparence. Ce sont de véritables cellules bipolaiies dont les deux prolongements, primitivement indépendants, se sont rapprochés l'un de l'autre à la suite du développement particulier du corps cellulaire sur lequel nous reviendrons plus tard.

Cette interprétation se justifie par les considérations suivantes : dans le cours du développement ces cellules commencent par être bipolaires, puis se transforment insensiblement en cellules unipolaires, fig. 170 ; chez un grand nombre de poissons elles conservent, même chez l'adulte, la forme bipolaire ; enfin chez les animaux inférieurs, les homologues des cellules des ganglions cérébro-spinaux sont également des cellules bipolaires, ainsi que v. Lenhossek (24) l'a découvert chez le lombric, et que Retzius (25) l'a confirmé chez le lombric et décrit le premier chez les vers polychètes et chez les mollusques.

Chez les mammifères adultes les deux prolongements ne présentent guère de caractères morphologiques nettement distincts, si ce n'est que le prolongement interne est généralement plus grêle que l'externe, FIG. 171 : tous deux d'ailleurs deviennent le cjdindre-axe d'une fibre nerveuse. Ils devraient par conséquent être considérés tous deux aussi comme des prolongements cylindraxiles. Nous trouverions ainsi, dans les cellules des ganglions cérébro-spinaux, un exemple remarquable d'éléments nerveux pourvus de deux

Fig. 170.

Transformation des cellules bipolaires en cellules unipolaires dans le ganglion de Gasser d'un embryon de cobaye.

prolongements cylindraxiles et dépourvus complètement de prolongements protoplasmatiques. Or cela n'est pas. L étude comparée des différents neurones sensitifs périphériques, sur laquelle nous reviendrons plus tard, prouve que le prolongement périphérique des cellules constitutives des ganglions cérébro-spinaux doit être considéré, sinon morphologiquement au moins fonctionnellement, comme un prolongement protoplasmatique ainsi que nous croyons l'avoir démontré avec Cajal.

Par le fait même disparaît toute distinction morphologique entre un prolongement cylindraxile et un prolongement protoplasmatique, puisqu'un prolongement protoplasmatique excessivement long peut prendre tous les caractères d'un

prolongement cylindraxile et devenir, comme ce dernier, cylindre-axe d'une fibre nerveuse.

C'est pour ce motif que nous avons proposé {26) d'établir, entre les prolongements d'une cellule nerveuse, une distinction exclusivement basée sur le sens suivant lequel ils conduisent l'ébranlement nerveux, sans tenir compte en aucune façon de leurs caractères morphologiques ; nous les divisons donc en prolongements à conduction cellulipète et en prolongements à conduction cellulifuge. On peut cependant, si l'on veut, maintenir les expressions de prolongements protoplasmatiques et de prolongements cylindraxiles, introduites par Dei- TERS et qui ont reçu partout droit de cité, à la condition de leur donner une nouvelle définition et de dire : les prolongements protoplasmatiques d'une cellule nerveuse sont tous les prolongements à conduction cellulipète ; les prolongements cylindraxiles sont ceux qui jouissent de la conduction cellulifuge. C'est dans ce sens nettement limité que nous emploierons dans la suite les expressions de prolongements protoplasmatiques et de prolongements cylindraxiles. De cette façon nous faisons rentrer les prolongements périphériques des cellules profondes du loit optique des oiseaux et les prolongements périphériques des cellules des ganglions cérébro-spinaux dans le groupe des prolongements protoplasmatiques auquel ils appartiennent en réalité.

Il est bien entendu que si nous parlons de caractères morphologiques différents pour les prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles, nous ne tenons compte, pour le moment, que des résultats donnés par la méthode de Golgi. Cette méthode ne fournit aucun renseignement sur l'organisation interne de ces deux espèces de prolongements, elle ne met en relief que leur forme extérieure ; c'est uniquement de cette forme extérieure que nous parlons quand nous disons que, dans certains cas, les prolongements protoplasmatiques peuvent prendre les caractères morphologiques de prolongements cylindraxiles.

FiG. 171.

Deux cellules du ganglion plexiforme d'un chat nouveau-né.

pr. p. : Prolongement protoplasmatique.

pr. c. : Prolongement cylindraxile.

Quand nous disons que les prolongements protoplasmatiques jouissent de la conduction cellulipète et le prolongement cylindraxile de la conduction cellulifuge, il est évident que nous parlons exclusivement du sens de la conduction nerveuse dans l'organisme vivant, de la direction que suivent en réalité les excitants physiologiques. Nous savons très bien que, dans les conditions expérimentales, les fibres nerveuses doivent être considérées comme des conducteurs indifférents et que, par conséquent, une fibre motrice peut conduire, expérimentalement, une excitation électrique, chimique, mécanique ou autre aussi bien dans le sens cellulipète que dans le sens cellulifuge. Nous avons, pour le prouver, les phénomènes de la variation négative obervés par du Bois-Reymond dans les deux bouts d'un nerf excité et les recherches expérimentales bien connues de Kuhne (27) et de Babuchin (28). Mais de ce qu'un courant électrique appliqué sur un nerf se propage dans les deux sens, on n'est pas en droit de conclure, croyons-nous, que, dans les conditions physiologiques, l'influx nerveux doit se comporter d'une façon identique. D'ailleurs, dans les conditions normales cet influx nerveux part toujours de l'extrémité d'une fibre nerveuse, extrémité périphérique pour les fibres centripètes et extrémité centrale pour les fibres centrifuges. Les conditions expérimentales ne se trouvant donc jamais réalisées, nous pouvons en faire abstraction.

Cette distinction à établir entre les conditions physiologiques et les conditions expérimentales nous paraissait tellement élémentaire que nous n'avions pas cru devoir y insister. Il paraît que nous avons eu tort.

Sherrington (29) a montré que, chez le singe et le chat, l'excitation électrique et mécanique des fibres des cordons postérieurs, après section transversale du bulbe, amène des mouvements dans les muscles des membres du côté correspondant et cela dans des conditions expérimentales telles qu'il faut en déduire que l'excitation a parcouru de haut en bas les fibres des cordons postérieurs. Il s'appuie sur ce fait pour combattre la théorie de la polarisation dynamique des éléments nerveux, introduite dans la science par Cajal et par nous, et pour admettre la double conductibilité dans les fibres du système nerveux central. Nous admettons, avec Sherrington, cette conductibilité cellulipète des fibres des cordons postérieurs, mais uniquement dans les conditions expérimentales. Nous ne croyons pas qu'il entre dans l'idée de notre collègue d'admettre également la conductibilité descendante des fibres des cordons postérieurs dans les conditions phj'siologiques. S'il en est ainsi, nous ne voyons pas en quoi ces recherches expérimentales pourraient valoir contre la doctrine que nous défendons avec Cajal.

Cajal (3o) aussi semble croire que, dans notre idée, la conduction cellulipète des prolongements protoplasmatiques et la conduction cellulifuge des prolongements cylindraxiles « est un phénomène invariable, dépendant de la structure même des prolongements ou peut-être de la nature des courants «. Il n'en est absolument rien. Nous n'avons jamais parlé, ni voulu parler que de la direction de l'ébranlement nerveux dans les conditions physiologiques, laissant hors de cause toutes les conditions expérimentales.

Si donc nous disons que les prolongement protoplasmatiques sont des prolongements cellulipètes et l'axone un prolongement cellulifuge, nous n'avons en vue que la direction de l'influx nerveux dans Vorganisme vivant et normal, tout en admettant la possibilité de la conduction cellulifuge pour les dendrites et cellulipète pour les axones dans les conditions expérimentales.

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