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DOUZIEME LEÇON

Eléments histologiques qui entrent dans la constitution da système nerveux.

(Suite).

L'indépendance des neurones et les hypothèses qu'elle a fait naître au point de vue du mécanisme des phénomènes psychiques.

Amiboïsme des cellules nerveuses. Les appendices. L'état perlé ou moniliforme

des cellules corticales.

Origine et développement des éléments nerveux : Cellule germinative. Neuroblaste. Neurone.

La cellule nerveuse centre génétique, nutritif et fonctionnel du neurone.

L'indépendance anatomique des neurones a fait naître un certain nombre de théories sur le mode de fonctionnement des éléments nerveux des centres. Ces théories n'étaient, au début, que de pures conceptions de l'esprit, des hypothèses dans le sens le plus absolu du mot, dépourvues de toute base scientifique sérieuse. Des recherches expérimentales nombreuses, entreprises dans le cours de ces dernières années, ont essayé d'établir ces théories sur des faits d'observation nets et précis, mais les résultats obtenus par les différents auteurs sont loin d'être concordants.

La première théorie en date est celle émise indépendamment l'un de l'autre par Rabl-Ruckhard, Lépine et Mathias Duval.

Se basant sur une observation de Wiedersheim, d'après laquelle les cellules nerveuses présentent, chez certains animaux inférieurs transparents (Leptodora hyalina), des mouvements amiboïdes et sur ce fait que le prolongement périphérique des cellules nerveuses bipolaires de la muqueuse olfactive se termine par un ou plusieurs cils présentant des mouvements ondulatoires, Math. Duval (2) a émis l'hypothèse que les ramifications terminales des prolongements cylindraxiles de toutes les cellules nerveuses seraient douées également de mouvements amiboïdes. Grâce à ces mouvements, ces ramifications terminales pourraient, à certains moments et sous certaines influences, se rétracter et, par là, suspendre toute activité cérébrale ; à d'autres moments ou sous d'autres influences elles pourraient s'allonger, rendre ainsi les contacts entre neurones distincts plus intimes et plus nombreux et, par là, stimuler, augmenter et développer les fonctions cérébrales, v Nous pouvons penser, dit Duval, que non seulement les connexions des cellules nerveuses, dans les centres, sont de pure contiguïté, mais encore que cette contiguïté peut être d'un moment à l'autre plus intime. On conçoit qu'ainsi l'imagination, la mémoire, l'association des idées deviennent plus actives sous l'influence de divers agents (thé, café), qui auraient sans doute pour action d'exciter l'amiboïsme des extrémités nerveuses en contiguïté, de rapprocher ces ramifications, de faciliter les passages ». A l'aide

de cette hypothèse, Duval construit ce qu'il appelle la théorie histologique du sommeil. « Chez l'homme qui dort, les ramifications cérébrales du neurone sensitif central sont rétractées, comme le sont les pseudopodes d'un leucocyte anesthésié, sous le microscope, par l'absence d'oxygène et l'excès d'acide carbonique. Les excitations faibles portées sur les nerfs sensibles provoquent, chez l'homme endormi, des réactions réflexes, mais ne passent pas dans les cellules de l'écorce cérébrale ; des excitations plus fortes amènent l'allongement des ramifications cérébrales du neurone sensitif, par suite le passage jusque dans les cellules de l'écorce et par suite le réveil, dont les phases successives traduisent bien ces rétablissements d'une série de passages précédemment interrompus par rétraction et éloignement des ramifications pseudopodiques ». Duval expliquerait même, par la rétraction des pseudopodes nerveux à la suite d'excitations violentes, anormales, les anesthésies et les paralysies hystériques.

A la suite de cette communication de Duval, Lépine (3) a fait remarquer que, dans la relation d'un cas d'h3'stérie à forme particulière, il avait déjà émis l'hypothèse que les anesthésies sensorielles et sensitives, ainsi que les paralysies motrices chez les h5'stériques, résulteraient du défaut de contiguïté parfaite entre les ramifications des cellules. Le malade qu'il a observé passait sans cesse et d'une manière instantanée de la surdité la plus complète et la plus absolue à l'état normal dans lecjuel il percevait facilement les bruits légers. Il expliquait ces alternatives par la non-contiguité ou la contiguïté des prolongements cellulaires, l'attention du malade suffisant à elle seule à rétablir les contacts par éréthisme des prolongements cellulaires. Le sommeil naturel pourrait, d'après lui, être causé par le retrait des prolongements des cellules du sensorium amenant l'isolement des neurones. Ainsi s'expliquerait la soudaineté extraordinaire avec laquelle nous passons de l'état de veille à l'état de sommeil. Le rétablissement des prolongements serait dû à des modifications chimiques du protoplasme cellulaire.

Il y a entre ces hypothèses de Duval et de Léplve une différence assez importante et sur laqtielle Duval n'a guère insisté, c'est que, d'apiès Lépine, — au moins si nous avons bien saisi le sens qu'il attribue aux mots ramifications des cellules — tout se passerait dans les prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses de l'écorce cérébrale, tandis que pour Duval le rôle principal, dans la suspension et le rétablissement des contacts, reviendrait aux prolongements cylindraxiles des cellules de la voie sensitive centrale.

Ainsi que le remarque Kôlliker (4), l'hypothèse de Duval a déjà été émise, en 1890, par Rabl-Ruckhard (i) sous une forme légèrement différente.

KoLLiKER s'est élevé contre ces diverses hypothèses et cela en s'appuyant sur ces faits d'observation, c'est que le cylindre-axe d'une fibre nerveuse n'est pas contractile, c'est que les ramifications terminales des fibres nerveuses observées dans des parties transparentes d'animaux vivants ne présentent pas de mouvements, c'est que le cylindreaxe n'est pas formé de protoplasme non différencié, mais présente ime structure fibrillaire. D'ailleurs, il résulte de tous les faits connus, que les fonctions psychiques sont liées aux cellules nerveuses elles-mêmes et non pas à leurs prolongements protoplasmatiques ou cylindraxiles-

Cajal(5) a combattu également la théorie histologique du sommeil de Duval en s'appuyant sur les objections formulées par Kôlliker et sur les considérations suivantes : les ramifications cylindraxiles terminales du cervelet, du bulbe, des noyaux acoustiques, du lobe optique montrent toujours le même degré de développement, le même mode de connexion avec les cellules voisines, qu'on les observe sur des animaux tués soit par le chloroforme, soit par hémorrhagie, soit par empoisonnement. De plus, les ramifications cylindraxiles terminales des cellules de la rétine et du lobe optique des reptiles et des batraciens se présentent toujours sous le même aspect, que ces organes aient été, au moment de la mort, longtemps au repos (mort après un séjour prolongé dans l'obscurité), ou bien qu'ils se soient trouvés en activité (mort après une exposition au soleil de plusieurs heures).

Nous tenons à faire remarquer, sans vouloir prendre position dans le débat, que ces diverses objections de Kôlliker et de Cajal combattent la théorie de Duval admettant des mouvements amiboïdes pour les ramifications terminales des prolongements cylindraxiles, mais qu'elles ne combattent pas la théorie d'après laquelle les mouvements amiboïdes résideraient dans les ramifications terminales des prolongements protoplasmatiques.

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